, les , plus communément désignés sous le nom de chien viverrin, ou sous le nom japonais de , forment un genre de mammifères carnivores (Carnivora) appartenant à la famille des canidés. Contrairement à ce que le nom vulgaire laisse entendre, ils ne sont absolument pas apparentés aux chiens et aux loups du genre Canis, classés dans la tribu des Canini, mais sont bien plus proche des renards (Vulpes) et de l’otocyon dans la tribu des Vulpini. Caractérisés par leurs corps allongés mais surtout leurs masques faciaux les faisant ressembler au raton-laveur ou au blaireau, ils sont également connus comme étant les seuls canidés à entrer dans une phase d’hibernation, mais également à simuler la mort comme l’opossum de Virginie, lorsqu’ils sont attaqués par un prédateur.

Pendant longtemps, le genre est considéré comme ne contenant qu’une seule espèce actuelle : Nyctereutes procyonoides, mais des études récentes ont montré que les populations japonaises constituaient une espèce à part.

Originaire de l'Asie de l'Est, le chien viverrin continental (Nyctereutes procyonoides) a intensivement été élevé pour sa fourrure en Europe et en Russie notamment pendant le ; des spécimens se sont échappés ou ont été introduits pour augmenter la production et ont formé depuis des populations dans l'Europe de l'Est. Actuellement en pleine expansion dans le reste de l'Europe, sa présence est indésirable car il est considéré comme une espèce envahissante, et soulève des inquiétudes de santé publique, notamment concernant la transmission de la rage.

Le chien viverrin, notamment par l’intermédiaire du chien viverrin japonais (Nyctereutes viverrinus) est une figure très présente dans la culture populaire japonaise par l'intermédiaire des bandes dessinées, dessins animés et jeux vidéo, dans lesquels il est souvent représenté, avec le renard et le chat, comme un animal doté de pouvoirs magiques tels que la métamorphose.

Dénominations Dans les différents systèmes de classification reconnaissant Nyctereutes comme étant un taxon actuel unique, les dénominations sont les suivantes : nom scientifique (désormais invalide) : Nyctereutes procyonoides (Gray, 1834) ; nom typique en françaisLes nouveaux taxons Nyctereutes procyonoides et Nyctereutes viverrinus ne possèdent pas de nom typique en français. : Chien viverrin (UICN., INPNINPN, Nyctereutes procyonoides (Gray, 1834). [En ligne]. Muséum national d'Histoire naturelle, Inventaire National du Patrimoine Naturel. [02/03/2025]. <URL : https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/60582>.) ; noms vulgaires : Nyctéreute (Vieilli), Chien ratonMeyer C. (éd. sc.), 2025, Dictionnaire des Sciences Animales, [en ligne], Montpellier, France, Cirad, [consulté le 29 avril 2025]. . ou Chien raton-laveur (de l’anglais Raccoon dog), Chien martre (de l’allemand Marderhund), Renard viverrin (Vieilli). ; nom vernaculaire, couramment utilisé en français : Tanuki. Société d'ethnozootechnie, Ethnozootechnie, n° 45, France, 1990, [ en ligne sur Gallica].Castellò (2018-2020), p 260, 262, 266 et 268...

Étymologies gauche|vignette|Illustration du Chien viverrin (Nyctereutes viverrinus) dans Les Mammifères par Carl Vogt ouvrage illustré par Friedrich Specht (1884) Le terme « Nyctéreute » est une francisation du nom de genre Nyctereutes, lui-même étant une latinisation d’un mot en grec ancien « celui qui chasse ou pêche pendant la nuit ». Le mot est ancien et apparaît dans les Lois (824B) de Platon. Étymologiquement, il s'agit d'un nom agentif en dérivé du verbe « passer la nuit, être de garde pendant la nuit ». L’appellation françisée est plus rare aujourd’hui dans la littérature.

