Julien ou Julien IICette dénomination apparait dans plusieurs références, notamment en numismatique (par exemple : « Monnaies de l'Empire romain. Julien II, dit l'Apostat » sur le site Saive Numismatique), mais aussi dans des articles ou livres (par exemple : Jean-Louis Desnier, « Salutius - Salustius », Revue des études anciennes, Tome 85, 1983, . pp. 53-65 en ligne : « [..] reconnaissent en lui le Préfet du prétoire des Gaules de Julien II »). Julien est Dide Julien/Didius Julianus, empereur pendant deux mois en 193., de son nom romain Flavius Claudius Julianus, né vers 331 à Constantinople et mort le à Samarra en Perse, surnommé Julien l'Apostat par la tradition chrétienne, est un empereur romain de la période de l'Antiquité tardive, nommé César de l'Empire d'Occident en 355 par , puis empereur à part entière de 361 à 363.

Depuis les réformes de Dioclétien en 285, l'Empire romain est divisé en deux parties, Occident et Orient, chacune pourvue normalement de deux empereurs, un Auguste et un César. C'est aussi l'époque où, depuis l'édit de Milan de Constantin (313), le christianisme, religion jusque là périodiquement soumise à des persécutions, est officiellement toléré et influence de plus en plus les milieux dirigeants.

Élevé dans la religion chrétienne par les évêques Eusèbe de Nicomédie, puis Georges de Cappadoce (dans sa forme arienne et non pas nicéenne), Julien doit son surnom d'« apostat » à la volonté qu'il manifeste durant son règne de lutter contre le christianisme et de renforcer le polythéisme dans l'empire.

Doté d'une grande culture classique, il est l'auteur de textes polémiques contre le christianisme, qui, aux côtés du Discours véritable de Celse, sont un témoignage important sur l'opposition des « païens » à la nouvelle religion dans le monde romain du .

Biographie Origines familiales Il est le fils de Jules Constance (vers 296-337), demi-frère de l'empereur Constantin, qui a régné depuis 310 sur l'Empire d'Occident et depuis 324 sur les deux parties de l'Empire.

Julien et son demi-frère aîné, Constantius Gallus (vers 325-354), font donc partie de la branche cadette des descendants de Constance Chlore (empereur de 293 à 306), leur grand-père paternel.

La mère de Julien est Basilina (vers 310-332), qui décède quelques mois après l'avoir mis au mondeJulien, Discours de Julien empereur. Misopogon, 22.. La date de naissance de Julien n'est pas très précise, novembre ou Par exemple François Zosso et Christian Zingg, Les Empereurs romains, Paris, Errance, 1995, , 152. ou mai/.

Généalogie ascendante

Assassinat de son père après la mort de Constantin (337) Il a six ans lorsque Constantin meurt à la fin de l'été 337. Lui succèdent ses trois fils (316-340), Constance II (317-361) et (vers 321-350).

Dans cette période d'incertitude, la famille de Julien est en grande partie massacrée sur l'ordre des trois empereurs ou peut-être de Constance II seul (selon l'accusation de JulienJulien, Discours de Julien César, I, 1.). Seuls Julien et Gallus, alors gravement malades et alités, sont épargnés, peut-être sauvés à la demande de l'épouse de Constance II, selon l'allusion à sa protection que fait Julien dans son éloge de l'impératrice Eusébie, mais ils vont être soumis à une stricte surveillance.

Tous les biens de Jules Constance sont confisqués.

Jeunesse et éducation en régime de liberté surveillée Avec Eusèbe de Nicomédie (337-341) L'éducation de Julien est confiée à l'évêque arien Eusèbe de Nicomédie, qui a baptisé Constantin sur son lit de mort à Nicomédie (actuelle Izmit). En 338, Eusèbe devient évêque de Constantinople à la faveur du conflit entre ariens et nicéens, mais on ne sait pas si Julien le suit dans la capitale de l'Empire d'Orient ou s'il reste à Nicomédie.

