Nicolas Michel Krick (né le à Lixheim en Meurthe, et mort le ), est un prêtre lorrain, devenu missionnaire des Missions étrangères de Paris en 1848. Il meurt assassiné avec Augustin Bourry alors qu'il tente de rejoindre le Tibet.
Né dans une famille lorraine, de tendance politique démocrate, il entre au séminaire en 1839 et est ordonné prêtre en 1843. Après quelques années de sacerdoce, il rejoint les Missions étrangères de Paris. Il est envoyé en mission au Tibet avec trois autres confrères. Comme il est impossible d'y accéder par la Chine qui interdit l'entrée de son territoire aux étrangers, ils partent en Inde du Nord afin de découvrir un passage au Tibet par le Sud. Après plusieurs mois de tentatives infructueuses, Nicolas Krick devient le premier Européen à accéder au Tibet par cette voie. Il fait le récit de sa traversée de l'Inde du Nord et de ses expériences dans sa Relation d'un voyage au Thibet par , puis l'envoie à Paris. Cette Relation permet de faire progresser considérablement les connaissances alors très limitées que l'on a des tribus Mishmi et du Tibet. Après avoir réussi à y pénétrer, il doit quitter le Tibet face aux menaces qu'il subit.
Il retourne dans la vallée de l'Assam (Inde du Nord) et tombe malade. Après plusieurs mois de convalescence, il repart au Tibet accompagné d'Augustin Bourry, un nouveau missionnaire qui l'accompagne. Ils parviennent à grand-peine à la frontière du Tibet, avant d'être assassinés dans des conditions demeurées mystérieuses. Sa mort est très vite considérée par les catholiques comme un martyre.
Alors que Nicolas Krick était principalement connu pour sa Relation d'un voyage au Thibet par , la conversion rapide à la fin du de tribus Mishmi au christianisme contribue à donner à Nicolas Krick et Augustin Bourry une nouvelle notoriété. Les deux missionnaires étant alors considérés par les nouveaux convertis comme les fondateurs de leur Église, l'évêque de celle-ci décide d'entamer la procédure en vue de leur béatification.
Les écrits de Nicolas Krick, et notamment son journal, sont une référence pour les ethnologues qui étudient les tribus de l'Inde du Nord, en particulier les Mishmis. Ses descriptions des lieux, mais aussi des coutumes locales représentent les principales sources écrites du pour ces tribus qui n'ont que des traditions orales.
Biographie Jeunesse
Michel Krick épouse Élisabeth Dubourg, une fille de jardinier, et ouvre une boutique de tailleur. De leur union naît tout d'abord Catherine en 1816. Le à Lixheim (Meurthe) naît Michel, que l'on appellera en réalité du prénom de son parrain : Nicolas... Trois autres enfants suivent : Joseph en 1823, Nicolas Alexis en 1824 et Marie-Élisabeth en 1826. La naissance de Marie-Élisabeth en 1826 se passe mal et Élisabeth meurt en couches. Nicolas Krick est alors orphelin à l'âge de sept ans. Son père Michel épouse en secondes noces Anne Prévost, elle aussi veuve.. Nicolas passe alors de nombreuses heures dans la boutique de son père. Les contacts qu'il y a avec les clientes affine sa sensibilité à l'égard des femmes, trait que l'on retrouve sans peine dans ses écrits et ses sermons.
Très peu de renseignements sur l'enfance et l'adolescence de Nicolas Krick sont disponibles. Ses écrits postérieurs permettent malgré tout de comprendre qu'il a grandi dans une ambiance relativement libérale et très favorable à la démocratie et à la liberté.. La femme de son père, Anne Prévost, ancienne épouse de militaire, devait sans doute partager les idées de son ancien mari républicain. Nicolas Krick a des lectures éclectiques allant des écrivains romantiques comme Chateaubriand à Voltaire et Rousseau..
Il entre le au grand séminaire de Nancy... Même si l'on ignore ce que fait à l'époque Nicolas Krick, on sait que l'entrée au séminaire exige la connaissance du latin. Fils d'artisan, Nicolas a un profil un peu atypique, dans la mesure où le séminaire est principalement composé de fils de notables et de paysans.
