Le barrage de Belo Monte est un grand barrage sur le Rio Xingu, situé dans l'État fédéral du Pará au Brésil. Il est associé à une centrale hydroélectrique de , la quatrième la plus puissante du monde. Celle-ci a été mise en service à partir de 2016, pour être inaugurée en après l'installation des dernières turbines.
Le projet a fait l'objet d'une très importante controverse du fait de son impact sur l'environnement et sur les populations locales, et le chantier a été plusieurs fois interrompu sur décision de la justice.
Histoire Malgré les oppositions, le projet obtient le « feu vert » le , et la construction débute en . Le , le tribunal fédéral décide d'invalider la licence, et les travaux cessentLa justice brésilienne exige à nouveau l'arrêt du chantier du barrage géant de Belo Monte, Le Monde, 15 août 2012., mais le le président du Tribunal suprême fédéral suspend la décision du Tribunal régional fédéral de la première région et les travaux reprennent immédiatementLa Cour suprême brésilienne autorise la reprise des travaux du barrage géant de Belo Monte, Le Monde, 28 août 2012.
La première turbine de la centrale principale est mise en service en , suivie des 17 autres à un rythme régulier pendant plus de trois ans. La puissance opérationnelle atteignait fin 2016 et fin 2018 Hydropower Status Report.pdf 2017 Hydropower Status Report (Rapport 2017 sur l'état de l'hydroélectricité) (page 46), Association internationale de l'hydroélectricité (IHA), juillet 2017..
La dernière turbine est installée en , et le barrage est officiellement inauguré par le président de la république du Brésil Jair Bolsonaro le .
Objectifs Le barrage de Belo Monte est un important projet du Programme brésilien d'accélération de la croissance (). Les autorités affirment que ce barrage permettra au Brésil d'accéder à une plus grande autonomie énergétique, particulièrement dans le bassin amazonien, très dépendant de l'énergie fossile.
La puissance installée atteint grâce à , ce qui en fait par la puissance, le deuxième plus grand barrage du Brésil, et le quatrième dans le monde derrière le barrage des Trois-Gorges, en Chine, le barrage d'Itaipu, entre le Brésil et le Paraguay et celui de Xiluodu en Chine« Derrière le chef Raoni, manifestation mondiale contre le projet Belo Monte » sur 20minutes.fr. Cependant, du fait de l'irrégularité du débit du Xingu, sa production moyenne devrait s'élever à , soit une production annuelle de . Cela devrait représenter jusqu'à 10 % de l'électricité produite au Brésil, et la puissance crête appelable à la demande grâce à l'important réservoir associé au barrage pourra éventuellement être utilisée pour réduire l'utilisation de moyens de pointe lors des pics de demande.
L'électricité du barrage devrait servir à l'extraction de bauxite à partir de gisements dans l'État du Pará et à sa transformation en aluminium.
La production électrique s'est élevée à en 2019.
Financement et économie Le coût du barrage est estimé en 2013 à près de de dollars. Le projet devrait employer durant la construction jusqu'à de manière directe et créer emplois indirects ; après la construction, le nombre d'emplois permanents serait de . L'appel d'offre du projet a été remporté par le Consórcio Norte Energia, une filiale à 49 % d'Eletrobras.
Ce projet a été soutenu par le Mercosur, ce qui a créé des tensions entre le Brésil et le Venezuela. Un accord est finalement trouvé en 2012.
Impact humain et environnemental Le projet est vivement critiqué par les populations autochtones et de nombreuses organisations environnementales au Brésil. Le barrage inonderait une surface d'environ et il aurait un impact considérable sur l'environnement, entraînant une réduction importante de la biodiversité et la disparition d'espèces rares. En réponse à ces critiques, le gouvernement prévoit d'investir afin de réduire les impacts négatifs du projet.