Son pédagogue (précepteur) est l'eunuque Mardonios, Goth d'origine, qui a déjà élevé Basilina. Mardonios l'initie aux grands classiques de la culture grecque, Homère et Hésiode, et lui donne la passion de la lecture. De son éducation stricte, Julien conservera l'habitude de garder les yeux baissés (par humilité) et le mépris des spectacles publics. Il gardera cependant un souvenir heureux de son enfance avec Mardonios.

Avec Georges de Cappadoce (après 341-347) À une date indéterminée, mais postérieure à la mort d'Eusèbe en 341, assigne Julien à résidence sous la tutelle de l'évêque de Césarée Georges de Cappadoce dans la forteresse de Macellum en Cappadoce, où il retrouve son demi-frère Gallus. . Ils y passent six années dans l'isolement : interdits de visite, ils ont pour seule compagnie celle de leurs domestiquesJulien, Discours de Julien César. Au Sénat et au peuple d'Athènes, 3..

Georges de Cappadoce leur donne cependant accès à sa bibliothèque qui contient des textes chrétiens, mais aussi des œuvres de philosophie antique (que Julien pourrait avoir lues) de Platon, Aristote, Théophraste, des Stoïciens et des néo-platoniciens Plotin, Porphyre et Jamblique. Mais on ignore s'il s'est enthousiasmé dès cette époque pour la théologie solaire de ce dernier et ses discours sur le dieu Hélios, dont il ressentira plus tard directement et intimement la présenceJulien, Lettres, I, 2.. Il pourrait s'être dès ce moment détaché du christianisme, religion soutenue par les empereurs qui ont massacré sa famille et au nom de laquelle ils se sont absous de tous leurs homicides, comme il l'écrira plus tardJulien, Les Césars, Discours de Julien l'Empereur..

Pendant cette période de relégation, Gallus et Julien auraient été contraints de se faire baptiser., contrairement à la pratique de l'époque destinant le baptême aux personnes adultes et volontaires, voire aux mourants souhaitant se purifier juste avant leur trépas. Les commentateurs favorables à Julien, comme Montaigne et Voltaire, ont souligné que ce baptême, lui ayant été imposé, ne pouvait être considéré comme valable, soulignant ainsi l'absence de toute justification à l'accusation d'apostasie.

Constantinople (347-351), Nicomédie et Pergame (351-354) À partir de 347, Julien est autorisé à revenir à Constantinople, puis à Nicomédie en 351. Il y aurait suivi indirectement l'enseignement du sophiste Libanios.

Séjournant ensuite à Pergame chez Oribase, il entre en relation avec Priscus et Maxime d'Éphèse, élèves de Jamblique qu'il admire profondémentEunape, Vie des philosophes et des sophistes, VI., qui encouragent son mysticisme solaireAude de Saint Loup, introduction du Misopogon, Les Belles Lettres, 2003.. C'est sans doute fin 350 ou début 351 que Julien apostasie et revient à la voie « des dieux » à l'âge de 20 ansLa référence à son âge et à la durée depuis sa conversion est donnée via une exhortation aux Chrétiens alexandrins de le rejoindre dans sa Lettre 111, écrite à Antioche sans doute en novembre 362 : " vous ne manquerez pas la voie droite si vous vous laissez convaincre par celui qui, lui aussi, a cheminé sur cette voie-là jusqu’à l’âge de vingt ans et qui, tenez ! chemine sur cette voie-ci avec l’aide des dieux pour la douzième année" (434d-435a).. En cette même année 351, Julien est initié aux mystères de MithraClaire Sotinel, « Julien, dit l'Apostat », L'Histoire , septembre 2012.

En 350 doit faire face à l'usurpation de Magnence en Gaule. Pour maintenir une présence impériale en Orient face aux Perses tandis que lui-même se rend en Occident, , attaché comme son père au principe dynastique (tous ses frères ayant été tués), promeut en 351 Gallus au rang de César à Antioche. Hissé à cette responsabilité sans aucune préparation, et de tempérament coléreux, Gallus réagit avec brutalité face aux difficultés et aux oppositions. Il va même jusqu'à faire mettre à mort le préfet du prétoire de envoyé pour s'enquérir de ses difficultés. En 354 , faisant suite aux plaintes contre Gallus, le rappelle, le destitue et le fait exécuter.

