Melhoun (ou el malhoun ou malhun, en ) est un mot arabe qui regroupe toute la poésie populaire écrite en arabe maghrébin qu'elle soit nomade ou citadine. Il désigne l'état de la langue arabe qui sert à l’expression de certaines formes de poésie dialectale au Maghreb, ainsi que cette poésie elle-mêmeCharles Pellat, “Malḥūn”, in: Encyclopédie de l’Islam. First published online: 2010 .

Etymologie Le terme məlḥūn tire son origine du terme lahn, qui signifie « s’écarter de la norme linguistique », en l’occurrence de l'arabe littéraire. Il ne provient pas du mot lahn au sens de « mélodie », comme l’affirme Moḥammad al-Fassi.

Le melhoun proprement dit porte également divers noms, tels que qassīda zadjaliyya ou ʿilm mawhūb/mūhūb, en raison de son caractère perçu comme un art inné, ou encore simplement klam, qui désigne plus spécifiquement des poèmes strophiques ou dérivés de la qasida classique. Au Maghreb, plusieurs genres de poésie populaire en dialectal sont apparus ou ont été importés, notamment la buqāla, le hawfi et le zadjal.

Histoire Le melhoun s'est développé sous une forme littéraire ne respectant pas la structure de la poésie classiqueAmine Esseghir, « Le chaabi dans les textes », Journal "Les Débats", semaine du 29 mars au 4 avril 2006.

D'après Ibn Khaldoun à l'époque de la dynastie almohade de nombreuses productions maghrébines et andalouses du zajal (poème écrit en arabe dialectal) ont vu le jour. La forme première du melhoun était véhiculée par El meddah (le laudateur) et s’accommodait en effet très bien avec la mission de diffusion d’informations. Du au , avec les progrès de l'arabisation du Maghreb, une poésie populaire va s'émerger dans une sorte de koïné arabe maghrébine, forgée par les poètes locaux.

Les plus anciens textes connus de cette poésie en arabe dialectal maghrébin, remontent au et constituent un patrimoine immatériel en danger de disparition. La poésie melhoun est une poésie vivante qui est à la base des répertoires de nombreux genres musicaux populaires, bédouins et citadins, et présente dans tous les pays du Maghreb. Le poète Lakhdar Ben Khlouf (), qu'on appelle Sidi (saint) dans la région de Mostaganem en Algérie, a mis en place les jalons essentiels de cette forme poétique dont s'inspireront d'autres poètes.

Ibn Khaldoun ne mentionne pas explicitement le terme melhoun, mais à la fin de la Muqaddima, il présente des exemples de poésie citadine qu'il nomme arūḍ al-balad. Il attribue la création de ces poèmes à un Andalou du nom d'Ibn Umayr. Cette forme poétique se caractérise par une structure strophique à double rime, que Ibn Khaldoun associe au mouachah et qui présente des similitudes avec certaines compositions du melhoun citadin. Le melhoun se démarque de toutes les catégories de la production poétique en arabe dialectal déjà connues en Espagne et au Proche-Orient au Moyen Âge, telles que le zajal.

Au Maroc, à l'origine, cette poésie chantée en arabe dialectal animait les soirées des Bédouins du Tafilalet. Exportée vers les cités impériales au XIIIe siècle, elle fut ensuite associée à la musique arabo-andalouse et vécut son âge d'or au XVIe siècle, quand la première école de malhoun ouvrit à Meknès.https://www.researchgate.net/publication/257929551_L'analyse_semantique_de_l'amour_dans_les_chansons_du_malhoun_marocain. Toutefois, selon Georges Séraphin Colin, l'évolution de la poésie populaire au Maroc peut être divisée en deux périodes distinctes. Durant la première période, qui s'étend jusqu'au début de la dynastie des Saadiens au milieu du , la poésie marocaine en arabe dialectal était directement héritée d'al-Andalus et s'exprimait dans un arabe hispanique devenu la langue "classique" du zajal. La seconde période débute au , sous les dynasties des Saadiens et des Alaouides, souvent qualifiées de "dynasties bédouinisantes". C'est à cette époque que le melhoun proprement dit, une langue spéciale influencée par les dialectes bédouins, a fait son apparition et s'est développé. En Algérie, le terme désignant le poète populaire est gawwāl et non qawwāl. Le grand nombre de bardes appartenant à des tribus nomades ou du moins rurales, ainsi que le fait que les plus anciens spécimens conservés de ce genre poétique datent du , semblent appuyer l'analyse de G. S. Colin. Cependant, il est peu probable que ce melhoun soit apparu du jour au lendemain, car il est probable que les tribus arabes émigrées en Afrique du Nord au aient conservé leurs traditions poétiques et composaient des vers dans leur propre dialecte. Au cours du , Tlemcen s'était déjà établi comme un centre prospère de la poésie populaire, et c'est à cette époque que le melhoun marocain a bénéficié d'une impulsion renouvelée grâce à l'influence des poètes tlemcéniens exilés.

