Pouvoirs (titre original : ) est un roman de médiéval fantastique de la romancière américaine publié en 2007 et traduit en français en 2011. Il a obtenu le prix Nebula du meilleur roman en 2008. Il constitue le troisième tome de la trilogie Chronique des rivages de l'Ouest.

Ce roman fantastique et réaliste est complexe dans son déroulement. Son auteur Ursula Le Guin invente et présente de nombreux personnages qui évoluent dans une cartographie inédite de contrées, de fleuves, de villes nouvelles, avec tout un vocabulaire insolite et parfois animiste, ainsi que dans des sociétés originales avec des rapports entre hommes et femmes reliées à l’esclavage. Gavir qui est son personnage principal passe de l’enfance à l’âge adulte dans le temps du livre. C’est un antihéros soumis et exposé à des épreuves multiples mais qui devient rebelle en découvrant progressivement ses mystérieux pouvoirs. C’est pourquoi la continuité de cette œuvre demande un long résumé pour en suivre, expliquer et comprendre les péripéties, les combats et les révélations successives.

Résumé

Première partie : Dans la Maison d’Arcamand La première partie est l’histoire de l’enfance de Gavir qui a douze ans, et de sa sœur Callo qui en a treize ou quatorze. Au début Gavir raconta à sa sœur sa vision d’une armée ennemie qui entrait par surprise dans la cité d’Étra pour l’envahir. Callo lui dit qu’il a peut-être des visions de l’avenir mais qu’il ne doit pas parler de ce pouvoir qui est interdit et qui fait peur. Ils sont tous deux des esclaves de famille de la grande Maison d’Arcamand qui fait partie des Cités-États des Rivages de l’Ouest. Le rigide système des castes régit la famille d’Arca qui est dirigée par le Père et la Mère à Étra où les Ancêtres sont pieusement vénérés. Yaven et son cadet Torm sont les fils de la famille. Tib et Hoby sont d’autres enfants esclaves qui sont seulement des esclaves de la maison moins capables d’être éduqués. Everra est lui-même un ancien esclave devenu érudit et leur professeur qui leur a appris à lire, à compter, et à réciter Les moralités de Trudec. Il prône l’« ancien temps » et les « vieilles habitudes », et la confiance envers les grandes maisons qui ne maltraitent pas leurs esclaves, les nourrissent et les enseignent. Cette confiance totale d’Everra envers les règles immuables des maisons lui fait rejeter les « poètes modernes » qui pensent autrement. Gavir est doué d’une parfaite mémoire pour les épopées et les contes d’Everra qu’il apprend par cœur facilement et son professeur voit en lui un futur enseignant érudit qui le remplacera ensuite.

Torm le fils cadet de famille veut être militaire et il fait jouer aux soldats les enfants esclaves, mais c’est tout à fait interdit dans la maison. Le Père l’apprend et fait brûler tous les arcs, épées en bois et boucliers. Torm se met dans des colères terribles incontrôlables et en classe il jette en l’air un petit qui rit de lui et qui gravement blessé à la tempe en meurt ensuite. Hoby, l’esclave de maison, devient l’ombre mauvaise de Torm. Il est né le même jour que Torm et sa mère, une fille-don mise enceinte par le Père, a été vendue à sa naissance pour éviter des problèmes de paternité, mais Hoby est resté protégé de son père. Hoby, turbulent et dernier de la classe d’Everra, ne supporte pas Gavir qui en est le meilleur et qu’il jalouse. Il surprend et agresse Gav sans cesse, jusqu’à le plonger plusieurs fois dans le puits jusqu’à la suffocation. Mais Gavir s’en sort et ne le dénonce pas. Yaven l’aîné des fils, devient amoureux de Callo qu’il finit par épouser avec l’accord de la famille. Une armée ennemie envahit par surprise la cité d’Étra et est vaincue finalement, et cet évènement valide la vision initiale prémonitoire de Gavir. Yaven est ensuite envoyé dans l’armée des Cités-États pour devenir officier, tandis que Torm protégé par son père est seulement mis sous la direction ferme d’un maître d’escrime arrivé dans la maison.