Évaluation environnementale incomplète En , l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables (IBAMA) a accordé une licence environnementale pour la construction du barrage en dépit du tollé au sein de l'agence concernant des informations incomplètes dans l'étude d'impact environnemental (EIE) écrit par Eletrobras, Odebrecht, Camargo Corrêa, et Andrade Gutierrez. Auparavant, en , un jury composé d'experts indépendants et des spécialistes provenant d'universités et d'instituts de recherche brésiliens ont publié un rapport sur l'EIE, afin de montrer les « diverses omissions et les incohérences méthodologiques dans l'EIE... ». Parmi les problèmes relevés dans l'EIE : le coût incertain du projet, la déforestation, la capacité de production finalement considérée insuffisante au vu des coûts prévus, les émissions de gaz à effet de serre et en particulier l'omission des habitants de la rivière.
Deux hauts fonctionnaires de l'IBAMA, Leozildo Tabajara da Silva et Benjamin et Sebastião Custódio Pires, ont démissionné de leur poste en 2009 à cause de la forte pression politique entourant le projet. En , le président de l'IBAMA, Abelardo Azevedo, a également démissionné de son poste. En , le précédent président, Roberto Messias, avait également démissionné, mettant en cause la pression du gouvernement et des organisations environnementales.
En 2010, plus de 140 organisations et mouvements en provenance du Brésil et partout dans le monde ont dénigré le processus de prise de décision pour l'octroi de la licence environnementale pour les barrages, dans une lettre au président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva We're writing you to express our indignation and urge you to immediately suspend the Belo Monte hydroelectric dam project on the Xingu River Sur le site internationalrivers.org.
Perte de la biodiversité thumb|left|Le pléco-zèbre, une des espèces vivant uniquement dans la rivière Xingu. La diversité des poissons de la rivière Xingu est extrêmement riche, avec environ 600 espèces de poissons et avec un haut degré d'endémisme. La zone soit séchée soit noyée par le barrage s'étend sur l'intégralité de l'habitat d'un certain nombre d'espèces, par exemple, le pléco-zèbre (Hypancistrus zebra), le pléco-solaire (Scobinancistrus aureatus), le cichlidé Teleocichla centisquama, le piranha Ossubtus xinguense et la grenouille Allobates crombiei. Une étude menée par des experts indépendants sur l'impact environnemental du barrage a conclu que le débit imposé au Rio Xingu signifiait que la rivière « ne sera pas capable de maintenir la diversité des espèces », au risque de « l'extinction de centaines d'espèces » Dernière occasion de voir: le fleuve amazonien Xingu Jeremy Hance, mongabay.com 25 octobre 2011Camargo M., GiarrizzoT. & Isaac V. (2004). "Review of the geographic distribution of fish fauna of the Xingu river basin, Brazil". Ecotropica 10: 123-147. PDF..
Émission de gaz à effet de serre Les grands barrages en Amazonie sont susceptibles de produire une quantité de gaz à effet de serre non négligeable dans les premières années de leur exploitation. En effet, les immenses zones forestières inondées par les lacs de retenue d'eau sont rarement déboisées préalablement, et une fois immergés, les divers végétaux pourrissent, leur décomposition produisant une émission naturelle de gaz à effet de serreN. Barros et al., Carbon emission from hydroelectric reservoirs linked to reservoir age and latitude Nature Geoscience, en ligne le 31 juillet 2011.. Les études portant sur le barrage du Tucurui en Amazonie montre que ses émissions actuelles de gaz à effet de serre seraient comparables, pendant les premières années de sa mise en eau, à puissance et productions égales, aux moyens de production utilisant du combustible fossile Rapport de la commission mondiale sur les barrages, Earthscan, novembre 2000..
Impact sur les populations L'engloutissement du territoire de tribus indiennes, obligerait à déplacer plus de , principalement des municipalités d'Altamira et de Vitória do Xingu, en raison d'un réservoir d'une surface de .
