L’histoire des mines d'argent est très ancienne. La quête de l'argent donne lieu à une intense activité d'extraction depuis l'Antiquité dans toutes les civilisations.
En Europe, bien avant le Moyen Âge, ce métal précieux est recherché pour alimenter les échanges commerciaux et offrir des réserves de valeur, à concurrence bien entendu de l'or mais surtout du cuivre. Les techniques minières européennes, déjà élaborées sous l'Empire romain, progressent au début du Saint-Empire sous l'influence de techniciens saxons et parallèlement à la mise en place de zones financières fortes, celles des grands marchands des cités républicaines du nord de l'Italie et des villes portuaires comme Anvers et Londres, devenues des places financières. Les découvertes de gisements en Bohême au puis au Nouveau Monde au provoquent d'importants remous économiques.
Les systèmes financiers et donc monétaires sont longtemps placés entre deux étalons, l'or et l'argent, ce dernier cédant du terrain au début du pour redevenir un métal stratégique au début du car de nouvelles industries se mettent à utiliser massivement l'argent (automobile, photographie, cinématographie, radiographie, optique, électronique, chimie et pharmacie).
Alors que les réserves potentielles restent élevées, le cours du métal aujourd'hui sur les marchés des matières premières est considéré par les analystes comme sensiblement déprécié, et une telle situation finit par peser sur la productivité minière.
Antiquité Les Phéniciens ouvrent des comptoirs proches de sites argentifères
Les Phéniciens, peuple antique d'habiles navigateurs et commerçants, fondèrent dès -3000 de nombreux comptoirs en bordure de la Méditerranée orientale, notamment Carthage (en -814) et surtout le long des côtes de la péninsule ibérique, dont ils exploitaient les mines d'argent et de plomb..
Diodore de Sicile écrit à ce sujetBibliothèque historique livre V, XXXV :
C'est au , qu'ils fondèrent des colonies en Sardaigne, dont la plus ancienne, Sulcis, située sur la presqu’île de Sant'Antioco, est voisine du site minier du mont Sirai, à côté de Carbonia. Ensuite vinrent Karalis, Nora, Bithia, près de Capo Spartivento, Tharros et Bosa. Fondées surtout comme ports devant servir d'escales, les colonies sardes devinrent par la suite des centres de commerce avec les populations locales. La zone géographique ayant le plus de ressources minières est située au sud-ouest de l'île. Les premiers objets métalliques, de cuivre et d'argent apparaissent dans les tombes retrouvées en Sardaigne, avant le milieu du millénaire
Ils s'installèrent en Sardaigne vers 1200 et fondèrent des villes côtières importantes en exploitant les mines d’argent. Une série de forteresses intérieures montrent qu'ils ont voulu contrôler le centre de la Sardaigne et qu'ils n'ont pu le faire qu'en construisant une sorte de frontière fortifiée contre les autochtones.
L'Athènes antique profite de l’exploitation des mines du Laurion thumb|upright=1.6|Carte du Laurion antique avec indication des puits de mine exploités au
Les mines du Laurion sont d'anciennes mines d'argent, situées dans la pointe méridionale de l'Attique, entre Thorikos et le cap Sounion, à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Athènes, en Grèce. De nombreux vestiges de ces mines (puits, galeries, ateliers de surface) marquent encore aujourd'hui le paysage de la région. L'exploitation des mines du Laurion commença dès l'âge du bronze ancien, les analyses isotopiques du plomb présent dans les objets de cette époque indiquant qu'ils étaient fabriqués, pour une large part, avec du métal provenant du Laurion« L'autre source principale était l'île de Siphnos ». .
La preuve de cette exploitation au tout début de l'époque mycénienne, est, au , la découverte d'un bloc de litharge à Thorikos, témoignant de la pratique de la coupellation dès cette époque, pratique qui s'est poursuivie puisque d'autres débris de litharge ont été découverts à des niveaux datant de la période protogéométrique (). L'exploitation du gisement était alors de surface, le minerai affleurant au contact du schiste et du calcaire.
