Nyctereutes procyonoides, le Nyctéreute de Sibérie, aujourd'hui désigné sous les noms de Chien viverrin continental ou de Tanuki de Chine, est une espèce de mammifères de l'ordre des Carnivores (Carnivora) et de la famille des Canidés (Canidae).
Originaire d'Asie continentale, cette espèce de chien viverrin (genre Nyctereutes) fut massivement élevée pour sa fourrure depuis le début du , notamment en Chine et en Russie. Des spécimens se sont échappés ou ont été introduits pour augmenter la production et ont formé depuis des populations dans l'Europe de l'Est. Actuellement en pleine expansion dans le reste de l'Europe, sa présence est indésirable car il est considéré comme une espèce envahissante, et soulève des inquiétudes de santé publique, notamment concernant la transmission de la rage.
Dénominations Nom scientifique valide : Nyctereutes procyonoides (J. E. Gray, 1834) selon ; Protonyme : Canis procyonoides J. E. Gray, 1834 ; Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) spécifiques : Chien raton (stricto sensu), Tanuki de Chine, Nyctéreute de SibérieSociété nationale de protection de la nature, « Bulletin de la Société nationale d'acclimatation de France : revue des sciences naturelles appliquées », Bulletin de la Société nationale d'acclimatation de France, Paris, Société nationale d'acclimatation de France, 1899 (A46), lire en ligne, notice BnF., Chien viverrin continentalCanidés du monde : loups, chiens sauvages, renards, chacals, coyotes et apparentés, Delachaux et Niestlé, 2020, 528 p. . ; Nom vernaculaire (langage courant) typique : Chien viverrin ; Autres noms vernaculaires : Tanuki (parfois orthographié Tanouki), Nyctéreute. ; Dénomination vulgaires et vernaculaires régionales : Régions d’origine : , , (chinois) , (coréen) ; France : gos viverrí (catalan), mapatxe txakur (basque), marderhond (luxembourgeois), rakoungi (breton) ;
Taxonomie vignette|gauche|Première illustration occidentale du « Raccoon-faced dog », dans le second volume de la zoologie indienne paru en 1834. L’espèce fut décrite scientifiquement en 1834 par le biologiste britannique John Edward Gray à partir de croquis issues du second volume de la zoologie indienne de Thomas Hardwick sous le protonyme de Canis procyonoides, l’épithète spécifique procyonoides, néologisme latin de facture grecque, est souvent interprété comme signifiant « avant le chien », de par sa parenté avec les canidés. Mais en fait, ce terme veut surtout dire « aux allures de raton laveur » dans ce contexte. Par la suite, les populations japonaises de chiens viverrins, d’abord décrites comme une espèce distincte sous le nom de Nyctereutes viverrinus, sur la base de la couleur du pelageTemminck, C.J. & Schlegel, H. (1842–1845). Fauna Japonica, sive Descriptio animalium, quae in itinere per Japoniam, jussu et auspiciis superiorum, qui summum in India Batava imperium tenent, suscepto, annis 1823–1830. V, Mammalia. Lugduni Batavorum : Apud Auctorem. Lire en ligne, p. 5., seront rapidement incluse dans cette espèce.
Dans un bulletin de la revue des sciences naturelles appliqué de la société d’acclimatation de France 1899, l’éleveur de mammifère G. Pays-Mellier a réussi à se procurer un couple de chiens viverrins issu de l’archipel japonais (Nyctéreute du Japon) et une femelle de Sibérie (Nyctéreute de Sibérie) tous désignés sous le nom de « Nyctéreutes procyonoides » rendant l’éleveur perplexe tant les deux populations montrent certaines différences notables comme l’épaisseur du pelage. Finalement, il ne parvient pas à reproduire la femelle de Sibérie avec son mâle du Japon.
À la fin des années 80 après une analyse comparative sur la base de données ostéologiques entre des individus chinois, finlandais et japonais, il fut constaté que la sous-espèce continentale contenait un nombre de 54 chromosomes contre 38 chez l’espèce japonaise.
