L'appellation camps de Jalès fait référence à une série d’événements qui se sont déroulés immédiatement après la Grande Peur au début de la période révolutionnaire, entre et en Ardèche, sur le territoire des communes de Banne, Beaulieu et Berrias-et-Casteljau, dans le canton des Vans.

Il ne s'agit pas d'un mouvement isolé, mais de manifestations proches de celles que l’on retrouve dans l’Ain, le Comtat Venaissin, Arles, d’abord dans un contexte fédératif puis évoluant vers une réaction contre-révolutionnaire, souvent à la suite d’affrontements entre catholiques et protestants (Nîmes, Uzès).

Le pays de Jalès Le pays se situe à la limite entre l’Ardèche (Vivarais) et le Gard, à proximité d’Alès, du pays d’Uzège. La plaine de Jalès est aussi une zone de contact entre catholiques et protestants, marquée par la présence ancienne des templiers et la proximité des Cévennes protestantes.

La période révolutionnaire

Le contexte : la Révolte des Masques armés En 1782 et 1783, des bandits masqués sévirent entre les Vans. et Saint-Ambroix (Gard), nécessitant l’envoi de troupes commandées par Henri Cabot de Dampmartin. Cette révolte contre la bourgeoisie était le fait de pauvres gens. Les responsables furent pendus ou roués aux Vans le 1783, certains envoyés aux galèresJean Régnè, .. Beaucoup furent néanmoins graciés.

Albin Mazon, dans sa notice sur l'ancienne paroisse de Jaujac(pages 244 à 257), raconte que l'un des condamnés à la roue l'avait été par contumace. Il s'appelait Degout-Lachamp et se serait caché dans les bois jusqu'en 1789, puis à la faveur des événements aurait eu une activité de brigandages avec d'anciens complices jusqu'en 1796, date à laquelle il aurait été repris à la faveur d'un complot royaliste qu'il aurait voulu dénoncer.

Le premier camp : fête fédérative et défense des catholiques C'est le , au château du comte du Roure à Banne, que les membres des conseils municipaux des communes voisines demandent que l'Assemblée constituante soit chargée d'organiser un rassemblement des gardes nationaux.

Le , à l’appel de Louis Bastide de MalbosChristian de Seauve, Caraman 1581-1858. Chronique d’une maison l’hôtel de Malbos, son environnement catholique et protestant. Les collectionneurs amateurs 31460 Caraman. 1998, maire de Berrias, commune sur laquelle est implantée la Commanderie de Jalès, se réunissent à gardes nationaux et plusieurs milliers de catholiques en réponse aux événements survenus à Nîmes, où des protestants, majoritairement favorables aux idées progressistes massacrèrent des catholiques. Ce rassemblement pouvait passer pour une fête locale à l’image de la célébration dite Fête de la Fédération du à Paris. Rivière de Larque, procureur syndic de Largentière, tente de tirer un avantage politique de cette manifestation.

Une messe est célébrée. Certains veulent marcher sur Nîmes, mais cette éventualité est écartée par les organisateurs.

Toutes les villes de l'Ardèche méridionale y étaient représentées à l'exception de JoyeuseMazon, Histoire de Largentière, p. 393. thumb|Scan d'un document original.|alt=

Les maires de l’Ardèche méridionale, leurs conseillers et leurs gardes nationaux se réunissent et proclament leur fidélité au Roi..

Cependant, après le départ des gardes, certains s’organisent et leurs officiers se proclament état-major ou comité militaire d’une armée fédérée. Cette démarche est déclarée inconstitutionnelle par l’Assemblée nationale à la demande du Directoire du département de l’Ardèche (proclamation du ) dans un décret du promulgué par le roi le .

Ce comité dont le principal élément est Claude Allier, prieur de Chambonas, sera le fil rouge reliant le premier rassemblement aux deux autres. Il fait l'amalgame entre les protestants et les patriotes qui accaparent tous les postes et relèguent les catholiques à des fonctions subalternes. Le prieur de Chambonas, catholique et monarchiste, sera un lien avec les princes émigrés.

Dès lors, tout rassemblement - que ce soit dans la plaine de Jalès ou dans tout le Royaume - devient illégal, sauf autorisation du Directoire départemental.

