La présidence de Lyndon B. Johnson débuta le , date de l'investiture de Lyndon B. Johnson en tant que président des États-Unis à la suite de l'assassinat de John F. Kennedy, et se termina le . Johnson, un démocrate du Texas qui fut notamment chef de la majorité au Sénat, était vice-président des États-Unis au moment où il succéda à Kennedy. Il se présenta par la suite à l'élection présidentielle de 1964 pour effectuer un mandat complet et remporta une victoire écrasante face à son adversaire républicain de l'Arizona, le sénateur fédéral Barry Goldwater. Après l'élection présidentielle de 1968, où il ne fut pas candidat, le républicain Richard Nixon lui succéda à la Maison-Blanche. La présidence de Johnson fut marquée par l'entrée massive des États-Unis dans le libéralisme moderne avec son programme de Grande société, qui était une extension considérable du New Deal de Roosevelt.

Johnson, au travers de son programme, créa notamment Medicare et Medicaid, défendit les droits civiques, promut les investissements fédéraux en matière d'éducation, d'art, de développement urbain et rural, de services publics et il mena une véritable « guerre contre la pauvreté ». Aidée en partie par une forte croissance de l'économie, la War on poverty permit à des millions d'Américains de s'élever au-dessus du seuil de pauvreté sous la présidence de Johnson. Les décrets des droits civiques signés par Johnson interdirent la discrimination raciale lors du vote, dans les établissements publics, lors de la recherche d'un logement et sur le lieu de travail. Avec l'adoption de la loi sur l'immigration de 1965, le système d'accueil des immigrés fut réformé et tous les quotas d'origine nationale furent abolis.

La popularité de Johnson déclina lorsque d'autres sujets apparurent au premier plan de la scène médiatique. Johnson poursuivit la politique d'endiguement au Viêt Nam, dans l'espoir d'arrêter la propagation du communisme en Asie du Sud-Est durant la guerre froide. Le nombre de militaires américains au Viêt Nam augmenta ainsi de façon spectaculaire, de occupant des postes de non-combat en 1963 à au début de 1968, la plupart occupant des postes de combat. Le malaise s'accrut encore avec l'émergence d'un grand mouvement pacifiste opposé à la guerre du Viêt Nam notamment dans les campus universitaires américains mais aussi à l'étranger. Johnson dut également faire face à d'autres problèmes lorsque des émeutes éclatèrent dans la plupart des grandes villes après 1965 et que les taux de criminalité se mirent à remonter, ses adversaires demandant alors des politiques de « ». Alors qu'il avait entamé son mandat avec une large approbation, le soutien à Johnson se mit à décliner lorsque le peuple se sentit concerné par les questions de guerre à l'étranger et de violences croissantes au niveau national. Le Parti démocrate se divisa lorsque des membres pacifistes se mirent à dénoncer la politique de Johnson.

Éligible à un second mandat complet, Johnson tenta de se représenter pour sa propre succession mais fut mis en difficulté lors des . En mars de la même année, il déclara qu'il ne solliciterait pas la nomination de son parti pour un nouveau mandat. Son successeur désigné, le vice-président Hubert Humphrey, remporta l'investiture démocrate mais perdit au scrutin général face à Nixon. Peu populaire au moment de quitter ses fonctions, Johnson est généralement considéré comme un président supérieur à la moyenne par les historiens et les politologues. Ses réformes en politique intérieure transformèrent durablement les États-Unis et le rôle du gouvernement fédéral, et la plupart de ses législations sont encore en vigueur de nos jours. Si ses initiatives en faveur des droits civiques sont presque unanimement saluées pour avoir contribué à l'instauration de l'égalité raciale, la manière dont il a géré la guerre du Viêt Nam reste cependant très critiquée.

Accession à la présidence

vignette|Johnson prêtant serment à bord d'Air Force One, sous l'autorité de la juge fédérale Sarah T. Hughes. Lady Bird Johnson et Jackie Kennedy assistent à la scène.

