L'abbaye de Tongerlo est un établissement monastique affilié à l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré, situé sur la commune de Westerlo, dans la province d'Anvers, en Belgique.
L'abbaye est fondée en 1128 en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie par des Prémontrés venus de l'abbaye Saint-Michel d'Anvers. À l'origine, la fondation est mixte, mais l'abbaye de chanoinesses norbertines fondée en parallèle disparaîtra au .
L’abbaye s'est développée au travers de ses missions pastorales, même par temps de crise. Aux , elle atteint un âge d’or, tant du point de vue de l'étendue de son domaine que de son engagement social, politique et culturel, ouvrant en particulier un collège norbertin auprès de l'université de Louvain en 1571.
Aux , l'abbaye est troublée par la présence des calvinistes dans la région. Lors de la révolution brabançonne de 1789-1790, elle soutient financièrement le mouvement révolutionnaire, le retour des Autrichiens à Bruxelles lui étant préjudiciable. La fin de l'abbaye arrive en 1796 du fait des lois de sécularisation de la République Française.
L'abbaye reprend vie en 1840, après l'indépendance belge. Une nouvelle église néo-gothique, flanquée d'un cloître, est mise en chantier. La renaissance se manifeste d'autre part par la fondation d'un prieuré à Manchester, ainsi que par une mission au Congo belge. En 2017, une communauté de chanoines prémontrés occupe toujours l'abbaye.
Géographie L’abbaye de Tongerlo est une abbaye située à Westerlo, dans la section de Tongerlo précisément, en Belgique, dans la province d'Anvers. Historiquement, elle devint la plus importante abbaye prémontrée du duché de Brabant.
À partir du , l’abbaye est très active dans l’assainissement des marais et tourbières de la partie septentrionale du Brabant. L’agriculture en est intensifiée, des terres sauvages sont défrichées et les conditions de vie du peuple s’améliorent.
Histoire Origine L'abbaye de Tongerlo a été fondée en 1128 en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie, par Giselbert de Kasterlee, seigneur de Casterlé. Il offre des terres pour une fondation à un nouvel ordre religieux de chanoines réguliers, récemment fondé par Norbert de Xanten. Le groupe fondateur vient de l’abbaye Saint-Michel d'Anvers, elle-même fondée à peine quelques années auparavant (1124). La fondation est mixte, c’est-à-dire qu’une abbaye parallèle de chanoinesses norbertines est fondée. Celle-ci disparaîtra au . Giselbert de Kasterlee devient lui-même un frère convers dans la nouvelle communauté.
Développement L’abbaye se développe rapidement et jouit bientôt d’une excellente réputation aussi bien parmi les habitants de la région qui bénéficient des services pastoraux des prémontrés qu’auprès des autorités religieuses et civiles. Un grand nombre de paroisses des alentours sont confiées à l’abbaye. Elles sont 21 en 1263. Au plus fort de son rayonnement, 42 paroisses seront desservies par des chanoines de Tongerlo, y vivant en petits groupes de deux ou trois. Des dons de terres augmentent le patrimoine de l’abbaye. Des conflits éclatent parfois, ainsi avec les seigneurs de Wezemaal, en particulier Arnould II puis son fils.
Les chanoines sont proches de leurs fidèles, restant à leur poste même durant les périodes de crise (épidémies, guerres).
Âge d’or Aux l’abbaye atteint un âge d’or. Elle possède de vastes domaines dans tout le Brabant avec une centaine de fermes, moulins, bois et maisons de rapport. Elle joue également un grand rôle social et politique dans le duché de Brabant. Des centaines de nécessiteux sont secourus par l’abbaye où l’on distribue du pain trois fois par semaine. L’abbaye est particulièrement active durant les périodes de famine. Ses ressources permettent également la construction ou la restauration d’églises et de très belles cures dans les paroisses dépendantes. Hommes de sciences et artistes sont encouragés.
L’abbaye ouvre un collège norbertin auprès de l’université de Louvain en 1571 avec laquelle des liens ont été créés ; d’éminents savants y sont formés. De nombreux professeurs de Louvain enseignent la théologie et l’écriture sainte à Tongerlo.