Le deuxième camp : réaction religieuse (février 1791)

thumb|upright=0.7|Appel aux citoyens.|alt=

(Mazon-Histoire de Largentière-).

Et l'on y chantait la chanson du Camp de Jalès..

Le Directoire du département de l’Ardèche s’oppose à cette décision. Le , il écrit aux municipalités, leur demandant la plus grande prudence et signalant le risque de manipulation et après l'échec d'un contre-rassemblement des gardes nationales dans la plaine de Laurac en vue du maintien de l’ordre et de la légalité, le , il demande l'aide des garnisons de la Drôme car il n'a pas confiance en la loyauté des troupes ardéchoises. Parallèlement, le Directoire du Gard demande que le régiment du Soissonnais basé à Montélimar soit déplacé vers Pont-Saint-EspritPaul Messié, . Un détachement de cent gardes fut installé en garnison à Barjac.

D’après l’abbé ÉtienneNotice sur la Paroisse de Ribes, . Le maire de Joyeuse, Dussargues de Planzolles renonce à y faire obstacle.

Les affrontements se multiplient, les catholiques faisant pression sur les municipalités protestantes, les gardes nationales sur les municipalités accusées de tiédeur patriotique. Dans plusieurs villes les protestants déposent les armes en signe de bonne volonté. Cependant, les gardes favorables au Comité de Jalès se rassemblent en masse, souvent en opposition avec des municipalités favorables au Directoire départemental.

À Joyeuse, malgré la présence des représentants du district du Tanargue, les gardes nationaux forcent la municipalité à les autoriser à partir vers Jalès. Les (Albin Mazon parle de dans son Histoire de Largentière) sont rassemblés dans la plaine de Jalès, mais, convaincus de temporiser, ils éliront un « général » Chastanier de Burac., qui les convaincra de renoncer à marcher sur Uzès et se disperseront progressivement.

Les armées régulières renforcées par des gardes nationaux « patriotes » commandées par Louis Alexandre d'Albignac (Nîmes), les deux compagnies du régiment des chasseurs de Roussillon sous les ordres du lieutenant-colonel des Ours de Mandajors (Alais), et de la Légion de Pont-Saint-Esprit sous les ordres de Legrand, ancien officier du régiment d'Angoumois à la demande des municipalités, convergent vers Jalès malgré les conseils du Directoire. Elles ne rencontreront pas de résistance. Seules les troupes de Legrand, à la demande de Dussargues maire de Joyeuse investissent Jalès , saccagent les lieux, détruisent les archives et arrêtent le maire Malbosc contre l’avis des représentants du Directoire. Il est emprisonné à Pont-Saint-Esprit. Il meurt au cours d’une « tentative d'évasion », peut être « suicidé »« (...) Malheureusement la trahison fit avorter ce plan ; la fédération fut disloquée avant d'avoir combattu ; Malbos fut lâchement étranglé dans sa prison et les jacobins triomphèrent. (...) » in « (...) M. de Malbos, père, fut président du comité qui provoqua le premier rassemblement contre-révolutionnaire de Jalès, (...). M. de Malbos, père, fut une des victimes des évènements de cette époque si tourmentée. Arrêté, conduit au Pont-Saint-Esprit, il fut, pendant la nuit, précipité dans le Rhône (...) » in par ses geôliers (l’hypothèse d’une vengeance d’anciens bandits masqués de 1783, libérés des galères a été évoquée par M. Guerreau ou Paul Messié dans la Revue du Vivarais).

Le troisième camp : la contre-révolution (juillet 1792) thumb|left|Prise du château de Banne.|alt= La conspiration de Saillans.. Cette conjuration semble purement contre-révolutionnaire, longuement mûrie par l'abbé Claude Allier, les Princes émigrés et le comte de Saillans.

Saillans tenait garnison à Largentière lors du deuxième camp de Jalès. Il aurait dû participer à sa répression sous les ordres du colonel des Ours de Mandajors qui préfère se passer de son aide. Au mois de , à Perpignan, il tente de soulever son régiment. Il est décrété d’arrestation le et se réfugie à Coblence.