Lyndon B. Johnson avait été sénateur des États-Unis pour le Texas de 1949 à 1961 et était devenu chef de l'opposition démocrate au Sénat à partir de 1953. Il brigua la nomination de son parti en vue de l'élection présidentielle de 1960 mais fut battu par John F. Kennedy. Afin de s'assurer du soutien des États du Sud et de l'Ouest, Kennedy proposa à Johnson d'être candidat à la vice-présidence et celui-ci accepta de se joindre au ticket. Lors du scrutin général, Kennedy et Johnson remportèrent de justesse l'élection face au vice-président Richard Nixon, candidat du Parti républicain. Toutefois, Johnson ne fut pas un vice-président très influent et il ne prit que rarement part aux prises de décision, sauf dans certains domaines spécifiques comme le programme spatial.

Le , le président Kennedy fut assassiné alors qu’il était en visite à Dallas au Texas. Deux heures et huit minutes après l’attentat, le vice-président Johnson fut investi comme président des États-Unis à bord d'Air Force One par la juge fédérale Sarah T. Hughes, une amie de la famille. Johnson ne jura pas sur la Bible, car il n'y en avait aucune sur Air Force One et un missel catholique romain trouvé dans le tiroir du bureau de Kennedy fut utilisé pour le serment..

Johnson était convaincu de la nécessité d'effectuer une transition immédiate du pouvoir afin de préserver la stabilité du pays. Lui et le Secret Service craignaient qu’il soit lui-même l’objet d’une conspiration et ils décidèrent de retourner le plus vite possible à Washington. La précipitation du nouveau président fut accueillie par certains comme la preuve que Johnson était impatient d’assumer l’exercice du pouvoir. Dans les jours qui suivirent l’assassinat, Johnson s’adressa au Congrès et déclara qu’.. Le , une semaine après l’assassinat de Kennedy, un ordre exécutif du président Johnson renommait le centre de lancement des missions Apollo géré par la NASA et la base de lancement de Cap Canaveral en « centre spatial Kennedy »..

Johnson savait que le grand public était en attente de réponses sur la mort de Kennedy. Pour couper court à toute rumeur de conspiration, il créa immédiatement une commission spéciale présidée par le juge en chef Earl Warren (connue sous le nom de « commission Warren ») chargée d’enquêter sur l’assassinat. Les membres de la commission procédèrent à d’intenses recherches et entendirent de nombreux témoignages avant de conclure à l’unanimité que Lee Harvey Oswald, le principal suspect, avait agi seul.. Les conclusions de l’enquête furent toutefois rapidement contestées et les théories évoquant l'existence d'un complot prirent de l'ampleur dans les décennies suivantes.

Composition du gouvernement

Johnson garda dans son administration de nombreux membres du cabinet Kennedy dont certains restèrent à ses côtés jusqu'à la fin de sa présidence. Robert Kennedy, le frère du président assassiné, fut maintenu comme procureur général malgré ses relations difficiles avec Johnson. Il resta en poste quelques mois avant de quitter le gouvernement en 1964 et concourut avec succès aux élections sénatoriales de l'État de New York. D'autres membres du cabinet demeurèrent en poste pendant quelques années avant de démissionner à leur tour pour diverses raisons. Quatre des membres du cabinet Kennedy hérité par Johnson (le secrétaire d'État Dean Rusk, le secrétaire à l'Intérieur Stewart Udall, le secrétaire à l'Agriculture Orville Freeman et le secrétaire au Travail W. Willard Wirtz) restèrent en fonction pendant toute la durée de sa présidence.. Après la création du département du Logement et du Développement urbain en 1965, Johnson nomma à la tête de ce ministère Robert C. Weaver, qui fut le premier Afro-Américain membre d'un cabinet présidentiel.

