Alphonse Allais, né le à Honfleur et mort le à Paris, est un journaliste, écrivain et humoriste français.

Célèbre à la Belle Époque, reconnu pour sa plume acerbe, insolente et irrévérencieuse, il est notamment renommé pour ses calembours et ses vers holorimes. Il est parfois considéré comme l'un des plus grands conteurs de langue française et un maître de l'humour absurdeFrançois Caradec, « Avant-propos », in Alphonse Allais, Œuvres anthumes, Robert Laffont, « Bouquins », .

Biographie vignette|upright=0.5|gauche|La maison natale d'Allais à Honfleur. vignette|redresse| Alphonse Allais, enfant (photographie, anc. Coll. Jacques Leroy). Alphonse Allais est le cadet d'une fratrie de cinq enfants nés de Charles Auguste Allais (1825-1895), un pharmacien, installé au 6 de la place de la Grande-Fontaine (aujourd'hui place Hamelin.), à Honfleur, et d'Alphonsine Vivien (1830-1927).. L'une des sœurs aînées d'Alphonse, connue sous le nom de Jeanne Leroy-Allais (1853-1914), devient autrice pour enfantsLe Figaro, Paris, 25 octobre 1914, .Notice bibliographique, catalogue général de la BNF..

Jusqu'à l'âge de trois ans, il ne prononce pas un mot, sa famille le croit muetAlphonse Allais, Œuvres complètes. Œuvres anthumes, édition de François Caradec et Pascal Pia, La Table ronde, 1981, .. À l'école, il semble plutôt se destiner à une carrière scientifique : il passe à seize ans son baccalauréat en sciences. Recalé à cause des oraux d'histoire et de géographie, il est finalement reçu l'année suivante. Il devient alors stagiaire dans la pharmacie de son père qui ambitionne pour lui une succession tranquille, mais qui goûte peu ses expériences et ses faux médicaments et l'envoie étudier à Paris. En fait d'études, Alphonse préfère passer son temps aux terrasses des cafés ou dans le jardin du Luxembourg, et ne se présente pas à l'un des examens de la Faculté de pharmacie. Son père, s'apercevant que les fréquentations extra-estudiantines de son fils ont pris le pas sur ses études, décide de lui couper les vivres. vignette|redresse| Alphonse Allais en étudiant « potard », portrait carte-de-visite, fin des années 1870, Paris (ancienne coll. Jacques Leroy). Pour subsister, Alphonse Allais s'essaye d'abord à la photographie, sur les traces de son ami Charles Cros, mais ne connaît pas le succès. Il décide alors de s'essayer au métier de journaliste, publiant des chroniques loufoques dans diverses revues parisiennes. Avec ses amis du Quartier latin, il fait aussi partie de plusieurs groupes fantaisistes comme « les FumistesÉmile Goudeau », pour désigner ces manifestations de l'esprit « fin de siècle », invente le terme « fumisme » : « Fumisme : le rire jaune du Chat noir ». », « les Hydropathes » ou « les Hirsutes. ».

En 1881, après avoir terminé sans succès ses études de pharmacieLa Gazette, bulletin de la Société d'histoire de la pharmacie, année 1913, , , : « Allais ne fut jamais reçu pharmacien »., il devient collaborateur du journal du cabaret Le Chat noir. C'est grâce à ses écrits humoristiques et à ses nouvelles, écrites au jour le jour, qu'il connaît le succès. Il collabore à l'hebdomadaire Le Chat Noir à partir du numéro 4, daté du , (Feu de paille). En 1885, il fréquente le café-restaurant Au Tambourin situé au 62, boulevard de ClichyLa Gazette de Montmartre, , , ..

Le , il devient rédacteur en chef du Chat noir (). Sa dernière chronique dans ce périodique date du . Il continue à publier chaque jour des contes et d'autres œuvres courtes dans des journaux tels que le Gil Blas ou, à partir de 1892, Le Journal (sa première chronique, « Le perroquet », parait dès le numéro daté Le Journal, Numéro 2, page 2.. La dernière chronique d'Alphonse Allais, « La faillite des centenaires », est parue le , ).

