Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie, dit le général Dumas, est un général de la Révolution française, né le à Jérémie (Saint-Domingue, aujourd'hui Haïti) et mort le à Villers-Cotterêts (Aisne).
Né à Saint-Domingue, il est le premier général de l'armée française ayant des origines afro-caribéennes, suivi de près par ses contemporains dans l'armée française Toussaint Louverture, André Rigaud et Louis-Jacques Beauvais puis par Wladyslaw Jablonowski et Joseph Serrant sous le Premier Empire.
Il fit la campagne de Belgique (1792-1793), la guerre de Vendée (1793-1796), la guerre des Alpes, la campagne d'Italie (1796-1797) et la campagne d'Égypte (1798-1801).
Il est le père de l'écrivain Alexandre Dumas (Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo) et le grand-père de l'écrivain Alexandre Dumas fils (La Dame aux camélias) et d'Henry Bauër.
Biographie Fils de noble et d'une personne réduite en esclavage Officiellement nommé Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie., Thomas Alexandre Dumas est le fils aîné d'un noble normand du pays de Caux, le marquis Alexandre Antoine Davy de La Pailleterie (1714-1786). Si ses ancêtres ont vécu dans le pays de Caux dès 1410 sur les terres de la Pailleterie situées à Bielleville, le père de Thomas Alexandre Dumas partit à Saint-Domingue et prit pour femme une esclave noire qu'il affranchit, nommée Marie-Cessette Dumas, faussement déclarée morte vers 1772 avec qui il eut au moins quatre enfantsL'extrait des registres des actes de l'état civil de la ville de Villers-Cotterêts publié par Alexandre Dumas dans Mes Mémoires () mentionne le mariage de Thomas-Alexandre Davy de la Pailleterie, « fils de feu Alexandre-Antoine Davy de la Pailleterie, ancien commissaire d'artillerie, mort à Saint-Germain-en-Laye en juin 1786, et de feue Marie-Cessette Dumas, décédée à la Guinodée, près du Trou-Jérémie, en Amérique, en 1772 ».. En réalité, deux documents notariés, signés en 1786 et en 1801 par le futur général Dumas, prouvent qu'il savait sa mère vivante jusqu'en 1786. Il naît à Latibolière, près du bourg de Jérémie, dans l'Habitation « Madère » attenante à la petite plantation de canne à sucre et de café, détenue par Alexandre Antoine.
Avant de retourner en France vers 1774, son père vend ses quatre enfants en tant qu'esclaves, mais Thomas Alexandre est vendu à réméré, c'est-à-dire avec possibilité de rachat ultérieur. Il sera ainsi racheté par son père et reviendra auprès de lui sous le pseudonyme de Thomas Rétoré. L'adolescent reprend alors le nom paternel et reçoit l'éducation d'un jeune noble (escrime, vie culturelle et autres « exercices du corps »)Ce train de vie aristocratique montre la capacité d'adaptation du jeune Thomas Alexandre, né administrativement esclave, l'enfant héritant du statut de la mère en vertu du Code noir (Tom Reiss, The Black Count: Glory, Revolution, Betrayal and the Real Count of Monte-Cristo, Crown Publishers, New York, 2012, 330 pages, p. 40). de son époque.
Il est placé en pension par son père chez Nicolas Texier de La Boëssière, rue Saint-Honoré à Paris, où les matinées sont consacrées à l'étude et les après-midis au maniement des armes, dans lequel il excelle, notamment au sabre. Il y fait la connaissance du chevalier de Saint-George, compositeur, escrimeur, également né esclave.
Bel athlète, son « mètre quatre-vingt-cinq » lui donne . Il a « des cheveux et sourcils noirs crépus, un visage ovale, plein et brun, une petite bouche, des lèvres épaisses. » Sa fait sensation dans les milieux parisiens qu'il fréquente avec . Par ailleurs, son père dépense beaucoup d'argent pour la garde-robe de son fils, afin qu'il tienne son rang dans la société. Les fonds paternels lui permettent de s'installer au début de 1784, alors qu'il a vingt ans, dans un logement rue Estienne, à proximité du Louvre.
