(Le Royaume des cieux au Québec) est un film germano-américano-britannique, réalisé par Ridley Scott et sorti en 2005.
L'intrigue se déroule à la fin du , peu avant le commencement de la troisième croisade. Elle narre l'ascension de Balian, forgeron bâtard d'un grand seigneur du royaume de Jérusalem, qui quitte son village natal pour la Terre sainte, et se retrouve à la tête de la défense de la ville de Jérusalem, attaquée par Saladin.
Il s'agit d'une réécriture romancée de l'histoire de Balian d’Ibelin qui, en 1187, adouba une centaine de soldats et défendit la ville lors du siège de Jérusalem face à l'armée ayyoubide.
Malgré un échec commercial à sa sortie aux États-Unis, le film est bien accueilli dans le reste du monde, notamment en Europe. Le succès mitigé de la version initiale est pallié par la réception largement plus favorable de la version longue..
Synopsis À la fin du , une troupe de croisés se rend en France pour trouver un forgeron dénommé Balian. Ce dernier est en deuil : sa femme, inconsolable depuis la mort de leur nouveau-né, s'est récemment suicidée. Balian accueille froidement la visite du chef croisé, le baron Godefroy d'Ibelin, qui se révèle être son père et lui offre de l'accompagner à Jérusalem. Il refuse, laissant les croisés reprendre sans lui le chemin de la Terre sainte. À la tombée de la nuit, alors que ces derniers ont quitté le village, Balian tue son demi-frère, prêtre cupide et sans scrupule, qui avait dérobé la croix d'argent de son épouse et ordonné la décapitation de son cadavre – il suivait en ceci les recommandations de l'Église qui, en ces temps, sanctionnait le suicide avec la plus extrême sévérité. En fuite, Balian parvient à rejoindre les croisés. Après plusieurs jours de route, la troupe est attaquée par des soldats lancés à la poursuite du forgeron. Le seigneur Godefroy, père de Balian, est gravement blessé durant l'attaque. Il meurt quelque temps plus tard dans le port italien de Messine, que quittent les navires européens en direction de la Terre sainte. Toutefois il aura eu le temps d'adouber Balian et de lui transmettre son titre de baron d'Ibelin.
Parvenu en Terre sainte malgré le naufrage de son navire, Balian est attaqué par deux sarrasins. Il en tue un et épargne le second, Imad, qui le conduit à Jérusalem et avec qui il se lie d'amitié. Il y rencontre le sage roi Baudoin IV, qui porte en permanence un masque car il est atteint de la lèpre qui le défigure. Il l'invite à prendre possession de son domaine d'Ibelin et à protéger la route des pèlerins (en veillant tout particulièrement sur les juifs et les musulmans, cibles privilégiées des Templiers et d'autres croisés fanatiques). Soucieux de remplir ses devoirs avec vaillance et probité (), il refuse de céder à l'ambition et au fanatisme qui rongent alors le royaume chrétien. Balian doit faire face aux intrigues de cour, s'attirant l'animosité de Guy de Lusignan, beau-frère du roi et allié des Templiers, et de Renaud de Châtillon, seigneur de Kerak, qui souhaitent faire la guerre à Saladin. Dans le même temps, Balian se rapproche de la princesse Sibylle, sœur du roi et épouse de Guy, avec laquelle il entretient une liaison passionnée.
