Par crimes de guerre de l'Armée rouge au cours de la Seconde Guerre mondiale, on entend des actes criminels et des infractions au droit international commis par les membres des forces armées soviétiques. En font partie les ordres donnés par les commissaires politiques ou les gradés de l'armée rouge, le non-respect du droit international de guerre et des conventions de Genève, les meurtres et les viols de civils, la mise à mort délibérée de prisonniers de guerre ainsi que d'autres crimes dans les différents pays concernés par le passage et le séjour de cette armée.

Lors de leur avancée, les soldats commirent de nombreuses atrocités envers les populations civiles soupçonnées de collaboration avec l'occupant ou citoyennes des États ennemis (même après que ceux-ci, comme la Finlande, la Roumanie ou la Bulgarie, furent passés du côté Allié). Viols, meurtres de civils et pillages furent systématiques et encouragésAntony Beevor. Berlin: The Downfall 1945, Penguin Books, 2002, par la propagande officielle (Ilya Ehrenbourg) qui valorisait une attitude violente pour « venger » la mort de plus de de Soviétiques. Cette violence s'est exercée à l'encontre des ennemis ou des « collaborateurs » : terme qui, pour le NKVD, pouvait englober tout citoyen soviétique n'ayant pas activement résisté à l'occupant.

L'historiographie soviétique officielle a évidemment passé ces faits sous silence, et cela n'a pas beaucoup changé depuis la dislocation de l'URSS. Si la mémoire des exactions soviétiques reste une plaie ouverte dans certains des pays concernés (Finlande, Pays baltes, Pologne, Roumanie, Hongrie…), l'opinion occidentale ne s'y est guère intéressée et seulement dans certains cercles universitaires ou bien d'orientation politique de droiteAlain Besançon, Le Malheur du siècle : sur le communisme, le nazisme et l’unicité de la Shoah, Fayard, Paris, 1998, 165 p.. Une des causes de ce peu d'intérêt est que lors de l'invasion de l'URSS en 1941, les nazis et leurs alliés (troupes auxiliaires ukrainiennes ou baltes, armées hongroise et roumaine…) ont eux aussi commis des crimes de guerre en territoire soviétique sous prétexte de « venger » la déportation au Goulag en 1940-41, des citoyens locaux accusés par le NKVD d'avoir « servi les États bourgeois » antérieurs. Il s'agissait de « nettoyer le terrain des bolcheviks, des judéo-bolchéviks et de leurs complices », termes qui, pour les forces de l'Axe, pouvaient englober tout citoyen soviétique (ou devenu soviétique par le pacte Hitler-Staline) n'ayant pas activement collaboré avec l'occupant, et tous les Juifs sans exception (voir Shoah par balles).

Historique vignette|Corridor de Dantzig et les frontières de 1940

Appels à la vengeance Les slogans conçus par Ilya Ehrenbourg incitaient les soldats soviétiques à la « vengeance contre ceux qui avaient envahi la mère patrie soviétique ». On cite un commissaire politique qui lisait, lors des rapports, des appels comme celui qui suit :

Situation militaire En 1944, l'opération Bagration a causé des revers terribles aux armées allemandes. Les armées soviétiques sont alors aux portes de la Pologne, menaçant le territoire du ReichDans ses frontières de 1940.cf corridor de Dantzig, et de la Roumanie, qui préfère passer du côté Allié. Une éphémère contre-offensive allemande en octobre-novembre 1944 en province de Prusse-Orientale permet de découvrir à Gołdap et Nemmersdorf des atrocités commises sur des civils allemands.

Témoignages Il s'agit d'un auteur allemand qui pourrait être soupçonné de partialité mais Antony Beevor, auteur anglais, va dans le même sens, dénonçant la brutalité de l'Armée rouge à son entrée en Prusse orientale.

Un auteur dramatique soviétique, Zakhar Agramenko, servant comme officier d'infanterie de marine en Prusse orientale, notait dans son journal :

L'ouvrage d'Antony Beevor poursuit sur plusieurs pages la description des viols collectifs en accusant les dirigeants Staline et Beria d'être parfaitement renseignés par les rapports du NKVD. L'attitude des soldats masculins était approuvée par les femmes-soldats de l'Armée rouge elles-mêmes, car s'opposer à la ligne officielle du régime aurait pu les mener au Goulag, comme dans le cas d'Alexandre Soljenitsyne, alors officier dans l'Armée rouge.

