Alexandre Hébert, né le à Alvimare (Seine-Maritime) et mort le à RezéMichel Noblecourt, (Loire-Atlantique), est un militant syndicaliste, secrétaire de l'union départementale CGT-Force ouvrière de la Loire-Atlantique depuis sa création en 1948 jusqu'en 1992.
Cette position à la tête de l'UD FO lui donnait une certaine importance dans la vie sociale et politique locale, mais aussi au sein de la confédération Force ouvrière et dans les milieux d'extrême gauche du mouvement ouvrier.
Hébert était lié à l'anarcho-syndicalisme et au courant lambertiste du trotskisme.
Biographie Avant la guerre (1939) À 17 ans, Alexandre Hébert obtient un brevet d'études industrielles (BEI) d'électricien..
Très jeune, il s'intéresse aux questions politiques à travers la lecture du journal de la SFIO, Le Populaire. Son père est, en effet, un ancien membre du Parti communiste ensuite revenu à la SFIO.
En 1936, influencé par la propagande du PCF, Alexandre Hébert adhère à l'Association des amis de l'URSSLa future Association France-URSS., dirigée par le communiste Fernand Grenier. Il envisage même d'adhérer aux Jeunesses communistes, mais son père le lui déconseille fortement. Il entre aux Jeunesses socialistes, où il rencontre Robert Hersant, frère de son ami Patrick, et le parrain de son adhésion. Il devient rapidement secrétaire de la section de Sotteville-lès-Rouen et entre un peu plus tard au bureau fédéralL'Anarcho-syndicaliste « Des anarchistes dans la lutte des classes de 1960 à aujourd'hui » .. Il milite avec les pivertistes de la tendance Gauche révolutionnaire. Après l'exclusion de Marceau Pivert, il démissionne des Jeunesses socialistes et participe à la création de l'éphémère Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) comme délégué lors de son congrès constitutif.
Dans cette période du Front populaire et de la guerre civile en Espagne, sa rencontre avec Louis Dubost est déterminante ; il est coopté au sein d'un groupe anarchiste d'Elbeuf. Ce groupe continue de se réunir pendant la guerre, mais Alexandre Hébert cesse sa participation en raison de son envoi en AllemagneL'Anarcho-syndicaliste « Des anarchistes dans la lutte des classes de 1960 à aujourd'hui » ..
La Seconde Guerre mondiale Entré aux chemins de fer à Sotteville-lès-Rouen, il est réquisitionné par l'autorité occupanteA quel titre ? STO ? Il faut préciser ce point. et affecté au dépôt de Munich ; il y rencontre des ouvriers anti-nazis, allemands ou issus d'autres nations vaincues ; avec ces derniers il fomente deux grèves, victorieuses. Au cours d'une permission obtenue à la suite de la dernière grève, il décide de rester en France, et retrouve du travail à Vernouillet (Seine-et-Oise) ; une amnistie régularise sa situation.
À la Libération, il prend contact à Paris avec Louis Louvet et Simone Larcher, sa compagne, qui publient un bulletin intitulé Ce qu'il faut dire (C.Q.F.D.) ; il participe au congrès de fondation de la Fédération anarchiste (FA). Il acquiert la certitude que la bataille sociale se joue dans le syndicalisme et non dans les partis politiques ; il adhère à la CGT, s'affronte très vite avec un appareil dominé par les communistes, l'emporte cependant et devient responsable de sa section ; muté à Nantes, il devient rapidement secrétaire de sa section..
Quatrième République La CGT-FO Alexandre Hébert est un des initiateurs des Comités d'action syndicaliste des chemins de fer, qui quittent la CGT, en 1947, après les grèves impulsées par le Parti communisteGuillaume Trousset, Libertaires et syndicalistes-révolutionnaires dans la CGT-FO (1946-1957). Il devient secrétaire de l'union départementale CGT-Force ouvrière à sa création en 1948. Par ailleurs, il adhère au groupe anarchiste Francisco-Ferrer, mais la composition et l'activité de ce groupe l'amènent à en fonder un autre, le groupe Fernand-Pelloutier, dont, dit-il lui-même, le nom est tout un programme, du moins le sienL'Anarcho-syndicaliste, « Des anarchistes dans la lutte des classes de 1960 à aujourd'hui », ..