Au début des années 1890, il sort ses deux premiers recueils de contes humoristiques et absurdes que sont À se tordre (1891) et Vive la vie ! (1892). Au cœur de la Belle Époque, il devient célèbre et populaire grâce à son écriture légère et à son humour décalé, ses calembours et ses vers holorimes. vignette|redresse|gauche| Alphonse Allais à l'époque du Journal (1892-1894). En , peu avant les élections législatives, la presse rapporte qu'un mystérieux « Albert Caperon, dit Captain Cap » se présente comme dans le arrondissement de Paris, ainsi que l'annonce sa profession de foi imprimée sur un papier couleur bleu outremerLire par exemple le communiqué dans : Le Petit Caporal, Paris, 11 août 1893, . Dix ans plus tard, Allais reviendra sur cette affaire.

Le , il s'embarque au Havre sur le paquebot de luxe La Touraine, navire-amiral de la Compagnie générale transatlantique, à destination de New-York et du Canada, en compagnie de son ami Paul Fabre, le lieutenant Ernest Debiève et J. Berthier de Casaunau.. À cette époque la traversée dure huit jours, qu'il passera agréablement entre cocktails, flirts, et invitations à la table de l'état-major.. Il en a laissé un récit vivant dans une de ses chroniques, et arrivé à New-York, il note avec humour. : . Il voyage ensuite au Canada (où il situera plusieurs de ses contes) et rentre en France en juillet.

En 1895, il épouse une jeune femme de vingt-six ans, Marguerite Marie Gouzée (1869-1914), fille d'un brasseur d'Anvers. En , il devient rédacteur en chef d'un nouveau journal humoristique, Le Sourire, fondé par Maurice Méry, pour rivaliser avec Le Rire. Il continue aussi à publier des recueils : Ne nous frappons pas sort en 1900 et Le Captain Cap, personnage qui incarne le goût de l'absurde caractéristique d'Alphonse Allais, paraît en 1902. Mais derrière son écriture légère et son style narquois, on sent dans les écrits d'Allais une sorte de déception ; ses critiques des militaires, des politiques et des curés sont toujours empreintes d'un certain pessimisme.

Il meurt frappé d'une embolie pulmonaire, consécutive à une phlébite. Une version des événements précédant immédiatement sa mortTout sur tout. Le dictionnaire de l'insolite et du sourire, éditions France Loisirs, 1986, affirme que son médecin lui aurait ordonné de rester au lit pendant six mois, qu'Allais aurait négligé cette recommandation, qu’il se serait rendu au café, comme tous les jours et, qu'à un ami qui le raccompagnait à son domicile, où il habitait en l'absence de sa femme, il aurait fait cette dernière plaisanterie : Cette histoire, racontée par Léon Treich dans L'Esprit français, et selon Anatole Jakovsky répandue par « un journaliste mal informé devant le micro de Radio Luxembourg », figure néanmoins telle quelle dans le Journal de Jules Renard (). Elle semble cependant fortement contredite par une lettre d’Alphonse Allais à sa mère du , dans laquelle il lui apprend qu’à la suite d’une phlébite il vient effectivement de passer « 40 jours sur le dos, sans même pouvoir travailler », obéissant ainsi scrupuleusement à son médecin, Bélin, et qu'il est maintenant en conséquence Cinquante Cinq Contes d’Alphonse Allais, ..

vignette|Plaque commémorative au 24, rue d’Amsterdam.

Quoi qu’il en soit, il meurt le à à l'hôtel Britannia, 24, rue d'Amsterdam. Il est enterré au cimetière parisien de Saint-Ouen. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors du bombardement du nord de Paris le , une bombe de la Royal Air Force pulvérise sa tombe. Ses cendres « virtuelles » sont transférées à Montmartre en 2005.

