La présidence d'Andrew Jackson débuta le , date de l'investiture d'Andrew Jackson en tant que président des États-Unis, et prit fin le . Jackson entra en fonction après avoir battu le président sortant John Quincy Adams à l'élection présidentielle de 1828. Au cours de la campagne, il fonda un mouvement politique qui donna naissance sous sa présidence au Parti démocrate. Confortablement réélu en 1832 face à Henry Clay, candidat du Parti national-républicain, Jackson fut remplacé par son successeur désigné, le vice-président Martin Van Buren, après la victoire de ce dernier à l'élection présidentielle de 1836.
La présidence de Jackson fut à l'origine d'un certain nombre de bouleversements sur le plan intérieur. Favorable à l'expulsion des tribus amérindiennes installées sur les terres situées à l'est du fleuve Mississippi, Jackson ordonna le déplacement forcé de ces populations, un événement connu sous le nom de « piste des Larmes ». Il réforma également l'accès à la fonction publique par la mise en place du système des dépouilles, basé sur le favoritisme, afin d'accroître l'influence du Parti démocrate. En réponse à la crise de la nullification, Jackson menaça d'envoyer des troupes fédérales en Caroline du Sud mais la crise fut finalement dénouée par l'adoption du tarif de 1833. Il engagea par ailleurs un bras-de-fer avec la Seconde banque des États-Unis qu'il considérait comme une institution élitiste et antidémocratique. Le président sortit victorieux de cette confrontation et la charte fédérale accordée à la Seconde banque des États-Unis expira en 1836. La disparition de la banque centrale et la politique monétaire de Jackson destinée à encourager les paiements en or contribuèrent à déclencher la panique de 1837 peu après la fin de son mandat. En politique étrangère, les choses furent moins mouvementées : l'administration Jackson négocia de nombreux traités commerciaux avec des puissances étrangères et reconnut l'indépendance de la république du Texas.
Jackson fut la personnalité politique la plus influente et la plus controversée des années 1830. Ses deux mandats présidentiels marquèrent profondément la vie politique américaine pour un quart de siècle, période connue aujourd'hui sous le nom d'« ère jacksonienne ». Son action à la tête du pays poussa ses opposants à se rassembler au sein du Parti whig, qui défendait le principe d'un pouvoir exécutif fort pour moderniser l'économie à travers le recours aux banques, à l'application de taxes sur les importations de produits manufacturés et à une politique de travaux publics comme la construction de ports et de canaux. De tous les héritages laissés par les présidents, celui de Jackson est peut-être le plus difficile à expliquer ou à résumer. Plusieurs décennies après son départ de la Maison-Blanche, son biographe James Parton déclara que son bilan était, sur bien des aspects, contradictoire : Les évaluations historiques de sa présidence entre 1948 et 2009 classent généralement Jackson au palmarès des dix plus grands présidents de l'histoire américaine.
Élection présidentielle de 1828
vignette|« Un compte-rendu de quelques-uns des actes sanglants du général Jackson » : série de pamphlets publiés par le camp pro-Adams à l'encontre de Jackson lors de l'élection de 1828.
vignette|Résultats de l'élection présidentielle américaine de 1828.
L'élection présidentielle de 1828 fut l'occasion d'un match revanche entre Andrew Jackson et John Quincy Adams, qui s'étaient déjà affrontés quatre ans plus tôt lors de l'élection de 1824. Jackson avait alors obtenu la majorité relative des voix au sein du collège électoral, devant Adams, le secrétaire à la Guerre William H. Crawford et le président de la Chambre des représentants Henry Clay. Conformément au amendement de la Constitution, ce fut à la Chambre des représentants que revint la tâche de départager les candidats. À l'issue des débats, Adams fut élu président des États-Unis. Jackson dénonça aussitôt un « marché corrompu » entre Adams et Clay qui fut nommé secrétaire d'État dans la nouvelle administration en .
En octobre de la même année, Jackson fut choisi par la législature du Tennessee pour être de nouveau candidat en 1828 ; c'était la première fois qu'une nomination de ce type avait lieu de façon aussi précoce. L'enthousiasme des partisans de Jackson était tel que la plupart restèrent mobilisés en vue de la prochaine échéance électorale. À Washington, l'ambitieux programme de politique intérieure du président Adams se heurta à l'hostilité du Congrès car l'opposition, dont faisait partie Jackson, considérait que ces réformes renforceraient de manière excessive et dangereuse le pouvoir fédéral. Le sénateur Martin Van Buren, qui avait soutenu Crawford en 1824 et s'était affirmé depuis comme l'une des principales figures de l'opposition, annonça publiquement son soutien à Jackson en vue de l'élection présidentielle de 1828. Ce dernier bénéficia également de l'appui du vice-président John C. Calhoun pour qui les mesures du gouvernement Adams empiétaient trop souvent sur les droits des États.
Afin de promouvoir la candidature de leur champion, Van Buren et ses alliés multiplièrent les journaux et les clubs pro-Jackson à travers le pays, tandis que le général recevait volontiers des visiteurs dans sa plantation de l'Hermitage. Les historiens André Kaspi et Hélène Harter notent que . La campagne ne fut pas avare d'attaques personnelles en provenance des deux camps même si les candidats, selon la tradition de l'époque, ne faisaient pas eux-mêmes campagne et déléguaient cette tâche à leurs partisans. Jackson fut critiqué pour son passé de marchand d'esclaves et moqué dans divers pamphlets.. Son épouse Rachel ne fut pas non plus épargnée par les attaques et fut accusée d'être bigame en raison des circonstances controversées de son mariage avec Jackson..
