L’hôpital Saint-Jacques est le deuxième plus ancien des sept établissements hospitaliers gérés par le centre hospitalier universitaire de la ville de Nantes, en France, sur le territoire de laquelle il est implanté. Il se situe le long de la rive gauche de la Loire (bras de Pirmil), dans le quartier Nantes Sud (micro quartier « Saint-Jacques-Pirmil »).
Édifié au début du sur l'emplacement d'un ancien prieuré devenu dépôt de mendicité, il est destiné à remplacer l'hospice municipal alors en activité, baptisé Sanitat, devenu vétuste. À l'origine, le rôle de Saint-Jacques est d'offrir un hospice pour les aliénés, les vieillards indigents et les orphelins. Conçu selon les connaissances les plus avancées du début du , il est l'objet d'aménagements réguliers pour répondre à l'évolution des techniques médicales et sanitaires, et à l'augmentation de la population accueillie. La destruction de l'Hôtel-Dieu, en 1943, fait de Saint-Jacques le grand hôpital généraliste de l'agglomération nantaise jusqu'en 1967. Il retrouve par la suite sa vocation d'origine, et est consacré à la gériatrie et à la psychiatrie.
Historique Prieuré Saint-Jacques de Pirmil La période de fondation de l'abbaye bénédictine de Saint-Jacques (ou prieuré de Pirmil) est inconnue. Elle a sans doute servi de refuge aux voyageurs effectuant le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce prieuré dépend de l'abbaye Saint-Jouin de Marnes dans le Poitou. L'église construite par les moines de Saint-Jacques, qui fait office de chapelle du prieuré, mêle les styles roman et ogival, ce qui permet de situer cette construction vers la fin du .. Au , des vestiges d'une chapelle romane ont été mis au jour, élément attestant que l'église a été bâtie sur un ouvrage plus ancien..
vignette|gauche|Cour intérieure de La Providence.|alt=Photo prise sous un proche dont l'arrondi sombre coupe le ciel bleu ; on voit un bâtiment de deux étages aux murs blancs, le toit mansardé est fait d'ardoises.
En 1484, Thomas James, évêque de Dol et commendataire du prieuré de Saint-Jacques, fait remettre en état l'église. Entre 1711 et 1713, l'abbaye, devenue propriété des bénédictins de Saint-Maur (dépendants de l'abbaye de Marmoutier), est reconstruite sur les ruines des bâtiments de l'ancien prieuré. Le nouveau couvent, sans cloître, est composé, parallèlement à l'église, d'un bâtiment central, le plus long, et aux extrémités de celui-ci de deux ailes perpendiculaires. À cela s'ajoutent deux pavillons accolés à la partie centrale et un porche. De cette époque ne subsiste au que le bâtiment dit « de la Providence », inscrit au titre des monuments historiques, et constitué de l'ensemble formé par le bâtiment central et ses deux ailes., les pavillons ayant disparu et le porche d'entrée ayant été détruit au milieu du .
Quand la Révolution éclate, il ne reste que quatre moines dont la plupart prêtent serment puis demandent à redevenir laïcs. Le prieuré devient bien national et est vendu en 1791 à un particulier, marchand nantais du Port-aux-vins. La chapelle de l'abbaye devient église paroissiale la même année. Elle porte le nom d'église Saint-Jacques de Pirmil, et se trouve détachée du reste de la propriété..
Après la bataille de Nantes du , le quartier de Pirmil est en partie détruit, et les habitants sans logis trouvent refuge dans l'ancien couvent. Le conseil de département décide, le , que les bâtiments doivent servir d'hôpital, et que les pensionnaires de la maison des Pénitentes, dont les religieuses ont été expulsées en février, pourraient y être transférées, mais l'opération n'a pas lieu. En 1794, Saint-Jacques devient momentanément une prison, qui accueille des femmes et des enfants venant de la commune de Vue..
