Le musée de la Vie wallonne a été fondé en 1913. C'est l'un des plus riches musées d'ethnologie de la Région wallonne, il est situé dans le cadre de l'ancien couvent des mineurs de Liège. Si ses collections rassemblent tout ce qui a fait et fait encore la vie en Wallonie, il offre, à travers son parcours, un regard original et complet sur ce que sont la Wallonie et ses habitants, du à aujourd'hui. Un théâtre de marionnettes y donne vie à Tchantchès, à Charlemagne, à Nanesse, à Roland et aux personnages du répertoire traditionnel liégeois.

Histoire du musée

Genèse du musée de la Vie wallonne L'idée de conserver les usages traditionnels de la Wallonie dans un musée remonte à la fin du . C'est l'exposition d'ethnographie congolaise, organisée au Conservatoire de Liège en 1891 qui fait prendre conscience à plusieurs érudits liégeois, parmi lesquels Eugène Monseur, de l'urgence de sauvegarder et d'exposer des savoir-faire et des objets menacés de disparition. Un premier projet aboutit lors de la création du musée du Vieux-Liège en 1894 mais, faute de soutiens matériel et populaire, il disparaît rapidement.

Le souhait d'établir un musée wallon persiste dans l'esprit des militants wallons et la question est à l'ordre du jour du Congrès wallon de 1905. Bientôt, plusieurs sociétés partagent ce souhait et aident à son aboutissement. En 1909, la Société de langue et de littérature wallonnes exprime son désir de réunir tous les objets relatifs à la vie en Wallonie, en vue d'assurer l'exactitude des définitions données aux mots et de faciliter l'illustration des publications linguistiques.

En 1913, c'est finalement grâce, notamment, à cette Société de langue et de littérature wallonnes, à l'Institut archéologique liégeois et à la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège que les statuts du musée de la Vie wallonne sont rédigés puis adoptés en . La première équipe exécutiveOn retrouve parmi les fondateurs Joseph Brassine, Isi Collin, Oscar Colson, Paul Comblen, Charles Delchevalerie, Julien Delaite, Auguste Doutrepont, Olympe Gilbart, Paul Jaspar, Jean Lejeune, Florent Pholien, Sébastien Randaxhe, Lucien Renard, Charles Semertier, Jean Servais, et bien sûr Joseph-Maurice Remouchamps, Jean Haust et Henri Simon. est constituée de Joseph-Maurice Remouchamps, premier directeur, Jean Haust, premier président, et Henri Simon, premier conservateur, et le projet est publié dans Un appel aux Wallons : pour un musée de la Vie wallonne.

La ville de Liège prend en charge les frais techniques et matériels liés au fonctionnement du musée et offre une installation provisoire dans les locaux du palais Curtius.

Premières années : établissement des bases scientifiques (1913-1939) La méthode scientifique du musée de la Vie wallonne a fait sa réputation en Belgique et internationalement. C'est surtout parce qu'elle avait comme objectif premier d'être un centre d'étude et de recherche, où les nombreux documents et collections étaient mis à la disposition des chercheurs. Le souhait d'organiser une exposition temporaire n'apparut que plus tard, une fois la collection bien documentée.

La constitution des premières collections Dès les débuts, le musée se fixe comme objectif de « réunir et de conserver des objets, des reproductions d'objets, des livres et des documents présentant quelque intérêt au point de vue de l'ethnographie, du folklore, des mœurs, des arts et métiers ou du vocabulaire de la Wallonie. » Des appels aux dons sont lancés et les objets reçus sont minutieusement référencés et entreposés dans les annexes du palais Curtius, en Féronstrée, à Liège. On s'y intéresse tout particulièrement aux dénominations wallonnes. Des questionnaires d'enquêtes sur les thèmes les plus divers sont envoyés à travers toute la Wallonie et permettent d'accumuler une documentation scientifique de première main.

Le musée peut s'appuyer sur le soutien des membres de la Société de langue et de littérature wallonnes, et plus précisément ceux qui travaillent à l'établissement d'un dictionnaire général de la langue wallonne. Il peut également compter sur l'aide des correspondants de cette même société, nombreux et issus de toute la Wallonie.

La mise en place d'un système de référencement efficace Étant donné l'étendue des thématiques envisagées, la première équipe doit faire face à un obstacle de taille : établir un système de classement performant et complet. Ce catalogue systématique est mis en place à partir du classement d', conservateur des archives suisses des traditions populaires. Le classement est régulièrement adapté et actualisé en fonction des pièces acquises par le musée.

Parallèlement, chaque document est enregistré au sein des registres et renseigné par des fiches signalétiques à multiples entrées.

Le recours aux techniques les plus modernes et l'élaboration d'un service des enquêtes Pour documenter au mieux les objets et les documents collectés, le musée décide de réaliser des enregistrements sonores, puis bientôt des réalisations photographiques et cinématographiques. Les premiers enregistrements datent de 1913-1914, tandis que les premiers films documentaires sont réalisés dès 1920. Ces documents constituent aujourd'hui des ressources particulièrement rares et précieuses.

Dès les années 1920, un service d'enquêtes ethnographiques est mis sur pied pour aller, avec le matériel photographique et cinématographique, saisir les usages en voie de disparition à travers toute la Wallonie. Les équipes (entre deux et six personnes) multiplient les voies d'accès à la matière : prise de notes, croquis, photographies et films, ce qui permet un maximum d'objectivité et d'exhaustivité.

Un musée ancré dans la société contemporaine D'emblée, l'équipe souhaite diffuser le résultat de ses collectes via une revue les Enquêtes du musée de la Vie wallonne, qui paraît régulièrement dès 1924. Les équipes techniques et scientifiques participent à des publications prestigieuses comme le Dictionnaire liégeois de Jean Haust. En 1930, trois salles publiques sont inaugurées dans le bâtiment de Féronstrée. Des visites sont proposées régulièrement dès 1934. Des projections des films d'enquêtes ou des causeries sont régulièrement proposées au public.

