L'Homme de Denisova, ou Dénisovien, est une espèce éteinte du genre Homo, identifiée par analyse génétique en à partir d'une phalange humaine fossile datée d'environ , trouvée dans la grotte de Denisova, dans les montagnes de l'Altaï en Sibérie (Russie).
Le premier crâne formellement attribué à l'espèce est l'Homme de Harbin, confirmé par deux études génétiques en .
L'Homme de Denisova était parfois qualifié, en tant qu'espèce, du nom binominal Homo denisovensisPaolo Anagnostou , When Data Sharing Gets Close to 100% : What Human Paleogenetics Can Teach the Open Science Movement, 2015., mais le consensus n'est pas encore officiellement fixé. D'autres noms comme Homo longi., Homo daliensis, Homo mapaensis ou encore Homo tsaichangensis ont été proposés pour nommer des fossiles vraisemblablement de Dénisoviens. Jean-Jacques Hublin estime qu'il aurait vécu durant le Paléolithique moyen en Asie orientale, de la Sibérie à l'Asie du Sud-Est. La présence de cette espèce en Extrême-Orient est à rechercher selon lui parmi des fossiles connus, ce qu'a confirmé l'étude génétique du crâne de HarbinJean-Jacques Hublin, Conférences du Collège de France, Néandertals et Dénisoviens, Dénisova, le groupe frère asiatique (3/6), novembre 2015..
Les analyses de l'ADN mitochondrial du fragment de phalange ont prouvé en 2010 que les Dénisoviens étaient génétiquement distincts des Néandertaliens et des Hommes modernes. L'analyse ultérieure du génome nucléaire a montré que les Dénisoviens partageaient un ancêtre commun avec les Néandertaliens, et qu'ils se sont hybridés avec les ancêtres de certains hommes modernes (3 à 5 % de l'ADN des Mélanésiens et des Aborigènes d'Australie est issu des Dénisoviens)..... De même, ils auraient transmis aux Tibétains un allèle du gène EPAS1 permettant leur adaptation à la vie en altitude.
Histoire vignette|gauche|Réplique d'une molaire de l'Homme de Denisova (Muséum des sciences naturelles, Belgique). vignette|Touristes devant la grotte de Denisova. vignette|droite|Fragment de phalange de l'Homme de Denisova, et sa position dans la main. vignette|gauche|Localisation de la zone de découverte : Altaï au sud de la Sibérie. La grotte de Denisova se trouve dans le sud-ouest de la Sibérie, près de la frontière avec la Chine et la Mongolie. Elle est nommée ainsi d'après un ermite russe, Denis, qui y vécut au . La grotte est explorée pour la première fois dans les années 1970 par le paléontologue russe Nikolaï Ovodov qui cherchait des fossiles de canidés.. En 2008, Mikhaïl Chounkov, de l'Académie des sciences de Russie, accompagné d'archéologues de l'Institut d'archéologie et d'ethnologie de Novossibirsk, explorent et fouillent la grotte. Ils trouvent la phalange d'auriculaire d'un humain juvénile de sexe féminin (connue comme la « femme X », en référence à la transmission matrilinéaire de l'ADN mitochondrial), puis ultérieurement un os d'orteil et deux dents dont une molaire« L'homme d'Altaï, une nouvelle espèce d'hominidé ? », www.hominides.com, 24 mars 2010.. Des objets (dont un bracelet) trouvés dans la grotte au même niveau que les fragments fossiles ont été datés au carbone 14 entre et avant le présent.. Des fouilles plus récentes ont mis au jour des preuves d'une occupation intermittente remontant aux alentours de Michael Marshall, « Mystery Relations », New Scientist, 5 avril 2014..
Une équipe de scientifiques menée par Johannes Krause et Svante Pääbo, de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste à Leipzig en Allemagne, a séquencé en 2010 l'ADN mitochondrial extrait du fragment de phalange. Le climat froid de la grotte a préservé l'ADN grâce à sa température moyenne annuelle de . L'analyse génétique a révélé l'existence d'une espèce encore inconnue, l'Homme de Denisova..
