Paul Couturier, connu sous le pseudonyme de Paul Vaillant-Couturier, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un écrivain, journaliste et homme politique français. Il a participé à la fondation du Parti communiste français.

Il est député de la Seine de 1919 à 1928 et de 1936 à 1937 et maire de Villejuif de 1929 à 1937.

Il est rédacteur en chef de L'Humanité de 1926 à 1929 et de 1935 à 1937.

Origines

Né le à Paris. dans une famille d'artistes lyriques (sa mère, Marguerite Vaillant, dont le nom de scène était Vaillant-Couturier, était une cantatrice célèbre entre 1890 et 1900), Paul Vaillant-Couturier grandit dans le de Paris, fait sa scolarité au lycée Janson-de-Sailly et poursuit ses études jusqu'à la licence d'histoire, suivie d'un doctorat en droit. Il n'exerce ensuite comme avocat qu'à de très rares occasions, en 1924, une première fois, et en 1930, lorsqu'il est en froid avec le Parti communiste français (PCF), et n'a pas d'autres moyens de subsistance.

Ses premières ambitions sont littéraires et artistiques.. Il participe à la revue anarchisante Les Actes des poètes, de Roger Dévigne, avec Albert-Jean, René Bizet et Monique, revue créée en décembre 1909, et comportant 12 numéros. Il écrit en 1912 et 1913 un recueil de poèmes (publié aux Éditions du Temps présent, une maison d'édition chrétienne), La Visite du berger, et deux pièces de théâtre, jouées en province. Avec L'Auréole, un poème consacré à la conversion du père de l'église saint Augustin, mis en musique par une vieille gloire musicale, Édouard Trémisot, il s'essaie également à l'opéra. Celui-ci sera joué à Nice en 1913.

À la même époque, il se consacre aussi à la peinture, et expose avec son ami Jean d'Espouy des aquarelles au Salon des artistes français. En mars 1930, une deuxième exposition montre une quarantaine de toiles réalisées pour partie lors de ses emprisonnements en 1928 et 1929.

Première Guerre mondiale

Il participe à la Première Guerre mondiale durant toute la durée du conflit (il est démobilisé en ). Entré dans la guerre dandy et croyant, il en sort pacifiste et socialiste. Bachelier, il est mobilisé en 1914 comme deuxième classe dans l'infanterie où il sert jusqu'en 1916 ; puis, ayant décidé de changer d'arme, il entre dans l'artillerie d'assaut et termine la guerre comme sous-lieutenant. Pendant la guerre de tranchées qu'il vit sur le front en Champagne, il est blessé une première fois par un éclat d'obus en septembre 1915, au début de la grande offensive de Champagne. Il l'est une seconde fois en juillet 1918, par les gaz, à bord de son char. Ces faits d'armes, dont il ne se vantait pas, lui ont inspiré des pages assez critiques et sombres dans son livre Lettres à mes amis paru en 1919.

Le pacifisme qu'il manifeste à partir de 1916 à travers des articles de presse dans les différents journaux pacifistes proches de la Section française de l'Internationale ouvrière et des milieux anarchisants, est sanctionné par la hiérarchie militaire in extremis le par 30 jours de forteresse. Les paroles de La chanson de CraonneRaymond Lefebvre et Paul Vaillant-Couturier, La Guerre des soldats, Éditions Flammarion, 1919. ont été retranscrites et publiées par Vaillant-Couturier dans son livre La Guerre des soldats, publié avec son ami Raymond Lefebvre. Cette chanson, chantée par les soldats sur le front, puis peut-être par les mutins lors des événements d'avril-juin 1917, interdite par le commandement, est devenue ensuite l'un des grands hymnes du pacifisme..

Pour ses faits d'armes, il reçoit plusieurs distinctions, cinq citations à l'ordre de l'armée, la médaille militaire (dont il s'en veut immédiatement de l'avoir acceptée) et la Croix de guerre 1914-1918, mais non la Légion d'honneur contrairement à ce qui est parfois écritPar exemple, dans sa biographie, sur le site de l'Assemblée Nationale et dans le "Bulletin de l'Association Générale des Mutilés de la guerre" 12/1937 annonçant son décès, ainsi que dans le Dictionnaire des parlementaires français et de nombreuses autres publications..

Journaliste

En décembre 1916, à la suite de son ami Raymond Lefebvre, il adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Son expérience de journaliste se réduit alors à quelques participations à des revues de jeunes artistes du début du siècle.

Avec Henri Barbusse et Raymond Lefebvre, en 1917, il crée l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC)Communisme, numéros 67 à 68, Éditions des Presses universitaires de France, 2001. puis, en 1919, ClartéAlain Cuénot, Clarté 1919-1924 : du pacifisme à l'internationalisme prolétarien, Éditions L'Harmattan, 2011., une revue et un groupement qui cherchent à regrouper des membres des professions intellectuelles et artistiques dans l'esprit de l'appel de Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée. Dans les deux cas, il s'agit d'organiser des hommes et des femmes en marge et au-dessus des partis politiques et des associations existantes au nom de la paix des peuples à construireRégis Antoine, La Littérature pacifiste et internationaliste française 1915-1935, Éditions L'Harmattan, 2002..

