Zine el-Abidine Ben Ali (), né le à Hammam Sousse (Tunisie) et mort le à Djeddah (Arabie saoudite), est un militaire et homme d'État tunisien. Il est président de la République tunisienne du au .
Après avoir occupé plusieurs postes au sein de l'armée et de la sûreté nationale, il devient en 1986 ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Sfar, puis remplace celui-ci comme Premier ministre en 1987. Il dépose peu après le président Habib Bourguiba pour , et lui succède en vertu de l'ordre protocolaire. Son accession au pouvoir intervient à une époque où le pays est en proie aux luttes de succession, aux tensions politiques et économiques et à la montée de l'islamisme.
Sous sa présidence, la Tunisie est classée première en termes de compétitivité économique en Afrique. Le pays jouit d'une bonne image dans le monde occidental, en particulier grâce à la place qu'il accorde aux femmes : remontant à l'ère bourguibienne, le statut de la femme tunisienne est notamment renforcé en 1993 avec la suppression de son obligation d'obéissance à son mari. Des organisations non gouvernementales et des médias étrangers dénoncent cependant sa politique en matière de droits de l'homme, la qualifiant de dictatoriale, notamment du fait de l'emprisonnement et de la torture d'opposants, ainsi que des atteintes à la liberté de la presse.
Au début de l', un mouvement de protestation populaire, inaugurant le début du « Printemps arabe », le contraint à quitter le pays. Il abandonne ainsi la présidence de la République pour se réfugier à Djeddah, en Arabie saoudite. En 2018, à l'issue de plusieurs procès par contumace, le total des peines prononcées à son encontre atteint plus de 200 ans de prison. Il meurt l'année suivante.
Famille et formation gauche|vignette|Hammam Sousse, ville natale de Ben Ali.
Quatrième d'une fratrie de onze enfants., Zine el-Abidine Ben Ali naît au sein d'une famille modeste de la petite ville de Hammam Sousse, puis effectue ses études secondaires au lycée de garçons de Sousse et intègre les structures locales du Néo-Destour. Hédi Baccouche, jeune militant du Néo-Destour, emprisonné par les Français au centre de détention de Zaarour en 1952, jouit en 1956, date de l'indépendance, du prestige nécessaire pour aider Ben Ali à rejoindre les rangs de la jeune armée tunisienne. Le parti est à l'époque en train de préparer une liste de candidats sélectionnés pour une formation militaire en France, qui sera appelée .
Carrière militaire Formation à l'étranger
gauche|vignette|Zine el-Abidine Ben Ali en 1961.
C'est dans ce cadre qu'il est diplômé de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr.., puis de l'École de l'artillerie de Châlons-sur-Marne. Il part ensuite aux États-Unis où il suit les cours de la Senior Intelligence School de Fort Holabird (Maryland) et de la School for Field and Anti-Aircraft de Fort Bliss (Texas). Il devient également ingénieur en électronique.. De retour en Tunisie, il est affecté au service du général Kefi.. Une zone d'ombre entoure les circonstances de sa rencontre avec la fille de ce dernier, Naïma, qu'il épouse en 1964, avant de prendre en charge la création de la direction de la sécurité militaire qu'il dirige durant dix ans.
Attaché militaire au Maroc Il devient ensuite attaché militaire au Maroc en 1974, puis en Espagne. Mohamed Mzali, devenu ministre de la Défense, l'intègre dans son cabinet. En , à l'occasion de la crise du , le Premier ministre Hédi Nouira le nomme à la tête de la sûreté générale. Il la quitte en , après les événements de Gafsa, et occupe ensuite le poste d'ambassadeur de Tunisie en PologneAmor Chadli, Bourguiba tel que je l'ai connu, la transition Bourguiba - Ben Ali, Tunis, Simpact, 2018, ..
Chef de la Sûreté nationale Rappelé à Tunis après les émeutes sanglantes de , Zine el-Abidine Ben Ali est promu, le , patron de la Sûreté nationale. Le , le président Bourguiba lui confie le ministère de la Sûreté nationale, nouvellement créé. Il devient ministre de l'Intérieur le tout en gardant la tutelle de la Sûreté nationale. Il intègre deux mois plus tard le bureau politique du Parti socialiste destourien (PSD) dont il devient secrétaire général adjoint. Après le départ de Mzali en juillet de la même année, il garde ses fonctions au sein du gouvernement de Rachid Sfar.
Premier ministre En , Zine el-Abidine Ben Ali est promu ministre d'État chargé de l'intérieur, puis Premier ministre le de la même année, tout en conservant le portefeuille de l'Intérieur. Il devient secrétaire général du PSD et se confirme ainsi comme possible dauphin de Bourguiba affaibli par la maladie et la vieillesse.
Coup d'État de 1987
Son accession au pouvoir intervient à une époque où le pays est en proie aux luttes de succession, auxquelles il participe, aux tensions politiques et économiques et à la montée de l'intégrisme., et avec une opinion publique partagée, selon Michel Camau, entre Momar Coumba Diop et Mamadou Diouf (dir.), « La succession de Bourguiba », Les figures du politique en Afrique. Des pouvoirs hérités aux pouvoirs élus, coll. Bibliothèque du Codesria, Paris, Éditions Karthala, 1999, ..
Au matin du , Ben Ali fait jouer l'article 57. de la Constitution de 1959 et, sur la foi d'un rapport médical signé par sept médecins attestant de l'incapacité du président Habib Bourguiba d'assumer ses fonctions, le dépose pour sénilité.. Il devient, en tant que successeur constitutionnel, président et chef suprême des forces armées. En effet, à cette époque, c'est le Premier ministre qui est le successeur du président de la République en cas de vacance du poste, et ce jusqu'à la fin de la législatureÉric Gobe et Larbi Chouikha, Histoire de la Tunisie depuis l'indépendance, Paris, La Découverte, 2015 (lire en ligne)..