Sous-espèces
+Sous-espèce Photo Localisation Synonymes Chien viverrin de Chine,N. p. procyonoides,sous-espèce type, 1834, Gray 150 px Est de la Chine, introduit en Europe. kalininensis (Sorokin, 1958) sinensis (Brass, 1904) stegmanni (Matschie, 1907) Chien viverrin de l'Oussouri,N. p. ussuriensis,1907, Matschie 150 px Russie (territoires de l'Amour et d'Oussuri), extrême Nord-Est de la Chine, Corée du Nord ; introduit en Europe. amurensis (Matschie, 1907) Chien viverrin de Corée,N. p. koreensis,1922, Mori 150 px Péninsule de Corée. Chien viverrin du Yunnan,N. p. orestes,1923, Thomas Zone géographique allant du Sud-Ouest de la Chine jusqu'au Nord du Vietnam.
Caractéristiques Description Le chien viverrin se caractérise par un corps longiligne, des membres courts et un masque facial sombre. Cette apparence évoque d'autres animaux comme le raton laveur, le blaireau ou plus particulièrement la civette, avec lesquels il est parfois confondu. Son crâne est petit, ses oreilles sont courtes et rondes et son museau est fin et allongé. Il possède également un masque facial s’interrompant entre les deux yeux. Il possède cinq doigts sur les membres antérieurs et postérieurs. Les pouces des membres antérieurs sont séparés des autres doigts et sont plus proches des chevilles, une physionomie particulière lui permettant de s’accrocher à l’écorce des troncs d’arbres pour y grimper.
Dimensions Le chien viverrin continental se caractérise par des dimensions généralement plus grandes que le chien viverrin japonais, mais présente toutefois là encore, des dimensions très variables selon les sous-espèces : les populations chinoises et coréennes ont une longueur corporelle d’environ 50 à 58 cm pour une hauteur au garrot de oscillant entre 26 et 50 cmCastelló2018. p.260 et 264. La longueur de la queue moyenne se situe entre 13 à 25 cm, mais peut être plus petite chez la sous-espèce coréenne, n’atteignant seulement 18 cm. En termes de poids, également : les sous-espèces chinoises et coréennes pèsent entre 3 et 6 kg, 5,3 chez le chien viverrin de Corée, mais celui de Chine peut atteindre une dizaine de kilos avant sa phase de torpeur hivernaleCastelló, José R. Canids of the World: Wolves, Wild Dogs, Foxes, Jackals, Coyotes, and Their Relatives, Princeton University Press, 2018, 331 p. , p. 260, 262 et 264.. Le chien viverrin de l’Oussouri est assurément la sous-espèce la plus grande de toutes au sein du genre : Il peut mesurer jusqu’à 71 cm de longueur sans la queue, pour une taille d’une cinquantaine de centimètres au garrot et un poids dépassant la douzaine de kilos en hiver.
Fourrure La fourrure du chien viverrin continental se caractérise par rapport à celle du chien viverrin japonais par la longueur et sa couleur : le poil est plus épais et plus long, lui offrant une meilleure isolation thermique au pelage d’hiver pour résister aux grands froids. La couleur du pelage a un aspect plus sale que celui du chien viverrin japonais : selon les sous-espèces, elle tourne autour d’une teinte générale brune grisâtre avec des nuances de brun clair ou de jaunâtre, entrecoupée de poils de garde noirs. La queue est plus foncée que le torse. Une bande sombre est présente sur le dos, qui s'élargit sur les épaules, formant une forme de croix. L'abdomen est brun jaunâtre, tandis que la poitrine est brun foncé ou noirâtre. La face est couverte de poils courts, dont la longueur et la quantité augmentent derrière les yeux. Les joues sont couvertes de longs poils. La fourrure d'été est plus brillante et d'une couleur paille roussâtre Vladimir Georgievich Geptner, A. A Nasimovich, Robert S Hoffmann, Andreĭ Grigorʹevich Bannikov, A. A Sludskiĭ, Mammals of the Soviet Union, Vol. II, Part 1a, Sirenai and Carnivora (Sea cows; Wolves and Bears), Smithsonian Institution Libraries and National Science Foundation, 1998, ..
