Le K-129 (en , anciennement B-103, Б-103) est un sous-marin lanceur d'engins soviétique du Projet 629A (dans le code de l'OTAN : -) à propulsion diesel-électrique lancé en 1959. Il appartenait à la flotte soviétique du Pacifique et était l'un des six sous-marins du Projet 629 attaché à la escadrille de sous-marins basée à Rybatchi (maintenant base navale de Vilioutchinsk) au Kamtchatka.
Le K-129 sombre le dans l'océan Pacifique, légèrement à l'ouest de la ligne de changement de date (coordonnées ). Il s'agit de l'une des quatre disparitions de sous-marins cette année là ; les autres étant le sous-marin israélien , le sous-marin français et le sous-marin américain . La Marine soviétique déploie d'importants moyens à sa recherche, sans parvenir à retrouver l'épave. Les États-Unis eux y parviennent et tentent de la renflouer secrètement en 1974 au cours d'une opération connue sous le nom de code projet Azorian (improprement appelé un temps dans les médias américains projet Jennifer).
Le sous-marin se trouvait à une profondeur de et aucune tentative de renflouage n'avait alors été réalisée à une telle profondeur. La CIA organise cette opération grâce à un navire construit officiellement pour procéder à l'exploitation minière de nodules de manganèse. L'opération est un échec, seule une partie de l'avant étant remontée.
Service thumb|left|Vue de côté d'un sous-marin du projet 629A Le K-129 est commandé le , sa quille est posée le au chantier naval de la Sevmash à Severodvinsk. Il est mis à l'eau le et entre en service le de la même année sous le nom de « B-103 ».
En 1960, il est affecté à la escadrille de la de sous-marins de flotte du Pacifique, basée à Vladivostok. Le , l'escadrille est affectée à la de sous-marins de la flotte du Pacifique. Le , il est reclassé « croiseur sous-marin » et renommé K-129.
En , il est affecté à la de la de sous-marins de flotte du Pacifique. Placé en grand carénage entre le et le , il est modifié en projet 629A. Le , il est réadmis au service actif.
En , la escadre de sous-marins faisait partie de la de sous-marins lanceurs de missiles balistiques à Rybatchi, commandée par l'amiral Viktor A. Dygalo. Le commandant du K-129 est alors le capitaine de vaisseau V.I. Kobzar. Le K-129 porte le numéro de coque 722 lors de sa dernière mission.
L'accident Le K-129, après avoir mené en 1967 deux patrouilles opérationnelles de 70 jours, armé de missiles balistiques, entame une troisième patrouille à compter du alors qu'il vient juste de rentrer au port. Cette patrouille est prévue pour s'achever le . Le bâtiment est armé de trois missiles à tête nucléaire. Après avoir appareillé le , le K-129 plonge pour effectuer différentes vérifications, avant de remonter à la surface pour signaler par radio que tout est normal à bord et qu'il va entamer sa patrouille. Aucun autre message ne sera émis par le K-129, alors qu'il aurait dû procéder à deux vacations radio prévues lors du franchissement du méridien 180 puis à son arrivée dans la zone de patrouille.
À la mi-mars, le commandement de la Flotte soviétique du Pacifique basé dans la péninsule du Kamtchatka s'inquiète du fait que le K-129 ait manqué deux vacations radio consécutives. Dans un premier temps, des messages sont émis par des bâtiments de la flotte à destination du K-129 afin de l'inviter à rompre le silence radio et à contacter la base. D'autres messages urgents restent également sans réponse. Les autorités navales soviétiques déclarent le K-129 « disparu » au cours de la troisième semaine du mois de et lancent une opération de recherche et de sauvetage avec des moyens aériens, des bâtiments de surface et des sous-marins dans le Pacifique Nord à partir du Kamtchatka et de Vladivostok.