Dans une déclaration faite à la radio nationale, il annonce sa prise de pouvoir et déclare que .. L'action est par la suite justifiée par le fait que des mouvements intégristes préparaient un coup d'État et détenaient une liste de personnalités à assassinerMichael Collins Dunn, Renaissance or radicalism ? Political islam. The case of Tunisia's al-Nahda, Washington, International Estimate, 1992..
De plus, le rapport médical venait confirmer l'incapacité de Bourguiba à continuer à assumer les plus hautes charges de l'État, ce que Mezri Haddad résume ainsi :
Pour Haddad, ce fut simplement . Pourtant, dans leur livre Notre ami Ben Ali, les journalistes Nicolas Beau et Jean-Pierre Tuquoi donnent une autre version des événements :
Cette prise de pouvoir est appelée ..
Président de la République Élections Premières élections
vignette|Portrait de Zine el-Abidine Ben Ali au palais présidentiel de Carthage.
Zine el-Abidine Ben Ali prend dès lors en main le PSD, en renforçant la cohésion et le transforme en Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), jusqu'à ce qu'il en soit lui-même exclu après la chute de son régime en .. À la tête de l'État, il en commence la restructuration : la Constitution amendée supprime la présidence à vie et limite le nombre de mandats présidentiels à trois, disposition qu'il fera abroger en 2002.
Une loi sur les partis politiques est adoptée et de nouveaux partis sont reconnus alors que les tribunaux d'exception et la fonction de procureur général sont supprimés. Le nouveau président cherche à apaiser le climat politique, notamment en assurant une ouverture vers les associations, dont la Ligue tunisienne des droits de l'homme, et en établissant des contacts avec les partis de l'opposition. Un pacte national rassemblant les différentes formations politiques et sociales du pays à l'exception des islamistes est signé le et engage ses signataires au respect de l'égalité entre les citoyens des deux sexes, des acquis du Code du statut personnel, des principes républicains et du refus d'utiliser l'islam à des fins politiques.
Aux élections législatives du , les candidats de l'opposition, notamment les islamistes inscrits comme indépendants, obtiennent environ 14 % des suffrages voire 30 % dans certains quartiers populaires de TunisSadri Khiari, Tunisie : le délitement de la cité : coercition, consentement, résistance, Paris, Éditions Karthala, 2003, .. Lors de la présidentielle tenue le même jour, étant le seul candidat, Ben Ali est élu avec 99,27 % des voix. Rapidement, des incidents dans le quartier de Bab Souika, en plein centre de Tunis, sont attribués aux islamistes du parti Ennahdha. L'éditorialiste américaine Georgie Anne Geyer rapporte ces faits de la manière suivante : Vers 1990, les islamistes provoquèrent de nouveaux affrontements pendant que Saddam Hussein envahissait le Koweït et que l'ensemble du monde arabe vacillait. En 1991 […] les islamistes manifestèrent en force, avec des grèves et des affrontements violents avec la police dans les universités. La terreur gagna alors les campus de Tunis, de Sousse et de Kairouan. Puis, le , à quatre heures du matin, alors qu'il faisait encore nuit, un groupe d'islamistes occupa un bâtiment public de Tunis qui symbolisait le gouvernement et y mit le feu […] Les islamistes avaient abandonné deux gardiens de nuit, pieds et poings liés, dans le bâtiment en flammes. Ceux-ci furent horriblement brûlés dans l'incendie et l'un d'entre eux succomba à ses blessures. Pour la grande majorité des Tunisiens modérés et respectables, cet événement marqua un tournant inexorable. Ce printemps-là, alors que de nouveaux affrontements se produisaient, les Tunisiens découvraient avec stupéfaction que les islamistes avaient abondamment infiltré l'armée, la garde nationale et la policeGeorgie Anne Geyer, Tunisia. A Journey Through a Country That Works, Londres, Stacey International Publishers, 2004..
vignette|redresse|Ben Ali avec Carlos Menem à Buenos Aires, en mars 1997.
Le , les autorités annoncent la découverte d'un et organisent des procès durant l'été 1992. Des ONG accusent alors la justice tunisienne de ne pas respecter tous les droits des condamnés pendant que les autorités invoquent le devoir du gouvernement de garantir la paix et la sécurité des personnes et de leurs biens et d'assurer la paix sociale et la stabilité des institutions nécessaires à la bonne conduite de tout processus démocratique. Accusé de s'opposer ouvertement au principe d'un État républicain en préconisant un État islamique, et à des lois tunisiennes comme le Code du statut personnel, le parti islamiste n'est pas reconnu et, accusé d'enfreindre le code des partis politiques, tombe dans la clandestinité.
Réélection de 1994 Le processus de démocratisation et de normalisation de la vie politique ralentit sans être ouvertement abandonné : un Conseil constitutionnel voit le jour et le Code électoral est révisé à plusieurs reprises .. Afin d'accroître la représentation parlementaire de l'opposition légale, un quota minimum de 20 % des sièges de la Chambre des députés lui est réservéCe minimum est porté à 25 % en 2008 à la suite d'un nouvel amendement de la loi électorale.. Le , Ben Ali est candidat unique à sa propre succession et est réélu avec 99,91 % des voix. Dans un souci officiel de consacrer le pluralisme politique, un amendement constitutionnel spécial exempte les candidats à la présidence de l'obligation constitutionnelle de parrainage par des élus.
Réélection de 1999
vignette|Zine el-Abidine Ben Ali au palais présidentiel de Carthage en 2000.