La présidence d'Abraham Lincoln débuta le , date de l'investiture d'Abraham Lincoln en tant que président des États-Unis, et prit fin avec l'assassinat de ce dernier le , soit après le début de son second mandat. Lincoln fut le premier membre du Parti républicain à être élu à la présidence. Il fut remplacé après sa mort par le vice-président Andrew Johnson. Son mandat fut principalement marqué par la guerre de Sécession opposant les États du Nord aux États du Sud.

Lincoln entra en fonction à la suite de l'élection présidentielle de 1860, dont il fut proclamé vainqueur face à trois autres candidats. Il réalisa de loin ses plus gros scores dans les États du nord de l'Union, les républicains n'ayant pas vraiment cherché à attirer l'électorat du Sud. Ancien membre du Parti whig, Lincoln fut élu sur une ligne politique opposée à l'extension de l'esclavage dans les territoires fédéraux. Son accession à la présidence précipita le déclenchement de la guerre de Sécession puisque, dans les seize semaines qui séparèrent son élection de la cérémonie d'investiture, sept États esclavagistes se séparèrent de l'Union pour former les États confédérés d'Amérique. Une fois arrivé au pouvoir, Lincoln rejeta tous les compromis qui auraient débouché sur une sécession des États du Sud d'avec ceux de l'Union. Le conflit débuta quelques semaines après le début de sa présidence avec l'attaque confédérée sur Fort Sumter, une possession fédérale située à la frontière du territoire de la Confédération.

Lincoln fut amené à contrôler simultanément les aspects politiques et militaires du conflit et dut surmonter de nombreux défis dans ces deux interfaces. En sa qualité de commandant en chef, il ordonna la suspension de l’habeas corpus dans l'État du Maryland qui permit l'arrestation d'un grand nombre de sympathisants confédérés. Il fut également le premier président à recourir à la conscription. L'Union ayant essuyé plusieurs défaites cinglantes sur le théâtre oriental au début de la guerre, Lincoln renouvela périodiquement les généraux investis du commandement des armées avant de jeter son dévolu sur le général Ulysses S. Grant, qui avait remporté une série de victoires sur le front occidental. La proclamation d'émancipation publiée par Lincoln en 1863 eut pour effet de libérer des millions d'esclaves dans le territoire détenu par la Confédération et intégra l'émancipation des hommes de couleur aux objectifs de guerre de l'Union. En 1865, Lincoln joua un rôle considérable dans l'adoption du amendement qui rendait la pratique de l'esclavage inconstitutionnelle.

Lincoln mit par ailleurs en œuvre un ambitieux programme de politique intérieure, qui comprenait notamment les premiers textes de la série des Homestead Acts, le Morill Land-Grant Act of 1862 et le Pacific Railroad Act of 1862. Candidat à sa réélection en 1864 sous la bannière du Parti de l'Union nationale, soutenu par les républicains et une partie des démocrates, il l'emporta largement sur son adversaire du Parti démocrate, le général George McClellan. Quelques mois après l'élection, Grant reçut la reddition de la principale armée confédérée dirigée par le général Robert Lee, ce qui précipita la fin des hostilités. Lincoln fut assassiné en , cinq jours après la fin de la guerre, laissant à ses successeurs le soin de mener à bien la reconstruction du pays.

Après sa mort, Lincoln est resté dans les mémoires comme l'émancipateur des esclaves et le sauveur de l'Union, tombé en martyr pour la liberté. Les historiens tirent un bilan très favorable de sa présidence tant pour ses réalisations politiques que pour ses caractéristiques personnelles. Aux côtés de George Washington et de Franklin Delano Roosevelt, il est systématiquement évalué par les universitaires comme l'un des plus grands présidents de l'histoire américaine.

Élection de 1860

vignette|« Le candidat du rail » : cette caricature montre la candidature de Lincoln à l'élection de 1860 portée par la question de l'esclavage (avec un esclave à gauche et l'organisation du parti à droite).