Lassé des provocations des Templiers et de l'un de leurs principaux meneurs, Renaud de Châtillon, Saladin conduit son armée à la forteresse de Kerak, résidence de Renaud. Bien qu'en sous-nombre, Balian et ses hommes, parvenus sur les lieux avant l'arrivée de l'armée de Jérusalem, défendent vaillamment les abords du château. Ils sont capturés, puis finalement libérés sur les ordres d'Imad, qui se révèle être un puissant seigneur de Syrie et un proche conseiller de Saladin. Baudouin et Saladin négocient le maintien de la paix, mais le voyage achève de ruiner la santé de Baudouin, conscient que sa fin est proche. Témoin de la bravoure du baron d'Ibelin, le roi, soucieux de mettre ses affaires en ordre, propose de faire exécuter Guy de Lusignan et d'offrir à Balian la main de sa sœur Sibylle. Balian deviendrait de facto le commandant de l'armée de Jérusalem, et veillerait, suivant les dernières volontés du roi, à sauvegarder la paix avec les Sarrasins. Bien qu'amoureux de Sibylle, Balian refuse de se rendre complice de l'exécution de Guy : . À la mort du roi des suites de sa maladie, le très jeune fils de Sybille lui succède mais son règne va être très bref. Car Sybille découvre que son fils a les premiers symptômes de la lèpre. Connaissant les terribles affres et l'issue fatale de cette maladie, elle commet sur lui un infanticide. Guy de Lusignan finit alors par devenir roi de Jérusalem de jure uxoris (en sa qualité d'époux de l'unique héritière de la couronne). Il déclenche la guerre contre Saladin et tente, dans le même temps, de faire assassiner Balian.
Mal préparées, les armées chrétiennes tentent une sortie mais sont balayées par Saladin, qui prend sans attendre la direction de Jérusalem, laissée sans défense. En effet, Tibérias qui n'a pas rejoint l'armée chrétienne quitte la Terre sainte pour Chypre. C'est sans compter l'intervention de Balian : ayant refusé de suivre l'armée chrétienne, il prend en charge la défense de la ville sainte. Sous son commandement, la ville parvient à repousser les assauts répétés de l'armée sarrasine, contraignant Saladin à engager des négociations. Il est convenu que l'ensemble de la population de la ville bénéficie d'un sauf-conduit jusqu'en terre chrétienne, contre la reddition de Jérusalem. Après la reddition, Guy de Lusignan, anciennement prisonnier de Saladin et qui vient d'être libéré, tente de tuer Balian en vain.
Quelque temps plus tard, Balian est de retour dans son pays natal, en compagnie de Sibylle, devenue simple femme du peuple. Il reçoit la visite de Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre, venu lui proposer de l'accompagner dans une nouvelle croisade. « Nous passons par ici pour trouver Balian, qui fut défenseur de Jérusalem. - Je suis maître-forgeron. - Et je suis le roi d'Angleterre. - (Et Balian répond de nouveau) Je suis maître-forgeron ». Le film se termine sur une scène où l'on voit Balian et Sibylle à cheval et qui laisse supposer qu'ils repartent finalement en Terre sainte.
Fiche technique Titre : Titre québécois : Le Royaume des cieux Réalisation : Ridley Scott Scénario : William Monahan Musique : Harry Gregson-Williams Photographie : John Mathieson Montage : Dody Dorn Décors : Arthur Max Costumes : Janty Yates Production : Ridley Scott Sociétés de production : et Société de distribution : Budget : Pays de production : , , Langues originales : anglais, italien, arabe, latin Formats : couleurs - 2,35:1 - Dolby Digital - Genre : aventures, drame, épique, historique et guerre Durée : , (), () Dates de sortie : Royaume-Uni : (avant-première mondiale à Londres) France, Belgique : États-Unis, Royaume-Uni : Classification : tous publics (France) ; déconseillé aux moins de (Suisse) ; déconseillé aux moins de (Québec)
Distribution
Production Genèse et développement William Monahan rencontre Ridley Scott pour lui proposer le scénario de Tripoli, un projet de film qui se déroulerait en 1805, dans le contexte de la guerre de Tripoli. Scott accepte et commence à développer le projet, alors qu'il tourne Les Associés. Les deux hommes parlent aussi des croisades, sujet que Monahan connaît bien et sur lequel Scott a depuis longtemps le désir de faire un film. Le projet Tripoli, quoique sur le point d'aboutir, est finalement abandonné par les studios. Dans l'intervalle, Monahan a écrit le scénario de ; il le propose à Scott. Le choix de l'époque fut principalement motivé par le personnage du roi lépreux Baudouin IV de Jérusalem et la trêve fragile qui règne alors entre chrétiens et musulmans, selon lui plus intéressante qu'une guerre ouverte.
