Thomas Gainsborough, né à Sudbury le et mort à Londres le , est un artiste peintre, graveur et dessinateur britannique d'origine anglaise, l'un des plus célèbres portraitistes et paysagistes du et une figure majeure de l'« école anglaise de peinture ».

Biographie Origines familiales, enfance et éducation vignette|gauche|upright=0.75|La maison d'enfance de Gainsborough à Sudbury, devenue un musée et située sur Gainsborough Street. Thomas Gainsborough est né au début du printemps 1727, sur Sepulchre Street, à Sudbury, dans le Suffolk, au nord-est de Londres — distante d'une centaine de km —, en East Anglia. Il est baptisé le dans la paroisse de St. Gregory, à l’Independant Meeting-House, ce qui laisse entendre que son père était une sorte de dissident, en marge de la doxa anglicane. La date de naissance précise de Thomas reste inconnue. Sa mère s'appelle Mary Elizabeth, née Burroughs, elle donne au moins neuf enfants à John Gainsborough (cinq garçons et quatre filles), et Thomas est leur cinquième fils. John, exerce le métier de drapier, ou, plus certainement de modiste (milliner), et de négociant en feutre, en lien avec l'ancestral commerce local de la laine. Parmi les oncles maternels de Thomas, on compte le révérend Humphry Burroughs. Thomas a parmi ses frères aînés Humphrey Gainsborough (1718-1776), un homme d'église assez excentrique, qui se lança dans la mécanique et inventa vers 1766 une méthode pour condenser la vapeur ; un autre, prénommé John (1711-1789), passait son temps à dessiner des prototypes assez curieux et complexes, et surtout infaisables : toujours à cours d'argent, on le surnomma Scheming Jack. Comme ses frères, Thomas est instruit à la Grammar school de Sudbury, qui est dirigée par son oncle Humphry. Son don pour le dessin se révèle avant l'âge de 13 ans.. Dès sa plus tendre enfance, sa mère, très éduquée et peintre de fleurs à ses heures, l'avait encouragé à dessiner. Dans la fratrie, il est le dernier garçon, et le soin avec lequel elle l'éduqua, a sans aucun doute marqué la sensibilité du futur peintre, qui passait beaucoup de temps dans la campagne environnante, traversée par la Stour..

Premier séjour à Londres C'est au cours de sa treizième année, que son oncle et ses parents lui trouvent une place de dessinateur-graveur sur métal chez un orfèvre londonien — dont l'identité reste un mystère. En 1741-1742, grâce à ce dernier, il devient apprenti-graveur chez Hubert-François Gravelot, un artiste français installé à Londres depuis dix ans. Il semble évident que Thomas acquiert auprès de lui l'art de l'eau-forte, ou du moins les secrets pour graver des plaques de cuivre. Son apprentissage va durer deux ans, au cours desquels il croise Charles Grignion, un autre élève de Gravelot, et l'assistant de William Hogarth. Son maître l'inscrit dans la foulée à la St Martin's Lane Academy, une société d'artistes dont Gravelot est membre. Cette « académie », fondée en 1735 par Hogarth et située à Covent Garden, permet au jeune Thomas de pratiquer l'art de peindre et le dessin, sans pour autant délaisser la gravure. Thomas a produit durant son apprentissage des dessins. figurant des têtes de personnalités, destinées à illustrer un ouvrage de Thomas Birch, The heads of illustrious persons of Great Britain, dont les graveurs principaux sont Houbraken et George Vertue The heads of illustrious persons of Great Britain, engraven by Mr. Houbraken, and Mr. Vertue. With their lives and characters..., — lire sur Archive.org.. L'un des enseignants de cet établissement est Francis Hayman : d'après Thomas lui-même, et ses nombreux amis, il n'aurait assisté que très peu de temps à ses cours, ce qui devait conférer à Gainsborough la réputation d'autodidacte.. vignette|redresse| Conversation dans un parc (1746), huile sur toile, musée du LouvreNotice œuvre, catalogue numérisé du musée du Louvre. L'année 1745 demeure assez énigmatique : Thomas quitte l'Académie, revient brièvement chez ses parents, puis se trouve un local à Londres : son premier mécène. semble avoir été une relation d'affaires des Gainsborough, le huguenot Thomas Fonnereau, membre de la Chambre des communes pour le comté du Suffolk, par ailleurs en lien avec Joshua Kirby. Il possède une vaste demeure à Ipswich « Thomas Fonnereau », notice biographique sur Kirby and His World], 12 février 2013.. Toujours est-il que dès 1646-1747, Gainsborough commence à se faire un nom, ou du moins bénéficie d'un réseau, d'un cercle. Hogarth, gouverneur du Foundling Hospital, un orphelinat dirigé par le capitaine philanthrope Thomas Coram et achevé en 1745 du côté de Bloomsbury, emploie le jeune Gainsborough, tout comme Francis Hayman, qui lui, l'emploie à la décoration des supper boxes — des petits pavillons aménagés, d'un style néopalladien, comparables à des guinguettes, pouvant accueillir convives et musiciens — aux Vauxhall Gardens, un lieu mondain et assez libertin, qui semble fasciner le jeune homme. L'une de ses premières peintures, Conversation dans un parc (1746, musée du Louvre), figurant un jeune couple, prend place ici : cette œuvre, une scène de genre, introduit aux nombreuses conversation pieces produites par le peintre, un genre typiquement anglais et très en vogue. S'agit-il d'un autoportrait ? James Hamilton, Gainsborough: A Portrait, Londres, Hachette UK, 2017, ..