En , une demi-mandibule humaine fossile, découverte en 1980 dans la grotte de Baishiya situé sur le plateau tibétain, près de Xiahe, dans le Gansu, en Chine, est identifiée par une équipe internationale comme ayant appartenu à un Dénisovien. Faisant usage de techniques liées à une discipline émergente, la paléoprotéomique, cette étude s'est appuyée pour l'une des premières fois sur l'analyse des protéines conservées dans la mandibule de Xiahe, alors que l'ADN était trop dégradé pour être exploitable. La mandibule a conservé deux molaires, dont la morphologie est jugée comparable à celle des molaires trouvées dans la grotte de Denisova. Cette mandibule a un âge évalué par les séries de l'uranium à , ce qui est quatre fois plus ancien que l'occupation humaine (par Homo sapiens) des hauts plateaux tibétains la plus ancienne connue auparavant....
En 2022, l'analyse morphologique d'une molaire extraite en 2018 d'une brèche de la grotte Tam Ngu Hao (« grotte du Cobra ») dans le nord-est du Laos démontre sa proximité avec celles de la mandibule de Xiahe et l'identifie comme très probablement dénisovienne. Son analyse protéomique indique qu'il s'agit d'un individu de sexe féminin. La brèche étant datée d'entre , cette découverte, si elle est confirmée, prouverait la présence de populations dénisoviennes en Asie du Sud-Est alors qu'elles n'étaient attestées que plus au nord, en Sibérie et au Tibet.Muséum national d'histoire naturelle Découverte d’un Dénisovien au Laos, 18 mai 2022..
En 2024 est publié le génome d'un dénisovien vieux de . C'est à ce jour le plus ancien génome humain à avoir été séquencé..
En 2024 également, un deuxième fossile d'Homme de Denisova a été découvert dans la grotte de Baishiya sur le plateau tibétain, en Chine. Ce fossile, nommé Xiahe 2, est une côte datée de à . La première découverte, Xiahe 1, est une mandibule de . Des études d'ADN mitochondrial et de protéines ont confirmé la présence dénisovienne. Les Dénisoviens chassaient bharals, yaks, gazelles et chevaux à haute altitude..
Deux études génétiques sur le crâne de l'Homme de Harbin (datant d'au moins ), parues dans Science le , et dans Cell le confirment son appartenance à l'espèce Qiaomei FU, Fan BAI, Huiyun RAO , The proteome of the late Middle Pleistocene Harbin individual, Science, 18 juin 2025, DOI: 10.1126/science.adu9677. Qiaomei Fu évoqués dans : Andrew Curry, ‘Dragon Man’ skull belongs to mysterious human relative, Science, 18 juin 2025 .. L'ADNmt s'inscrit dans la variante de l'ADNmt de Dénisoviens et est apparenté à une branche d'ADNmt portée par les premiers individus Dénisoviens du sud de la Sibérie, précédemment observée dans la grotte de Denisova. Cela suggère que les Dénisoviens ont occupé une vaste zone géographique en Asie au Pléistocène moyen (Chibanien entre 774 000 et 129 000 ans) Qiaomei Fu, Peng Cao, Qingyan Dai , Denisovan mitochondrial DNA from dental calculus of the >146,000-year-old Harbin cranium, Cell, 18 juin 2025.. vignette|Molaire de la grotte du Cobra.
En 2024–2025 la grotte de Bianfu (Yunnan, Chine) a livré sept nouveaux fossiles humains dont un fragment de radius, le 1er os du bras identifié pour un Denisovien, renseignant sur la morphologie du coude et la combinaison de force de levage (proche de celle des Néandertaliens) et sur l'agilité (proche de celle des humains modernes) de leur locomotion et de leurs activités techniques.. Ces découvertes complètent un corpus récemment élargi par la découverte de deux os longs (fémur et tibia) au large de Taïwan., et contribuent à transformer les Denisoviens — longtemps connus comme une « entité moléculaire » — en une population commençant à être documentée par une diversité croissante de fossiles, de régions et de pratiques. De plus, la paléoprotéomique, a détecté des peptides de collagène dont les signatures chimiques correspondent à celles des rares fossiles denisoviens connus, confirmant la présence de ce groupe dans le sud-ouest de la Chine qui était jusqu'ici vide dans la carte de répartition des Denisoviens.. De plus, des restes d'outils, en pierre et en os, enrichissent le corpus encore limité des artefacts attribués aux Denisoviens ; ils témoignent d'une polyvalence technologique et d'une stratégie de subsistance ciblant des proies moyennes à grandes (cerfs, buffles d'eau), révélant une économie de chasse structurée. Les dépôts concernés datent de 134 000 à 167 000 ans, constituent la première occurrence de Denisoviens dans un contexte archéologique clairement établi, permettant de relier directement des comportements techniques, des choix alimentaires et des restes humains.
