Orthomarburgvirus marburgense (anciennement Marburg marburgvirus), le virus de Marburg ou virus Marburg, est une espèce de virus qui cause la maladie hémorragique de Marburg, pathogène chez l'humain.

Classé dans le Groupe V de la classification Baltimore – Virus à ARN simple brin à polarité négative, ce virus appartient à la famille des Filoviridae, responsable d'infections virales humaines parmi les plus pathogène. Bien qu'assez proche du virus Ebola, il est réputé moins létal que ce dernier. Il représente néanmoins un danger biologique suffisamment élevé pour ne pouvoir être manipulé que dans un laboratoire P4 ou (laboratoire de biosécurité de niveau 4). Section VIII—Agent Summary Statements, CDC, 2009..

Cette espèce de virus a été nommée d'après Marbourg, la ville allemande où il a initialement été identifié. Les premiers cas connus sont apparus chez des chercheurs, avant le développement de deux épidémies importantes en République démocratique du Congo en 2000 et en Angola en 2005.

Découverte du virus Cette maladie infectieuse est décrite en 1967 pour la première fois en Allemagne et en Yougoslavie chez des chercheurs de laboratoires tombés malades alors qu'ils produisaient des vaccins à partir des cellules rénales prélevées sur des singes verts (Chlorocebus aethiops). Parmi ces singes africains importés d'Ouganda, deux ou trois étaient porteurs du virus de Marburg, probablement en période d'incubation. Peu après l'arrivée des singes, la contagion s'étend et plusieurs primates meurent d'une grave hémorragie.

Des cas semblables sont rapportés simultanément à Francfort, en Yougoslavie et dans d'autres laboratoires qui avaient également reçu des singes provenant d'Ouganda. Trente-et-un laborantins du laboratoire Behring de Marbourg sont atteints par le virus et sept en sont morts. thumb|gauche|160 px|Mosaïque de six photos montrant différentes chauve-souris Dans les années 1980, deux Européens contractent la maladie hémorragique de Marburg après la visite d'une grotte sur un versant du Mont Elgon au Kenya, colonisée par des chauves-souris frugivores et insectivores. Le français Charles Monet visite la grotte de Kitum en 1980 ; peu après il souffre de nausées et vomissements. Il est hospitalisé à Nairobi, où il meurt rapidement. Il contamine le Dr. Shem Musoke, jeune médecin des urgences qui le réceptionne, mais ce dernier en réchappe. Après une visite de la même grotte en 1987, Peter Cardinal, un enfant danois de dix ans, meurt et devient la seconde victime du virus. Deux souches de virus sont cataloguées à partir de ces infections la souche Shem Musoke et la souche Ravn, du nom de famille du jeune patient Danois.

, chasseur civil de virus qui travaille pour l'armée américaine (USAMRIID - ) organise une expédition dans la grotte de Kitum, six mois après le décès du jeune Danois, avec des combinaisons biologiques autonomes pour évoluer en zones chaudes. La mission américano-kényane réunit 35 membres et emploie également des animaux sentinelles, cochons d'Inde et singes, disposés dans la grotte pour révéler la présence éventuelle du virus ; certaines cages sont disposées directement sous la colonie de chauve-souris. L'expédition est un échec : aucun des échantillons de sang ou de tissus biologiques prélevés ne témoigne de la présence du virus ; les prélèvements ne réagissent pas non plus au test d'anticorps du virus de Marburg ; les animaux sentinelles, stationnés dans la caverne, restent en bonne santé. On a recherché un éventuel réservoir jusqu'en 2007, où la preuve a été faite qu'une chauve-souris était naturellement porteuse du virus.

Épidémiologie En 1998, une épidémie de plus grande ampleur affecte 149 personnes près de Durba, une ville située dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Plus de 80 % des personnes en mourront. Avant l'an 2000, les cas étaient rares, presque tous répertoriés dans des pays d’Afrique de l’Est ou du Sud (Afrique du Sud, Kenya, Zimbabwe). En 2005, des foyers au nord de l’Angola ont touché plus de 252 personnes, dont 227 sont mortes (taux de létalité : plus ou moins 90 %, comparable aux épidémies de maladie à virus Ebola les plus létales).