Dès le confédéral de la CGT-Force ouvrière, en , il alerte ses camarades syndicalistes sur les dangers de la constitution d'un appareil politique européen, à propos duquel il lui semblait que nombre d'entre eux se fourvoyaient ou se fourvoieraient à terme..
Dans les années 1950, il rencontre Pierre Boussel, dit Pierre Lambert, avec lequel il se lie d'amitié. C'est à cette époque qu'est alors constitué le Comité de liaison et d'action pour la démocratie ouvrière (CLADO), regroupement de militants anarchistes, syndicalistes-révolutionnaires, trotskystes, socialistes… dans l'esprit des organisations de la Première Internationale.
Sa préoccupation de voir les anarchistes participer à l'action syndicaliste se manifeste dès la reconstitution de la Fédération anarchiste.. Son inquiétude de voir la FEN autonome se transformer en syndicat intégré à l'appareil d'État se manifeste dès cette époque..
Les grèves de 1953 et de 1955 Pendant les grèves d', contre le recul de l'âge de départ en retraites des fonctionnaires, il défend l'existence et la légitimité des comités de grève, véritable organisation démocratique des travailleurs, contre la CGT et la CFTC qui entendent placer la grève sous la coupe de l'intersyndicale. Celle-ci est un succès ; mais c'est la dernière fois avant longtemps que des comités de grève gèrent le mouvement : échaudées, les « bureaucraties syndicales » reprennent rapidement leurs droits. Son rôle dans cette grève lui vaut d'ailleurs des tentatives de déstabilisation, que ce soit en interne (candidature de Paul Malnoë, secrétaire de l'Union locale de Saint-Nazaire) ou en externe avec l'hostilité ouverte des CGT et CFTC. Il joue encore un rôle important dans les grèves de 1955 en Loire-Atlantique, bien que les comités de grève élus ont disparu.
Alexandre Hébert et la question algérienne Durant les années 1950, il rencontre régulièrement Ahmed Mesli dit Messali Hadj, militant nationaliste, fondateur du Mouvement national algérien, alors en résidence surveillée à Niort (Deux-Sèvres), accompagné, par exemple, d'Yves Dechezelles et de Pierre Lambert. Avec Robert Bothereau, à l'époque secrétaire général de la CGT-FO, et André Bergeron, futur secrétaire confédéral, il engage la CGT-Force Ouvrière dans le soutien à l'indépendance de l'Algérie (congrès d'Amiens en 1956), et le soutien aux militants syndicalistes algériens, alors que d'autres courants du mouvement ouvrier. soutiennent le FLNFLN qui, de son côté, organise l'assassinat des militants syndicalistes de l'Union syndicale des travailleurs algériens (USTA) (ce passage correspond à une polémique entre anarchistes et autres syndicalistes. Il est certain que le FLN a assassiné des Algériens proches de Messali Hadj. Mais cela concerne la guerre d'Algérie et non pas la biographie d'AH).. Il rendra visite à son vieil ami Messali jusqu'à son décès en 1974, dans une clinique de la MGENMutuelle générale de l'éducation nationale., dans l'Oise.
Cinquième République Vers 1957-1958, Hébert publie un article intitulé « Du mythe fasciste de l'unité »Voir sur le site Anti-mythes. dans La Commune, journal du CLADO.
Alexandre Hébert et le régime gaulliste Dès 1958, Hébert considère que les institutions de la cinquième république représentent un danger pour les travailleurs et l'existence des organisations ouvrières libres : il y voit l'instauration d'un régime prônant l'intégration politique, sociale et économique de la classe ouvrière — à but de domestication. Intégration politique par la mise en place d'institutions de type corporatiste néo-fasciste (sénat économique) ; intégration sociale des syndicats ouvriers aux objectifs économiques de l'État ; intégration économique par la mise en place de l'intéressement aux fruits de l'entreprise et la reconnaissance de la section syndicale d'entreprise, à terme unique Alexandre Hébert, un homme de conviction, un anarchiste individualiste, ch.5, à 113. Durant la première décennie de la République, il ne cesse de défendre au sein de la CGT-FO le mot d'ordre de l'indépendance syndicale par rapport aux partis politiques et de dénoncer toute participation aux commissions de toutes sortes auxquelles les syndicats devaient s'intégrer.
