Mathurin Méheut, né le à Lamballe et mort le à Paris/197. Registres d'état civil de Lamballe aux archives des Côtes-d'Armor., est un peintre, graveur et illustrateur français.
Biographie Formation et début de carrière Mathurin Méheut naît en 1882 dans une famille d'artisans. En 1896, il commence son apprentissage à Lamballe chez Mathurin Guernion, un peintre en bâtiment, et il réalise ses premiers dessins datés. Il intègre l'École régionale des beaux-arts de Rennes (Ille-et-Vilaine) en 1898. Méheut séjourne un mois à Paris en 1900 puis s'installe dans la capitale française en 1902 à la fin de ses études à Rennes. Il travaille alors pour la revue Art et Décoration et publie des illustrations sur les poissons et les coraux. En parallèle, il s'inscrit à l'École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris. Il effectue son service militaire de 1903 à 1904 à Saint-Lô.
En 1905, Méthurin Méheut épouse Marguerite Rouja au Mans. Le couple demeure à Paris dans le , au 45, rue Falguière. Leur fille Maryvonne naît en 1908.
De 1910 à 1912, il séjourne et travaille à la station biologique de Roscoff, où il peut observer et dessiner le milieu marin dans un contexte scientifique. C'est là qu'il crée les bases de l'ouvrage Étude de la mer 1913-1914 sous la direction de Maurice Pillard (dit Verneuil). Une exposition lui est consacrée au musée des arts décoratifs de Paris en 1913 réunissant sur la faune et la flore marine, réalisées à Roscoff. La revue L'Illustration publie plusieurs de ses tableaux en couleurs.. Le musée océanographique de Monaco et le musée du Luxembourg à Paris acquièrent certaines de ses œuvres.
Le voyage au Japon En 1898, le mécène Albert Kahn (1860-1940) décide de la création d'une bourse, nommée « Autour du monde », qui doit permettre le financement de projets artistiques et les déplacements intercontinentaux des lauréats d'un concours, organisé par la Fondation Albert-Kahn. Mathurin Méheut remporte le prix de l'année 1914 et embarque le au port du Havre à destination du Japon. Le , l'artiste et sa femme aperçoivent les côtes nippones, à Yokohama. « La côte japonaise nous apparaît par un beau soleil matinal : des voiles blanches à l'infini... on dirait une baie bretonne, des sardiniers gagnant le large: la baie de Douarnenez. Les barques nous frôlent, les pêcheurs complètement nus. Immédiatement nous songeons à Hokusaï prodigieusement vrai, prodigieusement moderne; les mêmes gréements, les mêmes accessoires, les mêmes types, que dans ses vues du Fuji, que les figures de ses albums (mon enthousiasme pour cet artiste n'a fait que croître du reste à la vue de ses modèles, de son pays). ».Au cours de son périple, qui le mène successivement de Yokohama à Nara, en passant par Kyōto, Mathurin Méheut peint et dessine tout ce qui l'émerveille, témoignage de son intérêt tant naturaliste qu'ethnographique. Il entretient également une riche correspondance épistolaire avec ses proches, restés en France. Ses lettres attestent de l'enthousiasme de Méheut, qui n'hésite pas à émailler ses missives de nombreux dessins et aquarelles.
Dans son carnet de route, l'artiste détaille chaque étape de son voyage. Il découvre les nombreux temples, vestiges des pratiques culturelles locales. Le shintoïsme et le bouddhisme sont très présents au sein de l'archipel. Mathurin Méheut se plaît à peindre et à croquer les moindres détails de ces architectures religieuses. Ce sont surtout les multiples édifices de Nara, ancienne capitale impériale de 710 à 784, qui retiennent son attention. Le peintre réalise une aquarelle de Kongo, sculpture de bois de de haut datée de 1203, qui garde la porte sud du temple du Tôdai-ji. À Kyōto, Mathurin Méheut effectue plusieurs dessins du temple Fushima Inari-Taisha, dédié à Inari, une divinité agraire. Les exemples d'illustrations de temples ne manquent pas, tant Méheut n'a de cesse de les dessiner.