Morphologie
vignette|gauche|upright 1.2|Mandibule de Xiahe. vignette|Molaire, Denisova 4. Pendant presque dix ans, peu de choses ont été connues sur les caractéristiques morphologiques des Dénisoviens, puisque les seuls vestiges découverts étaient . L'os de doigt est exceptionnellement large et robuste, bien en dehors de la variation observée chez les humains modernes. Il appartenait à une femme, ce qui indique que les Dénisoviens étaient extrêmement robustes, peut-être même de la constitution de l'homme de Néandertal.
Une molaire exhumée dans la grotte, appartenant à un autre individu, est très grosse et archaïque d'aspect. Cette dent ne partage pas de caractéristiques morphologiques communes avec l'Homme de Néandertal ni avec l'Homme moderne.
Bien que découverte dans les années 1980, la demi-mandibule de Xiahe encore porteuse de deux dents a été identifiée comme dénisovienne en 2019 grâce à une analyse protéomique. Elle présente une morphologie archaïque, avec un corps très robuste, relativement bas et épais, dont la hauteur diminue légèrement vers l'arrière. Bien qu'une protubérance mentale triangulaire soit faiblement exprimée, il n'y a pas de menton développé et la symphyse est fortement en retrait.
Autres espèces La stratigraphie de la grotte de Denisova montre une occupation ancienne de la grotte par des Dénisoviens et des Néandertaliens, et plus récente par des Homo sapiens. Néandertaliens et Dénisoviens semblent avoir partiellement cohabité, au moins à certaines époques, mais on ne sait pas à ce jour si Homo sapiens a fait de même ou s'il a seulement succédé aux deux premières espèces.
Phylogénie Des chercheurs ont montré l'existence d'une forte diversité génétique chez les Dénisoviens.. L'analyse ADN de deux dents trouvées à un autre niveau que la phalange a révélé un degré inattendu de diversité de l'ADN mitochondrial des Dénisoviens.
L'analyse de l'ADN nucléaire de spécimens fossiles dHomo sapiens, d'Homme de Néandertal et d'Homme de Denisova, menée en 2016 par une équipe de scientifiques coordonnée par Svante Pääbo de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste, à Leipzig, en Allemagne, a montré que l'Homme de Denisova et l'Homme de Néandertal avaient un ancêtre commun remontant à environ , et que tous deux partageaient avec Homo sapiens un ancêtre commun remontant à environ . Ces résultats s'appuient notamment sur l'analyse de deux spécimens fossiles de la Sima de los Huesos (Espagne), datés de , attribués à l'Homme de Néandertal, et jugés postérieurs à la séparation d'avec l'Homme de Denisova.. Pour la première fois, les liens entre différents représentants du genre Homo ont pu ainsi être établis.
Une nouvelle étude publiée en 2020 précise que les chromosomes Y des hommes de Denisova se sont séparés il y a environ d'une lignée partagée par les chromosomes Y humains néandertaliens et modernes, qui ont divergé les uns des autres autour de . Les relations phylogénétiques des chromosomes Y archaïques et modernes humains diffèrent donc des relations de population déduites de leurs génomes autosomiques.. vignette|centre|redresse=2.0|alt=Arbre phylogénétique des lignées humaines récentes proposé en 2016 d'après l'ADN de la Sima de los Huesos|Arbre phylogénétique des lignées humaines récentes proposé en 2016 d'après l'ADN de la Sima de los Huesos.