En Mai 68, il ne voit dans les événements du Quartier latin ni la recherche d'une contestation de l'ordre social, ni la volonté de mettre en cause l'ordre politique gaulliste. En ce qui concerne les grèves ouvrières, il estime que la mainmise du Parti communiste français sur les comités intersyndicaux freine toute perspective d'obtenir satisfaction sur certaines revendications. Il est accusé par les trotskystes Yvon Rocton et Robert Gaboriau de ne pas voir la portée révolutionnaire des événements en cours de reflux ; ceux-ci, responsables de l'Union locale FO de Nantes, tentent même de le priver du mandat de représentant de l'Union départementale lors du dernier meeting nantais du mouvement.. Par ailleurs, Paul Malnoé, le secrétaire de l'Union locale de Saint-Nazaire, envisage une nouvelle fois de l'évincer de son poste de secrétaire général de l'Union départementale.
En 1969, lors du référendum sur la régionalisation, Hébert milite au sein de la CGT-FO pour le double « non » : « non » au texte constitutionnel, « non » à la participation aux instances si elles étaient tout de même créées. Au congrès confédéral, qui commence le Gérard da Silva, Histoire de la CGT-FO, L'Harmattan, 2009, ., Hébert, Bothereau, ancien secrétaire général, tout comme Bergeron combattent le projet gaulliste, qui, selon eux, ferait évoluer les institutions de la République non seulement vers le corporatisme, mais aussi vers le régionalisme. Le congrès se range à leurs vues et appelle les militants à voter « non ». C'est effectivement celui-ci qui l'emporte le , avec 53,17 %, entraînant la démission de De Gaulle.
L'Union des anarcho-syndicalistes (UAS) En 1962, Alexandre Hébert, Serge Mahé et Joachim Salamero sont à l’initiative d’une Union des anarcho-syndicalistes à laquelle participent plusieurs militants de la Fédération anarchiste ; Salamero est le responsable de son Bulletin interne..
En 1966, l'UAS signe une déclaration commune avec la commission syndicale de la Fédération anarchisteL'Anarcho-syndicaliste, « Des anarchistes dans la lutte des classes de 1960 à aujourd'hui », .Serge Mahé La Contre-Révolution permanente, éditions du Petit Véhicule, 2005, .. Ce rapprochement ne survivra pas à , et aux idées introduites par la CFDT autour du slogan de l'autogestionSerge Mahé La Contre-Révolution permanente, éditions du Petit Véhicule, 2005, .. Les grèves de Mai 68 En "Vie et mort de Guy Debord" par Christophe BOURSEILLER , l'Association générale des étudiants de Nantes (AGEN UNEF) renouvelle son bureau, qui est conjointement emporté par de jeunes libertaires proche des situationnistes et des militants anarcho-syndicalistes proches de l'Union des anarcho-syndicalistes, qu'anime Alexandre Hébert. Leader régional de FO, Hébert milite associé au courant trotskiste de Lambert, incarné en 1967 par l'Organisation comnuniste internationaliste. L'élection des anarcho-syndicalistes au bureau de l'AGEN-UNEF mais aussi de la MNEF est permise par celle des lambertistes, comme à Strasbourg, où l'OCI avait déjà épaulé discrètement les situationnistes. Parmi les nouveaux élus, on remarque surtout Cossic, Breteau, Boussard et Yvon Chotard (étudiant), qui devient président de l'AGEN-UNEF à Nantes et connait bien les situationnistes strasbourgeois, rencontrés à Paris lors de l'assemblée générale de l'UNEF du . Le nouveau bureau nantais de l'UNEF, élu ensuite en mai, marche sur les brisées de Strasbourg : parmi ses premières mesures, la fermeture du Bureau d'aide psychologique universitaire (BAPU), qu'exigeaient les situationnistes strasbourgeois.