Jorge Jose Ricardo Masetti Blanco, également sous le surnom de , était un journaliste et guérillero argentin. Né le à Avellaneda (dans le Grand Buenos Aires), il meurt le en combattant dans la région de Salta, limitrophe avec la Bolivie.
En 1958, alors qu'il commence sa carrière journalistique au journal El Mundo de Buenos Aires, il réalise une série d’interviews avec Fidel Castro et Che Guevara. Il a ensuite publié le livre Ceux qui luttent et ceux qui pleurent. Le Fidel Castro que j’ai rencontré, dans lequel il brosse un portrait du leader révolutionnaire et décrit le combat du peuple cubain.
Début 1959, sous l'aile du Che, il fonde et organise l’agence de presse Prensa Latina, afin de contrecarrer la propagande contre Cuba. Il participe ainsi en , en tant que correspondant de guerre, aux combats qui ont mis fin au débarquement de la baie des Cochons. Durant cette période, il travaille notamment avec l'écrivain colombien Gabriel García Márquez.
Proche de Che Guevara, il crée l'Armée Guérillère du Peuple, un groupe de guérilleros qui avait pour mission la en Argentine.
Un journaliste politique (années 1940-1958)
À partir des années 1940, Jorge Masetti travaille pour différents médias tel le journal pro-péroniste El Laborista ou des agences de presse nationales comme Telam ou Agencia Latina. Attiré par le mouvement de masse péroniste plus que par le président Perón lui-même, il s'engage quelque temps, comme d'autres Argentins de sa génération (par exemple Rodolfo Walsh), dans la très nationaliste Alianza Libertadora Nacionalista (ALN) pour des raisons avant tout anti-impérialiste. Ses collaborations professionnelles sont multiples et, en 1955, il fonde une éphémère revue, Cara y Ceca, traitant surtout de la politique intérieure argentine. À partir de 1957, il est engagé par la portègne Radio El Mundo et par la première chaîne de télévision nationale Canal 7 pour couvrir la politique internationale.
Parallèlement à ces écrits professionnels, Masetti publie également des contes dans les journaux nationaux (Clarín ou La Prensa).
Début 1958, la guerre d'Algérie et la seconde crise du détroit de Taïwan avec les bombardements chinois des îles taïwanaises de Quemoy et de Matsu dominent les unes des journaux de Buenos Aires. Pourtant, ce qui intéresse Masetti, c'est la guérilla cubaine dont on ne sait alors quasiment rien. Avec très peu de moyens et de contact, il entend informer ses concitoyens sur la guérilla de Fidel Castro afin de savoir si celle-ci est financée
La première interview radiophonique de Che Guevara et Fidel Castro (1958)
Masetti part pour Cuba fin avec un visa touristique, les reportages portant sur la guérilla étant évidemment interdits. Dès son arrivée à La Havane, la police politique du dictateur cubain Fulgencio Batista le repère facilement. Il parvient tout de même à se rendre à Santiago de Cuba, dans l'Est de l'île, puis dans la Sierra Maestra, massif montagneux dans lequel se développe la lutte armée. Fidel Castro décide de faire patienter le journaliste argentin avant de lui accorder une interview afin que Masetti s'imprègne de la situation cubaine et des raisons qui ont poussé les révolutionnaires du Mouvement du 26-Juillet à prendre les armes. Cette tactique s'avère efficace. En effet, Masetti finit par prendre parti pour les guérilleros au point de signer divers reportages pour Radio Rebelde, la radio de la guérilla mise en place par Che Guevara quelques mois plus tôt.