À une époque où les bâtiments historiques ne sont pas souvent classés, et puisqu'un des buts du musée est la collecte des témoignages du passé ou susceptibles de disparaître, le musée est souvent appelé à défendre des sites et des bâtiments menacés de destruction par les évolutions urbanistiques, comme lors de la destruction du quartier de la Goffe à Liège ou pour la sauvegarde du moulin de Mauvinage à Silly.

C'est une démarche similaire qui pousse le Musée à installer un théâtre de marionnettes liégeoises en son sein. Ce genre, particulièrement vivace à Liège, était menacé de disparition. Le directeur du musée engage donc deux montreurs pour perpétuer le répertoire traditionnel et proposer des spectacles réguliers.

En 1930, le Musée est à la base des souscriptions publiques pour la réalisation des bas-reliefs de la fontaine de la Tradition, sur la place du Marché. D'autres projets plus ambitieux, comme la réalisation d'un beffroi à Liège, n'aboutissent pas.

En 1934, l'équipe du musée, en collaboration avec l'université de Liège, imagine même la création d'une école d'ethnographie visant à former de nouveaux collaborateurs scientifiques. Même si les programmes sont établis et les professeurs choisis (Jean Haust, Élisée Legros, Louis Remacle…), le projet avortera faute de budgets.

Un musée qui s'émancipe et se tourne vers le public (1940-1970) L'année 1939 apporte de multiples difficultés au musée. La mort de Joseph-Maurice Remouchamps, premier directeur du musée, et celle d'Henri Simon, premier conservateur, auraient pu ébranler les fondements. Mais une équipe plus jeune a déjà pris part active aux enquêtes et à l'inventaire des collections. C'est Édouard Remouchamps, fils du défunt directeur, qui reprend la direction. La mort de Jean Haust en 1946, elle non plus, ne met pas fin aux activités scientifiques. Ce sont ses assistants Louis Remacle, Maurice Piron et surtout Élisée Legros qui assurent le relais.

L'accroissement des collections et l'organisation des réserves Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le musée est conscient de vivre un moment historique et est attentif à en sauvegarder chaque élément. Des campagnes de collecte de documents contemporains sont lancées dès la libération afin de s'assurer la conservation des journaux clandestins, des objets de l'occupation ou de documents divers.

Les thèmes de recherche, autrefois surtout centrés sur le folklore et la vie rurale, s'étendent à la vie matérielle, familiale, sociale, intellectuelle, religieuse, artistique et politique.

Le manque de place se fait de plus en plus pressant et les recherches se multiplient. Des possibilités avaient déjà été envisagées avant-guerre du côté du Vertbois. C'est finalement vers l'ancien couvent des mineurs de Liège que la ville et le musée s'orientent. Les travaux d'aménagement prendront des années et l'ensemble des services ne pourra s'installer cour des Mineurs avant 1972.

Le musée acquiert les collections du musée de la Paille de Roclenge-sur-Geer qui, après avoir été exposées séparément, intègrent les collections.

Le maintien d'une haute qualité scientifique Suivant l'exemple des fondateurs, l'équipe qui reprend les rênes du musée aux côtés d'Édouard Remouchamps souhaite conserver la réputation d'institution scientifique acquise rapidement par le musée. Une sorte de mécénat intellectuel se maintient avec l'investissement de Maurice Piron, Louis Remacle, Élisée Legros, Maurice Arnould, Jean Lejeune, Roger Pinon ou de Jean Servais.

Cette équipe multiplie les publications scientifiques dans les collections d'études, et les articles dans le Bulletin des enquêtes, qu'ils coordonnent.

Ils apportent également leur caution aux expositions et aux catalogues, ils accompagnent le travail quotidien du personnel engagé au musée.

Par ailleurs, ils associent le musée à l'élaboration de manifestations de renommée internationale, comme le Festival et congrès de la marionnette moderne et traditionnelle en 1958.

Un statut juridique plus clair Dès 1958, un établissement d'utilité publique est fondé dans le but de rassembler une documentation aussi complète que possible sur la manière de vivre des Wallons et de la présenter. La constitution de cet établissement d'utilité publique, devenu fondation d'utilité publique dès 2002, garantit l'affectation du patrimoine accumulé à un but désintéressé : l'étude de cette documentation et sa présentation à un public, dans un souci pédagogique et culturel.

L'attention portée au visiteur Dans le courant des années 1950, le visiteur devient l'objet des attentions de l'équipe. Un service éducatif voit le jour en 1955 pour encourager les fréquentations du musée. Dès ce moment, des visites thématiques et des nouvelles animations scolaires sont mises sur pied, des portefeuilles thématiques de documentation sont préparés. Des plaquettes didactiques sont produites pour les écoles : Les marionnettes liégeoises et Tchantchès (1965), Les terres cuites de Léopold Harzé (1966). Des séries d'images pour enfants sont éditées, des films sont réalisés pour les écoles : Une visite au musée de la Vie wallonne, Vieux métiers au musée de la Vie wallonne, Images de l'année folklorique.

En 1958, paraît le premier Guide du visiteur, réalisé par Élisée Legros et Joseph Dewez.

Une première exposition temporaire est proposée dans l'une des ailes de l'actuel musée. Elle présente les collections récemment acquises du musée de la Paille de Roclenge-sur-Geer. D'autres suivront avec Dessin et peintures des Van Marck en 1964 et Trois siècles de bois de Spa en 1967. Des catalogues thématiques sont rédigés (Cadrans solaires de Max Elskamp, Les terres cuites de Léopold Harzé).