Victimes Exemples Massacre de Katyń (1940) ; massacre de Fântâna Albă (1941) ; (1941) ; Massacre de Théodosie (1942) ; (1941) ; Torpillages de navires neutres transportant des réfugiés juifs : Struma (1942) et Mefküre (1944) ; Massacre de Nemmersdorf (1944) ; (1945) ; (1945) ; Viols de Demmin (1945). Ce cas est surtout connu pour la vague inédite de suicide qu'engendrèrent les exactions soviétiques. (1945).

Les populations civiles Les civils des pays de l'Est Dans les Pays baltes, la Pologne et la Roumanie les populations civiles ont payé un lourd tribut aux crimes de guerre tant nazis que soviétiques. La Commission nationale estonienne sur l'examen des politiques de répression avance que le nombre de victimes civiles durant l'occupation soviétique entre 1940 et 1941 est de . Sur ce nombre avaient été arrêtés, avaient été déportés, avaient été évacués, ont disparu et comme main d'œuvre forcée. Après la réoccupation par l'URSS, périrent dans les prisons soviétiques entre 1944 et 1945.

Pendant la conquête de la Pologne orientale en 1939-41, l'Armée rouge a commis de nombreux crimes de guerre. L'historien Andrzej Friszke évalue le nombre des victimes à de guerre assassinés (soldats et policiers) et à plusieurs centaines de civils. En même temps, les militaires soviétiques incitaient les populations civiles ukrainiennes et biélorusses au meurtre et à la violenceAndrzej Friszke: Polska. Losy państwa i narodu 1939-1989. , .. Les crimes les plus connus ont eu lieu à Katyń, Rohatyn, GrodnoIn: Julian Siedlecki: Losy Polaków w ZSRR w latach 1939-1986. Londres 1988, , Nowogródek, Sarny, Tarnopol, Waukawysk, Oszmiana, Świsłocz, Molodetschno et Kosów PoleskiWojciech Roszkowski, Najnowsza historia Polski 1914-1945, Varsovie 2003, , Władysław Pobóg-Malinowski, Najnowsza historia polityczna Polski. 1939-1945, tome 3, Kracovie 2004, , Witold Pronobis, Świat i Polska w XX wieku, Varsovie 1996, , .

Après l'invasion soviétique, les forces d'occupation procédaient à des arrestations de masse visant les « ennemis de classe » et les « ennemis du peuple »Dans la Pravda du 23 août 1923, citée dans Sergueï Melgounov : La terreur rouge, 1924, Ian Sodrabs dit Latzis, l'un des premiers directeurs de la Tchéka justifie déjà ainsi la déportation par catégories : Notre action ne vise pas des personnes en particulier : nous exterminons l'aristocratie, la bourgeoisie et les paysans réfractaires en tant que classes. Ne cherchez pas, dans nos enquêtes, des documents ou des preuves de ce que l'accusé aurait fait, en actes ou en paroles, contre les autorités soviétiques. Ce n'est pas la question : la question, c'est à quelle classe il appartient, quelle est son origine, son éducation, ses opinions, sa profession.. Au cours des années 1939-41, environ ont été arrêtées en Pologne orientale. Le destin des prisonniers n'est que partiellement connu. Environ ont trouvé la mort dans les camps de la région de Vorkouta, et environ emprisonnés en Biélorussie et en Ukraine ont été assassinés en 1940. Plus de ont encore été assassinées par les soviétiques durant l'été 1941 lors de l'évacuation des prisons devant l'avancée allemande.

En , l'Institut de la Mémoire nationale polonais a estimé que polonais ont été victimes de la répression soviétique. Depuis la chute de l'URSS, les historiens polonais ont pu accéder aux archives soviétiques relatives à l'occupation de la Pologne. Andrzej Paczkowski estime qu'entre du million de Polonais déportés ont péri et que ont été exécutés par les Soviétiques. En 2005, l'historien Tadeusz Piotrowski avança que avaient été tués par les SoviétiquesPoland World War II casualties (in thousands).