Au cours de ses six années au pouvoir, Johnson étendit considérablement la taille et l'influence du bureau exécutif présidentiel.. Certains des hauts conseillers de la précédente administration, comme Ted Sorensen ou Arthur Meier Schlesinger Jr., démissionnèrent peu de temps après l'assassinat de Kennedy alors que d'autres, en particulier le conseiller à la sécurité nationale McGeorge Bundy et Larry O'Brien, jouèrent un rôle important au sein de l'administration Johnson. Parmi les hommes qui avaient l'oreille du président figuraient George Meany, le chef de la centrale syndicale AFL-CIO, ainsi qu'Abe Fortas, Clark Clifford, Dean Acheson, John McCloy et Robert Murphy. Johnson n'eut jamais de véritable chef de cabinet mais certains assumèrent successivement des responsabilités équivalentes ; le plus important d'entre eux fut Walter Jenkins qui avait la gestion de l'agenda journalier de la Maison-Blanche. Impliqué dans une affaire de mœurs, il dut néanmoins quitter ses fonctions en .

Pierre Salinger, qui avait été nommé par Kennedy au poste de porte-parole de la Maison-Blanche, démissionna en et fut remplacé par George Reedy, un fidèle de Johnson. Horace Busby servit essentiellement comme rédacteur de discours et analyste politique. Bill Moyers était le plus jeune membre de l'administration Johnson et se vit confier à temps partiel la rédaction de discours et la planification de l'emploi du temps du président. Il joua un rôle-clé dans la préparation du programme législatif de la Grande société en 1964 et fut, la même année, le principal architecte de la campagne présidentielle de Johnson. À la suite de la démission de Jenkins en , Moyers devint le chef de cabinet officieux de la Maison-Blanche jusqu'en 1966 et remplit également les fonctions d'attaché de presse de à .. Les autres membres notables du personnel étaient Jack Valenti, George Christian, Joseph A. Califano, Jr., Richard N. Goodwin et W. Marvin Watson. Johnson surnommait ses assistants en raison de leur loyauté et de leur éclectisme.

Johnson n'eut pas de vice-président pendant les 425 jours de son premier mandat, car aucune disposition dans la loi ne permettait alors de combler une vacance de la vice-présidence. Pour l'élection présidentielle de 1964, le colistier de Johnson fut le sénateur du Minnesota Hubert Humphrey, figure de proue du camp progressiste, qui exerça la fonction de vice-président jusqu'en 1969..

vignette|upright=1.5|Réunion du cabinet Johnson en . De gauche à droite : le commandant du Corps des Marines Wallace M. Greene, le chef d'état-major de l'armée Harold Keith Johnson, le secrétaire à l'Armée Stanley Rogers Resor, le conseiller à la sécurité nationale McGeorge Bundy (debout), le président Johnson et le secrétaire à la Défense Robert McNamara.

Cabinet JohnsonFonctionNomDatesPrésidentLyndon B. Johnson1963-1969Vice-présidentAucun1963-1965 Hubert Humphrey1965-1969Secrétaire d'ÉtatDean Rusk1963-1969Secrétaire au TrésorC. Douglas Dillon1963-1965 Henry H. Fowler1965-1968 Joseph W. Barr1968-1969Secrétaire à la DéfenseRobert McNamara1963-1968 Clark Clifford1968-1969Procureur généralRobert F. Kennedy1963-1964 Nicholas Katzenbach1964-1966 Ramsey Clark1966-1969Postmaster GeneralJohn A. Gronouski1963-1965 Larry O'Brien1965-1968 W. Marvin Watson1968-1969Secrétaire à l'IntérieurStewart Lee Udall1963-1969Secrétaire à l'AgricultureOrville Freeman1963-1969Secrétaire au CommerceLuther H. Hodges1963-1965 John T. Connor1965-1967 Alexander Trowbridge1967-1968 C. R. Smith1968-1969Secrétaire au TravailW. Willard Wirtz1963-1969Secrétaire à la Santé, à l'Éducation et aux services sociauxAnthony J. Celebrezze1963-1965 John W. Gardner1965-1968 Wilbur J. Cohen1968-1969Secrétaire au Logement et au Développement urbainRobert C. Weaver1966-1968 Robert Coldwell Wood1969Secrétaire aux TransportsAlan Stephenson Boyd1967-1969

Nominations judiciaires

vignette|Thurgood Marshall fut le premier Afro-Américain nommé à la Cour suprême, en 1967.