Le nom « chien viverrin » est directement hérité du synonyme de l’ancien nom binominal Nyctereutes viverrinus : canis viverrinus, utilisé pour désigner les populations décrites sur l’archipel japonais par Coenraad Jacob Temminck, notamment dans le cinquième volume de sa monographie Fauna Japonica, consacrée aux mammifères du Japon..Pour plus de détails sur le rapport entre « tanuki » et « viverridé » voir cette section., qui constituent les spécimens-type du genre. Le nom anglais « raccoon dog », parfois traduit en français par « chien raton » ou « chien raton-laveur », est hérité de l’ancien nom binominal de Nyctereutes procyonoides, Canis procyonoides. Ces dénominations vulgaires utilisant le terme « chien » ont déjà semé la panique auprès de l’opinion publique, notamment dans au sujet de leur exploitation sur le marché de la fourrureDe la fourrure de chien viverrin retrouvée sur des vêtements vendus au Canada, *Radio-Canada*, 27 février 2019.. L’animal étant régulièrement assimilé à une race du chien domestique (Canis familliaris).

Le nom japonais , dont l’étymologie incertaine, pourrait venir des mots , , , ou encore , ces deux dernières provenant de la thanatose de l’animal comme arme de défense.. Certains auteurs suggèrent que le nom « tanuki » ne serait pas un emprunt lexical utilisé dans d’autres langues, ou bien que son utilisation ne serait réservé qu’aux populations japonaises (Nyctereutes viverrinus). Mais ces suggestions ne sont jamais respectées et l’on retrouve facilement dans la littérature scientifique ou même dans le langage courent l’utilisation de cette terminologie pour désigner les populations continentales, notamment dans le domaine de la fourrure. Le terme étant considéré comme plus élégant et plus simple d’utilisation. Il apparaît parfois dans certains ouvrages de zoologie spécialisés... Dans la littérature japonaise et la culture populaire, il est parfois improprement traduit par le terme de « blaireau »., « raton-laveur », voire « ragondin »*Operetta Tanukigoten* (Princess Raccoon), Festival de Cannes, 2005., mais ces traductions sont régulièrement fustigées par les chercheurs.

Dénominations locales

Langue Nom(s) vernaculaire(s) Signification / Note Anglais Raccoon dog « Chien raton » Japonais (日本語) . Dénomination utilisée à l’échelle internationale. Le chinois utilise parfois le caractère . Allemand Marderhund ; Waschbärhund. Signifient respectivement « Chien martre » et « Chien raton laveur ». Espagnol Perro mapache « Chien raton laveur ». Italien Cane procione ; Cane viverrino Signifient respectivement « Chien raton » et « Chien viverrin ». Néerlandais Wasbeerhond ; Marterhond Signifient respectivement « Chien raton laveur » et « Chien martre ». Suédois Mårdhund « Chien martre ». Danois Mårhund « Chien martre ». Norvégien Mårhund « Chien martre ». Finnois Supikoira Littéralement « chien blaireau ». Estonien Kährik ; Kährikkoer « Chien martre ». Letton Jenotsuns Dérivé de jenots (raton laveur). Lituanien Usūrinis šuo « Chien de l'Oussouri ». Polonais Jenot azjatycki ; Jenot Le terme Jenot est couramment utilisé pour également désigner le raton laveur. Tchèque Psík mývalovitý « Petit chien raton laveur ». Slovaque Psík medviedikovitý « Petit chien ourson ». Hongrois Nyestkutya « Chien martre ». Roumain Câinele enot « Chien raton laveur ». Slovène Rakunasti pes « Chien raton laveur ». Croate Kunopas « Chien martre ». Serbe Мрчки пас (Mrčki pas) « Chien martre ». Bulgare Енотовидно куче (Enotovidno kuche) « Chien ressemblant à un raton laveur ». Ukrainien Єнотовидний собака (Enotovydnyi sobaka) « Chien ressemblant à un raton laveur ». Biélorusse Янотападобны сабака (Janotapadobny sabaka) « Chien ressemblant à un raton laveur ». Islandais Marðarhundur « Chien martre ». Russe (Русский)Енотовидная собака (Enotovidnaya sobaka) енотовидная уссурийская лиса (enotovidnaya ussuriyskaya lisa) уссурийский енот (ussuriyskiy enot) енотка (enotka) мангут (mangut) « Chien ressemblant à un raton » « Renard de l’Ousssouri ressemblant à un raton » « Petit raton » (affectueux) Terme evenki utilisé pour désigner l’animal.Chinois (中文) Termes utilisés historiquement pour désigner le chien viverrin. Le caractère 貉 fut notamment utilisé en japonais avant l’ère Shōwa sous le nom de Mujina.Coréen (한국어) 너구리 (neoguri) Utilisé en coréen pour le chien viverrin. Vietnamien Chó gấu trúc « Chien panda ». Mongol Савар нохой (savar nokhoi) Littéralement « chien à pattes » ; terme local.

