En philosophie, l'absolu est ce qui existe par soi-même, sans dépendance. Ce qui est absolu n'a besoin d'aucune condition et d'aucune relation pour être. L'absolu ne dépend d'aucune autre chose. L'« absolu » a d'une part pour synonymes « inconditionnel » et « indéterminé », et d'autre part le sens de « parfait », « achevé » et de « totalité ». Substantivé, le mot devient le concept central de l'Idéalisme allemand. Les divergences entre les trois Grands de l'idéalisme (Fichte, Schelling et Hegel), sur l'Absolu et l'organe de connaissance qui s'y rattache, ont été profondes et les points de vue irréconciliables, écrit Xavier Tilliette.. Ce dernier commentateur note. . Le problème c'est que la notion d'Absolu dont se réclame chaque penseur, est née à travers une « intuition intellectuelle » qui est difficilement communicableDans l’intuition , le principe est vécu, nous sommes en lui et coïncidons avec lui, mais cette coïncidence est, en tant que telle, ineffable. Le passage de la vie immédiate du principe à son expression verbale et conceptuelle, ce passage de la vie à la philosophie, ne peut se faire sans coupure, sans manque. C’est donc par nature que le langage, c’est-à-dire le concept, échoue à saisir l’absolu-..
Dans une première approche, l'absolu apparaît négativement comme un concept vide ou contradictoire, échappant à toute définition, ainsi que son indétermination le suggère. Toutefois le Moyen Âge a réintroduit cette épithète d'« absolu » en en renversant positivement le sens, pour l'appliquer à Dieu et exclusivement à lui. Ainsi comprise, l'absoluité va caractériser le divin qui, selon Thomas d'Aquin, faisant œuvre de philosophe en reprenant en son sein toutes les déterminations métaphysiques de l'être, l'identifie à l'« Être absolu », .
Hegel et tous les philosophes appartenant à l'Idéalisme allemand (Fichte, Schelling, Hegel) reprendront, en l'adaptant, cette thématique, affirmant A. Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, .
L'absolu dans le champ philosophique Le concept d'« absolu » est une vieille notion de la philosophie. On distinguera les absolus relatifsDieu est souvent cité comme exemple d'absolu. Une réflexion de Berdiaev fait douter de la pertinence de cet exemple : ., et la notion d'« Absolu » en soi, que l'on écrit avec une majuscule, dont la caractéristique est d'intervenir comme fondement à l'ensemble d'un système philosophique. C'est l'Idéalisme allemand avec ses trois grands représentants que sont Hegel, Fichte et Schelling qui fit le plus appel à cette dernière notion au point que selon Xavier Tilliette .
Les absolus relatifs
Le concept d'absolu peut renvoyer en philosophie à différents champs d'interrogation philosophique. On peut ainsi évoquer des absolus ontologiques : Dieu, la substance, le système, lUn c'est-à-dire l'absolu envisagé comme principe premier dont toute chose dérive ; mais aussi moraux (bien absolu, mal absolu, devoir absolu), politiques (pouvoir absolu, monarchie absolue), esthétiques (beau absolu), épistémique (vérité absolue, erreur absolue). Ce sont ces expressions qui correspondent le mieux à cette définition : dans son étymologie le terme d'« absolu » vient de absolutus, qui, en latin, veut dire détaché, délié, séparé, retenu par rien, mais aussi « achevé ». Le mot « absolu » paraît en français vers 1100, avec le sens latin de « parfait ».
Un absolu ontologique : la substance selon Aristote Pour Aristote, la substance est le substrat des autres catégories qui sont ses attributs (quantité, qualité...). Elle est essence et substrat. Elle subsiste par elle-même, elle est séparée et par soi (Métaphysique, Catégories). Un absolu méthodologique chez Descartes (1628) Ici, « absolu » ne contredit pas le « relatif ». Le mot signifie simple, non divisible, et premier, dont les autres choses dépendent.
