Providencia est un genre de bacilles Gram négatifs (BGN) de la famille des Morganellaceae, proche des genres Proteus et Morganella avec lesquels il forme la tribu des Proteeae. Son nom provient de la ville de Providence aux États-Unis (État de Rhode Island)https://lpsn.dsmz.de/genus/providencia, consulté le 03/06/21..
Quelques espèces sont des pathogènes humains occasionnels, notamment Providencia alcalifaciens qui est l'espèce type du genre.
Taxonomie En 1962, le bactériologiste américain propose la première description formelle de ce genre bactérien en le distinguant clairement du genre Proteus avec lequel il était jusque-là confonduEwing WH « The tribe Proteeae: its nomenclature and taxonomy » Int J Syst Evol Microbiol 1962, , , . https://doi.org/10.1099/0096266X-12-3-93. Il place alors ces deux groupes dans la tribu des Proteeae, elle-même rattachée aux Enterobacteriaceae d'après des critères phénotypiquesManos J & Belas R (2006) The Genera Proteus, Providencia, and Morganella. In: Dworkin M, Falkow S, Rosenberg E, Schleifer KH, Stackebrandt E (eds) The Prokaryotes. Springer, New York, NY. https://doi.org/10.1007/0-387-30746-X_12 .
En 2016, sur la base de travaux de phylogénétique moléculaire, le genre Providencia est déplacé vers la famille des Morganellaceae nouvellement crééeAdeolu M « Genome-based phylogeny and taxonomy of the 'Enterobacteriales': proposal for Enterobacterales ord. nov. divided into the families Enterobacteriaceae, Erwiniaceae fam. nov., Pectobacteriaceae fam. nov., Yersiniaceae fam. nov., Hafniaceae fam. nov., Morganellaceae fam. nov., and Budviciaceae fam. nov » Int J Syst Evol Microbiol. 2016;66(12):5575-5599. Accès libre..
Caractéristiques Morphologie et culture Ce sont des bactéries mobiles par ciliature péritriche c'est-à-dire qu'elles se déplacent à l'aide de flagelles disposés sur toute la périphérie de la cellule bactérienne. Comme tous les Enterobacterales leur type énergétique est anaérobie facultatif.
Ce ne sont pas des BGN non exigeants, c'est-à-dire que leur croissance est possible sur la plupart des milieux de base et ne nécessite ni facteurs de croissance ni conditions de culture spécifiques. En pratique les géloses non sélectives (GNO, GTS etc.) et les géloses « entériques » utilisés pour isoler les BGN (MacConkey, EMB etc.) suffisent à les maintenir. Par ailleurs deux milieux différentiels ont été développés pour faciliter l'identification des Providencia dans les prélèvements de selles : la gélose PAMSenior BW « Media for the detection and recognition of the enteropathogen Providencia alcalifaciens in faeces » J Med Microbiol. 1997;46(6):524-527. https://doi.org/10.1099/00222615-46-6-524 et la gélose PMXMPYoh M « Importance of Providencia species as a major cause of travellers’ diarrhoea » J Med Microbiol. 2005;54(11):1077-1082. Accès libre..
Caractères biochimiques Comme la plupart des Enterobacterales ce sont des bactéries oxydase négatives et catalase positives. Avec les autres bactéries de la famille des Morganellaceae elles ont en commun l'absence d'arginine-dihydrolase (ou arginine décarboxylase) et un résultat négatif à la réaction de Voges-Proskauer.
Elles partagent de plus les caractéristiques suivantes avec les genres Morganella et Proteus (tribu des Proteeae)O'Hara CM, Brenner FW & Miller JM « Classification, Identification, and Clinical Significance of Proteus, Providencia, and Morganella » Clin Microbiol Rev. 2000;13(4):534-546. Accès libre. : présence d'une phénylalanine-désaminase, d'une tryptophane-désaminase et d'une ornithine-désaminase ; absence de lysine-décarboxylase ; absence de β-galactosidase (test à l'ONPG négatif) ; réduction des nitrates en nitrites ; acidification du D-glucose mais pas du mélibiose.
Les Providencia partagent aussi avec les Morganella l'absence de lipase, l'incapacité à hydrolyser la gélatine et l'aptitude à acidifier le D-mannose, mais s'en distinguent par l'absence d'ornithine-décarboxylase. Elles ne produisent pas de sulfure d'hydrogène (H2S) et l'uréase n'est constante que chez une seule espèce (P. rettgeri).