Lors de l'invasion soviétique de la Roumanie orientale en (conformément au pacte Hitler-Staline, comme en Pologne), les commerces, administrations et entrepôts ont été pillés, tandis que les notables et tous les citoyens (femmes, enfants, vieillards inclus) désignés comme « ennemis du peuple » ou « nuisibles » ont été tués sur place par des « brigades rouges » constituées à la hâte par le NKVD, et ont été déportés avec, parfois, un bref simulacre de « procès populaire » avant l'exécutionCollectif, Lucia Hossu-Longin (dir.) : « Mémorial de la douleur » (Memorialul durerii), éd. Humanitas, Bucarest et Chișinău, plusieurs rééditions, et Grigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l'Est, Éditions Egloff et L.U.F. (Librairie de l'Université de Fribourg), Fribourg - Paris, 1944. Lors du retour des soviétiques en , ces crimes reprennent (entre-temps, de à fin 1943, c'est l'armée roumaine qui s'était livrée à des crimes, notamment contre les Juifs locaux, accusés en bloc d'avoir soutenu l'URSS). Conséquence : selon les données des recensements, de 1940 à 1950 la région a perdu plus de , passant de selon le recensement roumain de 1938, à selon le recensement soviétique de 1950, et disparitions sont imputables à l'Armée rouge, à ses réquisitions, au NKVD et à ses déportationsNikolaï Théodorovitch Bougaï : Déportation des peuples de Biélorussie, Ukraine et Moldavie, éd. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999, ..

En 1950, il ne restait de tous ces « indésirables » ou « nuisibles » assassinés sur place ou déportés hors de cette région, que sur les lieux de leur exilNikolaï Théodorovitch Bougaï : Informations des rapports de Béria et de Krouglov à Staline, éd. de l'Acad. de sciences de Moldavie nr. 1, Chișinău, 1991..

Déportations Selon l'historien Aleksandr Gourianov, environ polonaises ont été envoyées dans les camps du Goulag, et en Russie orientale ou au KazakhstanAleksandr Gourianov, Repressii protiv Poljakov i polskih graždan, . D'après les estimations du gouvernement polonais, les quatre grandes vagues de déportations ont fait plus de .

L'Union soviétique déporta de nombreuses populations jugées potentiellement non-fiables dans des zones d'assignation à résidence, en général en Asie centrale et en Sibérie, dans des zones désertiques au climat rude. Les chiffres donnés ci-dessous n'incluent pas les exécutions, les déportations dans les camps de travail du Goulag, les enrôlement forcés dans l'Armée rouge ou les déportations ayant eu lieu après la guerre. Entre furent déportées des territoires annexés en 1940 et 1941 dont , , , et . En , vivant dans les implantations spéciales furent amnistiés et libérés par les Soviétiques. Environ de citoyens soviétiques appartenant à des minorités ethniques furent déportés durant la guerre. Ce chiffre inclut soviétiques, et Ingouches, , ukrainiens de l'OUN, , , , Bulgares et Arméniens de Crimée, , , . Un total de habitaient dans les implantations spéciales en et les archives indiquent que furent enregistrées dans ces zones entre 1941 et 1948 Les archives soviétiques ne détaillent pas ces pertes par année..

Camps Le nombre total des morts en URSS inclut les victimes de la répression soviétique. La surpopulation du temps de guerre et les pénuries de nutriments et de bois de chauffage multiplièrent les victimes du Goulag. Le régime stalinien déporta des populations entières jugées potentiellement déloyales. Depuis 1990, les historiens russes peuvent accéder aux archives de la période soviétique et ont publié des articles sur le nombre des personnes exécutées et celles mortes en détention. L'historien russe Viktor Zemskov avance le nombre d'un million de morts entre 1941 et 1945 en s'appuyant sur les données des archives soviétiques. Selon l'historien Michael Haynes, il y eut entre 1939 et 1945 dont judiciaires, au Goulag et dans les prisons et les colonies pénitentiaires.