Le musée des Beaux-Arts de Brest est le principal musée d'art de la ville de Brest, en Bretagne. Le musée et ses collections ont été recréés après la Seconde Guerre mondiale, le musée ayant été détruit à l'instar de la plus grande partie de la ville lors de son bombardement par les forces alliées. Avec un effort considérable, une collection de peintures anciennes a pu être réunie. Celle-ci offre un panorama de la peinture française et italienne à travers les siècles. La peinture moderne est également présente, bien que le musée se soit concentré en priorité sur la création d'une collection d'art ancien qui puisse être un témoin du passé, pour une ville qui a perdu presque tout son patrimoine lors des bombardements. Achevé en 1968..., le bâtiment abritant le musée est quant à lui typique de l'architecture fonctionnelle de l'après-guerre à Brest.
La découverte de moisissure sur quelques tableaux a conduit à la fermeture du musée pour travaux en .
Histoire
D'un « grenier d'abondance »... vignette|gauche|Premier plan d'architecte de la halle aux blés datant de 1826. En 1812, la municipalité décide de construire un « grenier d'abondance », ou « halle aux blés », afin de réduire le prix du grain et donc celui du pain. Le rapport de l'architecte Voyer estime le coût de cette construction à AMBB 4M430, Rapport de l'architecte Voyer, 21 mars 1825..
Le bâtiment est construit dans l'ancien jardin des pères Carmes, propriété de l'hospice acquis par la ville en 1820Delourmel, Histoire anecdotique de Brest, p. 284. ainsi que sur un terrain privé, sur la place de la Halle aux Blés, actuelle place Sadi-Carnot. D'une architecture imposante, avec 40 mètres de côté et ses 30 mètres de haut, son toit pyramidal domine la ville. C'est en 1828 que l'amiral Duperré pose la première pierreS. Castel, Brest, étude de géographie urbaine (Suite). Dans Annales de Bretagne. Tome 40, n°4, pp.598-599.. Cinq ans plus tard, le , la halle, entièrement pavée avec seize cents mètres de superficie couverte, est ouverte au public à la vente et au dépôt de blé. L'étage sert à l'étalage des toiles et autres marchandises (légumes secs, lin, fils, cuirs, verrerie...)..
... À un espace « multifonction » gauche|vignette|Alfred Guesdon - Vue sur la rade de Brest vers 1850. Progressivement, la halle aux blés s'ouvre à d'autres fonctions. En 1842, la nef centrale est aménagée en salle de bal lors de la visite du duc et de la duchesse de Nemours. En , la municipalité y reçoit l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie.. En 1853, le premier étage accueille la bibliothèque avec ses , ainsi que les archives de la ville, logées précédemment dans les combles de la mairie.. L'association « La Brestoise » utilise une partie du rez-de-chaussée jusqu'en 1940 pour diverses activités sportives (escrime, tir au revolver, gymnastique, etc.). Suite, en 1866, à l'incendie du grand théâtre, place du Champ de Bataille (actuelle place Wilson), la salle des fêtes est rapatriée dans la halle.
L'idée d'un musée à Brest est dans les esprits dès les années 1850 et des objets sont proposés à cette époque pour celui-ci à la mairie et à la Société Académique de Brest (SAB), comme le don de l'horloger landernéen Éléouët qui cède en 1856 sa collection de à monnaies réunies en vingt ans, pour la somme de . Elle couvre toutes les époques depuis les Gaulois jusqu'au AM Brest, 2R40 : dons et dépôts (an XIII-1967)..
Création du musée des Beaux-Arts de Brest En 1868, Henri Hombron., artiste peintre brestois, auteur du Catalogue du Musée de Quimper en 1873 et de divers articles ou monographies artistiques, propose de créer un musée à Brest sur ses fonds propresAM Brest, 2 R 42 : correspondance générale (1875-1965), lettre du 30 mars 1868.. Il obtient par délibération de la municipalité un budget pour la création du musée. Le président de la SAB, soutenu par le maire Auguste Salaün-Penquer, demande au ministre des Beaux-Arts que l'État enrichisse le musée. La réponse ministérielle envoyée au maire est favorable mais l'attribution d'œuvres d'art ne pourra avoir lieu que lors de l'ouverture officielle du musée. La guerre de 1870 interrompt le projet..