XVII et siècles La réorganisation des structures ecclésiastiques dans les Pays-Bas espagnols (en 1559), et en particulier la création du diocèse de Bois-le-Duc, font du tort à l’abbaye. En en recevant l’administration elle en porte tout le poids financier. En 1590, Tongerlo ‘rachète’ son indépendance en perdant une grande partie de ses domaines du Brabant septentrional.
De plus la période est trouble. Les calvinistes sont très présents dans la région. En 1629, les chanoines doivent se réfugier à Malines. L'église paroissiale se trouvait dans l'enceinte de l'abbaye, des gildes -encore existantes- furent fondées pour protéger le site et les moines.
En 1789, l’abbaye, qui possédait déjà une riche bibliothèque, sauve l’œuvre des Bollandistes d'Anvers, en rachetant leurs livres, manuscrits et imprimerie, mis en vente après la suppression de la Compagnie de Jésus (1773) et la confiscation de leurs biens. Le travail des bollandistes continue à l’abbaye de Tongerlo. Le des Acta Sanctorum est publié à Tongerlo en 1794...
L'abbaye joue un rôle en vue lors de la révolution brabançonne de 1789 -1790. Elle soutient financièrement le mouvement révolutionnaire. Godfried Hermans, abbé de Tongerlo et "colonel, propriétaire de plusieurs régiments levés sur les terres de l'abbaye", y a même le statut d’aumônier en chef. La révolution échoue et les Autrichiens, de retour à Bruxelles, font payer cher à l’abbaye ce parti pris : des biens importants sont confisqués.
Expulsion et suppression La fin de l’abbaye arrive de façon brutale le sous le Directoire. Les chanoines - ils sont encore 125 à Tongerlo - sont expulsés par les lois de sécularisation de la République Française. Les biens de l’abbaye sont confisqués, la riche bibliothèque, les trésors religieux et artistiques étant vendus. Le domaine est démembré : l'église, les bâtiments et la ferme sont vendus séparément. Certains bâtiments, dont l’église, sont en outre démolis.
700px|thumb|center|L'abbaye prémontrée de Tongerlo, à Westerlo (Belgique).
Renaissance À l'époque du royaume uni des Pays-Bas, au début du , des chanoines prémontrés parviennent à racheter certaines parties du domaine de Tongerlo. Une communauté se forme en 1837, après l’indépendance belge, mais elle doit s’installer au château de Bossenstein, à Broechem.
Ce n’est qu’en 1840 que la communauté peut réintégrer Tongerlo. Ils sont 14 chanoines. Environ la moitié des bâtiments a pu être rachetée. Aussitôt, une nouvelle église, flanquée d’un cloître, est mise en chantier. C’est l’édifice néo-gothique que l’on voit aujourd’hui.
La renaissance est rapide et l’abbaye a une nouvelle vitalité, confirmée, sous l’abbatiat de Thomas-Louis Heylen, par un effort missionnaire sans précédent : un prieuré est fondé en 1889 à Manchester, en Angleterre. Mais surtout, en 1896, l’abbaye prend en charge la mission d’Uele (aujourd’hui diocèse de Buta) au Congo belge. Soixante ans plus tard, 75 chanoines prémontrés y sont actifs.
En 1929, de Namur, où il est devenu évêque, appelle ses anciens confrères de Tongerlo à venir prendre la succession des prémontrés français de Frigolet qui quittent l’abbaye de Leffe, près de Dinant, pour rentrer dans leur pays. Leffe reçoit une nouvelle vie. En 1949, une fondation est faite au Canada. Une autre, au Chili, en 1965.
Des travaux importants de restauration de l’église ont lieu de 1994 à 1999. Entièrement rénovée, ses lignes néo-gothiques sont agréablement mises en valeur.
Aujourd’hui Une communauté de 54 chanoines prémontrés, parmi lesquels un grand groupe de jeunes, continue la tradition de service pastoral dans les paroisses des environs et d’hospitalité dans l’abbaye. Le , la communauté a élu Jeroen De Cuyper comme père abbé de Tongerlo.
L’Œuvre de l’Enfant Jésus a son bureau dans l'abbaye et un atelier d’icônes y est actif.
