Quand un soldat est une chanson datée de 1952, écrite par Francis Lemarque, qui signe à la fois les paroles et la musique.

Création de la chanson

Elle fait partie de plusieurs chansons qu'Yves Montand, qui exprime ses choix sociaux depuis dans la presse communiste, inclut dans son répertoire entre et car elles . Il semble qu'elle ait été écrite par Francis Lemarque entre la fin 1951 et ce début 1952 où elle a été publiée aux éditions Métropolitaine. Selon Lemarque, elle a été à ce moment-là.

En , Francis Lemarque fait écouter à Yves Montand les premières strophes. Celui qu’on surnommera dans certaines sphères le « prolo chantant » à cause de ses convictions politiques de plus en plus affirmées, lui demande dans les instants qui suivent de la .

La première mouture achevée par Lemarque ne convainc pas entièrement Montand qui n'apprécie pas le dernier vers, jugé trop didactique : .

Ce vers est aussitôt abandonné et modifié pour aller vers la forme définitive publiée en partition :

La chanson est alors rapidement travaillée en répétitions par Montand et son orchestre pour être jouée 48 heures plus tard sur la scène du Palais de la Mutualité.

Analyse des paroles

La chanson conteste la politique du gouvernement en place en 1952, qui poursuit alors la guerre d'Indochine, jugée inutile et perdue d'avance. Ses partisans jugent eux les paroles défaitistes et anti-militaristes. Moins irrévérencieuses que celles de La chanson de Craonne, les paroles résument bien le ressenti général de la population française, qui après 1945, croyait en avoir terminé avec la guerre.

L'image du guerrier qui peut espérer finir décoré et monter en grade, souvent à titre posthume, y est battue en brèche, dans la dernière strophe, concluant sur l'amer constat que celui qui revient, a , expression issue du langage populaire: le soldat doit s'en remettre à sa bonne étoile et ce ne sont pas des décisions militaires qui changeront quelque chose.

La chanson conteste également le devoir national de et sous-entend que la guerre rend triste, qu'elle ne vaut pas l'amour de ses proches, les chansons et les fleurs.

Cela donnera :

Standard de la chanson engagée, antimilitariste, Quand un soldat est contemporaine du Soudard de Jean-Claude Darnal et annonce Le Déserteur de Boris Vian.

Contestation Un critique des Nouvelles Littéraires le compare à . Un spectateur hurle à la fin de la chanson, Montand réplique et enchaîne avec la chanson suivante. L'intolérance dont est victime Yves Montand est .

Pour créer un effet de surprise « attendu », tant par ceux qui partagent son engagement comme par ceux venus pour s’y opposer, elle est chantée directement, alors que les autres sont précédées, comme c'est l'habitude à l'époque, par le nom des auteurs, permettant au chanteur d'être « porté » par la salle dès le titre. La chanson devient ainsi un symbole de la résistance au maccarthysme à la française, et gagne rapidement en popularité, devant un temps fort de sa série de récitals de 1953-1954 au Théâtre de l’Étoile de Paris. Une autre de ses chansons, "Le Flamenco de Paris", chantée à l'Odéon le 13 février 52, nécessite que la salle soit éclairée et un groupe de parachutistes réuni par l’avocat d’extrême-droite Jean-Baptiste Biaggi profite de cette lumière pour déployer au premier rang L'Humanité, symbole selon eux de son inféodation au communisme. Un groupe badigeonne ses affiches au goudron et jette des boules puantes dans le théâtre.

Il chante le morceau à la Mutualité en février, puis en pour un gala de la Solidarité (où a lieu début décembre un meeting "pour sauver de la chaise électrique Julius et Ethel Rosenberg"), ou encore chez Renault au moment des grèves de 1952 et début 1953.

Le batteur Roger Paraboschi de l’orchestre d’Yves Montand se souvient d’un incident survenu à Lyon : . La pièce suscite même des bagarres lorsque Montand la chante sur scène. On perturbe ses tours de chant, on le menace de mort.

Censure

Montand refuse la proposition de chanter à l’Opéra de Paris s’il s’engage à la retirer de son tour de chant. Dès , une note des autorités réclamait son interdiction à la radio. La pièce est interdite de diffusion à la radio d'État en 1953. La Mauvaise Réputation chanson de Georges Brassens sortie en 1952, est aussi interdite d'antenne à la RTF à sa sortie. Le comité d’écoute, qui réunit des personnalités, appose chaque semaine une pastille violette sur les disques censurés, car ces chansons sont prises comme .

Interprétations Sur scène en tour de chant dès 1952, par Yves Montand pour Francis Lemarque (pas de datation connue)

en enregistrement publié 1952 : Yves Montand accompagné par Bob Castella Et Ses Rythmes ∫ EP Disque Odéon 78 RPM - Odeon 282.577 et 7 MO 1034 1953 : Yves Montand chante ses dernières créations ∫ LP Disque Odéon - Odeon OS 1007 1954 : Francis Lemarque - 1 - Le Petit Cordonnier ∫ EP 45 Disque Polydor - Polydor medium 576.001 1956 : Francis Lemarque - 1 - Le Petit Cordonnier ∫ EP 45 Disque Fontana - Fontana medium 460.504 ME 1960 : Je Soussigné Yves Montand ∫ LP Disque Odéon – Odeon OSX 177 M 1968 : Les Francs Garçons - Quand Un Soldat ∫ EP 45 RPM CBS France - CBS Série Gemini – 3377 1991 : Chanson plus bifluorée sur l'album Chanson plus bifluorée à l'Européen

La version enregistrée par Francis Lemarque réapparaitra ensuite tardivement sur une compilation en 1977. 1977 : Grands Succès (compilation) ∫ 2 LP Disque Meys - Meys 528215

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Le Déserteur de Boris Vian : chanson sortie en 1954 et censurée. Antimilitarisme

Liens externes

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