L'absolu phénoménologique Chez Husserl Dans les Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps de Husserl, l'''a priori du temps débouche sur l'idée d'une conscience absolue ayant comme sa propre temporalité absolument indépendante de la temporalité objective. .
Chez Heidegger C'est en se projetant vers sa fin l' (Être-vers-la-mort), en l'anticipant, dans le dénuement absolu, que le a quelque chance d'avoir un aperçu sur l'ouverture première qui rend possible toute présence au monde. Ce sujet est constant chez Heidegger qui dès ses premières analyses de l'expérience vécue en 1919, avait assigné à la philosophie la tâche de découvrir la sphère originelle, le lieu indépendant des choses du monde mais qui pourtant , c'est ce qu'il pense avoir découvert, à l'époque de Être et Temps dans les thématiques de « l'Être-vers-la-mort » et de la « Résolution ».
Au sens courant, la liberté est perçue comme l'absence de contrainte qui accompagnerait . Jean-François Marquet écrit .
Un absolu moral chez Kant (1785) Pour Kant, le devoir est un « absolu ». Kant introduit la notion d'« impératif catégorique ». « Catégorique » signifie « absolu ». Il ordonne d'agir de telle ou telle façon, indépendamment des circonstances et des agents moraux. Cet impératif s'énonce de plusieurs manières dont :
Selon Kant le mot d'absolu désigne ce qui est considéré en soi et possède donc une valeur intrinsèque, mais aussi ce qui est valable sous tous les rapports, d'une manière illimitée. Or ces deux sens ne se recouvrent pas toujours. Il opte donc dans son propre travail philosophique pour ce deuxième sens et définit l'absolu comme ce qui est valable sans restriction (Kant, Critique de la raison pure, Dialect. Transc., I, 2. Des idées transcendantales).
L'Absolu en soi Première ébauche chez Platon Pour PlatonLa République, VI, 511, le Bien est le terme où s'arrête la pensée. C'est un « principe anhypothétique », c'est-à-dire inconditionné, mais sur lequel l'être et la connaissance se fondent. Dans le Parménide, Platon admet d'abord l'Un absolu au sens de « séparé », un Un supérieur à toute distinction et attribution, au point qu'on ne peut pas même dire qu'il existe ; ensuite, il pose l'Un absolu au sens de « total », un qui est pure multiplicité. Finalement, il semble admettre un Un-Multiple, un principe qui est unité de multiplicités. L'Intellect séparé d'Averroes Dans son Grand Commentaire au , livre , Averroès allie aux doctrines d'Aristote celles de l'École d'Alexandrie sur l'émanation, et il enseigne qu'il existe une intelligence universelle à laquelle tous les hommes participent, que cette intelligence est immortelle, et que les âmes particulières sont périssablesAverroès, L'intelligence et la pensée, GF-Flammarion, 1998.. Ce n'est pas moi qui pense, çà pense, le « ça » désigne cet Intellect séparé qui est Dieu, et qui actualise dans mon esprit les formes intelligibles lorsque mon corps perçoit des objets selon Henri de Monvallier, « Entretien avec Alain de Libera : autour de l’Archéologie du sujetPourquoi une archéologie du sujet ? » Actu Philosophia, dimanche 4 janvier 2009..
Le Moi absolu de Fichte Alors que Kant avait admis comme des données de fait, sans les fonder, le système des « catégories », Fichte ambitionne les ramener au sein de la subjectivité, en montrant comment le « moi » les construit décrit Émile Bréhier. . D'un côté on aura le non-moi qui trouve son fondement dans la manière dont le moi connaissant est affecté. Ce moi affecté c'est le « Je suis » qui correspond au premier principe absolu (certain et infini) qui ne supporte aucune autre détermination que celle d'être identifié à lui-même et qui va être le point de départ de la Doctrine de la Science précise dans son mémoire Francis Proulx lire ligne.