Le séminaire de Nancy fonctionne sur le modèle sulpicien : une formation très axée sur les exercices de piété, la méditation et la prière. Quant aux études, elles se concentrent sur la théologie et l'Écriture sainte. Le séminaire de Nancy a donc adopté un règlement très rigoureux et exigeant. Par ailleurs, il possède une grande bibliothèque (la plus fournie des séminaires français d'alors), un atout pour le dynamisme intellectuel de l'établissement qui va de pair avec le grand respect de la liberté de penser de chacun qu'il pratique.. Dans l'un de ses sermons, Nicolas Krick prend la défense de la liberté de conscience, thème de prédilection à l'époque de l'anticléricalisme : ..
Lors de la quatrième année du séminaire, il a pour confrère Augustin Schoeffler. Ils sont nés dans des localités voisines et entrent aux Missions étrangères de Paris. C'est peut-être à ce moment-là que se naît la vocation missionnaire de Nicolas Krick.. En 1842, il est sous-diacre. Le , il est ordonné diacre et le , prêtre, à l'âge de vingt-quatre ans, comme la plupart des prêtres de son époque.
Prêtre lorrain
Après son ordination, il est nommé vicaire à Gerbéviller en Meurthe-et-Moselle puis en 1847, deuxième vicaire de Phalsbourg (Moselle), paroisse d'où est originaire Augustin Schoeffler. Nicolas Krick met par écrit tous ses sermons ; de la période de Gerbéviller et de Phalsbourg, soixante-douze sont conservés aux archives des Missions étrangères.. Leur style démontre qu'il était très exigeant sur le plan spirituel vis-à-vis de ses paroissiens.
En 1848, alors que les Révolutions secouent l'Europe, dans sa paroisse Nicolas Krick suit de près les évènements : ses homélies défendent un catholicisme libéral comme l'attestent leurs titres ou ..
Dans ses homélies, Nicolas Krick se montre aussi ardent patriote, patriotisme qui ne l'empêche pas d'entamer les démarches nécessaires pour devenir missionnaire en Asie. Le , il annonce son possible départ pour les Missions étrangères de Paris et le il y est aspirant, en même temps que Théophane Vénard et Augustin Bourry.. Au cours de ces années à Paris, il développe une relation proche de ses fidèles. La correspondance qu'il entretient après son départ démontre qu'il entretient les amitiés qu'il a nouées à cette période de sa vie..
Les Missions étrangères de Paris
thumb|alt=Photo du bâtiment du Séminaire des Missions étrangères de Paris.|Séminaire des Missions étrangères de Paris, 128 rue du Bac, Paris.
L'une des hypothèses qui explique son entrée aux Missions étrangères de Paris est sa rencontre avec Augustin Schoeffler qui y entre également. Une autre raison possible est la lecture des Annales de la propagation de la foi, alors très répandues, racontant la vie des missionnaires.. Sa foi a sans doute joué aussi un rôle important, son abandon à la Providence ses méditations sur les missions que l'on découvre dans l'une de ses homélies : . Nicolas Krick voit dans la vocation missionnaire le sommet de la vie chrétienne : .
Le contexte de son entrée aux Missions étrangères de Paris est mouvementé : la révolution de 1848 conduit à l'établissement de la Deuxième République en France. L'année précédente, le pape Grégoire fait ériger le vicariat apostolique de Lhassa (), au Tibet, et le confie aux Missions étrangères de Paris.. L'envoi de missionnaires au Tibet est rendu difficile par l'opposition des lamas bouddhistes..
Face aux difficultés et aux oppositions des Chinois, les supérieurs des Missions cherchent à pénétrer au Tibet par le Sud, l'Inde et l'Himalaya.. Cette solution est favorisée par le fait que le vicaire du Bengale cherche à se débarrasser de la responsabilité de la région de l'Assam, située au nord de Calcutta : il voit dans l'arrivée des Missions étrangères de Paris la possibilité de se décharger de cette région immense où les catholiques sont peu nombreux.. Le rattachement de la région d'Assam au vicariat apostolique de Lhassa est accepté.