Des variantes de différentes couleurs ont été obtenues par l’élevage : des variantes blanches et rousses en Chine.. Les différents motifs corporels comme le masque facial sont plus diffus que chez le chien viverrin japonais.
Écologie
Habitat Le chien viverrin continental peut coloniser de nombreux environnements différents, allant des plaines aux forêts mixtes, mais a tendance à préférer les zones humides. La nature de l’habitat peut changer selon la saison, le cycle de vie, ou encore selon la sous-espèce. Les chiens viverrins de Chine apprécient les zones boisées, tandis que les chiens viverrins de l’Oussouri apprécient surtout les zones ouvertes .
En journée, il niche dans des souches d’arbres, des terriers d’autres animaux comme ceux du blaireau asiatique ou européen, mais aussi dans des lieux à proximité des habitations humaines comme des granges, des vieilles maisons abandonnées ou des canalisations.
Durant l'automne, la masse du chien viverrin augmente considérablement car en hiver l'animal peut entrer dans un état semblable à une hibernationChien viverrin (Nyctereutes procyonoides), sur ManimalWorld (consulté le 3 février 2025)., réduisant ses réserves de graisse et diminuant d’un quart son métabolisme. Cette forme d’hibernation est plutôt une , bien différente de l'hibernation réelle qu'on observe chez d'autres animaux car elle est moins profonde, n’est pas systématique et est conditionnée à une température égale ou inférieure à mais aussi par l’impact des tempêtes et des fortes chutes de neige sur son environnement. Il est d'ailleurs le seul de la famille des Canidae à hiberner..
Alimentation Les chiens viverrins continentaux sont des omnivores se nourrissant d’insectes, de rongeurs, d’amphibiens, d’oiseaux, de poissons, de reptiles, de mollusques, de crabes, d’oursins, d’œufs, de charognes, d’excréments et de déchets humains, ainsi que de fruits, de noix et de baies.
Parmi les rongeurs ciblés, les campagnols prédominent dans les zones marécageuses, mais sont remplacés par les gerbilles dans les plaines comme dans la région d’Astrakhan. Les grenouilles constituent les amphibiens les plus couramment capturés ; dans la région de Voronej, ils consomment fréquemment des crapauds sonneurs, tandis qu’en Ukraine ce sont surtout des pélobates bruns. Les chiens viverrins peuvent consommer des crapauds à sécrétions cutanées toxiques en produisant de grandes quantités de salive pour diluer les toxines. Ils chassent également des oiseaux aquatiques, des passereaux et des oiseaux migrateurs. Le tétras est une proie courante dans leur aire introduite, et de nombreux cas de prédation sur le faisan sont recensés dans le territoire de l’Oussouri.
Ils consomment des poissons échoués ou piégés dans de petites mares. Ils en capturent rarement pendant la période de frai, mais en consomment beaucoup lors de la fonte des glaces printanière. Dans le sud de leur aire, ils mangent aussi de jeunes tortues et leurs œufs. Parmi les mammifères insectivores, ils chassent des musaraignes, des hérissons et, plus rarement, des taupes et des desmans. Dans le territoire de l’Oussouri, les taupes constituent leur principale source de nourriture. Leur régime végétal est très varié et comprend des bulbes, des rhizomes, de l’avoine, du mil, du maïs, des noix, des fruits, des baies, du raisin, du melon, de la pastèque, de la citrouille et de la tomate.
Les chiens viverrins continentaux adaptent leur régime selon les saisons : en fin d’automne et en hiver, ils se nourrissent surtout de rongeurs, de charognes et d’excréments, tandis qu’au printemps ce sont les fruits, les insectes et les amphibiens qui prédominent. En été, ils consomment moins de rongeurs et ciblent principalement les oiseaux nicheurs, les fruits, les céréales et les légumes.
Du fait de sa capacité à consommer une large gamme d’aliments, il menace la biodiversité européenne, notamment celle présente dans les environnements boisés et semi-aquatiques, relativement préservés des prédateurs jusqu’alors, mettant en danger des espèces locales d’amphibiens et d’oiseaux, par exemple .
Concurrents et prédateurs