Après la guerre, Henri Hombron relance son projet de musée. Il demande à la municipalité d'accorder des subventions à la section des beaux-arts de la SAB pour créer une exposition annuelle de peintures et de dessins. La Société développe la production d'œuvres d'art en attribuant des prix et des récompenses. Aidé par deux conservateurs du musée du Louvre réfugiés à Brest pendant la guerre de 1870, ils vont restaurer les toiles qui étaient entreposées à la mairie..
Le début du musée gauche|vignette|Affiche de la première exposition du musée des Beaux-Arts de Brest - 1877. Le maire Salaün-Penquer, membre fondateur de la SAB, lance l'idée d'une exposition artistique au profit des pauvres à l'intérieur de la Halle aux Blés à l'aide d'œuvres d'art prêtées par leurs propriétaires : plus de 800 tableaux, peintures, gravures, pastels, photographies, aquarelles, eaux fortes, miniatures, fusains.... Cette exposition, sous le patronage de la municipalité, est inaugurée le et engendre de nombreux dons de tableaux et d'objets. Elle accueille plus de sur quinze joursLouis Delourmel, Histoire anecdotique de Brest à travers les rues, Paris, 1923, pp, 288-289.Jean Foucher et Georges-Michel Thomas, La vie à Brest de 1848 à 1948, Les événements, Brest, 1975, pp. 68-70..
C'est à la fin de cette exposition que le musée des Beaux-Arts de Brest sera fondé et abrité dans les galeries de la Halle aux Blés ayant perdu son rôle de grenier à grains en raison de l'évolution du commerce des céréales. Après travaux, il ouvre ses portes le en exposant 50 toiles et 65 dessins ou gravures ainsi que des objets de toute nature rapportés par les officiers de marines qui sillonnaient les mersProsper Levot, « Inauguration du musée de Beaux-Arts, à Brest », Bulletin de la Société académique de Brest, 1874- 1875, pp. 256-260. ainsi qu'une collection complète de minéraux et roches du département donnée par M. Barillé dans 3 salles. vignette|Médaillon de Léocadie Salaün-Penquer.|alt=|gauche L'épouse du maire, Léocadie Salaün-Penquer, poétesse surnommée la "muse brestoise" qui avait un salon littéraire rue du Château où elle recevait des écrivains comme Victor Hugo, Leconte de Lisle ou José-Maria de Heredia, a certainement eu une action primordiale dans la fondation du musée.
Henri Hombron devient le premier conservateur du musée par arrêté municipal du confirmé par l'arrêté préfectoral du . Il comporte, au premier étage, 2 galeries avec 500 toiles, 65 dessins et gravures. La salle d'exposition est donc agrandie et prend de la surface sur la bibliothèque communale et sur la salle de dessin. En quelques années, la collection a quadruplé grâce au budget voté par le conseil municipal et aux généreux donateurs.
Grâce à la création du musée, Brest est retenue dans la liste des villes auxquelles le Ministère des Beaux-Arts fait une donation annuelle de tableaux.
Aménagement des salles vignette|Salle d'exposition au rez-de-chaussée. Le conservateur va suivre les travaux d'agrandissement des salles du musée. Ces travaux sont réalisés de 1873 à 1880. Le musée se compose de 3 salles larges de 5 mètres, deux mesurent 20 m de long et celle du milieu 25 m. Elles sont séparées les unes des autres par un cabinet de réservés aux statues, dessins et gravures. D'autres vitrines présentent des objets d'art, des curiosités, des monnaies, des médailles ainsi qu'une collection de fossiles et de minéraux.
En 1893-1894, de nouveaux travaux sont effectués pour aménager une salle des fêtes et un grand escalier d'honneur afin d'accueillir dignement le président Sadi-Carnot, qui ne viendra pas pour des raisons de santéPascal Le Meur, « La halle-aux-blés à Brest », Les Cahiers de l'Iroise, n° 165, janvier 1995, p.77. Le musée rouvrira ses portes en 1894 avec 8 salles d'exposition au rez-de-chaussée.