À l'époque classique, soit la majeure partie des , depuis la victoire athénienne de Salamine contre les Perses en -480 jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand en -323, les Athéniens déployèrent une énergie et une inventivité spectaculaires pour en tirer le maximum de minerai. Ils y affectèrent notamment de très nombreux esclaves. Cela contribua notablement à la fortune de la cité et fut sans doute décisif dans l'établissement, à l'échelle du monde égéen, de la thalassocratie athénienne.
Le développement de la monnaie athénienne et sa fonction de monnaie de référence dans tout le monde grec à cette époque s'expliquent également par la richesse des gisements exploités au Laurion, qui furent cependant déclassés par les découvertes ultérieures des Romains.
Les Romains retrouvent les mines ibériques des Phéniciens Le géographe grec Strabon (-64 av. J.-C.) cite un fragment de texte de l'historien et homme d'État Polybe (né entre 210 av. J.-C. et 202 av. J.-C), selon lequel les mines d'argent qui étaient à la source du Bétis, où quarante mille hommes étaient employés, donnaient aux Romains vingt-cinq mille drachmes par jour, dans ce qu’on appelait les montagnes d'argent (mons argentarius).
Le Bétis est le nom que portait à l'époque romaine le Guadalquivir, fleuve espagnol (d'où le nom de la province Bétique). Les Romains n'ayant guère que des mines de cuivre et peu de mines d'argent, et les Grecs ne connaissant que les mines d'Attique, peu riches, ils furent étonnés de l'abondance de celles de cette région.
Après l'an - 75, les auteurs latins évoquent une certaine pénurie monétaire, du fait de l'épuisement probable des mines d'argent situées dans la Péninsule IbériqueGeorges Depeyrot, La monnaie romaine : 211 av. J.-C. - 476 apr. J.-C., Paris, Éditions Errance, 2006, ..
Moyen Âge Les rois francs et la mine d’argent des Deux-Sèvres Au tout début de l'époque carolingienne, les mines de Melle, en Poitou, situées sous la ville et aux alentours, fournissent la part la plus importante de l'argent produit dans l'Empirehttp://www.mines-argent.com Les mines d'argent des Rois Francs. Celles-ci ont été exploitées de 602 jusqu'à au moins 995. Le minerai extrait était de la galène : du plomb contenant de l'argent. Le plomb servit tout d'abord à payer un tribut aux rois francs : sous Dagobert , huit mille livres en étaient envoyées tous les ans à Paris pour servir à la couverture de la basilique Saint-Denis. Plus tard, le monnayage fut actif de 768 à 1189. L'atelier monétaire faisait notamment partie des dix ateliers autorisés à maintenir leur activité par Charles le Chauve (823-877), les Carolingiens ayant décidé d’utiliser l’argent pour les monnaies. Deux monnaies étaient frappées : l'obole et le denier. Ces mines d'argent sont les plus anciennes mines visitables d'Europe.
Les Carolingiens créent l’industrie minière du Saint-Empire Après la mort de Charlemagne en 814, les Carolingiens, dominant des territoires qui deviendront, pour partie, le Saint-Empire, décidèrent de ne frapper que des monnaies d’argent. Ce monométallisme va durer quatre siècles, jusqu'à la frappe après 1250 du fiorino en Toscane, de l'écu d’or de France et du sequin de Venise, entre autres.
Des mineurs originaires de Saxe furent très tôt des spécialistes des techniques d'extractions, qui leur ont permis de creuser de nombreuses mines d’argent dans toute l’Europe centrale, s’assurant des flux de métal régulier alors que l’or était beaucoup plus difficile à trouver. Ces mineurs spécialisés étaient de perpétuels migrants car ils vendaient leur expertise, appartenant à un compagnonnage. Lors de la récession d'un filon vieillissant, ils se mettaient en quête d'un autre, se préparant alors voyager, parfois en direction de contrée lointaines.