Ce déploiement soviétique inhabituel dans le Pacifique est analysé par les services de renseignement américains comme une réaction probable à la perte d'un sous-marin. Le réseau américain d'écoutes sonar SOSUS (Naval Facilities Engineering Command) dans le Pacifique Nord est alerté et il lui est demandé d'étudier les enregistrements acoustiques récents pour identifier tout signal qui pourrait provenir d'un naufrage. Plusieurs microphones du SOSUS avaient enregistré, le , un événement qui aurait pu être lié à un naufrage et les analystes de l'US Navy parviennent par triangulation à déterminer la position probable de l'épave. Une source a caractérisé le signal acoustique comme « un son isolé, unique, caractéristique d'une explosion ou d'une implosion, “un important bang” ». Le signal acoustique analysé proviendrait d'un point situé vers 40° Nord et 180° Est.
Les Soviétiques, ne disposant pas de l'équivalent du système américain SOSUS, se révèlent incapables de retrouver le K-129, et l'activité navale soviétique dans le Pacifique Nord revient à la normale. Le K-129 sera alors déclaré « perdu corps et biens ».
Les services de renseignement américains localisent précisément l'épave du K-129 et la photographient à une profondeur d'environ ().
La récupération
L'épave du K-129 est identifiée par le sous-marin nucléaire américain au nord-ouest d’Oahu à une profondeur d’environ au début du mois d’. Elle est étudiée en détails au cours des trois semaines suivantes par l'Halibut qui prend et peut-être plus tard aussi par le bathyscaphe Trieste II. Représentant une occasion unique de récupérer un missile nucléaire soviétique R-21 (SS-N-5 Serb) à l'insu de l'Union soviétique, l’épave du K-129 suscite un grand intérêt chez les autorités américaines. Le président Nixon autorise une tentative de récupération de l’épave après s’être entretenu avec le Secrétaire de la Défense. Pour augmenter ses chances de succès, cette tentative de renflouage est organisée de manière clandestine et secrète et l’opération est confiée à la CIA, plutôt qu’à l’US Navy. Le navire civil Hughes Glomar Explorer est conçu et construit sous contrat de la CIA dans le seul but d'effectuer la récupération clandestine du K-129. L'opération, connue sous le nom de code Projet Azorian ou Projet Jennifer, est l'une des plus secrètes et des plus coûteuses de la guerre froide.
Fuites organisées dans les médias Seymour Hersh, du New York Times, découvre certains détails du projet Jennifer en 1974. Il est invité par le directeur de la CIA, William Colby à ne pas publier les informations dont il dispose. En , plusieurs mois après l'opération de renflouement, le Los Angeles Times publie une brève relatant l'opération de la CIA, ce qui conduit le New York Times à publier à son tour l'histoire de Hersh. Jack Anderson dévoile cette histoire sur une chaîne de télévision nationale en Projet Azorian : L'Histoire du Hughes Glomar Explorer, la CIA déclassifie le document secret NOFORN à partir du milieu des années 1980.
Les médias ont surnommé cette opération « projet Jennifer », ce qui s'avère incorrect, puisqu'en 2010 des documents déclassifiés révèlent que le projet Jennifer ne fait référence qu’à un système de sécurité visant à compartimenter les données du projet Azorian.
La raison d’être officielle de l’Hughes Glomar Explorer était l’exploitation minière de nodules de manganèse présents sur le plancher océanique. Une fois que les objectifs réels du projet Azorian furent divulgués par la presse, les autorités soviétiques découvrirent ce qui était arrivé. Selon un compte rendu rédigé en juillet-, le Hughes Glomar Explorer n’a été en mesure de remonter que la partie avant de l'épave du K-129. En effet, pendant que l’épave était remontée, un dysfonctionnement est survenu dans le système de renflouage et les parties centrales et arrières du sous-marin sont retombées au fond de l'océan. Ces morceaux du K-129 n’ont donc pas été récupérés et gisent toujours au fond de l’océan. La nature exacte des éléments récupérés est toujours classée NOFORN ou Top Secret. Les Soviétiques supposent que les États-Unis ont récupéré les missiles à ogives nucléaires, des manuels d'exploitation, des livres de codes et des systèmes de codage. Une autre source (non officielle) affirme que les États-Unis ont récupéré la partie avant, qui contenait deux torpilles à têtes nucléaires, sans les systèmes de codage ni les livres de codes..
