Kenneth White, né le à Glasgow (Écosse) et mort le . à Trébeurden (Côtes-d'Armor), est un poète, écrivain et essayiste britannico-français.
Professeur d’université, il est l’auteur de plus d’une centaine de livres et crée en 1989 l’Institut International de géopoétique.
Biographie Enfance et adolescence vignette|Rivage et pierre, 1962.
Kenneth White est né le à Glasgow.. Il passe son enfance et son adolescence à Fairlie, sur la côte ouest de l'Écosse. Cette période de sa vie est marquée par sa famille et en particulier son père, cheminot et socialiste, ainsi que son grand-père, un artiste travaillant dans un cabaret. Ainsi, dans son livre intitulé En toute candeur, Kenneth White consacre plusieurs pages à des portraits de sa famille.. Ce livre contient des moments marquants de sa jeunesse qui sont décrits sobrement pour appuyer l'impact qu'ils ont eu sur sa vie, mais également pour essayer de restituer la sensation de découverte du monde par un enfant. Par exemple, la première partie nommée Les collines matricielles, parle d'une marche en hiver dans la lande enneigée, à l'arrivée d'un orage :
vignette|Portrait de Kenneth White en ÉcosseCrédit : Marie-Claude White.. Ces expériences, vécues comme des études ou des pérégrinations, ont orienté profondément ses œuvres, en particulier à travers les thèmes principaux de ses premiers livres.. Mais paradoxalement, le poète parle peu de son enfance et de son adolescence. Toutefois, pour lui, .
L’adolescence de Kenneth White est marquée par de nombreuses lectures, avec un appétit pour la culture, ainsi qu’un regard porté sur le monde dans sa diversité. Par l’activité militante de son père socialiste et son oncle communiste, il est spectateur de nombreux bouleversements sociopolitiques, dont il acquiert une prise de conscience politique. Il adopte dès lors un regard critique sur le monde et la société, non sans un détachement, un recul dont il ne se départira jamais. Ainsi, avant d'avoir écrit son premier livre, il a été témoin de la métamorphose post-industrielle de Glasgow. Il en témoigne dans de nombreux livres, et notamment à travers l’étude d’Adam Smith, philosophe du , premier analyste du capitalisme.. Si le monde urbain retient pour une part l'attention du jeune poète, la contemplation de la nature occupe depuis toujours une place prépondérante dans sa sensibilité et son œuvre : qui condensent .
Vie étudiante . Le poète écossais Hugh MacDiarmid a eu une certaine influence sur Kenneth White qui l'a rencontré. Il lui rend hommage par un portrait, en s’en démarquant néanmoins : Ce refus d’une identification culturelle étroite, auquel s’adjoint une analyse du contexte sociopolitique, compte parmi les raisons majeures qui le décident à quitter l’Écosse :
Kenneth White évoque sa vie estudiantine en Écosse : Après ses études à Glasgow (1954-1956), il est étudiant à Munich (1956-1957), puis à Paris (1959). Il s’installe en France à partir de cette époque, tout en effectuant de fréquents retours en Écosse. C’est dans ce contexte qu’est publié Jargon Papers, pamphlet écrit par Kenneth White dans le cadre d'un groupe qu'il a fondé à Glasgow, The Jargon Group en 1960. . Puis, . .
Après avoir abordé cette période dans plusieurs livres, notamment Les Limbes incandescents, Kenneth White revient sur ces années au gré d’un périple qu’il intitule Un pèlerinage européen (sous-titre du livre La Carte de Guido), et sa période munichoise est « revisitée » au chapitre Les corbeaux de l’Englischer Garten :
Âge adulte
En 1957, il rencontre en Écosse Marie-Claude Charlut qui devient son épouse en 1959, puis, plus tard, sa traductrice exclusive. Elle va accompagner son parcours et son œuvre, plusieurs livres lui sont dédiés Dérives, Les Archives du littoral, etc., et des hommages ou remerciements lui sont dédiés dans plusieurs autres ouvrages. De même, il accompagne et soutient son travail de créatrice en photographie. Une grande partie des couvertures de ses livres, sont des portraits ou des créations photographiques de Marie-Claude White. Ils ont réalisé ensemble plusieurs expositions et un livre d’artiste en 2016, Voyage à Skjolden, édité par Claude Blaizot..
vignette|Portrait de Kenneth White en CamargueCrédit : Marie-Claude White — Revue Lisières .. Pour la période aboutissant à 1968 : . Si l’œuvre poétique s’affirme d’emblée, Kenneth White manifeste le besoin de bâtir un socle théorique fondé sur des notions clefs telles que le nomadisme intellectuel et va se poursuivre par la création de l’Institut international de géopoétique.. L’écriture narrative et poétique perdurera tout au long de son œuvre. Kenneth White s’explique sur la question biographique : Les grandes orientations Le monde blanc . L'expression apparaît dans le livre En toute candeur publié en 1964, suivi d'un essai : « Approche du monde blanc » repris dans .. Plus tard, paraît sous ce titre une anthologie de poèmes appartenant à l’espace circumpolaire. Il s’agit de poèmes écrits à partir d’études et de textes esquimaux, amérindiens, celtiques et extrême-orientaux. Une fois le livre épuisé, ces textes ont été réédités sous le titre : Territoires chamaniques. Dans la préface de cette réédition, l’auteur écrit : Puis il précise sa méthode de travail : Dans le livre Lettres aux derniers lettrés, il revient sur cette notion de monde blanc dont il développe précisément la généalogie à travers sept motivations.. Christophe Roncato note que Les raisons de ce changement sémantique découlent d'un certain nombre de malentendus. Cette notion de Monde ouvert est à relier à celle de dérive et de voyage chère à l'auteur que Catherine Vaissermann décrit ainsi : .