Le , la place de la Halle aux Blés sera rebaptisée place Sadi-Carnot en l'honneur du président défunt.
vignette|Salle au étage. On remarquera que les murs sont couverts d’œuvres d'art et les vitrines remplies d'un ensemble hétéroclite. Les tableaux sont accrochés sans souci de classification selon l'époque, l'école... Jusqu'à sa mort en 1917, le conservateur Hombron accumulera de nombreuses pièces.
À l'initiative de M. Léonard, le conservateur du musée, des cours artistiques municipaux ont été développés à partir de 1907. Ils avaient lieu soit à l'école primaire du Petit-Couvent (actuellement place Wilson), soit au musée.
En 1920, à la suite d'un legs du commissaire de marine, Danguillecourt et par le vice-amiral Cécille, beau-père de Danguillecourt, 500 objets asiatiques composent le legs brestois. 13 vitrines sont réservées à des objets d'Extrême-Orient.
Le musée propose aussi des expositions temporaires de peinture. En 1923, une exposition est organisée par la Société des Amis des Arts au profit des sinistrés de la région de Tokyo, victimes d'un tremblement de terre. À la suite de cette exposition, des objets chinois et japonais sont déposés au musée de Brest par le musée naval du Louvre, ancien musée de la Marine à Paris. Le conservateur, Jean Lachaud ., dans les années 1936 voulait spécialiser le musée sur les questions de la pêche avec bateaux et aquarium.
Destruction du musée Le , le directeur général des Beaux-Arts au ministère de l'éducation nationale à Paris invite le conservateur, Jean Lachaud, à établir une liste des objets et des œuvres à protéger en cas de guerre.
À partir de , une partie des collections comprenant les collections Danguillecourt et Rodellec du Portzic ainsi que certaines œuvres précieuses, soit 95 œuvres, est évacuée par les services municipaux vers le château de Penmarch, près de Lesneven, propriété de la ville de Brest.
La zone de conflit se rapprochant, il est décidé de déménager par chemin de fer les 27 caisses de Penmarch vers le château du Plessis-Macé près d'Angers, puis au château de la Lorie.
Une seconde évacuation avec le reste des œuvres est prévue. Les toiles sont roulées après avoir été enlevées de leur châssis et mises en caisse. Le manque de main d’œuvre et le manque de transport n'ont pas permis de les mettre en lieu sûr. Le 30 et , certaines œuvres sont endommagées après 3 h de bombardement de la RAF sur des croiseurs lourds dans le port de Brest.
Mais l'évacuation générale du musée est prévue le . Or, dans la nuit du 4 au , le musée est complètement détruit dans l'incendie suivant le bombardement aérien britannique de 3 croiseurs allemands.
À la suite des actes de pillage dans les décombres, la Dépêche de Brest, le , demande aux habitants de restituer les objets dérobés dans les débris du musée.. Le déblaiement se poursuit mais peu de choses sont retrouvées : jetons, fer d'arme, canon en bronze… La bibliothèque municipale se réfugie au rez de chaussée de l'école professionnelle des filles (rue Danton) puis elle s'installe dans deux classes de l'école maternelle Bugeaud.
Reconstruction Le , le musée provisoire situé avenue Foch, près de la bibliothèque municipale et du conservatoire est officiellement inauguré avec une exposition itinérante “le paysage français de Poussin à nos jours” dont les 57 dessins et aquarelles appartiennent au musée du Louvre et au palais de Compiègne. A cette époque, le conservateur essayait de reconstituer les collections à l'aide des dommages de guerre et le soutien financier de la municipalité.
Mais, l'explosion du cargo norvégien Ocean Liberty. chargé de nitrate d'ammonium le dans le port de Brest, détruit partiellement une fois encore le musée. Par chance, les collections historiques n'avaient pas été rapatriées du château de la Lorie et l'exposition itinérante était partie sur Alençon.
La réfection du bâtiment est réalisée rapidement.