Le tableau suivant récapitule d'autres caractères, variables au sein du genre, qui peuvent contribuer au diagnostic d'espèce par une approche phénotypique Forsythe SJ, Abbott SL & J Pitout J (2015) Klebsiella, Enterobacter, Citrobacter, Cronobacter, Serratia, Plesiomonas, and Other Enterobacteriaceae. In: Jorgensen JH, Pfaller MA (eds) Manual of clinical microbiology. 11th edition. ASM Press, Washington, DC. https://doi.org/10.1128/9781555817381 :
+ Phénotype biochimique de quelques espèces de Providencia production indole utilisation citrate activité uréase acidification L-rhamnose acidification maltose acidification tréhalose acidification D-adonitol acidification D-arabitol acidification D-mannitol acidification myo-inositol P. alcalifaciens + + ― — — — + — — — P. heimbachae — — — + ± — + + — ± P. rettgeri + + + ± — — + + + + P. rustigianii + ± — — — — — — — — P. stuartii + + ± — — + — — — +
Pathogénicité En pathologie humaine P. alcalifaciens est un pathogène humain reconnu, notamment responsable de gastro-entérites qui frappent les voyageurs ou surviennent sur le mode épidémique dans les collectivités (TIAC)Murata T « A large outbreak of foodborne infection attributed to Providencia alcalifaciens » J Infect Dis. 2001;184(8):1050-1055. Accès libreChlibek R « Diarrhea outbreak among Czech Army Field Hospital personnel caused by Providencia alcalifaciens » J Travel Med. 2002;9(3):151-152. Accès libre.Shah MM « First report of a foodborne Providencia alcalifaciens outbreak in Kenya » Am J Trop Med Hyg. 2015;93(3):497-500. Accès libre.. Leur fréquence est probablement sous-estimée car la recherche de Providencia est rarement réalisée par les laboratoires d'analyses médicales dans ce contexteShah MM « Epidemiology and Pathogenesis of Providencia alcalifaciens Infections » Am J Trop Med Hyg. 2019;101(2): 290–293. Accès libre..
P. stuartii et P. rettgeri peuvent infecter tous les sites anatomiques avec une prépondérance d'infections urinaires (en particulier sur sonde urinaire) et de bactériémies. P. heimbachae et P. rustigianii sont très rarement la cause d'infections humaines.
Chez l'animal P. alcalifaciens a été identifié comme agent étiologique d'entérites nécrosantes chez des chiotsMohr AJ « Primary bacterial enteritis caused by Providencia alcalifaciens in three dogs » Vet Rec. 2002;150(2):52-53. https://doi.org/10.1136/vr.150.2.52 et de pneumopathies hémorragiques chez des porceletsWang X « Pathogenic Providencia alcalifaciens strain that causes fatal hemorrhagic pneumonia in piglets » Curr Microbiol. 2014;68(3):278-284. https://doi.org/10.1007/s00284-013-0470-y, fatales dans les deux cas.
P. sneebia et P. burhodogranariea sont deux espèces isolées de la mouche du vinaigre Drosophila melanogaster et plus précisément de son hémolymphe, liquide normalement stérile qui constitue le milieu intérieur de l'insecteJuneja P, Lazzaro BP « Providencia sneebia sp. nov. and Providencia burhodogranariea sp. nov., isolated from wild Drosophila melanogaster » Int J Syst Evol Microbiol. 2009;59(5):1108-1111. https://doi.org/10.1099/ijs.0.000117-0. L'infection par P. sneebia est presque toujours létale et cette virulence particulière semble s'expliquer par une aptitude de la bactérie à éviter le système immunitaire de la mouche, ce qui se traduit entre autres par une sécrétion diminuée de peptides antimicrobiensGalac MR, Lazzaro BP « Comparative pathology of bacteria in the genus Providencia to a natural host, Drosophila melanogaster » Microbes Infect. 2011;13(7):673-683. Accès direct.. D'autres travaux ont mis en évidence le rôle prépondérant et spécifique de certains de ces peptides, les diptéricines, dans l'immunité spécifique de cette même mouche vis-à-vis de P. rettgeri. En effet l'inactivation (par la technique Cas9) des gènes de ces peptides suffit à induire une susceptibilité marquée à l'infection alors que les insectes qui possèdent des gènes fonctionnels sont immunisésUnckless RL, Howick VM & Lazzaro BP « Convergent balancing selection on an antimicrobial peptide in Drosophila » Curr Biol. 2016;26(2):257-262. Accès direct.Hanson MA « Synergy and remarkable specificity of antimicrobial peptides in vivo using a systematic knockout approach » eLife 2019;8:e44341. https://doi.org/10.7554/eLife.44341.001.
P. vermicola a été isolée de formes juvéniles de Steinernema thermophilum, un ver nématode parasite des insectes.
Liste d'espèces Selon la LPSN, les espèces suivantes sont recensées en :
Notes et références
Liens externes
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