Charlotte Perkins Gilman, née le à Hartford dans l'État du Connecticut et morte le à Pasadena dans l'État de la Californie, est une essayiste, romancière, nouvelliste, poète, conférencière, diariste, journaliste, économiste progressiste, et directrice de publication américaine.
Elle est avec Jane Addams une des cofondatrices et animatrices du Woman's Peace Party.
Par son œuvre et ses conférences, elle est une des figures majeures du mouvement féministe, suffragiste et de la philosophie sociale américaine du début du .
Oubliée après sa mort, elle est redécouverte par les mouvements féministes des années 1970.
Son roman Herland publié en 1915, est l'un des plus connus des premiers romans de science-fiction féministe et utopiques écrits par une femme. Comme nombre de ses écrits, il est d'abord paru dans le Forerunner, le magazine féministe américain qu'elle dirige.
Biographie Jeunesse et formation gauche|vignette|Photographie de Charlotte Perkins à l'âge de huit ans Charlotte Perkins Gilman, née Charlotte Anna Perkins est la troisième des quatre enfants de Mary Perkins (de son nom de jeune fille Mary Fitch Westcott) et de , un bibliothécaire et éditeur. Son père est le petit-fils de Lyman Beecher, le patriarche de la , le neveu de Harriet Beecher Stowe, de Henry Ward Beecher, de Catharine Beecher et de Isabella Beecher Hooker tous sont des réformistes abolitionnistes et pour le droit de vote des femmes.
Sa mère, Mary Perkins est la fille de Clarissa Fitch Westcott et d'un planteur de Providence à Rhode Island, Henry Westscott, membre de l’église unitarienne. Mary fut une enfant mal aimée, sa mère était trop jeune pour lui donner un amour maternel digne de ce nom et son père trop âgé, carences affectives qui joueront sur sa relation avec sa fille Charlotte. Mary épouse Frederic Beecher Perkins le à l'âge de .
Des quatre enfants du couple Perkins, seuls survivront Charlotte et son frère Thomas Adie, âgé de de plus qu'elle. Alors que son père apprend que son épouse ne peut plus avoir d'enfants au risque de se mettre en danger, en 1869, il abandonne sa famille, la laissant dans la précarité. Le divorce est prononcé en 1873. La séparation de ses parents et l'irresponsabilité de son père questionnent Charlotte sur la sanctification de la famille et de sa mythologie, ainsi que du rôle de la femme au sein du foyer
Mary Perkins n'est pas en mesure d'assurer le quotidien de ses enfants mais heureusement, la famille Beecher la soutient malgré le divorce entre elle et Perkins, et plus particulièrement par les tantes de son époux : Harriet, Isabella et Catharine Beecher.
À l'âge de cinq ans, alors que sa mère est malade, Charlotte Perkins Gilman apprend à lire seule et commence à révéler son goût pour la lecture et lira régulièrement les numéros du magazine , version pour enfants du mensuel Atlantic Monthly dans lesquels écrit sa tante Harriet qui devient rapidement son modèle. À l'âge de huit ans, elle dévore Oliver Twist de Charles Dickens et va s'inventer un royaume imaginaire sur lequel, à l'instar d'Oliver Twist, elle règne. Pendant cinq ans, elle va nourrir ses rêveries et commence à écrire des esquisses de contes de fées où le personnage principal est une princesse dotée de pouvoirs magiques qui soumet les forces maléfiques et mène les enfants malheureux vers un paradis situé dans les mers du sud. Mais sa mère lui demande de mettre un terme à ses rêveries. Certes, Charlotte obéit mais cet épisode va la marquer dans sa lutte tout au long de sa vie contre toutes les formes d'oppression.