Les États-Unis annoncent que, dans la section récupérée, se trouvaient les corps de six hommesProject Jennifer. En raison d'une contamination radioactive, les corps ont été immergés en mer dans un caisson en acier le avec les honneurs militaires à au sud-ouest d’Hawaï. L’enregistrement vidéo de cette cérémonie a été remis après la guerre froide à la Russie par le directeur américain de la CIA Robert Gates lors de sa visite à Moscou en .
La perpétuation du secret et les objections officielles à une divulgation complète Le renflouage du K-129 est déclaré officiellement un échec, ayant seulement permis la récupération d'une quantité de pièces insignifiantes. La CIA fait valoir au cours d’un procès dans le cadre du Freedom of Information Act que le projet devait être gardé secret parce que « »Philippi v. CIA (Turner et al.), 211 US App. D.D> 95 (US Court of Appeals 25 juin 1981). À ce jour, les fichiers, les photos, les enregistrements vidéo et autres preuves documentaires restent inaccessibles au public. Quelques images ont été diffusées dans un documentaire de 2010 montrant l’épave du K-129 : la proue, le kiosque et le compartiment des missiles apparaissent fortement endommagés avec un seul tube lance-missile fixé à la structure.
Localisation précise thumb|upright=1.2|Lieu du naufrage (croix rouge) La localisation précise de l'épave est maintenue secrète par les services de renseignement américains. Cependant, le indique que celle-ci se trouve à proximité du 40° Nord et du 180° méridien. Les documents de la CIA révèlent qu'il a coulé à , et que le Hughes Glomar Explorer a dû parcourir depuis Long Beach (Californie), pour atteindre le site du naufrage. L'Agence internationale de l'énergie atomique affirme que deux ogives nucléaires du K-129 avaient été localisées dans l'océan Pacifique à du Kamtchatka aux coordonnées géographiques , à une profondeur de , et considère qu'elles ont été récupérées. Ces trois distances définissent une position de coordonnées , à environ 600 milles marins () au nord de l'atoll Midway. La CIA donne une profondeur d'environ ().
Les causes du naufrage La thèse officielle soviétique est que le K-129, naviguant au schnorchel, aurait franchi son immersion opérationnelle maximale autorisée. Cette erreur, combinée avec une défaillance technique ou une mauvaise réaction de l'équipage, peut provoquer un envahissement d'eau suffisant pour causer la perte du bâtiment..
Cette version officielle a cependant été mise en doute dans des ouvrages parus au début des années 2000 et quatre théories alternatives ont été émises : une explosion de l'hydrogène des batteries durant leur charge ; une collision avec le sous-marin américain ; l'explosion d'un missile causée par une entrée d'eau de mer par la porte supérieure du tube de lancement ; l'explosion d'un missile à la suite d'une tentative de tir non autorisée.
Il a été rapporté que 40 des 98 membres d'équipage étaient nouveaux sur le K-129 lors de cette mission. La thèse officielle et la première théorie s'accorderaient bien avec ce fait, s'il est vrai..
Explosion d'hydrogène Les batteries au plomb dégagent de l'hydrogène pendant leur charge. Cela induit un risque d'explosion si le compartiment batterie n'est pas maintenu en dépression. Ce risque est connu depuis très longtemps et les sous-mariniers appliquent des procédures pour diminuer voire faire complètement disparaître tout risque d'explosion. Cette explication de l'accident est la moins probable.
John P. Craven, ancien responsable scientifique du Bureau des projets spéciaux (Special Projects Office) de l'US Navy et ancien responsable des programmes DSSP et DSRV, déclare :