Des centres d'extraction apparaissent d'abord dans le Harz (Basse-Saxe). L'exploitation des mines d'argent y est mentionnée dès l'an 968 (près de la ville de Goslar) et au cours des siècles suivants, dans presque tout le massif montagneux environnant, surtout entre 990 et 1040 : pendant un demi-siècle, les Ottoniens vont s'y intéresser., Les mines du Rammelsberg, creusées au cœur d'une montagne haute de et située au sud de Goslar, furent ouvertes au , sont répertoriées au patrimoine mondial.
En 1168, le filon saxon de Meissen incite les mineurs à vendre leur savoir dans toute l'Europe En 1142, un monastère cistercien avait été fondé à Sedlec, près du futur site minier de Kutna Hora, en Bohème., qui représenta jusqu'au tiers de la production européenne, par Miroslav de Cimburg, un noble de l'entourage de Vladislav II, sur une terre déjà défrichée et cultivée, et dont la maison-mère était Valdsassen (Rhénanie-Palatinat) de la branche dite de l’abbaye de Morimond qui s'occupe de métallurgie. Un siècle et demi, plus tard, le gisement va devenir la première mine du monde.
Entre-temps, en 1168, une veine d'argent extraordinairement riche fut mise au jour près de Meissen, au sud-est de la Saxe, à vingt kilomètres de Dresde et de la ville médiévale de Freiberg, qui fut détruite par un incendie quelques décennies plus tard. La mine donna d’argent au cours de ses premières années, sous la direction du margrave, rebaptisé « Otto le riche », dont le petit-fils. Henri l'Illustre, gouverna de 1221 jusqu'en 1288, au temps de la reconstruction de l'église de Meissen, laquelle possédait des tours pleines d'argent. Dans un tournoi qu'il donna à Freyberg, il fit apparaître au milieu d'une forêt, à la grande admiration des convives, un arbre d'argent ciselé, et chargé de feuilles d'argent et d'or. Les chevaliers qui rompaient une lance sur le corps de leur adversaire obtenaient une feuille d'argent ; ceux qui faisaient vider les étriers, une feuille d'or. Il commença à bâtir la citadelle de Dresde et à y tenir cour, après l’incendie qui avait ravagé Meissen. Il releva une cathédrale à Meissen et fonda nombre de monastères, lançant une ère de renouvellement dans la vie des peuples saxons et de leur art..
Au même moment, dans les Alpes orientales, en Carinthie, sur le territoire de l’évêque de Salzbourg, la mine de Friesach produisit elle aussi des quantités considérables. Également à cette époque, dans les « monts métallifères » de Toscane, les mines de Montieri furent exploitables..
Ces trois mines (Meissen, Friesach, Montieri) étaient les plus importantes d’Europe, stimulant l’appétit des mineurs. En 1220, eut lieu une nouvelle découverte à Inglau, à la frontière de l’Autriche et de la Moravie, qui permit de compenser l’épuisement des mines de Friesach et le déclin de celles de Meissen. De 1253 à 1274, elles produisirent d’argent par an, sous le règne d’Ottokar II, roi de Bohême. Ensuite, dès 1280, les mines de Sardaigne prirent le relais des mines de Montieri, alors épuiséesLe rôle de la monnaie dans la révolution commerciale du , par Peter Spufford (1984), page 357, tandis qu’en 1290, la plus grande de toutes les mines était découverte à Kutna Hora, produisant 6 à par an en moyenne, avec des pics à 20 ou .
1241 : des mineurs germaniques s'installent en Slovaquie centrale Des migrants allemands, invités par le roi de Bohême, ont contribué au développement des mines hongroises et slovaques. Installés dans la région de Spiš, ils étaient connus comme les Zipser Sachsen, ou « Saxons de Zips et du château de Spiš ».
Dénommés également « Allemands des Carpates » (Karpatendeutsche, v. 1900), ils s'établirent ainsi dans l'actuelle Slovaquie dès le et jusqu'au , la plupart après la fin de l'invasion des Mongols de 1241. Ils s’installent ainsi à Spana Dolina en 1242.