Orlando Bloom se voit proposer le rôle principal du film alors qu'il vient tout juste d'achever le tournage de Troie. Il n'est d'abord pas très enthousiaste à l'idée de s'engager dans un nouveau film d'époque, en costumes, mais change d'avis à la lecture du scénario. Les autres acteurs sont choisis par la suite, dont Edward Norton pour le rôle du roi Baudouin. Norton suggère que son nom n'apparaisse pas au générique, afin de laisser au public le soin de deviner qui se cache derrière le masque du roi Baudouin.
Tournage Le tournage commence en ; il dure six mois. Il a d'abord lieu en Espagne, puis au Maroc. Les scènes se déroulant au village natal de Balian sont tournées à Loarre, dans les Pyrénées espagnoles, celles de l'hôpital de Messine et de la résidence de Balian à Jérusalem à Palma del Río, celles du palais du roi Baudouin à Séville (à l'Alcazar et à la Casa de Pilatos), les extérieurs de Messine sur les remparts d'Essaouira, et les plans larges de Jérusalem à Aït-Ben-Haddou, enrichi d'un arrière-plan avec le procédé de matte painting. Le tournage du siège de Jérusalem se déroule près de Ouarzazate et des studios de l'Atlas où sont filmés les intérieurs, prend presque deux mois et requiert environ figurants (dont de nombreux soldats de l'armée marocaine, spécialement mis à disposition par le roi Mohammed VI).
La seule maquette réalisée pour le film fut utilisée pour l'effondrement du mur de la poterne Saint-Christophe. Le logiciel MASSIVE est largement utilisé pour les scènes de combats de masse ou celles d'armées en mouvement. La scène du naufrage du navire est une combinaison de plans d'Orlando Bloom filmés à d'autres moments et retouchés pour changer sa tenue, d'images issues de Lame de fond, un autre film de Scott, et d'un navire créé numériquement.
Le design du film s'inspire des œuvres des peintres orientalistes, notamment Jean-Léon Gérôme, de Gustave Doré et des salles des Croisades du château de Versailles. Il faut cinq mois pour construire les décors du siège de Jérusalem, faits de murs de quinze mètres de haut et de trois tours de siège plus hautes encore.
Musique La bande originale du film est composée par Harry Gregson-Williams et interprétée par l'Orchestre philharmonique de Londres. Quelques exceptions notables, néanmoins. L'air de la mort du roi Baudouin le lépreux est tiré de l'opéra (littéralement : « Vois mon cœur »), spécialement composé par Patrick Cassidy pour le film Hannibal (également réalisé par Ridley Scott). De même, la musique qui accompagne le discours de Balian et l'adoubement général est issue du film Le 13e Guerrier ; elle fut composée par Jerry Goldsmith. La musique de la tentative d'assassinat de Balian par des hommes de Guy de Lusignan (, par Graeme Revell) est tirée du film . Enfin, la décapitation de Renaud de Châtillon par Saladin est accompagnée par un extrait de la Passion selon saint Matthieu, par Johann Sebastian Bach.
Version longue Au cours du processus de montage, les studios de production manifestent la crainte que la durée du film soit excessive et l'intrigue trop complexe, pour peu que l'on y adjoigne les scènes du prince Baudoin, fils de Sibylle et nouveau roi de Jérusalem (après la mort de son oncle). Scott s'incline mais prévoit une version , spécialement réservée au marché DVD. Cette version longue (une quarantaine de minutes supplémentaires) est à l'affiche d'un cinéma de Los Angeles pendant deux semaines, en .
Elle nous permet d'en apprendre davantage sur Balian. Celui-ci n'est pas qu'un simple forgeron, mais il possède par ailleurs des talents d'ingénieur, qu'il mettra au service du roi lépreux lors de leur rencontre, et qu'il utilisera pour l'entretien de ses terres et le renforcement du système de défense de Jérusalem. On apprend en outre qu'il avait déjà l'expérience de la guerre avant de rejoindre Jérusalem (il a servi comme cavalier lors d'un conflit entre seigneurs), et que le prêtre que tue Balian est en fait son propre frère (demi-frère, comprend-on, puisque Godefroy est le père biologique de Balian).