Depuis , plus de 400 cas ont été observés en Angola par l'Organisation mondiale de la santé. Alors que les premières victimes étaient des enfants, au printemps 2005 des adultes ont été touchés. Le , le gouvernement de l'Ouganda annonce un cas de maladie à virus de Marburg. Le , l’Ouganda a signalé à l’Organisation mondiale de la santé les débuts d’une épidémie de maladie à virus de Marburg, dans l’est du pays. Trois personnes seraient mortes. La létalité est globalement évaluée dans une fourchette de 23 à 90 %. En , deux cas ont été relevés au Ghana.. En , la Guinée équatoriale confirme sa première épidémie à la suite du décès d'au moins neuf personnes dans la province de Kie Ntem.

Agent pathogène thumb|110 px|FiloviridaeLe virus de Marburg (MARV) est l'agent causal de la maladie du virus de Marburg (MVD) chez l'humain, avec un taux de létalité variant de 23 à 90 %, selon l'épidémieLanguon S, Quaye O. Filovirus Disease Outbreaks: A Chronological Overview. Virology (Auckl). 2019;10:1178122X19849927.. MARV est membre de la famille des Filoviridae, qui comprend les genres Orthomarburgvirus, Orthoebolavirus, Cuevavirus, Striavirus et ThamnovirusKuhn, J.H., Adachi, T., Adhikari, N.K.J. et al. New filovirus disease classification and nomenclature. Nat. Rev. Microbiol. 17, 261–263 (2019). https://doi.org/10.1038/s41579-019-0187-4. La famille des Filoviridae, connue sous le nom de filovirus, contient plusieurs virus connus pour provoquer des maladies hémorragiques, souvent mortelles chez les primates dont l’humain, tous ces virus appartenant aux genres Marburgvirus ou Ebolavirus. Cuevavirus, Striavirus et Thamnovirus ne sont pas connus pour provoquer des maladies chez l'humain ou les primates non humains.

Réservoir du virus thumb|Répartition géographique de Rousettus aegyptiacus en Afrique. Les points rouges indiquent l'emplacement de précédentes épidémies connues de virus de Marburg ou de chauves-souris positives au virus.

Une étudeMarburg Virus Infection Detected in a Common African Bat, conduite de 2005 à 2006 et publiée en 2007 a porté sur cinq sites forestiers où ont été piégées et analysées 1138 chauves-souris appartenant à dix espèces différentes, au Gabon et au nord-ouest de la République du Congo. On a recherché, chez ces animaux, de l'ARN viral dans le foie et la rate, et des anticorps. C'est une étude conjointe française (Institut de recherche pour le développement ou IRD), américaine (Center for Desease Control ou CDC) et gabonaise (Centre international de recherches médicales de Franceville, ou CIRMF) démontre qu'un réservoir animal de ce virus est la Roussette d'Égypte (Rousettus aegyptiacus). Dans le cadre de cette étude, 29 individus sur 242 étaient porteurs de fragments d'acide ribonucléique (ARN) de ce filovirus et d'anticorps spécifiques. Ceci montre que l'organisme de cette roussette est apte à lutter contre ce virus. Cette roussette est forestière, migratrice et présente sur tout le sud de l'Afrique et en Égypte.

Plusieurs cas de touristes et de mineurs ayant très probablement contracté des MARV dans des grottes peuplées de R. aegyptiacus ont été signalésBertherat E, Talarmin A, Zeller H. Democratic Republic of the Congo: between civil war and the Marburg virus. Internateional Committee of Technical and Scientific Coordination of the Durba epidemic. Med Trop (Mars). 1999;59(2):201–4Centers for Disease C, Prevention. Imported case of Marburg hemorrhagic fever - Colorado, 2008. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2009;58(49):1377–81.Timen A, Koopmans MP, Vossen AC, van Doornum GJ, Gunther S, van den Berkmortel F, et al. Response to imported case of Marburg hemorrhagic fever, the Netherland. Emerg Infect Dis. 2009;15(8):1171–5.. Le virus vivant a été isolé des chauves-souris de l’espèce R. aegyptiacus dans la grotte de Kitaka, en Ouganda, l'endroit où les mineurs diagnostiqués à la MVD avaient travailléTowner JS, Pourrut X, Albarino CG, Nkogue CN, Bird BH, Grard G, et al. Marburg virus infection detected in a common African bat. PLoS One. 2007;2(8):e764..