Claude Allier, prieur de Chambonas et monarchiste prosélyteValérie Sottocasa, Dictionnaire de la Contre-Révolution, sous la direction de Jean-Clément Martin, Perrin 2011, p.42, qui recrute activement depuis des mois, se rend à Coblence en pour soumettre aux Princes un plan de soulèvement. Dès le , les émigrés nomment Conway pour prendre la tête de l’armée du Midi et lui adjoignent le comte de Saillans qui connaît bien le pays. Son objectif, suivant les conseils du comte d’Artois, futur : rétablir l’ancien régime malgré l’opposition du Roi.

, toujours est-il que Saillans réunit à peine partisans, là où il en attendait .

En dépit des conseils des princes et de Conway, Saillans aidé du chevalier Isidore de Melon et de Joseph Marie Chabalier, assiègent le fort de Banne le , pour le prendre le 8. Le Directoire du département de l’Ardèche réunit à Joyeuse une troupe de sous le commandement du général d’Albignac. Après quelques escarmouches, entre Joyeuse et Jalès, les rebelles se dispersent grâce à un violent orage, le fort de Banne est repris le 12 et détruit. Saillans en fuite sera repris, conduit aux Vans et décapité sans jugement ainsi que plusieurs de ses complices. Son crâne aurait été ramené au bout d'une pique à Largentière (Ardèche) où il est encore visible sur un pilier de l'église Notre-Dame des Pommiers. thumb |Crâne de Saillans à Largentière (Église N-D des Pommiers). Le , à Joyeuse, deux membres de la conspiration, l'abbé de La Bastide de la Mollette et le chevalier d'Entremeaux sont massacrés sous les yeux de Boissy d'Anglas..

Le , l’Assemblée nationale après avoir entendu la lecture de pièces qui lui ont été adressées par le Directoire du département de l’Ardèche déclare l’accusation de 57 personnes, dont Conway, Claude Allier, prieur de Chambonas, Ducros, maire de Berrias ; le décret est promulgué par Louis XVI le . Plusieurs seront pris, jugés et guillotinés à Mende (Claude Allier), Privas, Joyeuse Le Directoire départemental dont l'action fut jugée inefficace par l'Assemblée nationale, fut entièrement renouvelé ainsi que de nombreuses municipalités de la région.

Pendant plusieurs mois, la poursuite de personnes suspectes de participation à cette conspiration fut le prétexte d'actes de brigandage, d'exécutions sommaires et de sac de propriétés privées.

Albin Mazon évoque la persistance d'actes de brigandage et de chouannerie dans la région du Tanargue jusqu'en 1800 : des bandits à la cocarde blanche rançonnent les voyageurs, pillent les caisses publiques. Ils auraient été commandés par Dominique Allier et par le marquis de Surville.., le réel auteur des Poésies de Clotilde de Surville qui, capturé, fut fusillé au Puy en 1798. Dominique Allier, frère du prieur de Chambonas fut capturé et exécuté en . L'abbé Étienne note que la paroisse de Ribes fut inquiétée par des chouans, les uns monarchistes, les autres jacobins, et qu'il fallut l'intervention de 400 soldats de Montchauffé pour venir à bout, non sans commettre quelques excès, de ces brigandages. Des villes comme Barjac, Joyeuse, Pont-Saint-Esprit furent momentanément occupées. Ces épisodes constituent ce qu'il est convenu d'appeler la Terreur blanche avec deux années cruciales : 1795 puis 1799.

Mazon et l'abbè Jolivet parlent de Montchauffè et du Général Nivet comme des chefs de. " colonne infernal", terrorisant les populations plus que les brigands Royaux. Le 15 thermidor an VIII ( 2 aout 1800), le général Pierre Marie Barthélemy Ferino proclame à Avignon une amnistie générale.

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thumb|Décret d'accusation contre les participants du troisième Camp de Jales (Juillet 1792).

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Firmin Boissin : Les Camps de Jalès, 1885.

Boissy d'Anglas et les régicides. par Boissy d'Anglas – d'après des documents officiels et des papiers de famille Boissy d'Anglas, François-Antoine (1846-1921) Impr. de E. Cellier (Annonay).Ed-1905.

Liens externes