LEspagne barcide est une province carthaginoise de 237 à 206, qui a été conquise sur les tribus ibères locales par la famille des Barca (également appelés Barcides), jusqu'à la deuxième guerre punique et la victoire romaine de 206 de Scipion l'Africain.
Œuvre d'Hamilcar Barca (237-229) Expédition d'Hamilcar Barca En 237, Hamilcar Barca subit deux déceptions avec la fin de la première guerre punique: la première est la capitulation face à Rome en 241 qu'il juge inutile, voir dangereuse pour Carthage, et la deuxième déception est la guerre qu'il a dû mener contre ses anciens soldats lors de la guerre des Mercenaires en 237Yann le Bohec, Histoire militaire des guerres puniques, p. 115.
Hamilcar Barca emmène avec lui ce qu'il reste des grandes compagnies carthaginoises. Le chemin de son expédition est assez simple, il devait franchir le détroit de Gibraltar et fonder dans le sud de la péninsule Ibérique la « stratégie de Carthage » (c'est-à-dire une zone placée sous l'autorité du pouvoir militaire).
Conquête du Sud de l'Ibérie Hamilcar Barca venait chercher dans cette région la richesse (plus pour ses concitoyens d'ailleurs que pour lui). En effet, cette région est connue des navigateurs phéniciens, on a retrouvé de nombreuses céramiques des deux côtés du détroit de Gibraltar (de Carthagène à Oran), ce qui montre les liens établis entre les deux régionsYann le Bohec, Histoire militaire des guerres puniques, p. 116.
Hamilcar Barca trouva dans cette région des chevaux et des hommes, c'est-à-dire les ressources nécessaires pour faire la guerre. De plus, il vient aussi pour chercher des ressources censées aider économiquement Carthage : métal et autres métaux précieux. Cependant, cette conquête fut difficile, car très vite les troupes carthaginoises eurent à soumettre les Turdétans (habitants de la péninsule Ibérique associés à des Celtes de la région du Portugal)Yann le Bohec, Histoire militaire des guerres puniques, p. 117. Après les indigènes, le nouveau territoire carthaginois devait affronter une grande puissance commerçante du littoral nord de la Méditerranée : Rome et son principal allié des régions nord de la Méditerranée, c'est-à-dire Marseille. En effet, les progrès des armées puniques dans le sud de la péninsule Ibérique, finirent par inquiéter les commerçants de Marseille, et Rome finit par donc envoyer une ambassade à Hamilcar Barca. Celui-ci répondit qu'il annexait ces régions pour pouvoir payer l'indemnité que Carthage devait à Rome à la suite du traité de 241, qui mettait fin à la première guerre punique.
Hamilcar Barca meurt en 229, sans terminer ses conquêtes, dans un combat contre des indigènes.
Hasdrubal : le successeur (229-221)
Carthage choisit le successeur d'Hamilcar Barca : son gendre Hasdrubal est désigné. Hasdrubal a les faveurs de ses subordonnés, ainsi que de toute la troupe d'ailleurs. Il préfère la diplomatie à la guerre et fait alliance avec des chefs indigènes, épouse une princesse autochtone et poursuit la stratégie de son ascendantYann le Bohec, Histoire militaire des guerres puniques, p. 118.
Il fonde une sorte de capitale pour l'Espagne barcide : Carthagène qui signifie la « Nouvelle Carthage » (en latin Carthago Nova), ou bien encore la Nouvelle nouvelle ville, car Carthage signifie déjà "Nouvelle ville" en phénicien. En 226, il signe un traité avec Rome qui délimite les zones d'influences des deux civilisations en Ibérie, de part et d'autre de l'Èbre. La transgression de ce traité est la cause de la Deuxième guerre punique qui commença en 218.
Hasdrubal meurt en 221.
Hannibal Barca: le conquérant (221-206) Débuts En 221, Hannibal succède à Hasdrubal. Cette succession ne fut pas cette fois-ci choisie par le Sénat de Carthage, mais directement par l'armée d'Ibérie. Le jeune Hannibal décida dès son accession au titre de général de faire la guerre aux peuples indigènes. Puis, il passa l'hiver 220-219 à hiverner à Carthagène, et à l'été 219, il décide de mettre le siège devant Sagonte, ce qui déclencha la deuxième guerre puniqueYann le Bohec, Histoire militaire des guerres puniques, p. 119.