Gainsborough chargé de famille : retour au Suffolk vignette|upright=0.75|L'Artiste avec sa femme et sa fille (1748), huile sur toile, Londres, National Gallery. vignette|redresse| Portrait of the Painter's Two Daughters, huile sur toile, 1758, Londres, Victoria and Albert Museum : ce tableau fut divisé en deux parties, vendues, puis a été reconstitué vers 1878 ; Mary est à gauche Portrait of the Painter's Two Daughters, notice œuvre du catalogue numérisé de la base Art UK.. vignette|redresse| Tom Peer Tree, un petit portrait intimiste d'un jeune voisin (v. 1750-1759, huile sur bois), Ipswich, Colchester and Ipswich Museums Tom Pear Tree , notice œuvre de la base ART UK.. Cette année-là, en , âgé de 19 ans, il épouse en effet Margaret Burr, d'une année plus jeune que luiPortrait of Margaret Gainsborough, notice œuvre du catalogue numérisé du Courtauld Institute.. D'origine écossaise, elle est la sœur d'un employé du père de Thomas, et bénéficie d'une rente annuelle de 200 livres sterling, un revenu raisonnablement suffisant pour permettre au jeune couple de s'émanciper, sans compter les commandes que reçoit Gainsborough.. Les revenus de Margaret semble provenir de Henry Scudamore, duc de Beaufort : est-il son protecteur ou son père naturel, nul ne le sait..

La couple quitte Londres pour le Suffolk — le fait de quitter la capitale peut s'expliquer par le contexte politique et social : Londres devient irrespirable au moment de la guerre de Succession d'Autriche et des révoltes jacobites, de l'aveu même de Hogarth et des nombreux témoins de cette période « Hogarth’s Britons: Succession, Patriotism, and the 1745 Jacobite Rebellion », exposition de la National Portrait Gallery, 10 mars - 4 juin 2023.. Le père de Thomas meurt chez lui, à Sudbury, le , âgé de 65 ans. Margaret donne naissance à une première fille, Mary, en 1750, qu'ils appelèrent Molly (décédée en 1826). L'année suivante, naît Peggy (décédée en 1820). La famille déménage à Ipswich. Elle bénéficie de l'aide de Fonnereau, et de son réseau. Thomas reçoit de plus en plus de commandes de portraits en conversation, figurant des notables locaux, avec vue sur des parcs et des paysages, lesquels occupent souvent plus de la moitié de la surface peinte, comme on peut le voir avec Les Époux Andrews (1750, National Gallery). Il produit aussi bon nombre de paysages, qu'il appelait ses landskips, un genre que le peintre affectionnera toute sa vie durant..

Soucieux de l'avenir de ses filles, Gainsborough veille à ce qu'elles soient bien éduquées, les envoyant dans un pensionnat exclusif à Chelsea et les encadrant en dessin et en peinture de paysage..

