Noël Danycan, seigneur de l'Épine, né le à Saint-Servan, mort le à Paris, est un négociant et un des principaux armateurs et corsaires de Saint-Malo, commanditaire de la Compagnie des Indes et l'une des plus importantes fortunes du royaume vers 1700 ; il s'est aussi occupé d'exploitation minière.

Biographie Débuts Noël Danycan commence à naviguer à quinze ans sur des navires de commerce armés par son père. Il s'établit ensuite comme négociant à Saint-Malo.

En 1685, il épouse Marguerite Chantoiseau ; de ce mariage naîtront quatre enfants.

Activités commerciales et corsaires Dès 1697, c'est lui qui est à l'origine des expéditions des Mers du Sud, qui ont rapporté près de 200 millions de livres à la France lors de la guerre de Succession d'EspagnePaul Butel, 1982, page 214.

Pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, il arme de nombreux navires pour la course dont ceux d'un autre célèbre corsaire, Duguay-Trouin. De 1692 à 1695 ce dernier commande six bâtiments en course, dont l'un s'appelle le Danycan.. Les épaves de deux de ses frégates sont échouées sur les balises près de la fosse des Dinanaishttp://www.adramar.fr/fileadmin/user_upload/Un_Corsaire_Sous_la_Mer_Vol_2.pdf. En 1696, Noël Danycan de l'Espine arme six frégates-corsaires pour attaquer les Anglais qui mettent en danger Plaisance, le siège principal des pêcheries françaises de Terre-Neuve. Première tentative vers la Mer du Sud par le capitaine Jean-Baptiste de Gennes En 1695, Jean-Baptiste de Gennes (vers 1656-1705) a proposé d'établir une base française sur la côte du Pacifique de l'Amérique du Sud pour conquérir les mines d'argent du Pérou. Une société comprenant 85 actionnaires est formée à la Cour dont Vauban, Villars, le duc de Chaulnes et le duc de Nevers, la princesse de Conti, la marquise de Montespan, a recueilli . Six navires (le Faucon-Anglais du capitaine Jean-Baptiste de Gennes, le Soleil-d'Afrique du capitaine Du Parc, le Séditieux du capitaine de la Rocque, la Félicité, frégate du roi, une flûte la Gloutonne, et la Féconde qui se détache du convoi pour aller en Gambie puis à CayenneErik Wilhelm Dahlgren, Voyages français à destination de la mer du Sud avant Bougainville (1695-1749), dans Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires. Choix de rapports et instructions publié sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique et des beaux-arts, Imprimerie nationale, 1907, tome 14, (lire en ligne)) sont armés et partent de La Rochelle sous le commandement de de Gennes le . Le convoi passe par la rivière de Gambie, relâche dans la baie de Rio de Janeiro et arrive le à l'entrée du détroit de Magellan qu'il tente deux fois de franchir sans succès à cause des vents. Il abandonne et va croiser plusieurs mois dans la mer des Antilles où il capture 5 bateaux anglais, dont le Didaper qu'il conduit au port de Saint-Pierre, à la Martinique. Ses bâtiments arrivent à La Rochelle le , sauf celui de Porée qui arrive plus tard. Cette expédition n'est pas une réussite financière'XXXV. Monsieur de Gennes, dans Charles de Brosses, Histoire des navigations aux Terres Australes, chez Durand, Paris, 1756, tome 2, (lire en ligne)Philippe Hrodej,Gilbert Buti, Dictionnaire des corsaires et des pirates, éditions du CNRS, Paris, 2013 François Froger, Relation d'un voyage : fait en 1695, 1696 et 1697 aux côtes d'Afrique, détroit de Magellan, Brésil, Cayenne et isles Antilles, par une escadre des vaisseaux du roy, commandée par M. De Gennes, chez Michel Brunet, Paris, 1698 (lire en ligne).