Toutes les flambées de MARV enregistrées sont originaires d'Afrique, où le virus se maintient dans un réservoir naturelPigott DM, Golding N, Mylne A, Huang Z, Weiss DJ, Brady OJ, et al. Mapping the zoonotic niche of Marburg virus disease in Africa. Trans R Soc Trop Med Hyg. 2015;109(6):366–78.. Plusieurs espèces de chauves-souris ont été impliquées dans le fait d'être un hôte réservoir pour les filovirusSchuh AJ, Amman BR, Towner JS. Filoviruses and bats. Microbiol Aust. 2017;38(1):12–6..

Principales flambées épidémiques En 2021, l’OMS listait comme principales flambées de maladies à virus Marburg les épisodes suivants : + Flambées répertoriées par l'OMS avant 2021 Années Pays Cas Décès Taux de létalité 1967 Allemagne 29 7 24 % 1967 Yougoslavie 2 0 0 % 1975 Afrique du Sud 3 1 33 % 1980 Kenya 2 1 50 % 1987 Kenya 1 1 100 % 1998-2000 République démocratique du Congo 154 128 83 % 2005 Angola 374 329 88 % 2007 Ouganda 4 2 50 % 2008 États-Unis d'Amérique (depuis l’Ouganda) 1 0 0 % 2008 Pays-Bas (depuis l’Ouganda) 1 1 100 % 2012 Ouganda 15 4 27 % 2014 Ouganda 1 1 100 % 2017 Ouganda 3 3 100 %

D’autres épisodes sont connus ou ont eu lieu depuis : Éthiopie : cas signalés en 1984 et 1985, mais censure du gouvernement communiste de Mengistu, déjà confronté à une vaste famine. Depuis, le nombre de victimes reste inconnu. Guinée : le , un premier cas est détecté en Afrique de l'Ouest.. Ghana : deux cas sont signalés en . Guinée équatoriale : neuf morts entre le et le dans l'est du pays. Tanzanie : première épidémie dans ce pays avec huit cas dont cinq morts au . Rwanda : le 27 septembre 2024, le Gouvernement confirme une flambée épidémique dans le pays. Le bilan le 3 octobre est de 11 décès pour 38 cas confirmés. Éthiopie : en l'Éthiopie annonce 9 cas sur son territoire..

Transmission Initialement, l'infection humaine à MVD résulte d'une exposition prolongée à des chauves-souris Rousettus habitant les grottes ou les mines.

Le MVD se propage par transmission interhumaine par contact direct (à travers la peau ou les muqueuses lésées) avec le sang, les sécrétions, les organes ou d'autres fluides corporels des personnes infectées, et avec les surfaces et les matériaux (par exemple, la literie, les vêtements) contaminés par ces fluides.

Les agents de santé ont fréquemment été infectés lors du traitement de patients atteints de MVD suspectée ou confirmée. Cela s'est produit par un contact étroit avec les patients lorsque les précautions de contrôle des infections ne sont pas strictement appliquées. La transmission via un matériel d'injection contaminé ou par des piqûres d'aiguille est associée à une maladie plus grave, à une détérioration rapide et, éventuellement, à un taux de mortalité plus élevé.

Les rites funéraires impliquant un contact direct avec le corps du défunt peuvent également contribuer à la transmission de la maladie.

Les personnes ayant contracté la maladie de Marburg restent infectieuses tant que leur sang contient le virus.

Transmission sexuelle La transmission du virus de Marburg par le sperme a été documentée jusqu'à sept semaines après la guérison clinique.

Manifestations cliniques Cette maladie survenant principalement dans des pays aux ressources limitées, les descriptions cliniques et les informations biologiques sont rares et reposent essentiellement sur les cas européens. vignette|droite|Pathogenèse du virus de Marburg chez l'humain|alt=

Période d'incubation De 3 à 7 jours mais peut atteindre 21 jours.

Début Brutal avec céphalées frontale et occipitale, douleurs musculaires surtout lombaires. Beaucoup de patients se plaignent de sensibilité oculaire avec douleurs à la pression.

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