Dépôt de mendicité En 1808, les héritiers du nouveau propriétaire sont contraints de restituer le site à l'État français. L'ensemble est alors vendu au département de la Loire-Inférieure, avec pour mission d'y construire un dépôt de mendicité visant à accueillir les mendiants de la Loire-Inférieure, de la Mayenne et du Morbihan. François-Jean-Baptiste Ogée (1760-1845)., architecte-voyer du département et de Nantes, dresse en 1811 plusieurs plans, dont l'un est accepté. Au bâtiment « de la Providence » sont adjointes parallèlement six bâtisses de de long sur de large.
Opérationnel en 1815, le dépôt s'avère trop onéreux. Le site accueille 500 indigents, mais les locaux sont jugés peu solides, insalubres et inadaptés. La tentative de faire travailler les « pensionnaires » se heurte à leur manque de dynamisme et de compétence, le produit de leur travail couvrant moins de 7 % des dépenses. Le dépôt ferme ses portes en 1819, les bâtiments sont vendus..
Hôpital général Saint-Jacques Fermeture du Sanitat La création de l'hôpital général Saint-Jacques résulte de la volonté de remplacer le vétuste hôpital général ou hospice du Sanitat., situé près du quai de la Fosse (aux abords de l'église Notre-Dame-de-Bon-Port) par un établissement plus moderne. Le Sanitat n'est d'ailleurs pas un hôpital au sens moderne du terme : aucun malade n'y est soigné. Cet établissement est à l'origine un manoir destiné par la municipalité à partir de 1569 à maintenir les pestiférés à l'écart. Il devient le Sanitat en 1612, après la construction de nouveaux bâtiments dont une chapelle. Les épidémies se raréfiant, sa destination change. Après avoir été prison occasionnelle, il trouve sa raison d'être dans l'accueil des mendiants et vagabonds, puis des prostituées., des aliénés (à partir de 1676). et des enfants abandonnés ou orphelins. Cette dernière mission est un temps dévolue à l'Hospice des orphelins, fondé en 1774 par l'armateur et négrier Guillaume Grou, mais faute de moyens l'établissement ferme en 1815..
En 1818, le Sanitat compte 810 lits. Les locaux sont très vétustes, leur entretien ayant été rendu difficile de par le changement de régime en France, les revenus des hospices étant liés en partie aux taxes et aux privilèges abolis par la Révolution. La construction de nouveaux bâtiments en 1826 ne résout pas les problèmes. Alors que les aliénés représentent plus de la moitié des pensionnaires, le transfert du Sanitat à l'extérieur de la ville est décidé.
Conception et financement de l'hôpital Saint-Jacques vignette|Philippe Pinel.|alt=Gravure, portrait de Philippe Pinel assez âgé.
L'approche concernant le traitement des aliénés évolue au début du . Les fers de lance du renouveau de la discipline sont Philippe Pinel et son élève Jean-Étienne Esquirol. Il est préconisé de ne plus permettre que les internés soient couchés à même le sol, la camisole de force remplace le collier et les chaînes, le personnel ne doit plus se servir de bâtons ou de nerfs de bœuf pour frapper les pensionnaires. De même, un médecin est censé effectuer une visite à chaque interné une fois par jour. Le Sanitat ne permet pas d'appliquer ces mesures. En 1816 le projet d'occuper l'ancien Hospice des orphelins est lancé, mais abandonné deux ans plus tard. L'ordre de Saint-Jean-de-Dieu propose en 1826 d'ouvrir au dépôt de mendicité de Saint-Jacques un établissement pour malades mentaux semblable à ceux déjà gérés par la congrégation. Cette proposition, accueillie favorablement par le préfet, est rejetée par les médecins nantais.. Louis-François de Tollenare., receveur. puis trésorier. des hôpitaux de Nantes depuis 1823, reprend l'idée à son compte. Il propose de transformer l'ancien dépôt de mendicité en hospice pour vieillards, infirmes et orphelins, et de faire édifier de nouveaux bâtiments pour permettre d'accueillir les aliénés dans les conditions que la médecine psychiatrique préconise alors.