Ancien membre du Parti whig élu à la Chambre des représentants, Abraham Lincoln apparut comme l'un des candidats républicains les plus sérieux en vue de l'élection présidentielle de 1860. Cette notoriété dans le paysage politique faisait suite à sa courte défaite à l'élection sénatoriale de l'Illinois face au démocrate Stephen A. Douglas en 1858. Bien qu'il ne disposât pas d'appuis aussi nombreux que ceux du sénateur républicain de New York, William H. Seward, Lincoln pensait pouvoir s'imposer comme le candidat du parti à l'issue de la convention. Il consacra les années 1859 et 1860 à rassembler des soutiens autour de sa candidature et le discours qu'il prononça à Cooper Union fut très bien perçu par les élites de l'est du pays. En termes de positionnement politique, Lincoln se réclamait du « centre modéré » du parti, déclarant qu'il était opposé à l'expansion de l'esclavage dans les territoires fédéraux sans pour autant préconiser son abolition dans les États esclavagistes.

Lors de la convention nationale républicaine qui eut lieu en , Lincoln arriva en seconde position derrière Seward. Ignorant les instructions de Lincoln qui voulait éviter au maximum les tractations politiciennes, ses partisans à la convention manœuvrèrent habilement et arrachèrent la nomination de Lincoln au troisième tour de scrutin. Les délégués élurent ensuite le sénateur du Maine Hannibal Hamlin pour figurer en tant que colistier sur le ticket présidentiel. La ligne politique du parti était contre l'institutionnalisation de l'esclavage dans les territoires mais plaidait pour la neutralité concernant les États traditionnellement esclavagistes. Les républicains étaient également favorables à des tarifs protectionnistes, à une politique de travaux publics telle que la construction d'une ligne de chemin de fer transcontinentale et à l'attribution d'une parcelle de terre aux colons...

La convention nationale démocrate se réunit en mais fut ajournée car les délégués ne parvenaient pas à se mettre d'accord sur un candidat. Une seconde convention se tint au mois de juin et désigna Stephen A. Douglas comme candidat, mais un certain nombre de délégations sudistes refusèrent de lui apporter leur soutien et présentèrent leur propre candidat, le vice-président en poste John Cabell Breckinridge, jugé plus favorable aux intérêts esclavagistes. Un groupe d'anciens whigs et de Know Nothing constituèrent le Parti de l'Union constitutionnelle et propulsèrent l'ancien speaker de la Chambre des représentants John Bell dans la course à la présidence. Breckinridge et Bell se disputèrent surtout l'électorat des États du Sud alors que Lincoln et Douglas firent campagne dans le Nord. Les républicains étaient rendus confiants par le dénouement de la convention démocrate et Lincoln prédit qu'ainsi divisés, ses adversaires avaient peu de chances de remporter l'élection.

vignette|Résultats de l'élection présidentielle de 1860 au niveau du collège électoral.

Le jour du vote, Lincoln fut vainqueur dans tous les États du Nord sauf un et obtint de grands électeurs contre 72 pour Breckinridge, 39 pour Bell et 12 pour Douglas. Lincoln s'octroya également près de du vote populaire avec voix contre pour Douglas, pour Breckinridge et pour Bell.. En revanche, Lincoln ne remporta aucun État dans le Sud. des électeurs éligibles se rendirent aux urnes ce qui constitue le second taux de participation le plus élevé de l'histoire américaine. Cependant, en dépit de la victoire des républicains à la présidentielle, le parti échoua à obtenir la majorité dans les deux chambres du Congrès. Par ailleurs, le pourcentage de voix obtenu par le vainqueur est le plus faible de l'histoire américaine.