Domination carthaginoise et contre-attaque romaine
Achèvement de la conquête par Hannibal Dès qu’il est nommé général, Hannibal envisage d’attaquer Sagonte. Pour cela, il conduit son armée chez les Olcades (peuple neutre mais sous influence punique). Il pille Althia, capitale de ce peuple. Les autres cités se rangent du côté punique par peur. Hannibal passe ensuite l’hiver cantonné à Carthagène. Puis , il attaque les Vaccéens, et il prend les cités d’Hermandica et d’Arbocala. À la suite de ces événements, les Carpétans se soulevèrent. Avec des effectifs de , ils seront difficiles à vaincre, Hannibal utilise alors . La bataille s'engage près du Tage. Elle s'achève sur une victoire carthaginoise et les Carpétans se soumettent. Tous les pays au Sud de l’Èbre sont sous domination carthaginoise, sauf la cité de SagonteTite-Live, Histoire romaine: livre XXI, paragraphe 5.
Les habitants de Sagonte envoient une délégation à Rome pour empêcher Hannibal de prendre la cité. Pendant ce temps, Sagonte subit un assaut terrible sur trois points de son rempart (Hannibal est même blessé par un coup de javelot)Tite-Live, Histoire romaine: livre XXI, paragraphe 6-7. La cité est finalement prise après 7 mois de siège. Les notables font alors un feu sur le forum dans lequel ils jettent tous les biens de valeurs des habitants et de l’État, et la plupart des survivants s’y jettent également. Hannibal donne l’ordre de tuer toute la population adulteTite-Live, Histoire romaine: livre XXI, paragraphe 14.
Hannibal laisse l’Hispanie sous le contrôle de son frère Hasdrubal avec , 300 Ligures et 500 Baléares. Il compléta cette infanterie auxiliaire avec de la cavalerie: 450 Libyphéniciens (Puniques métissés d’Africains), Numides et Maures, un faible contingent d’Ibères (300 cavaliers Ilergetes) [ces mercenaires espagnols n’étaient pas sûrs et ils passaient fréquemment d’un camp à l’autre], et 21 éléphants. Pour la flotte, Hannibal laisse à son frère: 50 quinquérèmes, 2 quadrirèmes et 5 trirèmes. Mais pas plus de 32 quinquérèmes et 5 trirèmes en état de marche et équipésTite-Live, Histoire romaine: livre XXI, paragraphe 22.
Arrivée des Romains
En Hispanie en , Publius Cornelius Scipion débarque près d’Emporium avec son frère Cnaeus Cornelius Scipio Calvus, et ils soumettent pour Rome toute la côte des Lacétans jusqu’à l’Èbre, en renouvelant les anciennes alliances et en créant de nouvelles. Leurs générosités se répandirent dans les montagnes, et plusieurs peuples farouches des montagnes signèrent une alliance offensive, et permirent à Publius Cornelius Scipion de recruter plusieurs cohortes d’auxiliaires de valeur. Hannon avait la charge de surveiller le sud de l’Ebre, et voyant les Romains s’installaient il décida de riposter. Publius Cornelius Scipion accepte la bataille car il ne veut pas attendre qu’Hasdrubal Barca se joigne à Hannon. Les Romains sortent vainqueurs de l’affrontement. Ils font , capturent dont Hannon et plusieurs notables. La cité de Cissis est aussi capturéeTite-Live, Histoire romaine: livre XXI, paragraphe 60.
Pendant ce temps, Hasdrubal Barca avait passé l’Èbre avec et . À la nouvelle de la défaite, il rebrousse chemin vers la mer. Il pousse à la défection les Ilergètes qui pourtant avaient donné des otages à Rome. Publius Cornelius Scipion décide alors de marcher contre la capitale des Ilergètes : Atanagrum qu’il soumet en peu de jours. Il redemande des otages et cette fois le paiement d’une indemnitéTite-Live, Histoire romaine: livre XXI, paragraphe 61. Publius Cornelius Scipion marcha également contre les Ausétans, alliés de Carthage et surprit les Lacétans en train de leur envoyer des renforts. Finalement, les Ausétans se rendirent car leur chef Amusicus avait rejoint Hannibal. Publius Cornelius Scipion demanda le paiement d’une indemnité de d’argent.