Premier voyage de la Compagnie royale de la Mer du Sud (1698-1701) Après la signature des traités de Ryswick, le 20-, les armateurs malouins vont s'intéresser au commerce vers les mers du Sud. Le , Noël Danycan et Jean Jourdan de Groucé (ou Groussay), homme d'affaires parisien, ont écrit à Pontchartrain pour « faire des découvertes » et « établir une colonie française » sur les côtes américaines de l'Océan Pacifique. L'idée d'un commerce vers l'Amérique du Sud des côtes de l'Océan Pacifique est né des récits des pirates et des flibustiers qui étaient revenus de la Mer du Sud en passant par le détroit de Magellan. En 1698, il participe à la fondation de la Compagnie de la Mer du Sud, avec Jean Jourdan de Groucé, Samuel Bernard et Jean-Baptiste de Gennes, pour ouvrir au commerce français les côtes du Chili et du Pérou. Les exigences du roi amènent Jean-Baptiste de Gennes à se retirer de l'expédition. Le commandement est donné à Jacques Gouin de Beauchesne qui est capitaine sur le PhelypeauxCarphaz : Jacques Gouin de Beauchesne. L'escadre quitte La Rochelle le . Elle est composée du Phelypeaux, du Comte-de-Maurepas (capitaine de Terville), ancien Diamant vendu à la compagnie par Noël Danycan, du Bonne-Nouvelle (capitaine Perrée) qui ne peut pas franchir le détroit de Magellan et rentre seul en France, du Nécessaire qui a coulé. Le , les bâtiments arrivent à l'entrée du détroit de Magellan. Un an après son départ, il a relevé le plan du détroit de Magellan. Les navires naviguent le long de la côte du Chili et du Pérou, visitent les îles Galapagos. Le , ils doublent le cap Horn sur le chemin de retour. Dix jours plus tard, Beauchesne découvre un îlot qui porte son nom, au sud des îles Malouines. Il rentre au port de La Rochelle le . Cette expédition a permis aux Malouins de connaître les routes des Mers du SudDuplessis, Périple de Beauchesne à la Terre de Feu, Transboréal, 2003, André Lespagnol, Messieurs de Saint-Malo. Une élite négociante au temps de Louis XIV, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2011, , XXXVI. Beauchesne-Gouin, dans Charles de Brosses, Histoire des navigations aux Terres Australes, chez Durand, Paris, 1756, tome 2, (lire en ligne).

Voyages de l'armement de Noël Danycan (1701-1703) Noêl Danycan décide d'armer plusieurs bateaux en 1701 après le retour des bateaux de Beauchesne à La Rochelle et le récit du voyage fait par les marins malouins : le Président-de-Grénédan (capitaine Jean de Launay), quitte la rade de Saint-Malo le , passe le détroit de Magellan du au , arrive à Concepción le , revient vers la France en doublant le cap Horn le , il entre à La Corogne où il est attaqué par un corsaire hollandais, arrive à Saint-Malo fin ; le Comte-de-Bédoyère (capitaine Pierre Perrée du Coudray de la Villestreux), il quitte Saint-Malo avec le Président-de-Grénédan, mais il reste à Concepción après le départ du Président-de-Grénédan, mais le rejoint le à Ilo. Il est rentré à Saint-Malo en . Les deux navires ont apporté et pour la laine de vigogne et le sucreErik Wilhelm Dahlgren, Voyages français à destination de la mer du Sud avant Bougainville (1695-1749), dans Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires. Choix de rapports et instructions publié sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique et des beaux-arts, Imprimerie nationale, 1907, tome 14, (lire en ligne).

Début de la guerre de Succession d'Espagne Le début de la guerre de Succession d'Espagne va amener l'armement malouin à réorienter ses routes : les attaques des Anglais et des Hollandais sur la Carrera de Indias vont provoquer des pertes importantes ; le désastre de Vigo, le , a provoqué des pertes importantes pour l'armement malouin comme l'explique Jean Magon de la Lande à Michel Chamillart en 1705 et va amener les armateurs malouins à abandonner la route de Cadix. Le voyage des navires de Noël Danycan a montré que le commerce de la Mer du Sud est rentable. Le choix de ce trafic va se heurter au traité de l'Asiento signé en 1701 qui a donné à la Compagnie de l'Asiento regroupant des financiers parisiens le monopole du trafic avec l'Amérique espagnole.