En dépit des rumeurs dont il fut la cible, Jackson remporta triomphalement l'élection de 1828 avec 56 % du vote populaire et 68 % des voix au sein du collège électoral. Il arriva en tête dans tous les États à l'exception de la Nouvelle-Angleterre. Les élections législatives, qui eurent lieu en même temps que l'élection présidentielle, donnèrent aux partisans de Jackson la majorité dans les deux chambres du Congrès, même si un certain nombre d'entre eux se distancièrent par la suite du président. Le scrutin de 1828 mit fin à l'« ère des bons sentiments » avec la disparition du Parti républicain-démocrate, qui dominait la vie politique américaine depuis 1801, et la mise en place d'un système bipartisan structuré autour du Parti démocrate, rassemblant les jacksoniens, et du Parti national-républicain formé par Adams et ses partisans. Rachel Jackson, mise à rude épreuve lors de la campagne électorale, succomba à une crise cardiaque le , trois semaines seulement après la victoire de son mari. Jackson accusa ses adversaires — et en particulier Adams — d'être responsables de la mort de sa femme et garda envers eux une rancune tenace..
Cérémonie d'investiture
La première cérémonie d'investiture de Jackson, le , fut la première à se dérouler devant le portique Est du Capitole des États-Unis.. En raison de l'atmosphère exécrable de la campagne et de son antipathie pour Jackson, Adams refusa d'assister à l'inauguration de son successeur. Une foule d'environ se pressa à Washington pour assister à l'événement, inspirant à Francis Scott Key cette parole : .. Jackson fut le premier président à convier le public au bal inaugural organisé à la Maison-Blanche ; parmi l'assistance se trouvaient de nombreux citoyens pauvres dont les habits de tous les jours et les manières bourrues firent jaser. Les gardes, débordés, ne purent empêcher la foule de pénétrer dans la résidence présidentielle, où de la vaisselle et des pièces décoratives furent brisées. À la suite de cet épisode, l'opposition attribua à Jackson le surnom de King Mob (le « roi de la populace ») afin de railler sa démagogie.. Même si la présidence d'Adams et la sienne furent marquées par de nombreux désaccords politiques, Jackson entra en fonction à une période de prospérité et de stabilité pour les États-Unis. Il n'annonça aucun objectif politique clair dans les mois qui précédèrent la réunion du Congrès en , en dehors de sa volonté de rembourser la dette nationale.
Philosophie politique
Le nom de Jackson est étroitement associé au concept de « démocratie jacksonienne », c'est-à-dire un système démocratique reposant non plus entre les mains d'une élite mais sur la participation des citoyens ordinaires organisés en partis politiques. L'« âge de Jackson » fut, à ce titre, un moment fondateur de l'histoire des États-Unis. La philosophie de Jackson en tant que président était assez proche de celle de Thomas Jefferson, en particulier dans sa défense des valeurs républicaines héritée de la guerre d'indépendance. Il croyait en la capacité des individus à et pensait que leurs droits ne se résumaient pas à élire mais également à . Opposé au principe d'une Cour suprême influente et indépendante au motif que , il était favorable à l'idée d'obliger les juges de la Cour à se présenter aux élections et considérait le constructionnisme strict, désignant dans le champ judiciaire le fait d'être fidèle au sens originel des lois, comme le meilleur moyen de pérenniser la démocratie. Il plaida également pour une limitation du nombre de mandats présidentiels et pour l'abolition du collège électoral..
Composition du gouvernement
Plutôt que de mettre en avant les chefs de file du Parti démocrate, Jackson nomma au sein de son cabinet de « simples hommes d'affaires » afin d'exercer sur eux une plus grande influence. Le New-Yorkais Martin Van Buren et le Pennsylvanien Samuel D. Ingham furent choisis pour occuper respectivement les fonctions importantes de secrétaire d'État et de secrétaire au Trésor. John Branch fut nommé secrétaire à la Marine, John M. Berrien devint procureur général et John Eaton, un ami et soutien politique fidèle de Jackson, prit la tête du département de la Guerre. Ayant pris acte de l'importance grandissante du Bureau des postes, Jackson éleva la fonction de Postmaster General au rang de cabinet et désigna William T. Barry pour occuper ce poste.
Des six premiers membres du cabinet de Jackson, seul Van Buren bénéficiait d'une véritable réputation sur le plan politique. Les choix ministériels du président furent diversement critiqués : Calhoun et Van Buren furent déçus du peu de poids accordé à leurs factions respectives dans la composition du gouvernement tandis que les représentants de Virginie et de Nouvelle-Angleterre se plaignirent au contraire d'en être exclus. D'une manière générale, le cabinet perdit en importance sous Jackson qui ne le réunit pas dans les deux premières années de son mandat. En revanche, Jackson s'appuya fortement sur un groupe de conseillers restreint, surnommé le Kitchen Cabinet, dont faisaient partie le général William B. Lewis et le journaliste Amos Kendall. Le président fit appel à son neveu, Andrew Jackson Donelson, pour lui servir de secrétaire particulier, et ce fut l'épouse de celui-ci, Emily, qui fit office d'hôtesse de la Maison-Blanche.