Antoine Boësset, sieur de Villedieu, est un compositeur français né à Blois, baptisé le Dufourcq 1960 p. 101. et mort à Paris le . Il domine la vie musicale à la cour de France durant la première moitié du .
Biographie Famille Il est baptisé le à l’église Saint-Solenne de BloisAD Loir-et-Cher, paroisse Saint-Solenne de Blois, baptêmes vol. I f. 179v, cité d’après Dufourcq 1960 p. 101., fils d’Antoine Boësset, drapier mort en 1593, et de Marie Le Bel [Lebel, Lebert], habitants de Blois. Sa mère était blésoise, son père peut-être originaire du Maine. Les conditions de son apprentissage musical ne sont pas connues.
Le , il signe son contrat de mariage avec Jeanne Guédron, fille de Pierre Guédron, surintendant de la musique de la Chambre du roiParis AN : MC XLV, 15 (16 février 1613). Acte transcrit dans Écorcheville 1907 p. 44, avec quelques erreurs relevées dans Cauchie 1920.. Les témoins sont Jacques Borace, cousin et secrétaire de la chambre du roiReçu secrétaire du roi, maison et couronne de France le 28 septembre 1626, mort en 1654. et François de Lormy, valet de chambre ordinaire du roi. Il est déjà sieur de VilledieuTerre non identifiée avec certitude, tant le toponyme est commun.. À la mort de son beau-père en 1621, Antoine Boësset et sa femme renoncent à sa succession au profit de ses autres enfantsAD Eure-et-Loir : E 3218 (18 juin 1622), cité d’après Dufourcq 1960 p. 104.
On connaît plusieurs quittances signées de sa main, de même de nombreux actes de constitution de rente, passés entre 1623 et 1643Elles sont cités par Cauchie 1920 d'après Paris BNF (Mss.) : Pièces originales 380, f. 1 sq, et Ms. fr. 7835 et 41, d'après Paris AN : Insinuations du Châtelet de Paris, vol. 104, f. 18v, et par Jurgens 1974 p. 129-132 et Jurgens 1967 p. 61-62 d'après les actes du Minutier central. D'autres encore figurent dans l'étude XXIV entre 1630 et 1643.. Ces nombreuses rentes montrent qu'il a disposé d'une fortune importante, pouvant prêter de l'argent à de nombreuses connaissances. Certaines de ces rentes seront closes par ses enfants, au nom de leur mère.
Antoine Boësset est inhumé le , en l’église du couvent des Saints-Martyrs de MontmartreParis AN : MC XLV, 181 (14 novembre 1643), testament.. Son inventaire après décèsParis AN : MC XVI, 449 (12 janvier 1644), cité d'après Jurgens 1974 p. 132-137 où il est partiellement synthétisé, partiellement transcrit. révèle pour plus de de biens meubles, de nombreux papiers traitant notamment de rentes sur les gabelles, sur la ville de Paris ou constituées par des particuliers, et des contrats de mariage. Sa veuve obtientParis AN : MC XX, 252 (14 juillet 1644) cité d'après Jurgens 1974 p. 137. de disposer et décorer la chapelle Notre-Dame de la Foi de l'église du couvent pour y disposer le corps de son mari, et à l'avenir le sien et ceux des membres de sa famille. En 1644, elle achète un terrain rue de Richelieu et y fait bâtir deux maisons qu'elle loue ensuiteParis AN : MX XVI, 373 (15 juillet et 15 novembre 1644) et 374 (27 juillet 1645), cités d'après Jurgens 1974 p. 137-138..
Antoine laisse cinq enfants, dont certains sont encore mineurs et placés sous la tutelle de Jacques BoraceSur les enfants, voir les actes justificatifs dans Cauchie 1920 p. 18-20, Dufourcq 1960 p. 101-104 et Brossard 1965.. Sa femme Jeanne meurt le ; en 1665 elle demeurait rue Montmartre, paroisse Saint-EustacheParis AN : MC VII 108 (11 juillet 1665), quittance..