Son sens de la liberté va s'affirmer pendant son adolescence, et va guider ses lectures notamment les romans de Walter Scott, de Louisa May Alcott, d' et de Charles Dickens, les essais de Ralph Waldo Emerson et de James Freeman Clarke. À , elle écrit à son père bibliothécaire pour qu'il lui indique des titres de livres correspondant à ses centres d'intérêt ; il lui répond en lui envoyant une liste d'essais divers sur l’anthropologie, l'ethnologie et les récentes études sur l'évolution. En 1878, elle parfait son éducation en entrant à l'École de design de Rhode Island, elle en sort diplômée à en 1880. Pendant ses années de formation, elle a noué des amitiés dans le milieu du transcendantalisme en fréquentant le de Boston. Sur le plan spirituel, elle adhère aux valeurs des unitariens et en la croyance en un Dieu immanent et rationnel et considère que le premier devoir des êtres humains est de travailler à l'amélioration de la justice sociale.
Carrière Un mariage incertain gauche|vignette|Photographie de Charlotte Perkins Gilman|264x264px Une fois diplômée, Charlotte Perkins aspire à une vie consacrée à la littérature d'une manière ou d'un autre, elle envisage d'être préceptrice ou critique littéraire. À cette époque, il était très difficile pour une femme de concilier les rôles d'épouse et de mère avec une carrière professionnelle; sa tante Harriet Beecher Stowe, fait partie des rares femmes qui ont pu mener de front les trois. Elle refuse le port du corset et les diktats de la mode féminine, et entretient sa forme en suivant un programme d'exercices physiques. Alors qu'elle est en quête de son indépendance, elle prend conscience qu'il lui est difficile de faire fi de la pression sociale qui pousse les femmes au mariage. C'est dans ces circonstances qu'elle rencontre en 1881, l'artiste peintre qui tombe amoureux d'elle et la demande en mariage. Dans un premier temps, elle décline la proposition, ne voulant pas répéter les erreurs de ses parents mais face à sa cour insistante, Charlotte Perkins capitule et l'épouse le à Providence, non par amour mais par convention, tout en sachant qu'elle ne sera jamais heureuse dans le mariage. Quelques jours avant les noces, elle avait lu - De l’assujettissement des femmes de John Stuart Mill.
Après une courte lune de miel, le couple s'installe dans la routine de la vie domestique dans un petit trois pièces à Providence. Il s'avère que son époux ne lui donne ni l'affection, ni la tendresse qu'elle attendait, échec que reconnait également Charles Walter Stetson qui avoue que sachant ce qu'il sait, il ne se serait jamais marié. Après la naissance de leur fille Katherine, le , les problèmes du couple s'amplifient, Charlotte Perkins se demande comment assumer les doubles tâches de mère et d'épouse ; elle ne sent pas épaulée. En , Walter Stetson lui propose de lui rendre sa liberté... La santé de Charlotte décline et à la fin de l'année 1885, sur les conseils de son médecin, elle part se retirer avec sa fille auprès de la famille de son amie d'enfance, la poète à Pasadena dans la lointaine Californie.
Les débuts littéraires à Providence vignette|294x294px|Alice Stone Blackwell Charlotte Perkins souffre d'une dépression post-partum, épisode relativement courant quand la maternité vient invalider des perspectives de création littéraire et / ou de carrière professionnelle. C'est pour se remettre de cet état que Charlotte Perkins est partie à Pasadena. Une fois arrivée, elle commence à correspondre avec Grace Ellery Channing et se remet à la peinture. En 1887, elle revient dans son foyer à Providence où elle est soignée par son médecin de famille qui la traite pour des troubles hystériques. Son mari visiblement dépassé n'est même plus capable d'assurer un minimum de revenu et en même temps, refuse qu'elle puisse travailler. Lassée, elle reprend contact auprès d'Alice Stone Blackwell qui va l'aider à publier des articles dans les colonnes du Providence Journal, un hebdomadaire de Providence, relais d'opinion du syndicat des Chevaliers du travail. Elle y publie des articles et des poèmes, tout en approfondissant ses connaissances des luttes ouvrières et de leurs instances représentatives.