Gainsborough rencontre à Ipswich le peintre-graveur Joshua Kirby à l'occasion de leur collaboration à un tableau commun vers 1748. Peu après, il a peint un portrait de son ami Kirby en compagnie de sa femme Sarah Bull, conservé à la National Portrait GalleryCouple de Kirby et Sarah Bull. Ils resteront amis toute leur vie. C'est également à Ipswich que Gainsborough rencontre vers 1753 le capitaine Philip Thicknesse, qui reste l'un des grands témoins de la vie du peintre durant trente-cinq ans. Il affirma par la suite avoir été celui qui l'a fait connaître au grand monde fréquentant Bath, ce qui semble un peu exagéré. Il est fort probable que Gainsborough fournisse des dessins et des gravures à l'imprimeur local, Craighton, en charge du Ipswich Journal, lequel ne mentionne pourtant pas le peintre, alors que Kirby y publie de nombreuses annonces, dont une en 1751 où il est mentionné comme agent de deux estampes de Hogarth, Beer Street et Gin Lane..

Installé dans une petite maison en briques qui servait d'atelier, entourée d'un jardin, et située — opposite to Shire Hall — non loin des quais bordant la rivière Orwell, Gainsborough gagnait correctement sa vie si l'on en juge par un extrait de sa correspondance. Il fit le portrait de nombreux notables d'Ipswich, tels le député [https://museum.wales/art/online/?action=show_item&item=611, John Gravenor, apothicaire et homme politique local (1754)« Sir Richard Lloyd (1696-1761) », notice œuvre, catalogue numérisé du Museum Wales., du révérend et avocat Samuel Kilderbee (1725-1813), de l'huissier de justice John SparroweNotice du Musée d'Aukland.

Au printemps 1759, il fait le portrait de sa nièce Susanna Gardiner. La mère de Susanna, Susan, était l’une de ses sœurs, menuisière dans leur ville natale de Sudbury. Le portrait était peut-être destiné à être un cadeau avant son départ à BathNotice du Yale Center. Une annonce publiée dans le journal local datée du mentionne que Gainsborough pour raison de départ, vend une partie de ses biens.

Bath et la renommée (1760-1774) vignette|redresse|gauche| Vue actuelle en perspective de The Circus où vécut Gainsborough de 1766 à 1774. vignette|redresse| Portrait d'Ann Ford (1760), huile sur toile, Cincinnati Art Museum « Ann Ford (later Mrs. Philip Thicknesse) » , notice œuvre du catalogue numérisé du Cincinnati Art Museum.. vignette|redresse|The Harvest Wagon (version de 1767), huile sur toile, Barber Institute of Fine Arts. vignette|redresse| L'Enfant bleu, huile sur toile, 1770, San Marino (Californie), Bibliothèque Huntington The Blue Boy, notice sur The Huntington. vignette|redresse|Portrait de Gainsborough Dupont (esquisse, vers 1772), Tate Britain « Gainsborough Dupont » , notice œuvre sur la base Art UK.. vignette|redresse| Anne, Duchess of Cumberland (v. 1773-1777), huile sur toile, Londres, palais de Buckingham. Fin 1759, les Gainsborough s'installent à Bath. Ils vont y demeurer vingt-cinq ans. Cette ville située au sud-ouest, à l'opposé et à plus de 300 km d'Ipswich, est une antique station thermale à la mode, voisine de Bristol, et fréquentée à cette époque par toute l'aristocratie et la haute bourgeoisie anglaise. Ils auront au moins trois logements successifs, et à partir de l'hiver 1766-1767, résident au du complexe résidentiel The Circus, où une blue plaque commémore la chose ; c'est à cette adresse que le fameux Blue Boy devait voir le jour..

Sur le plan international, la Grande-Bretagne est à cette époque plongée dans la guerre de Sept Ans. Quand Gainsborough débarque dans cette ville, véritable havre de paix éloigné du tumulte de la capitale, c'est le peintre William Hoare, de vingt ans son aîné, qui y détient le plus important réseau de commanditaires. Gainsborough, qui n'apprécie guère ce dernier qui le lui rend bien, commence par étudier des portraits d'Antoine van Dyck qui se trouvent dans les collections des différents manoirs locaux, on sait par exemple qu'il en admira chez Henry Herbert, compte de Pembroke, à Wilton House..