Ses enfants sont : Jean-Baptiste dit aussi Jean, baptisé en , musicien et compositeur, élève de son père. Jacques, né après (il est encore mineur en ), baptisé le à Saint-Eustache. Filleul de Jacques Borace cité plus haut, il est dit écuyer, sieur de Saint-Romain dans deux actes de 1651 et 1652. Probablement apprauvi, il vend entre 1657 et 1674 des rentes héritées de son père. Il épouse Antoinette Le Fèvre, et meurt en 1683. Antoine III, né en 1635, qui embrasse la carrière militaire et reprend le titre de sieur de Villedieu lorsqu’en 1647 son aîné l’abandonne pour celui de seigneur de Dehault. En il est enseigne au régiment de Picardie et en aide de camp au siège de Jijel (Djidjelli, Gigery) sur la côte mauresque (Algérie). Il est amant de Marie-Catherine Des Jardins, dite Madame de Villedieu et leur liaison houleuse défraie la chroniqueVoir Derome 1911 et 1912.. Le , il est dit capitaine au régiment de PicardieParis AN : MC XX, 329 (5 février 1667, désistement). ; il est tué au siège de Lille le suivant. Claire, baptisée le , filleule de Pierre Guédron, mariée à Nicolas de Beaufils, fils de défunt Geoffroy de Beaufilz, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et gouverneur des ville et château de Vendôme et de défunte Madeleine de VerdunLe contrat du 16 janvier 1634 est à Paris AN : MC/ET/XXIV/340, f. 307., écuyer seigneur de Jumeaux, morte avant lui et sans enfant. Françoise, non mariée.
Tant Antoine que sa femme Jeanne ont été parrain et marraine de nombreux enfants de couples amis ou liés, entre 1619 et 1664Détail dans Brossard 1965 p. 35-36.. On relève des liens avec les familles du compositeur Eustache Picot, du chantre Jean Pavie, du musicien du roi Charles Saumureau, du surintendant Paul Auget, dont il est témoin de mariageParis AN : MC XVI, 335 (25 février 1629), cité d'après Jurgens 1974 p. 103..
En 1616, Boësset demeure rue de l'Arbre-secIl loue avec Pierre Guédron son beau-père pour 300 lt/an un corps d'hôtel à l'arrière de la maison de Nicolas Charbonnel. Paris AN : MC/ET/XXIV/303, f. 99 (6 avril 1616). Bail renouvelé le 7 septembre de la même année, cette fois sans Guédron (f. 293).. En 1623, il demeure rue de la Courterie paroisse Saint-Eustache, en 1629 rue Coquillère, en 1632 rue de Grenelle (actuellement rue Jean-Jacques Rousseau) et en 1643 rue Vivienne. Le , Boësset loue pour 6 ans une maison à Saint-Germain-en-Laye à Jean Lemoyne, procureur au siège royal dudit lieuParis AN : MC/ET/XXIV/324, f. XI/C..
Carrière Il est bien possible que le jeune Antoine ait fait son apprentissage de la musique dans une maîtrise de Blois ou de Tours. On sait en revanche que les premiers liens de Boësset avec la cour ont été tissés du temps de Henri IV. Toutefois rien de précis ne subsiste sur ces premières années. Ses premiers airs paraissent sous forme anonyme dans des recueils de Pierre I Ballard, dès 1606, et ses premiers airs signés paraissent en 1614.
Le jour de son mariage (), Antoine achète pour 9000 lt à son beau-père Pierre Guédron sa charge de maître des enfants de la musique de la Chambre du roi. Il n’en paye que 3.000 lt, la dot de sa femme étant de 6.000 ltDufourcq 1960 p. 104., et dès 1614 il a l'occasion de travailler pour les ballets de courIl existe à London BL : Ms. Eg. 2159, f. 2, une quittance de 105 lt pour l'entretien d'un enfant servant à la Chambre, signée du 5 juillet 1614..
Le , il signe avec les surintendants, maîtres des enfants et chantres de la musique de la chambre du roi une procuration visant à soutenir Fiacre de Mortier, chantre ordinaire de la musique de la Chambre et de la Chapelle du roi et chanoine de l'église Saint-QuentinParis ANF : MC/ET/XXIV/258..
Il devient maître de la musique de la reine en 1617, par semestre, en alternance avec Gabriel BatailleAprès avoir signé un accord avec lui qui assurait à chacun la moitié de la charge si l'autre la recevait. Paris AN : MC XV, 26 (2 mars 1617), cité d'après Jurgens 1974 p. 129.. Paul Auget achète également des charges de la même maison. L’attribution des charges de la maison de Marie de Médicis ayant donné lieu à des malversations, il sera interrogé en même temps qu’eux sur les circonstances de ces attributions, à l’occasion du procès de Léonora Dori, dite GaligaïHayem 1910 p. 256-257..
Il reçoit le une charge de secrétaire ordinaire de la chambre du roiParis BNF (Mss.) : Cabinet d’Hozier 51, , f. 4, cité d’après Cauchie 1920 p. 16., en sus de ses deux charges de maître de musique.