Combats en Hispanie de Publius Cornelius Scipion
Au printemps 217, un combat naval a lieu à l’embouchure de l’Ebre. Ce combat est plus une escarmouche qu'une bataille, car on note la présence en Hispanie de nombreuses tours qui sont construites sur les hauteurs, et qui servent de tours de guet ou de défenses contre les pirates notamment. Ces tours permettent donc à Hasdrubal de devancer l’attaque romaine. Les Carthaginois prennent donc la fuite, après un simulacre de bataille. Au premier abordage, deux navires carthaginois sont pris et quatre sont coulésTite-Live, Histoire romaine: livre XXII, paragraphe 19.
Après cette escarmouche, les Romains capturent en plus vingt-cinq navires sur quarante (en fait tous ceux qui ne sont pas pris dans le sable). La flotte se dirige ensuite vers Onussa et prend la cité rapidement. Ensuite, la flotte part ravager le territoire de Carthagène. À Longutica, les Romains prennent un entrepôt de jonc (très utile pour la construction des navires de cette époque), se servent abondamment et brulent le resteTite-Live, Histoire romaine: livre XXII, paragraphe 20. Une délégation des Baléares vient trouver Publius Cornelius Scipion pour demander la paix. De nombreuses délégations arrivent d’Hispanie quand Publius Cornelius Scipion retourne sur le continent, et il reçoit la soumission de plus d’une centaine de peuples. Hasdrubal, quant à lui, se retire en Italie.
Cette même année 217, une fois les Romains partis du nord de l'Ebre, une des tribus ibériques se révolte. Il s'agit de Mandonius, l’ancien roi des Ilergètes, qui se soulevèrent contre Rome et ravage les territoires des alliés de Rome. Publius Cornelius Scipion envoya des tribuns militaires avec des soldats légèrement armés et ils dispersèrent ces bandes d’irréguliers. Pourtant, ce soulèvement ramena Hasdrubal au nord de l’Ebre pour défendre ses alliés. Mais en même temps, les Celtibères envoyèrent une délégation à Publius Cornelius Scipion et ils trouvèrent un accord. Publius Cornelius Scipion encouragea donc les Celtibères à attaquer le territoire carthaginois, ce qu’ils firent. Ils prirent trois villes d’assaut, remportèrent deux brillantes victoires contre Hasdrubal, faisant environ et prisonniers, et prenant également de nombreux étendardsTite-Live, Histoire romaine: livre XXII, paragraphe 21.
Retour de Publius Cornelius Scipion en Hispanie avec le titre de proconsul
Publius Cornelius Scipion revient en Hispanie, après avoir eu son commandement de consul prorogé par le Sénat de Rome. Il arriva en Espagne avec trente navires de guerre et , des navires de ravitaillement l’escortaient (il accoste au port de Tarragone) Comme les Carthaginois étaient occupés par la guerre contre les Celtibères, les deux frères Scipions en profitèrent pour passer l’Ebre, et notamment se diriger sur le territoire de Sagonte, où devaient se trouver les otages de toute l’Hispanie (rassemblés par Hannibal avant son départ pour l'Italie). Abélux, un transfuge, cherchait à rendre un important service aux Romains, et il pensait que le meilleur moyen serait de libérer les otages. Pour cela, il chercha à abuser le chef de la garnison de Sagonte: Bostar. Après une fausse embuscade, les otages sont capturés par les Romains, qui les renvoient auprès de leurs familles (pour ainsi pouvoir s'attacher les services des tribus auxquelles ils ont rendu les otages)Tite-Live, Histoire romaine: livre XXII, paragraphe 22.
Année 216 non décisive
En 216, la situation en Hispanie est confuse; Du côté carthaginois, Hasdrubal lance une attaque contre les Tartésiens, et du côté romain, Cnaeus Cornelius Scipio Calvus commande les forces terrestres et Publius Cornelius Scipion les forces maritimes. Hasdrubal reçoit l’ordre de partir en Italie, et à la suite des rumeurs du départ d’Hasdrubal, quelques peuples rejoignent spontanément les RomainsTite-Live, Histoire romaine: livre XXIII, paragraphe 26-27.