Deuxième partie : Dans la forêt de Daneran Dans la deuxième partie du roman, Torm aidé de Hoby enlèvent en calèche et ligotent Callo et une jeune esclave vierge pour les conduire jusqu’au domaine proche de Runda appelé les Puits Chauds. Ce domaine est celui du fils d’un sénateur très puissant dans le gouvernement d’Étra, ce qui flatte le père de la Maison d’Arcamand. Torm et Hoby livrent leurs otages et prisonnières aux fils de familles dévoyés qui sont les compagnons d’orgie et de débauche du fils du sénateur, et qui ont droit de vie et de mort sur les esclaves quels qu’ils soient. Callo en est victime, elle est blessée puis noyée dans le bassin des Puits Chauds. Callo lui avait dit « Je sens l’avenir. Et ce que je sens j’en suis sûre. Nous autres gens des Marais nous avons des pouvoirs ! ». Gavir l’a sus-morte avant qu’Everra l’appelle en lui parlant d’un terrible accident et en déplorant les crises de démence de Torm. La Mère comprit que Gavir devait quitter la maison et lui donna une aumônière pleine d’argent. Il s’enfuit de la maison qui avait trahi sa confiance en laissant mourir sa sœur.

Gav en habit blanc de deuil, s’enfuit au hasard par des chemins de plus en plus impossibles à pratiquer et après avoir erré, désespéré, il finit par ne plus se nourrir et est proche de mourir de faim. Il arrive alors sans le savoir près d’une rivière au pied d’une colline, tout près de l’entrée d’une caverne cachée qui est celle de Cuga le Fou. Celui-ci pense avoir été épié par lui pour le voler, et il assomme Gavir en l’entraînant dans sa grotte sale et enfumée où son chien Gardien vient se lover contre lui. Ensuite, Cuga a peur d’avoir presque tué un enfant qui est un esclave en fuite. Il le fait boire et le nourrit jusqu’à ce qu’il récupère son corps et ses esprits. Cuga est traité d’ermite et de sauvage et il fuit les fermiers autant que les esclaves marrons en fuite qui se trouvent plus au nord dans la forêt profonde. « Vous êtes le maître de Cugamand » dit Gavir à Cuga qui en est ravi et éclate de rire. Cuga lui dit ensuite de reprendre la route pour éviter l’hiver et de partir dans la grande forêt de Daneran. Gav lui donne son aumônière pleine d’argent et Cuga l’accompagne jusqu’à allumer un feu puis de repartir. Les hommes des bois le rejoignent bientôt au matin, armés d’arcs courts et de longs couteaux. Gav promet aux deux chefs de ne pas s’enfuir et il est accepté dans leur petite communauté. Il devient un bon pêcheur en leur ramenant des poissons. Puis le soir à la veillée il se rappelle des épopées lues et apprises par cœur dans la bibliothèque d’Arcamand, et chaque soir il leur récite et les tient en haleine avec ses histoires épiques. Mais les deux chefs à qui il a promis fidélité ne s’intéressent pas à ses récits et ses contes et ils n’apprécient pas de voir leur autorité remise en cause. Un soir il prononce à voix haute des strophes d’un nouveau poète appelé Orrec Caspro. Un vieil esclave guérisseur et rebouteux qui l’avait soigné avant à Étra lui avait secrètement donné son seul exemplaire des Cosmologies qui est le livre interdit d’Orrec Caspro. La fin d’une des strophes de ce poète se termine par « L’âme t’appelle - Sois notre jour - et notre flamme. Liberté ! » Ce mot de Liberté pour les esclaves de famille est un symbole de révolte, comme aussi pour les hommes des bois et encore pour ceux d’une communauté plus vaste d'esclaves libres qui vivent au nord de la forêt dans le Cœur de la forêt du pays de Barna.