Le militaire Après une dispute avec son père (qui le prive de ressources) notamment liée au remariage de ce dernier le avec Marie Retou, sa cadette de trente ans, il s’engage pour huit ans dans l’armée le , dans le régiment de La Reine dragons comme simple cavalier sous le nom d'Alexandre Dumas, précisant « fils d'Antoine et de Cecette Dumas » (le nom de sa mère).
Selon son fils, il se serait vite rendu célèbre dans le régiment par ses prouesses herculéennes. C'est là en tout cas qu'il se lie avec de futurs généraux d'Empire, Jean-Louis Espagne, Louis-Chrétien Carrière de Beaumont, Joseph Piston. L'Édit de Ségur bloquant leurs prospects d'avancement étant aboli, ces quatre jeunes sous-officiers roturiers ou libre de couleur, talentueux et épris des idéaux révolutionnaires, vont voir leurs carrières connaître des progressions fulgurantes lorsque l'armée aura besoin de commandants compétents et motivés lors des défections des royalistes à l'ennemi qui s’accroissent après la fuite de Varennes et jusque l'abolition de la royauté. D'autant plus qu'il faut cornaquer et amalgamer les nombreux volontaires et autres fédérés de la Levée en masse s'ajoutant aux troupes de ligne et gardes nationaux locaux quand, en , l'hétéroclite Armée révolutionnaire française compte sous les drapeaux répartis en 15 armées, chiffre considérable pour l'époque, qui finira par s'élever à en action lors de toutes les campagnes des Guerres de la Révolution françaiseA. Forrest, Déserteurs et insoumis sous la Révolution et l'Empire, Paris, 1988, 327 p.P. Contant, Étude de la morbidité dans les hôpitaux militaires français pendant la Révolution française durant la période du 20 avril 1792 au 19 brumaire an VIII, Thèse de doctorat d'histoire, Université de Paris IV, 1992, 687 p.A. Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, PUF, 1989.. Leur amitié et leurs exploits inspirent sans doute le roman Les Trois Mousquetaires, écrit plus tard par le fils du général« À travers d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, transparaissent assez clairement les figures du général et de ses trois compagnons des dragons de la Reine : Carrière de Beaumont, Piston et Espagne ».
En , un détachement de son régiment, alors stationné à Laon depuis un an, est envoyé à Villers-Cotterêts pour sécuriser la région, soumise aux troubles de la Révolution française et à la Grande Peur. En l'absence de caserne dans la ville, les dragons sont hébergés par les habitants. Logeant à l’auberge « L'Écu de France », Dumas y rencontre sa future épouse, Marie Louise Élisabeth Labouret, fille de l’aubergiste. Les fiançailles ont lieu le . Dumas n'épouse Marie Labouret qu'en , son beau-père Claude Labouret ayant exigé qu'il obtienne le grade de brigadier (chose faite en ).
Le , des milliers de Parisiens se rendent au Champ-de-Mars pour exiger l'abdication du roi après sa fuite à Varennes, considérée comme une trahison. L'Assemblée, qui souhaite le maintien de la monarchie, demande à La Fayette de réprimer la manifestation. Le maintien de l'ordre est en partie confié aux dont Dumas commande une section. Il prend l'initiative d'installer deux canons légers. La fusillade qui suit fait entre douze et cinquante morts, et quelques années plus tard, il a à expliquer son initiative devant le Comité de salut public.
L'officier de la Révolution gauche|vignette|Le général Alexandre Davy de La Pailleterie, gravure de François Bonneville, fin du . Pendant la Révolution, la carrière militaire de Dumas progresse de manière fulgurante. Il sert d’abord sous les ordres du général Dumouriez dans l'armée du Nord. Le brigadier Dumas mène des patrouilles de quatre à huit dragons et chasseurs à cheval pour des missions de reconnaissance. Le , il tombe sur une douzaineDans ses Mémoires, Dumas l'écrivain compte treize adversaires. de Tyroliens, et à leur surprise, donne la charge. et sont faits prisonniers. Le général Beurnonville le nomme alors maréchal-des-logis. Dans son édition du , Le Moniteur universel raconte que Dumas . Dumas fait don de sa part de butin à la Nation.