À l'été 1703, l'intérêt économique démontré de la route de la Mer du Sud, amène l'armement malouin à faire le choix de ne pas respecter le monopole du trafic avec l'Amérique espagnole en contradiction avec les ordres notifiés par Pontchartrain en se mettant dans l'illégalité. Quatre frégates quittent Saint-Malo pour l'Amérique espagnole le , dont trois pour la Mer du Sud (Baron-de-Breteil, Saint-Joseph, Saint-Esprit). Elles ont emporté une cargaison valant . Suit le le Saint-Charles-Borromée et le Murinet de Noël Danycan estimé à . Des armements de Nantes et de Marseille vont aussi essayer la route de la Mer du Sud.

L'intérêt économique va amener le contrôleur général des finances, Michel Chamillart, à soutenir les Malouins, contre l'interdiction de Jérôme de Pontchartrain. Finalement, Chamillart a assuré en 1703 « que Sa Majesté leur seroit favorable dans tous les commerces qui pourroient produire de l'argent et qu'ils n'avoient qu'à en faire venir en France...». Cet appui de Chamillart est devenu déterminé après le retour des navires en 1705 qui ramenaient un chargement valant sept millions de livres de « matières d'argent ». Cette réussite va amener l'envoi de 34 navires entre à .

Conseiller-maître en la Chambre des comptes de Paris, il est reçu chevalier de l'ordre de Saint-Michel en 1706Benoît de Fauconpret, Les chevaliers de Saint-Michel, 1665-1790: le premier ordre de mérite civil, P. du Puy, 200.

Raid sur Rio de Janeiro de l'escadre de Duguay-Trouin En 1711, il participe à l'expédition sur Rio de Janeiro avec Duguay-Trouin. Avec ses frères, Messieurs Lefer de Beauvais et Luc Trouin, sieur de la Barbinais, (1666-1737), frère de Duguay-Trouin, ils ont fondé une société pour affréter deux vaisseaux de 50 canons et une frégate de 30 canons pour se joindre à la flotte commandée par Duguay-Trouin, chef de l'escadre du roi qui devait attaquer Rio de Janeiro. Noël Danycan commandait le Mars, son frère Joseph le Chancelier, Henri la frégate La Perche. La flotte de Duguay-Trouin est partie de La Rochelle et celle des frères Danycan de Saint-Malo. Ces deux flottes se sont réunies le devant Rio de Janeiro.

C'est probablement l'armateur de France le plus fortuné au début du , selon l'historien Paul Butel. Il a été un des principaux financiers malouins du prêt de 30 millions de livres que les Malouins ont fait à Louis XIV pour soutenir l'effort de guerre.

Devenu veuf en 1721, Noël Danycan se remarie à sa maîtresse Hélène Victoire Maget malgré l'opposition de ses enfants, et s'installe avec elle à Paris

Activités minières En 1728, Noël Danycan investit dans la Compagnie des mines de Bretagne, aussi appelée compagnie de Pont-Péan, qui exploite une mine située à Pont-Péan, au sud de Rennes et des mines dans le Bourbonnais. Le , il obtient la concession des mines de plomb de la région de Carhaix, avec la Compagnie des Mines de Basse-Bretagne. La société dispose d'un capital de , jugé insuffisant. Elle est donc remaniée le .

Les travaux à Pont-Péan commencent à une quarantaine de mètres de la Seiche par une excavation où vont longtemps demeurer les deux puits de Bicêtre et du Chapelet. Le site est confié à la direction d'un jeune membre de la famille, Thomas Harrington, seigneur de la Corderie, de la communauté irlandaise de Saint-MaloThomas Harrington est né à Saint-Servan le 23 juillet 1696 d'un père capitaine et corsaire. En 1732, la mine emploie 300 ouvriers, dont 80 au fond, jusqu'à de profondeur..

En 1740, devant les difficultés, la concession est mise en vente et la veuve de Danycan l'achète en 1746, malgré les difficultés à assécher les puits. Elle réussit cependant à reprendre l'extraction : des puits et des galeries sont creusés à partir de 1750, et des travaux pour détourner la rivière de la Seiche afin de l'éloigner de la mine sont réalisés, avec l'aide du financier Paris-Duverney, ce qui ne l'empêche pas de rencontrer des difficultés : en 1765 la concession est vendue à la Compagnie des Mines de Basse-Bretagne, qui a déjà renoncé à mettre en place la machine de Thomas Newcomen.

Propriétés foncières Glénac et Rieux dans la région de Redon