Gavir finit par répartir de nuit au nord avec deux de ses compagnons, pour fuir l’autorité des deux chefs des hommes de la forêt qu’il ne supporte plus. Il est introduit auprès de Barna, le colosse barbu et roux qui est le fondateur de sa grande cité du Cœur de la forêt faite de maisons en bois habitées par d’anciens esclaves devenus libres. Barna l’accepte dans son village et il devient son confident a qui il confie ses projets et ses aspirations. Car Barna a découvert son talent de conteur érudit qu’il cherchait en vain depuis longtemps parmi ses compagnons et il le loge dans sa grande maison centrale pour qu’il raconte et enchante ses proches et ses admirateurs chaque soir. Mais Gavir découvre aussi que pour Barna tout était question de pouvoir et qu’il envisage même un futur soulèvement de tous les esclaves qui renverseraient les maîtres des grandes maisons pour être servis par eux à leur tour. Mais c’est faux, car pour Gavir « tout est question de confiance » et non de pouvoir. Gavir se fait ensuite une amie de Diéro, une ancienne maîtresse de Barna qui a été vite remplacée par des plus jeunes. Diéro est plus âgée que lui et elle lui fait retrouver lentement la mémoire de son passé et de la mort de sa sœur Callo qu’il avait complètement occultée avant en fuyant d’Étra. D’avoir retrouvé la tragique mémoire de la mort de sa sœur, protectrice de lui et bien-aimée, il en tombe malade et ne quitte plus sa chambre pendant longtemps, ce que Barna comprend lorsque Diéro le lui expliqua.

Gavrir apprit ensuite progressivement la situation respective et différente des relations entre les hommes et les femmes dans le village du Cœur de la forêt. Les jeunes et belles femmes sont souvent enlevées et amenées à Barna pour le distraire et le servir. Il peut à son gré en faire ses maîtresses lorsqu’il tombe amoureux d’entre elles, et aucun homme ne doit alors s’en approcher sous peine de s’exposer à ses violentes colères. Lorsqu’elles sont enceintes de lui elles sont ensuite chassées de la maison principale de Barna pour aller habiter à l’extérieur dans une des maisons des femmes, pour y faire naître et élever leurs futurs enfants. Et Barna ignore et ne revoit plus les mères et leurs enfants. Barna dans sa maison principale peut ainsi choisir et renouveler à loisir ses jeunes et belles amantes qu’il comble de cadeaux mais gare aux prétendants. C’est encore lui qui donne ensuite la permission aux hommes de vivre avec une femme choisie par eux à l’extérieur de sa maison. Il est à tout point de vue l’homme dominant de son village.

Une nouvelle venue âgée de quinze ans appelée Irad arriva chez lui accompagnée d’une enfant appelée Melle, après avoir été arrachées toutes deux par des chasseurs d’esclaves à un village situé à l’ouest de la forêt de Daneran. Barna devient éperdument amoureux d’Irad qu’il veut chaque nuit dans son lit et il va un soir jusqu’à la caresser intimement en public lors d’une de ses assemblées où contait Gavir l’Érudit. Cela déplut fortement à Irad qui s’enfuit de l’Assemblée et elle fut d’emblée poursuivie par Barna furieux hurlant après elle. Irad alla se réfugier jusque dans la pièce sous le toit attribué à Gavir et qu’elle connaissait bien car Gavir leur apprenait avec l’enfant Melle à y lire et à écrire en cachette. Barna retrouva Gavir dans la chambre de Diéro et l’accuse de tromperie en l’assommant et en lui cassant deux dents. Barma punissait mais ne blessait pas les femmes de sa maison, mais tout homme accusé de tromperie pouvait être tué par lui.

Troisième partie : Chez les gens des Marais Il ne restait plus à Gavir que de fuir au plus tôt Barna et à sortir de la grande forêt : Il fut aidé par les deux amis des hommes de la forêt avec qui il y était arrivé, qui lui firent passer la porte du village sans encombre, puis le guidèrent par des sentiers forestiers ignorés pour qu’on ne le retrouve pas. Il alla ensuite au sud-est jusqu’au pays du Marais dont il venait et où il espérait retrouver ses origines. Il embarqua sur une grande barge de colporteur entre les marais jusqu’à un premier village où on lui demanda son nom et son clan. Il leur dit qu’il ne connaissait que son nom de Gavir après avoir été enlevé enfant avec sa sœur par des chasseurs d’esclaves. On lui dit qu’il n’était pas de ce village et qu’il devait aller plus loin au sud vers Ferusi. Les gens des Marais qui s’appelaient les Rassiu vivaient dans cinq villages différents dont les mœurs et les coutumes différaient d’un village à l’autre.