Nicolas Jean Baptiste Tripier, né à Autun le et mort à Paris le ., est un avocat et homme politique français.
Avocat réputé pour sa dialectique et la force de son argumentation, bâtonnier de l'ordre des avocats, il est aussi député libéral, pair de France et conseiller privé de Louis-Philippe .
Biographie Né en 1765 à Autun, Nicolas Tripier est le fils de « maître Michel Tripier, maître en chirurgie, et de demoiselle Jeanne de Lisle ».
Jusqu'à l'âge de dix ans, il est d'abord éduqué par un oncle, curé de Chiddes« Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne..., Paris, Thoisnier Desplaces, 1843-1865, tome 42, 163 .. Il fait ensuite ses études à Paris, au collège de Montaigu, où il obtient au concours général le prix de sixième. Ce succès lui permet de terminer gratuitement sa scolarité.
Débuts juridiques Il étudie le droit et la jurisprudence sous la direction de son frère aîné, procureur au parlement de Paris, et achète une charge d'avoué ; il est en plus avocat officieux, surtout pour les pauvres, ce qui lui vaut l'estime des juges. Dénoncé comme suspect, arrêté pendant la Terreur, il est sauvé par la protection de Jules François Paré, ministre de l'Intérieur.
Chargé ensuite d'une mission en Flandre, il y reste jusqu'après le 9 thermidor ; il devient ensuite substitut de l'accusateur public près le tribunal criminel de la Seine et assesseur de justice de paix, mais donne sa démission en 1795. Il rentre alors au barreau, contre l'avis de ce qui le connaissent.
Avocat Dès le début du Consulat, il se taille comme avocat une place de premier ordre. Malgré sa petite taille et sa voix ordinaire, son travail des dossiers et son raisonnement lui permettent de développer une argumentation sobre et solide.
Sous l'Empire, l'affaire Reynier le fait connaître : il gagne la cause de la partie civile et fait décider comme principe que la conscience des juges civils n'est pas limitée par la sentence rendue par les juges criminels, et donc que les juges civils sont libres d'allouer ou non des dommages et intérêts« Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne..., Paris, Thoisnier Desplaces, 1843-1865, tome 42, 164 ..
thumb|upright=1.2|right|Nicolas J. B. Tripier, d'après un portrait par François Joseph Heim. Il se fait remarquer par et devient « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1877, tome 14, 513 ..
Tripier ne pouvait passer pour un orateur entraînant, mais il a laissé un durable souvenir. Son talent simple et solide, sa parole d'une logique inébranlable, la fermeté de sa pensée contrastaient vivement avec la forme toujours recherchée et souvent prétentieuse qui était fort à la mode à cette époque (...), la force de son raisonnement et la clarté de ses déductions faisaient impression sur l'esprit du juge, convaincu sans avoir été charméJules Fabre, Le Barreau de Paris, 1810-1870, Paris, 1895 (pages 135-137)..
Sous la première Restauration, Nicolas Tripier plaide pour Louis Bonaparte, ex-roi de Hollande, réclamant l'aîné de ses fils, Louis-Napoléon, que sa femme Hortense de Beauharnais prétend garder auprès d'elle. Là encore, il gagne la causeJules Fabre, Le Barreau de Paris, 1810-1870, Paris, 1895 (pages 72-73)..
Pour préparer ses clients à leur procès, Tripier a notamment pour habitude de se mettre à la place de la partie adverse et de les harceler de questions jusqu'à ce que leur défense soit au point. À la seconde Restauration, il plaide notamment pour Lavalette mais ne peut éviter sa condamnation, et plaide pour Gévaudan dans l'affaire de la souscription nationale ; l'éclat de ces deux plaidoiries augmente sa réputation.
Il plaide aussi pour Julien auquel le duc d'Orléans réclame la propriété du Théâtre-Français. Dans cette dernière affaire, Tripier négocie une habile transaction qui satisfait les deux parties, il montre ainsi son talent à la partie adverse, le futur roi Louis Philippe, qui l'invite ensuite à faire partie de son conseil privé« Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne..., Paris, Thoisnier Desplaces, 1843-1865, tome 42, 165 ..
Député Tripier est élu, le , représentant à la Chambre des Cent-Jours, dans le de ParisPar 60 voix (102 votants, 201 inscrits) ()., il siège dans la majorité.