En avril, Fidel accorde au journaliste argentin une interview radiophonique. C'est la première fois que le Comandante en Jefe s'adresse directement aux Cubains. Masetti l'interroge sur les débuts de la révolution, sur la légitimité de la force armée pour renverser un dictateur et... sur les origines du financement de la révolution. Fidel répond alors : Il entame ensuite son premier discours-fleuve.
vignette|gauche|Masetti rencontre le Che pour la première fois dans la Sierra Maestra. Après les premiers contacts empreints de scepticisme de part et d'autre, les deux Argentins deviennent des amis très proches, 1958. L'interview du Che n'a pas, naturellement, la même importance historique mais c'est la première fois également que le commandant argentin s'adresse à un peuple cubain qu'il ne connaît encore que très partiellement. Néanmoins, cette entrevue intéresse doublement Masetti car elle permet de mettre en perspective la parole de Castro et de tresser un lien plus direct entre la guérilla cubaine et ses futurs auditeurs argentins.
Reparti à La Havane, Masetti apprend que les reportages retransmis n'ont pu être enregistré en vue d'une future diffusion en Argentine. Il repart une seconde fois dans la Sierra Maestra mais l'aventure s'avère bien plus périlleuse que la fois précédente puisque le journaliste argentin est maintenant bien identifié par les services secrets batistains. Il grave une nouvelle fois les interviews fin Il est possible de télécharger ces interviews au format mp3 - MediaFire. Entretemps, Fidel Castro a pris la tête de l'ensemble de la révolution cubaine, divisée jusque-là.
De retour en Argentine début , Masetti s'emploie à faire davantage connaître la guérilla cubaine à ses concitoyens... qui vivent eux aussi sous un régime dictatorial, celui dit de la « révolution libératrice ». Radio El Mundo commence à diffuser ses reportages mais, à la suite d'une censure larvée, la série est rapidement interrompue. Quant au journal éponyme, El Mundo, il ne publie qu'un seul article de Masetti. Cependant, le journaliste argentin reçoit le soutien de ses pairs, et notamment du Sindicato Argentino de Prensa, pour l'ensemble de son travail. Il offre des conférences à travers le pays et publie un ouvrage, Los que luchan y los que lloranJorge Ricardo Masetti, Los que luchan y los que lloran (el Fidel Castro que yo vi) y otros escritos inéditos, Buenos Aires, Nuestra América, 2006, 286 pages (« Ceux qui luttent et ceux qui pleurent »). À l'heure actuelle, ce livre constitue l'unique témoignage direct fiable et completIl présente l'ensemble des composantes révolutionnaires cubaines, à savoir les activistes urbains (« el llano », « la plaine ») et les guérilleros ruraux (« la sierra », « la montagne »). au sujet de cette période de la guérilla cubaine (les écrits du Che sont, pour le moment, postérieurs).
Masetti écrit également un monologue La Noche se prolongaJorge Ricardo Masetti, Los que luchan y los que lloran (el Fidel Castro que yo vi) y otros escritos inéditos, Buenos Aires, Nuestra América, 2006, pp. 197-219 décrivant les déconvenues d'un Argentin ayant cru au rêve péroniste. Cette pièce de théâtre est montée en . Avec cette œuvre comme avec sa nouvelle La Revolución perdidaJorge Ricardo Masetti, Los que luchan y los que lloran (el Fidel Castro que yo vi) y otros escritos inéditos, Buenos Aires, Nuestra América, 2006, pp. 223-226, écrite à la même époque, Masetti montre un certain désarroi envers les « révolutions » qui ne sont pas radicales. Parti à Cuba comme simple journaliste voulant remplir une mission professionnelle, Masetti en est revenu transformé et engagé.
L'époque « Prensa Latina » (1959-1961) Une agence d'information latino-américaine au service des Latino-Américains
Le dictateur cubain Batista est renversé dans la nuit du , la colonne guérillera du Che arrive à La Havane le 2. Masetti organise un entretien télévisé du Che pour la chaîne Canal 7. Guevara l'invite alors à rejoindre « ceux qui luttent ». Masetti repart pour Cuba moins d'une semaine plus tard.