Il reste de lui l'image d'un homme à l'humour acide et d'un spécialiste de la théorie de l'absurde, mais il est aussi l'auteur, moins connu, de travaux scientifiques : recherches sur la photographie couleur, travaux très poussés sur la synthèse du caoutchouc, découverte, dès 1881, du café soluble lyophilisé dont il a déposé le brevet, le sous le numéro Dominique Bougerie, Honfleur et les Honfleurais. Cinq siècles d'histoires, Éd. Marie, 2002, ., bien avant donc que Nestlé, grâce à son chimiste alimentaire , ne le reprenne en 1935 et lance le NescaféAllais inventeur sur Le Parti du Sourire..

L'univers d'Alphonse Allais vignette|Affiche de la campagne électorale pour l'élection législative du 20 août 1893 d'Albert Caperon, dit « Captain Cap ». Alphonse Allais faisait partie de la liste électorale.

L'écrivain Poète – né le même jour qu'Arthur Rimbaud – autant qu'humoriste, Alphonse Allais a cultivé entre autres le poème holorime, c'est-à-dire constitué de vers entièrement homophones. Ainsi par exemple : Par les bois du djinn où s'entasse de l'effroi, Parle et bois du gin, ou cent tasses de lait froid. Ce court poème est précédé et suivi de ces explications :

ou bien : Alphonse Allais de l'âme erre et se fout à l'eau. Ah ! l'fond salé de la mer ! Hé ! Ce fou ! Hallo. ou encore, faisant précéder le distique holorime d'une explication (peut-être nécessaire ?) :

Je dis, mettons, vers mes passages souterrains Jeudi, mes tons verts, mais pas sages, sous tes reins . .

Il pratique à l'occasion le double sens, facétieux comme il se doit : Ah ! Vois au pont du Loing : de là vogue en mer Dante. Hâve oiseau pondu loin de la vogue ennuyeuse. suivi du commentaire de bas de page :

Alphonse Allais précise par ailleurs, dans un texte qu'il date « Fantasio, », qu'il a « l'honneur d'être l'auteur » du vers néo-alexandrin, qui

La mystification peut s'étendre à la dimension d'une nouvelle entière, comme l'a Lector in fabula, qui analyse la nouvelle d'Allais intitulée Un drame bien parisien. vignette|redresse| Photographie autographe d'Alphonse Allais dédicacée à Sacha Guitry. Son art de « tirer à la ligne » était proverbial. Il est vrai qu'il faisait même cela avec esprit : Il en fait même parfois un élément comique, ce dont abusera également son ami Sacha Guitry :

Mon sang ne fit pas cent tours. Mon sang ne fit pas vingt tours. Mon sang ne fit pas dix tours. … (j'abrège pour ne pas fatiguer le lecteur) Non mesdames, non messieurs, mon sang ne fit qu'un tour.

Quelques personnages reviennent de façon récurrente dans le monde d'Alphonse Allais. Le Captain Cap, de son vrai nom Albert Caperon, est un personnage qui a son franc-parler et affirme : Son apparition est prétexte à fournir des recettes de cocktails.

Francisque Sarcey, critique théâtral du journal Le Temps et personnification du « gros bon sens » bourgeois, est souvent cité dans les contextes les plus loufoques. La « victime » ne s'en formalisait pas, et se réjouissait même d'être imitée par un écrivain aussi spirituel. Un autre auteur lui ayant emprunté le procédé, Allais tint à mettre les choses au point :

Dans plusieurs nouvelles, Alphonse Allais s'amuse aux dépens de l'économiste Paul Leroy-Beaulieu, économiste libéral présenté facétieusement comme adepte du protectionnisme.. Chaque fois qu'il est question d'affaires relevant de près ou de loin du domaine économique, il en profite pour se moquer de Paul Leroy-Beaulieu, en mettant dans sa bouche des énormités, ou en caricaturant ses opinions jusqu'à leurs ultimes (et absurdes) conséquences.

Quand une de ses chroniques aborde l'art militaire, même de la façon la plus loufoque, il ne manque pas de ridiculiser gentiment le général , autrement dit le très authentique Léon de Poiloüe de Saint Mars, le « Père du Soldat », très estimé de ses troupes pour son utile invention de la cuisine roulante.