De nouveau élu, le , député du grand collège de la SeinePar 1 267 voix (sur 2 320 votants) ()., il prend place dans l'opposition libérale. Il siège fort irrégulièrement, ne donne aux travaux parlementaires que le temps que lui laisse son activité d'avocat, et il n'est pas réélu en 1824.
Conseiller juridique, bâtonnier, président de chambre Il cesse de plaider en 1823 à la suite d'un malaise, mais continue de donner des consultations juridiques. Bâtonnier de l'ordre des avocats en 1828, il est le signataire d'une réclamation visant à obtenir pour les avocats la possibilité d'élire leurs représentants, de plaider hors du ressort de leur Cour d'appel, ainsi que l’abrogation du droit d’appel du ministère public pour raison disciplinaire, mais il assortit sa signature de réserves personnellesYves Ozanam, « Les avocats parisiens dans le premier tiers du », in Élites et sociabilité au , IRHiS, 2001, , paragraphe 40 et note 71.. Il est nommé, le de la même année, conseiller à la cour royale de Paris sous le ministère de M. de Martignac.
Pendant ses loisirs, il aime jardiner dans sa maison de campagne de Noisy-le-Sec, village dont il est élu maire de 1819 à 1829. Il est Conseiller général de la Seine en 1829.
Tripier adhère à la révolution de juillet, est nommé président de chambre à la cour de Paris en août 1830, conseiller à la cour de cassation le .
Pair de France Pair de France le , il vote avec le parti conservateur. Rapporteur de plusieurs commissions, son rapport sur le projet de loi sur les faillites est cité comme un modèle. Il soutient la politique du gouvernement de Juillet jusqu'à sa mort.
Il est par ailleurs administrateur de l'Institut national des jeunes aveugles.
Il meurt à Paris en avril 1840, deux jours après un malaise survenu à la cour de cassationNotices sur N. J. B. Tripier, Paris, Fournier, 1844.. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise ( division)Registre journalier d'inhumation, 28 avril 1840, n°64373, page 4
Vie familiale Nicolas Tripier se constitue à partir des premières années du une fortune importante, principalement immobilière. Il achète entre autres le château de Brandon en 1826Eugène Fyot, Le château et les seigneurs de Brandon, 1900.. Il possède par ailleurs une maison de campagne et un château à Noisy-le-Sec dont il est maire, et un hôtel particulier à Paris, l'hôtel de Lussan, 41, rue Croix-des-Petits-ChampsLa page du site de Paris pittoresque sur la rue de Lille est sur ce point erronée. N. Tripier achète en 1808 la moitié de l'hôtel de la rue Croix des Petits-Champs, et l'autre moitié en 1817 (Minutier central, études Benoît Chambette et Henry Batardy)..
Hommages Près de vingt ans après la mort de Tripier, le bâtonnier souhaite aux nouveaux avocats d'avoir, entre autres qualités, « la force et la dialectique de Tripier »Propos du bâtonnier Plocque en 1858, cité dans Jules Fabre, Le Barreau de Paris, 1810-1870, Paris, 1895, .. Une rue porte son nom à Noisy-le-Sec.
Fonctions parlementaires Assemblée - : Député de la Seine - Majorité (Chambre des représentants). - : Député de la Seine - Minorité libérale (Chambre des députés). Chambre haute à sa mort : Pair de France (Chambre des pairs).
Bibliographie « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 1866-1877, tome 14, 513 . , tome V, 417-418. « Tripier (Nicolas-Jean-Baptiste) » dans Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne..., Paris, Thoisnier Desplaces, 1843-1865, tome 42, 163-165 . Notices sur N. J. B. Tripier, Paris, Fournier, 1844, env. 100 pages (en ligne sous Gallica). Jean Baptiste Josseau, Éloge de M. Tripier, prononcé à l'ouverture de la conférence des avocats, le , Paris, Guyot, 1841, 24 p. Eugène Fyot, Le château et les seigneurs de Brandon, 1900. J. de Masin, Un grand avocat autunois : Nicolas-Jean-Baptiste Tripier, revue « Images de Saône-et-Loire » n° 5 (), p. 29. Bibliothèque nationale de France, Catalogue général, recensant 59 ouvrages imprimés de Nicolas Tripier, pour la plupart des factums juridiques et des rapports parlementaires.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Avocat (métier) Château de Brandon Noisy-le-Sec
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