En 1792 sont créées des « légions franches », pour servir de forces supplétives aux armées régulières, constituées de volontaires étrangers, telles la Légion germanique de Cloots ou la Légion anglaise d'Oswald. Sur le même modèle, et à l'initiative de Julien Raimond, la Convention crée un corps de troupe de mille hommes de couleur, la Légion franche de cavalerie des Américains et du Midi, également appelée Légion noire, ou Légion des Américains, ou Légion Saint-George, du nom de son commandant, le chevalier de Saint-George. Ce dernier songe aussitôt à recruter Dumas, mais celui-ci venait d'incorporer la Légion des Hussards de la liberté et de l'égalité, de Boyer, avec le grade de capitaine. Saint-George renchérit en proposant le grade de lieutenant-colonel, et commandant en second de la Légion franche des Américains, ce que Dumas accepte.
Fin 1792, Dumas retourne à Villers-Cotterêts où il épouse Marie Louise Élisabeth Labouret à la mairie, sans cérémonie religieuse (période anticléricale et de déchristianisation, 10 ans avant l'apaisement du Concordat), le . Jean Louis Brigitte Espagne est l'un de ses témoins. Parmi les invités figure Marie Retou, la veuve de son père. Dumas doit repartir deux semaines plus tard, laissant sa femme enceinte de leur premier enfant, Alexandrine Aimée, qui naît le .
En , Dumas rejoint à Laon la Légion franche des Américains, qu'il doit administrer seul. Il doit trouver des armes, des vivres, des chevaux pour cette troupe d'environ deux cents hommes, et ne reçoit aucun soutien pour cela. Malgré cela, Dumas se distingue à Mouvaux près de Lille où, , selon Antoine-Vincent Arnault dans sa Biographie nouvelle des contemporains de 1820.
Nommé général de brigade grâce à la protection de Bouchotte, il est chargé de la défense de Pont-à-Marcq, village par lequel communiquent deux ailes de l'armée française. Il repousse les colonnes qui viennent l'assaillir, et est promu au grade de général de division le et commande le camp de Mons-en-Pévèle. Il a et il est le premier général d'origine afro-antillaise de l'armée française. À sa suite, plusieurs militaires de couleur, originaires de Saint-Domingue, sont également nommés généraux : à savoir Louis-Jacques Beauvais, Toussaint Louverture, André Rigaud et Jean-Louis Villatte le , puis Antoine Chanlatte le Bernard Gainot, Les officiers de couleur dans les armées de la République et de l’Empire (1792-1815), éditions Karthala, Paris, 2007, 232 pages. Cf. p. 79..
En acceptant sa promotion, Dumas n'ignore sans doute pas les risques qu'il court. Depuis le printemps 1793, le Comité de salut public est institué, et des « représentants en mission aux armées » veillent au bon déroulement des opérations militaires, et s'assurent de la loyauté des officiers et des généraux. Dumas doit ainsi rendre régulièrement des comptes au Comité.
L'armée des Alpes redresse=1.3|vignette|Le général Alexandre Davy de La Pailleterie, vue d'artiste d'Olivier Pichat, après 1883. Appelé en au commandement de l'armée des Pyrénées occidentales, il se heurte aux représentants du peuple de Bayonne qui avaient procédé à leur propre nomination d'un général en chef, au mépris des ordres venus de Paris. Il ne prend jamais son commandement en tant que général en chef officiellement nommé de cette armée. De ce bref passage dans les Pyrénées, on retient le dégoût manifesté par le général Dumas pour les exécutions publiques, ce qui lui vaut le surnom de « Monsieur de l'Humanité »Alexandre Dumas, Mes Mémoires, tome 1, éditions Michel Lévy, Paris, 1863, 320 pages. Cf. p. 40., ce qui à l'époque n'était pas un compliment.
Le général Dumas est nommé en par le Comité de Salut Public commandant en chef de l'armée des Alpes, forte de , mais en pleine désorganisation. Il garde à ses côtés son ami Espagne et le général Piston. Il doit alors faire face à des dénonciations auprès du Comité de salut public à propos de sa présence lors de la fusillade du Champ-de-Mars, mais il se défend : . L'affaire est classée sans suite, d'autant que Dumas est le quatrième commandant de l'armée des Alpes en un an.