Charlotte Perkins reprend ses publications de poèmes au sein du Woman's Journal, l'organe officiel de lAmerican Woman Suffrage Association dans lequel elle avait publié son premier poème en . vignette|259x259px|Photographie de Silas Weir Mitchell prise en 1881 Si Charlotte Perkins retrouve l'énergie nécessaire pour faire de la gymnastique, travailler et écrire, en revanche elle n'arrive pas à surmonter sa dépression post-partum pour tout ce qui touche la vie domestique, aussi se décide-t-elle, en , à consulter le docteur Silas Weir Mitchell, considéré comme étant l'un des meilleurs spécialistes des troubles psychiques. La méthode thérapeutique du docteur Mitchell consiste à ramener ses patientes à une docilité d'enfant, car comme nombre de ses confrères, il considérait que les maladies féminines de cette sorte étaient liées à un sentiment de culpabilité à ne pouvoir remplir leur devoir d'épouse et de mère. Ainsi, invite-t-il Charlotte Perkins à se consacrer aux tâches domestiques, à ne jamais se séparer de son enfant, à faire une sieste après chaque repas, à ne pas consacrer plus deux heures à des activités intellectuelles et surtout à ne toucher ni plume, ni pinceau, ni crayon de toute sa vie... Son diagnostic comme ses prescriptions sont basées sur l'incapacité supposée de Charlotte à être une femme, c'est-à-dire à être docile et vivre dans le sacrifice de soi. Le docteur Mitchell épouse les stéréotypes des rôles sociaux de la femme de son temps : une femme doit se consacrer à son foyer, être toujours souriante et de bonne humeur. Le docteur Mitchell déclare devant des étudiants du Radcliffe Institute for Advanced Study qu'il ne veut pas plus de femmes juristes, pasteurs, conférencières qu'il ne veut voir des hommes couturiers ou bonnes d'enfant, que l'éducation des femmes doit être centrée sur le soin des enfants et les arts ménagers et que les jeunes femmes de moins de doivent utiliser leur cervelle avec modération, sinon elles mettent en danger leur santé et leur futur. Ce poids du conformisme social déclenche chez les femmes qui veulent s'émanciper des conflits internes plus ou moins intenses et plus ou moins graves psychologiquement. C'est ainsi que sont rapportés de nombreux cas de femmes atteintes de troubles dépressifs, hystériques, bi-polaires dans la période qui s'étale de la seconde moitié du à la première Guerre mondiale. Pour que la cure puisse aboutir et que Charlotte Perkins puisse retrouver son équilibre mental, il lui faut, avec humilité, reconnaître la bénédiction qu'est le fait de se dévouer à son rôle de mère et d'épouse. Elle rapportera les effets dévastateurs de ce genre de thérapie, dans sa nouvelle gothique (inspirée d'une nouvelle de fantômes () de Frank Leslie qu'elle avait lue dans le Century). Les premières esquisses de datent de 1886, avant et durant la période de sa prise en charge par le docteur Silas Weir Mitchell ; elle en achève l'écriture en 1890 et la nouvelle est publiée en dans le mensuel littéraire . Plus tard en 1913, Charlotte Perkins fustigera les cures du docteur Weir Mitchell qui mènent à la folie, à la ruine mentale des femmes qui suivent ses conseils.
À la sortie de sa cure, à la fin de l'année 1887, Charlotte Perkins et son époux Charles Walter Stetson décident d'un commun accord de se séparer et en 1888, elle repart avec sa fille à Pasadena pour profiter de la chaleur du soleil et de l'amitié de Grace Ellery Channing.
Le retour à Pasadena Les Channing ont trouvé une maison pour Charlotte Perkins et sa fille à Pasadena pour un loyer mensuel de . Pour subvenir à ses besoins et ceux de sa fille Katherine, Charlotte donne des leçons particulières d'arts plastiques et vend des articles et des poèmes. Elle commence à rédiger les deux écrits qui vont la rendre célèbre la nouvelle (Le Papier peint jaune) et le poème .
The Yellow Wallpaper vignette|283x283px|Photographie de William Dean Howells.