Depuis l’exploitation de la centrale hydroélectrique, les eaux du fleuve Xingu sont détournées et endiguées pour alimenter les turbines énergétiques, ce qui a radicalement modifié le débit et asséché le fleuve : les pêcheurs, les riverains, les peuples indigènes, les agriculteurs avoisinants, et les (réparties en ) qui y vivent, sont affectées. Antônia Melo, fondatrice du Mouvement Xingu vivant pour toujours (MXVPS : Movimento Xingu Para Sempre), déplore la situation créée par la société Norte Energia S.A., responsable de l’opération : .
Opposition thumb|left|upright=.7|Action de protestation de Greenpeace dénonçant l'impact du projet. thumb|upright=1.3|Le chef Raoni et les premières signatures de sa pétition internationale contre le barrage (photographie prise sur le parvis des droits de l'homme, au Trocadéro, à Paris).
L'opposition au projet a été fortement médiatisée, incarnée par le chef indien Raoni Metuktire, le chanteur Sting, le réalisateur James Cameron (réalisateur du film Avatar) ou encore Eduardo Jorge Martins Alves Sobrinho (parti vert brésilien) qui a notamment lancé une manifestation d'envergure en Amazonie brésilienne qui a réuni personnes en 2012, l'actrice Sigourney Weaver, le millionnaire David de Rothschild ou encore Erwin Kräutler.
Le projet a été suspendu pour inconstitutionnalité au regard des dispositions nationales protégeant les territoires des indiens amazoniens au mois d' par une décision judiciaire immédiatement annulée en appel le jour-même. Le , Curt Trennepohl « Environmental protection agency chief: Brazil will do the same to indigenous as “Australians did to the Aborigines” », Mongabay.com, 17 juillet 2011, président de l'Institut brésilien de l'environnement et des ressources naturelles renouvelables (IBAMA), a donné son feu vert à la construction du barrage« Barrage controversé en Amazonie : le Brésil donne son feu vert » sur maxisciences.com..
Selon diverses organisations environnementales, les Kayapos seront les premières victimes de la construction de ce barrage.
De nombreuses pétitions contre le projet ont été mises en ligne ; notamment par le projet « Gota d'àgua » "Gota d'àgua" Sur le site movimentogotadagua.com.br qui a récolté plus de signatures, par Avaaz, ayant récolté plus de , par l'association ayant récolté plus de et par le site officiel du chef RaoniLes amerindiens toujours plus menacés, nouvelobs.com du ayant rassemblé plus de en Dont de nombreuses personnalités : Cali, Bernard Lavilliers, Jan Kounen, Hugues Aufray, Jacques Weber, Renan Luce, Pierre Richard, Abd Al Malik, Vincent Cassel, Jacque Perrin, Nicolas Hulot, Danielle Mitterrand, Alan Stivell, Claire Keim, Mino Cinelu, Nicolas Vanier, Eva Joly, Remi Gaillard, Marion Cotillard, le groupe Tryo, Vahina Giocante, Christiane Taubira, Edgar Morin.
La justice fédérale de l'État du Pará a interdit le au consortium d'altérer le lit du rio Xingu« Au Brésil, la justice stoppe la construction d'un barrage », sur lemonde.fr.
Le , le Public Eye Awards « Prix de la honte et de l'irresponsabilité » a été décerné à l'entreprise Vale, une des participantes au projet de Belo MonteLes Public Eye Awards attribués à Vale et Barclays.
En , Jan Kounen réalise avec Vincent Cassel un spot de sensibilisation pour Planète Amazone visant à dénoncer les impacts du barrage de Belo Monte.
Le , pendant la COP21, le Tribunal international des droits de la nature reconnaît symboliquement le gouvernement du Brésil coupable de crime d'écocide et de violation des droits des peuples autochtones, après une plaidoirie du cacique Raoni Metuktire.
Le , plus d'une centaine d'habitants manifestent et demandent à l’IBAMA de suspendre la licence d’exploitation de Belo Monte jusqu’à ce que la société Norte Energia garantisse un débit minimum de sur le tronçon de rivière.