Personnalités liées à l’abbaye Abbés de Tongerlo
Hubertus (1156-1187) 13. Jan van Berlaer (1216) Wouter Bac (1334-1366) 25. Jan Brief van Grave Jan Geerts (1400-1428) Theodoricus de Haren (1428-1440) ; doyen entre 1401 en 1424 ; également Dirk ou Dieric van HarenBHIC : 2176 Abdij van Tongerlo : registers & Stadsarchief 's-Hertogenbosch : Bossche Protocollen BP 1447-1448 fol.285 acte concernant Diessen
... Terry (1470) Jan van Kinschot (1471-1477) ... Werner van Halleer (1480-1487) Jan van Westenhoven (1487-1501) Pieter Mans van Westerhoven (1501-1504) vignette|Triptyque de Goossen van der Weyden pour Antoine Tsgrooten. Antoine Tsgrooten (1504-1530) - avait commandé, en 1507, à Goswyn Van der Weyden, un triptyque d'oratoire dont le panneau central s'intitule: Homme de douleurs. Ce triptyque ou vision de la Messe de saint Grégoire se trouve au musée royal des beaux-arts d'AnversHuit siècles de peinture, trésors des musées de Belgique, Arcade, 1969, page 133.Un antiphonaire de très grande qualité a été réalisé sous son autorité et porte encore son nom. Celui de 1522 a été acheté en 2008 par la Communauté flamande pour à des membres de la famille de Merode afin de l'intégrer dans son projet de bibliothèque patrimoniale. Le second volume se trouve à la British Library. Voir l'article de l’Écho de mars 2008 : marché de l'art : une acquisition de la Communauté flamande, propos recueillis par Henry Bounameaux.. 35. Arnoud Streyters (1530-1560), acheteur du tableau de la dernière Cène achevé par les élèves de Léonard de Vinci. 36. Jacobus Veltacker uit Diessen (1565-1583) 37. Franciscus Sonnius (1569-1570) 38. (1570-1580) 39. (1585-1590) 40. Nicolaas Mutsaerts (1592-1608) 41. Adriaan Stalpaerts (1608-1629) 42. Theodoor Verbraecken (1629-1644) 43. (1644-1661) 44. 45. Albert Ursino (1663-1664) 46. Jakob Crils (1664-1695) 47. Gregorius Piera (1695-1723) 48. Joseph Peter Van der Achter (1723-1745) 49. Siardus Van den Nieuweneijnde 50. Godefroi Hermans (1780-1799) ... Arnold Van Putteghem (1839-1867) Joannes Chrysostomus De Swert (1868-1887) Thomas Ludovicus Heylen (1887-1899), futur évêque de Namur 52. Cornelius (Fr. Adrianus) Deckers (1889-1915), directeur de l'archiconfrérie de la Sainte-Messe-Réparatrice érigée canoniquement dans l'église abbatiale norbertine de Tongerloo. 57. Hugo Lamy (1915-1937) 58. (1937-1953) 59. (1953-1981) 60. Hermenegild Noyens (1981-1993), abt-generaal (1996-2003) 61. Paul Meyfroot (1993-2002) 62. Jeroen De Cuyper (2002- )
Autres personnalités
Servaas Daems (1833-1903), prédicateur, poète et prosateurEugène De Seyn, Dictionnaire des sciences, lettres et arts en Belgique, Ed l'Avenir Hugues Henri Lamy (1879-1949), docteur en sciences morales et historiques, père-abbé émérite de Tongerlo et de Leffe, et homme de lettresEugène De Seyn, Dictionnaire des écrivains belges, Ed. Excelsior, Bruges, 1922. pages 2159 et 2160. auteur de l'Abbaye de Tongerloo depuis sa fondation jusqu'en 1263. (1914) Werenfried van Straaten (1913-2003), moine fondateur de l'œuvre Aide à l'Église en détresse. Rombaut de Dryver, sculpteur, qui a exécuté le tabernacle au . Ignace Janssens, nommé par décision du Congrès souverain des états belgiques unis, lieutenant-colonel des troupes d'infanterie dans la légion des Chasseurs de Tongerloo le 10 décembre 1789 lors de la Révolution brabançonneCe diplôme est signé et enregistré en 1790 par Henri van der Noot, le baron Louis de Haveskercke (1736-1812) et le chanoine Pierre Jean Simon Van Eupen et porte le scel du Brabant.. Il avait brillamment participé aux combats de la bataille de Turnhout (1789).
Patrimoine et curiosités