Le nomadisme intellectuel
Bruno Masirevic considère L'esprit nomade comme . Le concept central chez Kenneth White de nomadisme intellectuel a été le sujet de sa thèse d’état, soutenue en 1979 à la Sorbonne. Dès son premier essai, La Figure du dehors, cette notion est évoquée explicitement tout au long de l’ouvrage. La vie de l’auteur, son parcours, dès sa jeunesse, l'anticipait également. Depuis toujours, il effectue de nombreux voyages sur plusieurs continents, donnant lieu à des livres de prose narrative. Il précise : .
Ce nomadisme ne se limite pas à ses pérégrinations, mais se manifeste dans le champ de ses recherches et au sein même de son écriture. Ce « voyage » est au confluent d'une introspection et d'une ouverture au monde : et elle qualifie le nomadisme intellectuel de . Kenneth White définit ce que n’est pas l’intellectuel nomade. : Puis, il le définit positivement : « Le nomade intellectuel, lui, traverse territoires et cultures afin d’ouvrir un espace mondial plus clair, plus vif, plus inspirant que l’« état de culture » évoqué plus haut (…) ». Dans le premier chapitre de L’Esprit nomade, intitulé Esquisse du nomade intellectuel, il est question d’un « réseau d’affinités électives », puis de l’histoire de l’émergence de cette notion. Mentionnant deux géographes anarchistes, le Français Élisée Reclus, et le Russe Kropotkine, Kenneth White écrit : Cette citation permet de déceler dans son travail de définition conceptuelle du « nomadisme intellectuel » l’amorce de la notion émergente de « géopoétique » qu’il développera plus tard. Michèle Duclos considère que .
La géopoétique
Les archives sont nombreuses sur ce sujet, parmi d'autres, l'ouvrage Kenneth White et la géopoétique dirigé par Laurent Margantin, qui écrit dans la préface : . Kenneth White retrace la genèse de ce terme dans Au large de l’histoire : . C’est ensuite, à son initiative, la création de L’Institut international de géopoétique. en 1989, puis d’une revue Les Cahiers de géopoétique dont le premier numéro paraît en 1990. L’auteur écrit un « Texte inaugural » qui figure à la fin de chaque cahier, également disponible sur le site de l’institut.. Un livre fait largement référence à cette notion centrale dans la pensée et l’œuvre de Kenneth White : Le Plateau de l’Albatros édité en 1994 chez Grasset et sous-titré Introduction à la géopoétique. Dans la préface de ce livre, l’auteur rappelle que dans un essai précédent, L’esprit nomade, publié en 1987, une section était intitulée Éléments de géopoétique, et il propose une définition par la négative : . Un livre d’entretiens avec Régis Poulet a été publié, en 2014, sous le titre Panorama géopoétique.. Dans sa préface, il écrit : .
Dans l’œuvre de l’essayiste Kenneth White, nous trouvons de nombreuses définitions de la géopoétique, en voici une parmi d’autres : . Emmanuel Dall'aglio situe la perspective de la démarche de l'auteur dans son projet géopoétique : .
Le champ du grand travail Kenneth White mène un travail d'intellectuel, qui se concrétise sous la forme de conférences, d'articles et d'essais. Le titre de chacun de ses livres renvoie à de multiples explorations et développements d'un thème central. La vie de l’auteur et son œuvre sont étroitement imbriquées, tant sur le plan des lectures, des voyages, des activités menées dans différents champs d’action tels que l’édition ou la création de livres d’artistes par exemple, que sur le plan d’une existence dans sa quotidienneté. .
La Figure du dehors rassemble plusieurs études sur Rimbaud, Nietzsche, Thoreau, Delteil, etc. La notion de « dehors » renvoie aussi à la biographie de l’auteur ainsi qu’à sa sensibilité. Dès son enfance, il ressent l’appel des grands espaces extérieurs : « Dehors, chez moi ». L’identification est clairement assumée lorsqu’il écrit : « Je reste la figure du dehors. ».
Le Champ du grand travail est un livre d’entretiens avec Claude Fintz paru en 2002. Ce livre n’a pas pour objet la définition du « grand travail », mais en explore en détail les modalités. Il est constitué de trois parties : le contexte culturel, l’espace de l’œuvre et la question du style. Dans la première partie, l’auteur se dépeint comme un stratège : « Ma tactique sociale a consisté effectivement en phases alternées d’isolement et de communication active. » Il évoque également la cohérence d’ensemble de son travail : . Les deuxième et troisième parties du livre abordent le travail d’écriture en propre. L'auteur y répond à des questions sur la littérature, la biographie, et la géopoétique. Dans un autre ouvrage, Claude Fintz évoque à nouveau cette notion : . Travail qu'il identifie à l'écriture poétique, considérée comme .
Dans La Traversée des territoires, livre publié en , Kenneth White donne un sens inédit au « grand travail ». Dans le premier chapitre « L’arc des petites Antilles » (d’une section intitulée « Lettres d’outre-mer »), il évoque les mouvements géologiques : Du travail intellectuel mené par l’auteur, on est passé ici au « travail » tectonique de la planète ! On constate donc que cette notion couvre un large champ sémantique et culturel, et l’on peut considérer que le « champ du grand travail » synthétise l’ensemble des recherches préalables de l’auteur : le monde blanc, le monde ouvert, le nomadisme intellectuel, le chamanisme, ainsi que de perspectives encore inédites. Et, comme cette analogie avec le « travail » de l’écorce terrestre le suggère, il en va d’une démarche située bien au-delà du plan personnel.
Les champs transdisciplinaires
gauche|vignette|redresse|Portrait de Kenneth White à Gourgounel, Ardèche.