Systématique Phylogénie

La position taxonomique des nyctéreutes a fait l'objet de nombreuses révisions, compte tenu de leur morphologie particulière au sein de la famille des canidés. En 1880, Thomas Henry Huxley a proposé une parenté avec les « faux » renards d’Amérique du Sud sur la base de similitudes crâniennes et dentaires Huxley T.H. (1880). On the cranial and dental characters of the Canidae. Proceedings of the Zoological Society of London, 1880, 238-288. .. En 1967, la biologiste Devra G. Kleiman a décrit des similitudes morphologiques et comportementales avec le renard à oreilles de chauve-souris, en raison de leur capacité à se tolérer aisément entre congénères et également parce que les mâles de l'espèce positionnent leur queue en U inversé lorsqu'ils sont sexuellement excités.. Juliet Clutton-Brock les a provisoirement classés dans le genre Lycalopex, comprenant les renards des savanes d'Amérique du Sud, tout en admettant que sa position systématique était difficile à évaluer, car ils ne présentent aucune affinité avec d'autres canidés ..

Le paléontologue Xiamoning Wang a également proposé l'idée d’une étroite proximité avec l'actuel renard des savanes d'Amérique du Sud, en raison de leur dentition similaire et du processus angulaire élargi de leur mandibule ; d'autres études anatomiques sur la forme du cerveau des deux espèces semblent corroborer la parenté Dermitzakis MD, Van Der Geer AAE, Lyras GA (2004) The phylogenetic position of raccoon dogs: implications of their neuroanatomy. International Symposium on Eastern Mediterranean Geology Thessaloniki, Greece, 14–20 April .. L'hypothèse d'un ancêtre commun aux Nyctéreutes et aux renards des savanes au Miocène supérieur en Amérique du Nord a été émise ; des restes de renards des savanes du Pliocène inférieur du Texas pourraient confirmer cette hypothèse. Plus récemment, une étude phylogénétique proposée en 2005 sur la base du génome mitochondrial des canidés actuels montre que le genre Nyctereutes est en fait un membre de la tribu des Vulpini ..

Arbre phylogénétique

Évolution

vignette|alt=Fossile dans un musée du crâne de .|Fossile du crâne de au musée paléontologique de Zurich, en Suisse.

Le genre Nyctereutes a une histoire évolutive très ancienne, qui remonterai au miocène supérieur (il y a environ 6 à d'années). Il est probable que les premières espèces du genre aient migré à cette époque de l'Amérique du Nord vers l'Asie, en traversant le détroit de Béring comme de nombreux autres genres de canidé l’ont fait par la suite. Le plus ancien représentant connu a été découvert en Chine (N. tingi) ; de la taille d'un coyote, ce canidé s'est développé au pliocène (jusqu'à d'années) et s'est répandu en Asie pour donner naissance en Europe au très semblable N. donnezani, connu principalement dans le gisement de Perpignan .. Il s’agirait de la toute première espèce de canidé ayant quitté le continent américain.

Plus tard, des espèces plus évoluées sont apparues, comme N. sinensis en Chine et N. megamastoides en Europe, qui ont finalement donné naissance à l'espèce encore vivante N. procyonoides. Entre-temps, des individus du genre Nyctereutes ont atteint l'Afrique au Pliocène avec les espèces N. abdeslami et N. terblanchei, avant de s'éteindre au Pléistocène moyen (il y a environ d'années). L'espèce moderne, le chien viverrin continental (N. procyonoides), a survécu en Asie grâce à sa taille plus petite que celle de ses proches parents et à des adaptations de sa dentition qui l'ont conduit à un régime omnivore.

Espèces et sous-espèces

Pendant longtemps le genre Nyctereutes était considéré comme monospécifique avec comme seule espèce actuelle Nyctereutes procyonoides.