En janvier 1917, il entre à la rédaction du Canard enchaîné où il se lie d'amitié avec Henri Béraud et Roland Dorgelès. De sa collaboration naît sa rubrique « Les vers s'y mettent », où il décoche des épigrammes et bouts rimés à l'adresse de personnalités en vue ou d'institutions. Les 18 et , sous le titre « De l'inutilité du poilu pendant la guerre », il se livre dans ce journal à une analyse à chaud de la guerre et dénonce la paix « impérialiste » et belligène que les chancelleries vont imposer à l'Allemagne. Il développe aussi le thème d'un « poilu imaginaire », fabriqué de toutes pièces par l'arrière et celui de la fraternité d'armes entre adversaires ayant vécu les mêmes souffrances. Après la guerre, il quitte Le Canard enchaîné. Il est aussi au même moment l'un des collaborateurs de La Vérité de Paul Meunier, du Journal du Peuple et du Populaire de Paris, dirigé par Jean Longuet, comme d'autres jeunes journalistes de talent tels qu'Henri Béraud. Il entre ensuite, en 1920 seulement, à L'Humanité lorsque commence dans les rangs de la SFIO la bataille pour l'adhésion à la Internationale.

Parcours politique

thumb|right|Paul Vaillant-Couturier par le sculpteur Victor Nicolas (maquette en plâtre, 1938).

En 1919, il est élu député de la de Paris avec sur exprimés sur la liste SFIO. contre Paul Pugliesi-Conti, qui en a recueilli mais n'est pas élu. Parmi ses colistiers figurent Marcel Sembat et Marcel Cachin.

Après le congrès de Tours en 1920, dont il est l'un des orateurs, il participe à la fondation du Parti communiste. Il est de la même tendance de gauche que Boris Souvarine et Alfred Rosmer. La bolchévisation le sépare de ses compagnons, mais ne l'amène pas à les renier, ce qui lui vaut une première mise à l'écart temporaire des organismes dirigeants du Parti communiste. Sa grande popularité acquise dans les meetings où il excelle à galvaniser les foules, lui permet d'être réélu en 1924 à la tête de la liste communiste dans le département de la Seine, en banlieue.

C'est en prison, où ses articles antimilitaristes et antifascistes (il a attaqué Mussolini nommément) l'ont conduit, en 1928, qu'il apprend son élection à la tête de la liste communiste à Villejuif aux élections municipales de 1929, une candidature imposée par la direction du PC et qu'il tente de refuser, en vain. Élu maire ensuite., il est réélu en 1935 et le reste jusqu'en 1937. Il devient également, la même année, conseiller général de la Seine, et en mai 1936, au premier tour, député de la circonscription de Villejuif. Il est au cours de ses deux mandats un maire soucieux de culture et désireux de lutter contre les effets de la crise économique qui se font durement sentir à partir de 1932. L'école Karl Marx, conçue et construite par l'architecte André Lurçat en pur style internationaliste, est son premier grand œuvre en tant que maire.. Elle est inaugurée le en présence de Maurice Thorez, de Marcel Cachin et de la plupart des dirigeants communistes. Elle doit préfigurer l'esprit de ce que les communistes seront capables de faire lorsqu'ils auront pris le pouvoir.

Rédacteur en chef éphémère d'un quotidien communiste du soir L'Internationale, entre septembre 1923 et janvier 1924, le même poste lui échoit à L'Humanité d’avril 1926 à septembre 1929, puis, officiellement, à nouveau de juillet 1935 à sa mort subite en 1937, mais, officieusement, dès mai 1934, grâce à l'appui de Maurice Thorez, et de Marcel Cachin. En tant que rédacteur en chef du quotidien communiste, il assiste aux réunions du bureau politique. Les deux fois, il propose des modifications substantielles pour faire du journal d'opinion également un journal d'information. Pour cela, il sollicite des collaborations d'intellectuels membres ou proches du mouvement communiste et préconise de soigner l'écriture des articles en ne s'interdisant pas l'humour. Ces choix journalistiques et la dynamique du mouvement font de L'Humanité le principal journal du Front populaire. Ils ont contribué aussi en 1926 et 1927, lorsque Pierre Semard était secrétaire général du Parti communiste, à élargir l'audience du quotidien communiste. La campagne contre l'exécution de Sacco et Vanzetti fait date. De même l'enquête sur le scandale financier de la Gazette du Franc, le journal de la banquière Marthe Hanau.

Pour L'Humanité, il réalise aussi de grands reportages sur l'URSS plan quinquennal en 1931 et 1932, sur la Chine en 1933, sur l'Espagne en 1934 et en 1936-1937. Il avait participé, en 1933 à Shanghai, à un congrès antifascisteArchives Nationales, Dossier de police, Série F/7/16026/1.. Pour le journal communiste, ce sont les premiers du genre. Ceux qu'il a écrits sur le plan quinquennal sont publiés en trois brochures intitulées Les bâtisseurs de la vie nouvelle. Leur titre dit l'enthousiasme de leur auteur pour les transformations en cours en URSS. Y sont dites aussi, mais à mots couverts les limites de celles-ci, les objectifs non atteints, les pénuries, les constructions plus rêvées que réelles. Son éloge de la réforme agricole soviétique sera cependant en décalage avec la réalité de la famine en URSS, y compris l'Holodomor en Ukraine, en Kazakhstan, et en Russie, qui terrasse plusieurs millions de personnes au moment même où il réalise ses reportages. Dans un reportage sur un kolkhoze, Vaillant-Couturier relate avoir vu et, interrogeant une femme sur l' affirmation de selon laquelle , celle-ci lui rétorque : "Le reporter rencontre des paysans d’un kolkhoze (ferme collective)", Paul Vaillant-Couturier, L’Humanité, 16 avril 1932, ..

De même, il lance en 1935 de grandes enquêtes sur la France aux thématiques sociales et culturelle : les jeunes et la crise économique, publiées ensuite dans Le Malheur d'être jeune, la famille, l'aviation populaire. Louis Aragon les a évoquées en 1976, au moment du du PCF, celui où il fut question de morale en même temps que fut abandonnée la notion de dictature du prolétariat, car certains de leurs articles parlent de l'amour.