Assigné à résidence à Côme (354-355) Peu après, dans le climat délétère de répression visant les anciens fonctionnaires de Gallus, Julien est à son tour convoqué à la cour impériale à Milan et mis sous surveillance pendant plusieurs mois à Côme. Des courtisans insinuent une connivence possible entre lui et Gallus.

L'intervention de la nouvelle impératrice Eusébie, seconde épouse de Constance, sauve Julien et lui rend sa liberté de mouvementAmmien Marcellin, Histoires, , , 7-8..

À Athènes (355) Durant l'été 355 Julien peut approfondir ses études de philosophie à Athènes. Il y côtoie Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze, qui deviendra évêque et sera un de ses adversaires les plus féroces. Grégoire donne un portrait très partisan du de l'étudiant Julien Grégoire de Nazianze, Discours, , 23.. Plus neutre, Ammien Marcellin évoque son et sa tendance Ammien Marcellin, Histoires, .. On peut voir dans ce tempérament nerveux et cette expression orale mal maîtrisée le résultat d'une enfance traumatisée et d'une adolescence passée dans l'isolement forcé.

Lors de ce séjour à Athènes, et quoique l'on ne dispose pas de preuves formelles, les historiens modernes considèrent que Julien se fait initier aux mystères d'ÉleusisPar exemple François Zosso et Christian Zingg, ouvrage précité, Paul Petit, etc..

Avènement comme César de l'Empire d'Occident Novembre 355 (Milan) : Julien est nommé César vignette|Julien césar imberbe. Monnaie frappée à Arles en 358. vignette|Prêtre de Sérapis, statue longtemps considérée comme celle de Julien, réalisée en Italie entre 361 et 400, collection du musée de Cluny (Paris).

Fin 355, Julien est brusquement rappelé à la cour, à Milan, résidence impériale depuis l'époque de Dioclétien.

Les eunuques du palais lui rasent la barbe, qu'il porte à la mode des philosophes stoïciens, et l'habillent d'une chlamyde (manteau militaire), ce qui lui donne, selon ses propres termes, .

Il épouse ensuite la plus jeune sœur de l'empereur, Hélène, dite « la jeune » par opposition à sa grand-mère (la mère de Constantin). Le , le présente à l'armée et lui octroie le titre de César.

Les problèmes de la Gaule dans les années 350-355 Constance II redoute en effet les usurpations des généraux stationnés en Gaule, qui désorganisent la défense sur le limes du Rhin et donnent une grande liberté d'action aux Germains transrhénans dans les provinces de Germanie supérieure et inférieureCes provinces, situées sur la rive gauche du Rhin, ont été détachées de la Gaule belgique dans les années 80 par Domitien. Ce sont des provinces fortement militarisées.. L'empereur affirme : .

La Gaule a en effet été le théâtre des usurpations de Magnence (350-353) et très récemment de Sylvain (-). Les Alamans ont réussi à prendre plusieurs places fortes de la rive gauche du Rhin, dont Cologne, Mayence, Bonn, Bingen, Spire et Strasbourg. En , ils occupent encore ces villes, tout en étant solidement installés dans des forts en rase campagne.

Décembre 355 (Vienne) : commandant en chef sous surveillance Julien est donc chargé de mener une contre-offensive de l'armée impériale contre les Alamans. En plus du statut de César, il a celui de consul pour l'année 356. Il s'agit à cette époque d'un titre honorifique, les généraux de l'armée romaine (dont bon nombre de Germains d'origine) n'étant plus choisis par la voie du cursus honorum.

Début décembre Julien part pour la Gaule avec une escorte réduiteAmmien Marcellin, Histoires, , , 4-18.. Il est conscient que sa situation est difficile : il se voit dans une position similaire à celle de Gallus quelques années auparavant, chargé d'une mission dangereuse :

L'arrivée de Julien à Vienne est accueillie favorablement, car il bénéficie du souvenir prestigieux de ses parents et Constantin. En principe commandant en chef, il est en fait étroitement encadré par le Probablement l'usurpateur Marcellus (en 366) : Marcellus (usurpateur). et constamment espionné par les hauts fonctionnaires de la faction de .

Campagnes en Gaule et en Germanie Campagne de 356 : d'Autun à Cologne