Le , Boësset signe un traité avec Jean Pavye, chantre et valet de chambre de la reine, pour lui acheter sa charge de chantre, mais le traité est annulé le suivantParis AN : MC/ET/CXXIX/308..
Après la mort de Guédron (peu avant le ), Boësset achète pour 9000 lt à la veuve de Michel Fabry la charge de surintendant de la musique du roiParis AN : MC/ET/XXIV/310 f. 29 (28 janvier 1623) : offres faites par Boesset à Madeleine Lefevre, veuve de Michel Fabry, de lui payer 9000 lt en récompense de ladite charge, suivant le commandement verbal du roi et de la reine mère. La quittance figure dans MC/ET/XXIV/309, f. 47 (7 février 1623). par semestre et en alternance avec Henry Le BaillyParis BNF : Ms. Clairambault 378, f. 399v (1624), cité d'après Le Moël 1954 p. 42., charge qu’il conserve jusqu’à sa mort, de même que celle de maître de la musique de la Chambre du roi. Le semestre de janvier est le plus prestigieux, puisque les principaux ballets de cour sont joués au carnaval.
En 1634, il reçoit encore une charge de conseiller et maître d’hôtel ordinaire du roi.
C’est probablement en 1636 qu’il transmet à son fils Jean-Baptiste de Boësset la survivance de sa charge de maître de musique de la Chambre. À partir de 1636, Jean-Baptiste touche parfois une partie des gages de son père, ce qui indique qu’il a pu le remplacer à plusieurs reprises, comme d’ailleurs le signale un codicille de son testament. Cependant, le testament d’AntoineParis AN : MC XLV, 181, cité d’après Dufourcq 1960 p. 106. révèle que la charge de surintendant de la musique du roi était tout d’abord destinée à son fils Jacques jusqu’à ce qu’il atteigne 22 ans, mais rachetable par Jean-Baptiste ensuite, ce dernier devant en retour lui céder celle de maître de la musique de la Chambre. Mais il n’en sera rien, Jean-Baptiste devenant surintendant au lendemain de la mort de son père.
thumb|Extrait des Antiquités de Paris de Henri Sauval (1724) : vol. I p. 353. Antoine est aussi maître de musique des Dames de l’abbaye bénédictine de MontmartreÀ croire Sauval 1734 vol I p. 353, qui dit qu’il a été enterré à Montmartre, “au grand regret des religieuses à qui il avait appris à chanter”.. De là, sans doute, l’origine des pièces religieuses qui figurent dans le Recueil Deslauriers, écrites pour des voix de femmeAttribuées d’abord à Jean-Baptiste Boësset par Denise Launay, ces pièces sont maintenant attribuées à Antoine Boësset ; le point est débattu dans Chailley 1943, Dufourcq 1960 et Bennet 2009..
Réception Il fut en relation avec René Descartes, Marin Mersenne (qui le cite comme un maître de l'ornementation vocale et un exemple à suivre par tous les jeunes musiciens) et Constantijn Huygens. Il fut un des précurseurs de la basse continue en France.
Œuvres L’œuvre de Boësset est considérable et a concerné des formes multiples, tant profanes (airs de cour, airs de ballet) que sacrées (messes, motets, magnificats) ou spirituelles. Il est un des trois compositeurs majeurs du premier âge de l’air de cour, situé chronologiquement entre les deux autres (Pierre Guédron et Étienne Moulinié). De 1608 (date de la première apparition d’un air de sa main dans un recueil de Pierre I Ballard) à 1643, sa production dans ce genre est intense (presque 200 airs à quatre et cinq voix, beaucoup d’entre eux aussi réduits pour voix et luth), et de grande qualité tant pour l’inspiration mélodique que pour la richesse harmonique. Son traitement des textes leur confère souvent une valeur dramatique, une expressivité variée sinon contrastée.
Les airs de cour polyphoniques thumb|Page de titre du Huitième livre des airs de Boësset (Paris, 1632). (c) Paris BNF. À partir de 1617, Boësset publie chez Pierre I Ballard une collection de neuf livres d’airs à 4 et 5 voix : Airs de cour à 4 et 5 parties [Premier livre]. Paris, Pierre I Ballard, 1617. 5 vol. 8° obl. RISM B 3272, Guillo 2003 n° 1617-C. Contient 24 airs, dont un air de ballet, un dialogue et un air espagnol. Dédicace au roi Louis XIII.
- Arme toy ma raison. p.23 - Buvons à longs traits de ces eaux. p.18