Or il est nécessaire que le « moi » soit le seul principe de toute réalité et pour cela que le Moi inconditionné se soit posé lui-même. Se posant lui-même ce Moi absolument libre est d'autre part . Ce Moi absolu est en un certain sens « le Moi de chacun », chacun peut en être conscient, s'en assurer. Toutefois ce Moi absolu infini n'est pas celui de la conscience de soi, finie celle-là, mais la condition de possibilité de cette conscience note Francis Proulx. La conscience a un fondement inconscient et ce fondement inconscient de la conscience est celui de la pure activité infinie du « Moi absolu ».
Fichte va être dans une opposition frontale à Schelling, notamment dans sa manière d'intuitionner l'Absolu hors de soi, il faut dit-il .
L'Identité chez Schelling Le monde est unité essentielle et il n'y a pas lieu d'opposer le monde idéal et le monde réel. Humain et nature ne sont que les deux faces d'un seul et même être, l'Un, l'Absolu. C'est du sein de l'Absolu que naissent Nature et esprit, coexistant et se développant parallèlement dans une parfaite identité. Les contradictoires procèdent d'un absolu indifférent à l'objectif et au subjectif, d'une unité indifférenciée. Il ressort que le rythme de la nature est le même que celui de l'Esprit ; c'est cette thèse qui se trouve identifiée sous l'appellation de philosophie de l'Identité qui n'est ni le moi de Fichte, ni Dieu. Le Savoir absolu de Hegel Pour Hegel, l'Absolu est la totalité concrète, c'est-à-dire médiatisée par l'ensemble du processus systématique qui y conduit (l'Absolu est à la fois le résultat et le processus qui l'engendrePhénoménologie de l'Esprit, préface). L'absolu est la « sursomption » (Aufhebung) absolue dans laquelle toutes les déterminations et leurs contradictions sont annulées et préservées, dans ce que Hegel nomme « l'unité de l'unité et de la différence ». Annulées parce que, en tant que déterminations particulières, ces déterminations se révèlent fausses dans la mesure où elles ne sont pas la Vérité complète. Préservées parce que leur finitude, leur relativité et leur contradiction interne sont les pièces nécessaires, ou les moments, de l'Absolu, qui seul se présente comme la Vérité en tant que telle.
L'Absolu inclut tout en lui-même - même le rien (le non-être) ne peut être en dehors de lui. On ne peut pas avoir le tout, le résultat, le contenu et lunité d'un côté, et les parties, le processus, la forme ou la différence de l'autre. Saisir un concept qui doit tout contenir avec sa différence et sa contradiction, mais qui n'est pas une abstraction vide (comme l'être pur), est l'un des grands obstacles à la compréhension de la philosophie de Hegel. Ce tout est un tout qui n'est le tout qu'en vertu de ses parties, et ses parties ne sont les parties qu'en vertu de leur place respective dans le tout. L'unité n'en est une qu'en vertu des différences qu'elle comporte, et lesdites différences ne sont des différences qu'en tant qu'elles se trouvent dans un tout uni.
Toutes choses participent de l'Absolu, mais aucune chose particulière n'est le terrain privilégié de l'Absolu. L'Absolu en tant que tel n'est pas tel ou tel point de vue, comme les concepts relatifs qui le composent, car le Concept absolu est le tout dans lequel tous les autres concepts sont relatifs en tant que parties. Son contenu conceptuel dès lors n'est rien d'autre que l'ensemble du système de concepts scientifiques pleinement développés et, par conséquent, il n'a pas de définition autre que tout ce développementLa Science de la logique, l’Idée absolue.
L'Absolu en soi de l'Idéalisme Dans la pensée de l'Idéalisme, l'« Absolu » en soi (avec majuscule), quelles que soient les formes qu'il emprunte selon les auteursXavier Tilliette note ., joue toujours le rôle de fondement. Toutefois Jean-Louis Vieillard-Baron note que seuls Schelling et Hegel se tournent résolument vers le problème de l'Absolu, alors que Kant et Fichte restent préoccupés par le fondement a priori du savoir scientifique. L'Absolu comme fondement du système idéaliste