Outre la spiritualité et les croyances, Mathurin Méheut s'intéresse au mode de vie japonais. Les vêtements, des splendides kimonos à l'attirail du simple paysan sont représentés. Le voyageur français assiste à des représentations de théâtre nô, dont les costumes chatoyants des acteurs font l'objet de nombreux dessins. En cours du mois de , il séjourne chez un concessionnaire de la Société Lumière du Japon, Inabata Katsutarô (1862-1959), ce qui donne à Méheut l'occasion d'assister à une cérémonie du thé. En souvenir de l'amitié entre les deux hommes, les descendants d'Inabata Katsutarô inaugurent en 1992 une villa à Kyōto destinée aux artistes français en résidence.
Mathurin Méheut est célèbre pour ses représentations naturalistes de la faune et de la flore. Son sens de l'observation est loué par ses contemporains qui affirment que ses illustrations permettent de collecter des renseignements, méconnus des scientifiques. Son périple au Japon donne l'occasion au peintre de détailler minutieusement la biodiversité nippone. Du côté des végétaux, les nénuphars et les pivoines retiennent l'attention de Méheut, tandis que les grues, les daims et les tortues sont les animaux les plus souvent dessinés.
Les aquarelles et les dessins aux couleurs vives de Mathurin Méheut évoquent le Japonisme. L'artiste avait connaissance des estampes, des éventails et des paravents qui inondaient le marché européen depuis l'ouverture du Japon durant l'ère Meiji (1898-1912). Cette promiscuité avec la nature et ce goût pour un art ornemental, qui s'observent dans les productions picturales de Méheut au Japon, attestent de l'influence de ce nouveau courant artistique européen sur le peintre breton.
Le début de la Première Guerre mondiale met un terme aux pérégrinations de Mathurin Méheut au « pays du soleil levant ». Initialement prévu pour une durée du , son séjour au Japon s'achève en , quatre mois seulement après l'arrivée de l'artiste à Yokohama.
Première Guerre mondiale, enseignements et partenariats Mathurin Méheut rentre en France où il rejoint, en , le d'infanterie d'Arras. De 1916 à 1917, il est détaché au service topographique et cartographique de Sainte-Menehould puis de Bergues. Il y réalise ses Croquis de guerre témoignant de la vie dans les tranchées. Méheut est démobilisé en 1919. Il reprend alors son poste de professeur à l'École Boulle à Paris jusqu'en 1928 et enseigne brièvement à l'école Estienne à Paris en 1921.
L'armistice signée, il retourne dans sa Bretagne natale et exerce les métiers de décorateur et d'illustrateur. Devenu peintre officiel de la Marine en 1921, Méheut fait preuve d'une activité diversifiée. Entre 1924 et 1935, il participe à la décoration de neuf paquebots dont le Normandie. Il est aussi illustrateur de livres et il collabore avec la faïencerie Henriot à Quimper, en tant que céramiste.
Mathurin Méheut fait plusieurs séjours chez Albert Kahn en 1924. Il refuse de s'engager dans le mouvement Seiz Breur. Il rencontre Yvonne Jean-Haffen en 1925, qui devient une de ses élèves. Parmi les nombreuses lettres qu'il lui a écrites entre 1926 et 1954, 150 font l'objet d'une publication en 2018..
Il adhère à la Société des artistes décorateurs au cours de l'année 1926 et réalise ses premières céramiques pour la Manufacture nationale de Sèvres en 1927. En 1936, il fait la connaissance du peintre Yves Floc'h en compagnie d'Yvonne Jean-Haffen à la chapelle Sainte-Anne-la-Palud.
Témoin d'une époque, passionné par les hommes et les paysages de sa province natale, il sillonne la Bretagne de Rennes à Dinan, de Roscoff à Saint-Guénolé en pays Bigouden, laissant une abondante production et un témoignage précis et multiforme de la vie bretonne à son époque. Il enseigne de 1940 à 1944 à l'École des beaux-arts de Rennes et compte parmi ses élèves de nombreux artistes : le peintre verrier Joseph Archepel, le peintre muraliste et cinéaste d'animation Frédéric Back, le peintre Geoffroy Dauvergne, le sculpteur Roland Guillaumel, les peintres Roger Marage et Jean-Marie Martin. Mathurin Méheut collabore en 1946 avec la Manufacture des Gobelins, pour laquelle il réalise de nombreux cartons de tapisseries. En 1956, il est élu à l'Académie de marine en 1956.