Un hiver sécessionniste : 1860-1861

Menaces de sécession

Alors que l'élection de Lincoln apparaissait de plus en plus probable, les sécessionnistes firent savoir que leurs États respectifs s'apprêtaient à quitter l'Union. Une fois Lincoln élu le , la Caroline du Sud fit sécession le , suivie par le Mississippi, la Floride, l'Alabama, la Géorgie, la Louisiane et le Texas. Dans ces États, les milices locales occupèrent les forteresses fédérales et confisquèrent le matériel militaire contenu dans les arsenaux. Le Sud supérieur (Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Tennessee, Kentucky, Missouri et Arkansas) rejeta l'idée d'une sécession immédiate mais menaça de basculer à son tour dans le camp des confédérés si le gouvernement de l'Union adoptait des sanctions contre les territoires rebelles. Le président James Buchanan déclara la sécession illégale tout en reconnaissant que son gouvernement était incapable de s'y opposer. Quant à Lincoln, en tant que président-élu, il n'était pas encore en mesure de peser officiellement sur le cours des événements.

De nombreuses personnes firent part à Lincoln de leur inquiétude à propos des événements du Sud. Beaucoup s'attendaient alors à ce que le président-élu fournisse des garanties aux États du Sud en leur promettant que leurs intérêts ne seraient pas inquiétés. Réalisant d'un côté que l'emploi de mots apaisants sur les droits accordés aux esclavagistes lui aliénerait la base républicaine et qu'une prise de position assurée sur l'indestructibilité de l'Union risquerait d'exacerber les tensions avec les habitants du Sud, Lincoln adopta une politique du silence. Il était en effet convaincu qu'avec le temps et la perspective de voir une menace des intérêts du Sud s'éloigner, les partisans unionistes du Sud pourraient être en mesure de ramener leurs États au sein de l'Union. Sur la suggestion d'un marchand sudiste qui était entré en contact avec lui, Lincoln fit un appel indirect aux États confédérés en rédigeant lui-même une partie de la déclaration publique de l'un de ses plus proches collaborateurs, Lyman Trumbull. Si cette dernière fut accueillie favorablement par le Parti républicain, elle fut en revanche combattue par les démocrates et largement ignorée par les partisans du Sud.

Premières préoccupations militaires

vignette|gauche|Abraham Lincoln en 1860, par Mathew Brady.

Peu avant l'élection de , le général en chef de l'armée américaine, Winfield Scott, remit au président Buchanan un mémorandum intitulé Considérations inspirées par un danger imminent, dont Lincoln se fit remettre une copie. Tout en affirmant que l'élection de Lincoln ne conduirait à , Scott mettait en avant le risque d'. Le général recommandait que . Ses suggestions furent toutefois rejetées par Buchanan qui les estimaient provocantes à l'égard du Sud. À l'inverse, Lincoln écrivit à Scott pour le remercier de ses conseils et de son patriotisme.

Tandis que l'écart entre unionistes et confédérés continuait à se creuser, Lincoln, et avec lui la plus grande partie du Nord, s'inquiéta de la saisie systématique des propriétés fédérales par les États du Sud. Ayant appris que le président Buchanan se préparait à livrer le fort Moultrie de Charleston aux sécessionnistes, Lincoln déclara : . Le , par l'intermédiaire du représentant du Congrès Elihu B. Washburne, il demanda à Scott .

Tentatives de compromis

Les milieux d'affaires du Nord furent parmi les premiers à prôner un compromis ou tout du moins un apaisement avec les États confédérés. Les directeurs des journaux républicains de New York, comptant dans leurs rangs Henry J. Raymond, James Webb ou encore Thurlow Weed, proposèrent au mois de novembre une série de mesures comprenant la mise en place d'une compensation pour les esclaves fugitifs, l'abrogation des lois sur les libertés individuelles et le retour au compromis du Missouri. Cela amena Lincoln à constater avec amertume que . Le journaliste Henry Villard estima quant à lui que la réaction des directeurs était due à un , faisant référence à la panique financière qui avait agité la bourse de Wall Street lors de la réaction négative des marchés à la sécession du Sud.