Deux problèmes subsistent. D'une part, aucun Occidental n'a jamais traversé l'Himalaya par le Sud pour atteindre le Tibet et les missionnaires ne disposent pas d'informations sur la façon d'y accéder. D'autre part, cette mission étant assez difficile et périlleuse, les supérieurs des missions étrangères de Paris doivent trouver des personnes relativement expérimentées.. Après avoir pris pendant plusieurs mois des renseignements sur ceux qui seraient les plus aptes, ils choisissent Julien Rabin, Nicolas Krick et Louis Bernard, déjà tous ordonnés prêtres et possédant une expérience pastorale. Ils reçoivent une formation spécifique afin de préparer cette mission : apprentissage de l'anglais et du tibétain avec Philippe-Édouard Foucaux, le premier tibétologue français.., mais aussi étude de la médecine à l'hôpital Necker sur les conseils de missionnaires ayant réussi à passer au Tibet par la Chine.. Après une période de préparation de plusieurs mois, plus longue que la période habituelle, les trois confrères sont envoyés par le supérieur des Missions étrangères, le père Charles-François Langlois, et partent le pour Portsmouth.
Missionnaire au Tibet Préparation de la mission tibétaine en Inde thumb|alt=Carte de l'Inde et emplacement de la régiom de l'Assam du Nord dans le pays.|Région de l'Assam au Nord de l'Inde par lequel il est choisi d'accéder au Tibet
Leur bateau appareille de Portsmouth le et ils arrivent à Madras le . Ils sont accueillis par l'archevêque anglais, , qui les héberge et fait part de leur venue dans le journal Bengale catholique. L'accueil est chaleureux, mais très vite les trois missionnaires tombent malades, victime de bourbouille.. Après quelques jours, ils partent pour Calcutta pour l'Ascension. Les Anglais se montrent très intéressés par leur mission, mais l'intérêt de la presse anglaise porte moins sur le côté missionnaire que sur l'itinéraire menant au Tibet, qui n'avait encore jamais été exploré..
Les supérieurs des Missions étrangères de Paris décident de nommer Julien Rabin supérieur de la mission. Ce dernier leur fait parvenir régulièrement des rapports sur l'évolution de l'expédition.. Afin de se rapprocher du Tibet, les missionnaires quittent Calcutta le pour s'installer à Guwahati dans la région de l'Assam.. Ils réalisent alors toute la difficulté de l'entreprise : la multiplicité des dialectes et des langues va rendre leur progression très pénible. Ils décident donc de les étudier à raison de six heures par jour..
Le supérieur de la mission, Julien Rabin, veut faire de Guwahati le centre de la mission, alors que cette ville se situe loin du Tibet. Il écrit à ses supérieurs pour leur faire part de sa volonté d'y construire un collège afin de faire rayonner le catholicisme dans la région et de faire de cette ville le centre de leurs activités. Ses projets semblent de plus en plus irréalistes. Les conditions de vie sont très rudimentaires : les missionnaires sont installés dans un bungalow insalubre et Julien Rabin est fréquemment malade... À la suite de ses lettres, les supérieurs des Missions étrangères de Paris rappellent Julien Rabin à l'ordre et soulignent que les missions étrangères de Paris n'ont ni les moyens financiers ni les moyens humains pour fonder ce collège et que l'objectif qui lui est assigné est le Tibet, non la région d'Assam.
Par ailleurs des tensions commencent à apparaître entre les missionnaires : Julien Rabin décide alors de déléguer une partie de son autorité à Louis Bernard, et Nicolas Krick est envoyé en mission dans le Haut-Bengale à la demande de l'évêque de Dacca.. Alors que son voyage ne doit initialement durer que six semaines, Nicolas Krick s'attarde quatre mois auprès des petites communautés chrétiennes de la région. Le seul témoignage sur cette période est un commentaire très favorable de , au gouverneur général des Indes quand il apprend la mort de Nicolas Krick : .