Le melhoun en Algérie

Ibn Khaldoun écrit, dans la Muqaddima, qu'avant le , un certain. Ibn el Mouedden exerçait, à Tlemcen, l'art dit aroud el balad, la plus ancienne expression poétique en arabe parlé. Dans le Maghreb central, les pères-fondateurs du melhoun du sont Sidi Lakhdar Ben Khlouf, M'barek Bouletbag, Laroussi et Benraho, qui ont laissé des œuvres édifiantes et épiquesPoètes populaires du Maghreb et identité : Approche socio-anthropologique, Présenté par Ahmed-Amine DELLAI, 2014-215, p42-43. Puis, apparaît à Tlemcen, les poètes citadins du genre hawzi tels Saïd El-Mendassi, Bentriki et Benmsayeb, et dans la vallée du Chelif : les poètes bédouins Ali Kora et son élève Ben Hammadi ainsi que le chantre des Souids Qada Bessouiket ; et dans la région de Mascara : Adda Belbachir, de la tribu des Hachem, puis El-Habib Benguennoun, pendant que Tahar Benhawwa et Ould Mhamed, chantent ou raillent l'émir Abdelkader.

Il y a eu aussi, Mohammed Belkheir, le poète-combattant des Ouled Sidi Cheikh et Mestfa Ben Brahim des Beni Amer, ainsi que Menaouer Benyekhlef des Medjahers de Mostaganem, contemporain du Hadj Khaled des environs d'Aïn Témouchent ; et des poètes plus contemporains : Bentaïba, Abdelkader El-Khaldi et Abdelkader Bentobdji. Dans le Sahara, de grands poètes se sont imposés avec un genre particulier ; les poètes les plus connus et qui ont vécu à Laghouat et Ouled Djellal sont Sidi El Hadj Aïssa, Benkerbane, Ben Kerriou, Smati et Mohamed Ben Guittoun, l'auteur de la célèbre Hiziya. Laghouat est également connue pour sa poétesse El Mokrania (une rareté dans le melhoun).

Entre le , des genres musicaux distincts se sont constitués à partir du caractère diglossique des chants : la musique arabo-andalouse qui emploie les mouachah ; le hawzi et le bedoui basés sur le melhoun et le zendani, à partir des variétés dialectales. Le genre bédoui compte trois styles en Algérie : le bedoui wahrani, le bedoui saharien (aiyai) et le bedoui chaoui. Dans le cas de la tradition musicale citadine d'Alger-Tlemcen. Melhoun fait référence à la poésie, tandis que hawzi et aroubi font référence au texte chanté. Néanmoins, tous peuvent être utilisés comme noms de genre, tout comme le terme qsāyid.

Un festival national de la poésie Melhoun, dédié à Sidi Lakhdar Ben Khlouf, est organisé annuellement dans la wilaya de Mostaganem. Une autre manifestation est organisée à Mazouna, cette ville était une référence dans la poésie du genre melhoun. Elle abritait une commission de haut niveau permettant aux poètes de diverses régions du pays d'enregistrer des poèmes distingués au carnet de Mazouna (kounache Mazouna).

Constitution d'un savoir sur le melhoun Les débuts de la conquête française en Algérie, marque les premières traces du Melhoun dans les sources notamment chez les militaires. Dès 1834, Genty de Bussy note un chant sur la prise d'Alger. En 1844, le général Marey traduit une prophétie de Sidi Hadj Aissa sur la prise de Laghouat.. Le début du , est marqué par la publication de l'important ouvrage de Sonneck sur les qui va inaugurer l'ère des professeurs. Cet ouvrage englobe pratiquement l'ensemble de la littérature orale du Maghreb..