Mathurin Méheut meurt à Paris le , où il est inhumé au cimetière du Montparnasse (division 13)Jean de La Varende, À Ciel ouvert. Images du terroir, Rennes : Terre de Brumes, 2007, dessins de Mathurin Méheut ; Présence de La Varende rééd., ..
Un musée Mathurin-Méheut lui est consacré à Lamballe, sa ville natale, au sein d'une maison à pans de bois du , dite « Maison du Bourreau ». L'institution muséale est transférée au haras national de Lamballe en 2022 et conserve environ œuvres de l'artiste. Le , le musée accueille ses premiers visiteurs. Il s'organise autour d'un parcours permanent illustré par pour une surface d’exposition totale de À Lamballe, le nouveau musée Mathurin Méheut a ouvert ses portes, Le Télégramme, 18/06/2022. L'ouverture animée du musée Mathurin-Méheut à Lamballe, Ouest-France, 18/06/2022.
Œuvres dans les collections publiques
Dessin Boulogne-Billancourt, musée départemental Albert-Kahn : Le Cactus, 1929, aquarelle. Brest, musée des Beaux-Arts : Étude d'escargots, mine de plomb sur papier. Dinan, Maison d'artiste de la Grande Vigne : Location de périssoire à Cassis, 1938, gouache sur papier. Lamballe, musée Mathurin-Méheut : Vue de Lamballe, 1913, lavis d'encre sur papier ; L'Île de Sieck par gros temps, 1913, gouache sur papier, encre, crayon gras, papier collé sur carton ; Nord d'Arras, , 1915, crayon et aquarelle ; La Procession de Locronan, 1929, gouache sur papier. Paris, musée national de la Marine : Goëlette à quai, Saint Goustan, 1936, gouache. Paris, Sorbonne Université. Quimper, musée de la Faïence : Pardon Notre-Dame de la Joie, 1925, cinq calques préparatoires pour cinq carreaux de céramique. Saint-Brieuc, musée d'Art et d'Histoire : Marin au casier, hameau des Roches, fusain, crayon, gouache, papier collé sur carton.
Estampe Entre 1910 et 1926, Mathurin Méheut travaille les , puis se lance dans les de 1939 à 1948. De 1944 à 1945, il approfondit son travail de gravure sur bois.
Aux avirons, 1920, bois gravé, papier japon, Paris, musée national de la Marine.
Affiche
Gala de la Marine. Exposition universelle de 1937, Paris, musée national de la Marine.
Peinture
L'Été, le Pardon de l'Île de Batz, 1913, peinture à la caséine sur papier marouflé, exposée au pavillon de Marsan en 1913, achat de l'État, musée des Beaux-Arts de Rennes. Ramasseur de sel à Guérande, 1928, caséine sur toile marouflée sur carton, Paris, musée d'Orsay. Le Cactus, vers 1930, caséine sur toile, Boulogne-Billancourt, musée départemental Albert-Kahn. La Récolte du goémon, 1939, huile sur toile, Quimper, musée départemental breton. Vingt-cinq toiles, 1941, Institut de géologie de Rennes. Clemenceau visitant une tranchée, vers 1955, huile sur toile, commande de la Société française des transports pétroliers pour décorer Le Vendée qui portait le nom de la province natale du Tigre, Lamballe, musée Mathurin-MéheutLe tableau fut à Toulon la propriété du service historique de La Défense, offert ensuite en dépôt au musée Mathurin-Méheut de Lamballe puis, par la suite, prêté à la Marine nationale pour orner le carré du porte-avion Clemenceau.. Bords de Seine vus de Notre-Dame de Paris depuis le restaurant La Tour d'Argent, huile sur toile contrecollée sur carton, Paris, Compagnie générale transatlantique. Les filets bleus, technique mixte, , vendu (le à Brest)..
Peinture murale
Le Port de Sainte-Marine à Combrit, 1952, peinture murale pour la Caisse d'épargne de Pont-l'Abbé, en dépôt à la salle des mariages de la mairie de Pont-l'Abbé.
Céramique Mathurin Méheut travaille dès 1919 pour les faïenceries de Jules Henriot, renouvelant les décors, et va également travailler pour la Manufacture de Sèvres de 1927 à 1940, ainsi qu'avec Villeroy et BochDenise Delouche, .
Pardon de Notre-Dame de la Joie, 1925, cinq carreaux de céramique.