Tollenare est nommé directeur du Sanitat par le préfet, le vicomte de Villeneuve-Bargemon. Celui-ci souhaite souhaite se débarrasser de l'établissement au plus tôt, et ne pas y engager les sommes réservées au paiement des rénovations.. Il passe un accord secret avec l'ordre de Saint-Jean de Dieu, dont Joseph-Xavier Tissot, prêtre connu sous le nom de frère Hilarion, est le négociateur. Sitôt la transaction officialisée, les religieux imposent un délai de paiement de huit ans. Mais les méthodes thérapeutiques de frère Hilarion font naître des rumeurs, et le préfet rompt l'accord passé avec le religieux..
Le préfet charge alors Louis de Tollenare de gérer en totalité le transfert des résidents du Sanitat. Contesté par la municipalité nantaise, approuvé par l'État, le projet peine à trouver un financement. L'opération est suspendue en raison de la révolution de 1830., mais, ensuite, la situation sociale conduit le gouvernement de à favoriser les projets d'ouverture d'ateliers de charité, destinés à occuper les chômeurs. La classe dirigeante est en effet encore sous le coup de la révolte populaire de , et tente d'atténuer les effets de la pauvreté pour limiter les risques de bouleversement social. Les subsides versés par l'État à la ville de Nantes, , sont entièrement consacrées au seul « chantier de charité » de la construction de Saint-Jacques..
En , une épidémie de choléra frappe Nantes, et, pour remédier à la capacité insuffisante de l'Hôtel-Dieu, le Sanitat, le refuge des orphelins et l'hospice Saint-Jacques deviennent des hôpitaux temporaires. À Saint-Jacques, les femmes atteintes sont soignées par le docteur Ange Guépin..
Le maire, Ferdinand Favre, prononce un discours à l'occasion de la pose de la première pierre., le . Le devis pour la construction de Saint-Jacques avait été estimé à de l'époque.. Le complément du financement est obtenu avec la vente du Sanitat et de ses possessions foncières.. De Tollenare en obtient , un bon prix, bénéficiant au passage d'une plus-value sur les biens immobiliers qu'il possède quai de la Fosse et qui prennent de la valeur.. La vente a néanmoins l'inconvénient d'imposer une date butoir de déménagement ; initialement prévu le , celui-ci a lieu en octobre de la même année, sous la pression des menaces de procédures judiciaires des nouveaux propriétaires du Sanitat, ce qui contraint l'administration à emménager les résidents en catastrophe, dans un hospice de Saint-Jacques en cours de construction.
Construction vignette|Couloir d'accueil à l'entrée sud de l'hôpital.|alt=Galerie de pierre blanche, le plafond est voûté, le carrelage brillant est en damier noir et blanc.
Première phase, 1833-1837 Ce sont les frères Louis-Prudent et Constant Douillard, architectes nantais renommés, élèves de Mathurin Crucy, qui sont chargés de dessiner les plans de l'« hôpital général de Saint-Jacques », l'entrepreneur Perraudeau réalisant les travaux, tandis que Louis-François de Tollenare supervise l'ensemble en tant que maître d’œuvre. La main d’œuvre est en partie constituée d'ouvriers recrutés dans les ateliers de charité. Lorsqu'en il faut accueillir à Saint-Jacques les pensionnaires du Sanitat, seul le bâtiment destiné à l'accueil des vieillards est achevé.. Pour accélérer les travaux, le médecin-chef Camille Bouchet (1801-1854), décide de mettre tous les malades au travail, y compris les aliénés. Cette main d’œuvre gratuite permet à l'administration de faire d'importantes économies. Les aliénés contribuent donc, par exemple, à construire les cellules dans lesquelles ils seront enfermés.
Lors des travaux il faut araser des parties rocheuses, remblayer d'autres zones. La partie marécageuse du terrain, le long de la Loire, est rehaussée de . Une forge et une serrurerie sont construites, notamment pour fabriquer les serrures, réparer les outils, et fabriquer 150 lits en fer. Le sable utilisé pour la maçonnerie et pour le terrassement est extrait de la Loire toute proche.