Avec un autre journaliste présent dans la Sierra Maestra au même moment que lui, l'Uruguayen Carlos María Gutiérrez, il organise à la demande de Castro l'Opération vérité en . Le but de l'opération est médiatique : convaincre l'étranger que les Barbudos ne sont pas des barbares. En effet, les procès d'anciens tortionnaires de la dictature et les exécutions capitales se multiplient et le nouveau régime cubain est critiqué par certains pays voisins comme les États-Unis. Les résultats ne sont pas ceux escomptés mais Masetti a su répondre à l'appel.
Conscient que les médias constituent un champ de bataille aussi important que les autres, Guevara lui confie donc la création d'une agence de presse internationale. L'urgence est de mise. Le Commandant guérillero n'a de cesse de répéter : À cette époque, cinq agences dominent la vente d'informations auprès des différents médias : Associated Press (AP), United Press International (UPI), Reuters, Agence France-Presse (AFP) et Tass. L'idée des révolutionnaires cubains est de créer une agence capable de parler de l'Amérique latine aux Latino-Américains d'un point de vue latino-américain. Le guévariste Masetti la met sur pied et devient le premier directeur général de l'agence de presse Prensa Latina (PL) créée officiellement le . Le recrutement des journalistes venant de toute l'Amérique latine commence. Parmi eux, les plus connus restent les Argentins Rodolfo Walsh et , les Cubains Angel Boan, Gabriel Molina, Juan Marrero et Angel Augier ainsi que le futur prix Nobel de littérature colombien Gabriel García Márquez.
Les correspondances se multiplient à travers l'Amérique latine. Début 1960, Prela (abréviation de Prensa Latina) recense vingt agences et correspondances à travers le continent. La réussite des ouvertures et les scoops politiques et sociaux se multiplient (ex : première tentative de coup d'État contre le président argentin Arturo Frondizi, tentative de révolution au Paraguay, grèves en Amérique centrale, ...). Pour Masetti, en ces temps de guerre froide et contrairement au directeur du journal français Le Monde, Hubert Beuve-Méry, si Dans La Havane révolutionnaire, l'agence de presse internationale se présente comme une entreprise résolument guévariste.
D'ailleurs, Masetti devient un véritable ambassadeur officieux de cette tendance politique en Amérique latine, le Che ayant été dépêché pour prendre contact avec les États du Tiers-Monde hors du continent de juin à . En tant que directeur d'une agence de presse internationale, Jorge Ricardo Masetti part pour le Venezuela, est reçu par le chef de l'État colombien Alberto Lleras Camargo en , puis séjourne au Panama, aux États-Unis, Puerto Rico, au Mexique et termine son périple par l'Argentine. Che Guevara suit avec intérêt le développement de cet organe de la révolution continentale. Son biographe mexicain Paco Taibo II pense que le Che Le commandant de l'Armée rebelle est directeur de la Banque nationale () mais il écrit aussi des articles dans la revue des forces armées cubaines, Verde Olivo et passe de nombreuses nuits à discuter avec Masetti au siège havanais de PL, en sirotant un mate, la boisson nationale argentine.
Les succès se succédant, Prensa Latina étend son champ d'action à l'échelle mondiale. À partir de la fin de l'année 1959, PL signe des contrats avec d'autres agences de presse comme la Middle East de la République arabe unie de Nasser, la Tanjug de Yougoslavie communiste dirigée par Tito, la tchécoslovaque Ceteka, ... En , PL organise une réunion des directeurs d'agence d'information à La Havane. L'agence chinoise est représentée (Hshinhua) tout comme la Tass ou la Japan Press Service, seule agence du bloc de l'Ouest puisque les agences des États-Unis ont refusé l'invitation. Après avoir pensé Prela comme un organe de l'unification continentale en informant mieux l'Amérique latine sur sa propre réalité, Masetti souhaite maintenant en faire une agence mondiale Il entend également L'enthousiasme est grand.
Une agence d'information soutenant directement la révolution cubaine vignette|gauche|le Premier ministre Castro, le président Dorticós, Guevara marche en signe de protestation le lendemain de l'explosion de la Coubre, (couvert par le DG de Prensa Latina, Masetti, 4-5 mars 1960).