La période qui suit est caractérisée par les travaux des savants coloniaux et des premiers lettrés autochtones qui commencent à prendre leur relève.. Mohamed Bencheneb, représentant de cette élite, annonce avec sa publication du poème de Mohammed Benmsayeb sur l'itinéraire du pèlerinage à la Mecque, l'entrée en lice des algériens musulmans dans le champ des études sur le patrimoine.

En 1904, le tlémcénien Abou Ali, publie le premier traité de musique et de poésie algérienne. Puis en 1907, le premier recueil de chants populaires, Le livre des disques et des cylindres du juif algérois Edmond Nathan Yafil est publié. En 1928, paraît le recueil de Qadi Mohamed Al kenz el meknun fi-chi’r el melhun qui contient un grand nombre de textes menacés de l'oubli dont la plupart font partie du répertoire bédouin de l'Oranie. Ce recueil sera largement complété et grossi par les anthologies de Mohamed Bekhoucha et Abderrahmane Sekkal. Une double tendance se profile chez les algériens : la tendance citadine qui va s'intéresser aux textes à l'intérieur de l'univers musical arabo-andalou et la tendance bédouine qui privilégie le Melhoun en tant que texte..

Après l'indépendance, des auteurs vont pouvoir publier un certain nombre de travaux et recueils. En France paraissent à la même époque les ouvrages de Belhalfaoui et de Bessaih.. Ahmed Tahar qui fait partie des pionniers, produit une étude sur la métrique. Puis l'arrivée des arabophones monolingues vont investir ce domaine, mais sans véritablement égaler les arabisants des autres pays du Maghreb. Toutefois, en Algérie, deux tares majeures lui ont été continuellement reprochées : sa langue qui reste un dialecte arabe même recherché et poétisé, et la place que lui a accordé la science coloniale et l'orientalisme au détriment de la langue arabe classique..

Thèmes Religion

Les pièces poétiques traitant du thème religieux sont groupées sous l'appellation de medh. Cette appellation couvre différents sujets qui peuvent aussi bien relever d'un hymne en l'honneur du Prophète de l'islam ou d'un autre prophète, que d'un cantique à un saint ou d'une longue sentence éthique. Cette thématique a donné naissance à une abondante littérature dans la mesure où la société trouve dans la religion un moyen de dynamiser l'action.

L'une des qasidas les plus récemment établies est Ibrahim el-Khalil de Belkheznadji (), interprétée et enregistrée par Mahieddine Bachtarzi, mais rendue, depuis les années 1970, incontournable le jour de l'Aïd-el-kébir, par la radio et télévision algériennes, notamment la version interprétée par Abdelkrim Dali, ce dernier est également interprète de Mâzzyanou nhar el-youm, de sa propre composition. Les œuvres de Sidi Lakhdar Ben Khlouf sont plus strictement « orthodoxes » ; deux d'entre elles se sont singulièrement imposées : « Salla Allah alik ya mohamed nabina (ou grande khezna) et Ya Mohamed ya sidi (ou petite khezna).

Parmi les pièces plus anciennes, la qasida el-hourm ya Rasoul Allah de Mohammed Benmsayeb, à l'adresse du Prophète et nedjm ed-doudja, du même poète tlemcénien. Abdelkader Bentobdji, a consacré sa verve presque exclusivement au saint soufi Abd al Qadir al-Jilani. Les chanteurs de raï interprètent sa qasida, Abdelkader ya Boualem, dédié au saint. Parmi les œuvres de Saïd El-Mendassi, Ya imam ahl Allah, est une véritable supplique à l'adresse de Sidi Boumédiène. Une qacida d'édification religieuse, Ya ddai bel ‘erf, est venue se rajouter, depuis quelques années, aux très nombreuses autres dans le genre chaâbi algérien.

L'une des constantes de cette poésie, c'est souvent une sorte de remords après une vie de débauche et de luxure. C'est le cas de Mohammed Benmsayeb qui le déclare dans une de ses pièces. Lakhdar Ben Khlouf, fait de nombreuses allusions au texte sacré du Coran comme pour impulser la logique du discours et lui assurer, en même temps, les corollaires directs dans le cadre de la foi :

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Amour