La Route fleurie est une opérette en deux actes de Francis Lopez, livret de Raymond Vincy, créée à Lyon au Théâtre des Célestins le et à Paris au Théâtre de l'ABC le .

L'œuvre Contexte L'année 1952 est faste pour Francis Lopez : au Théâtre du Châtelet, les représentations du Chanteur de Mexico opérette créée l'année précédente connaissent toujours un important succèsLe Chanteur de Mexico sera représenté 905 fois au Théâtre du Châtelet de 1951 à 1953. ; le compositeur est également en tête de la parade des succès avec la chanson : L'amour est un bouquet de violettes, ainsi qu'avec les trois autres chansons de Violettes impérialesLors de l'adaptation cinématographique de cette opérette de Vincent Scotto, Francis Lopez, à la demande de Luis Mariano, a composé quatre chansons additionnelles.. La saison 1952/53 va voir également le succès de l'opérette À la Jamaïque créée le au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris. Francis Lopez va donc avoir trois opérettes simultanément à l'affiche dans trois grands théâtres parisiensFrancis Lopez et ses grandes Opérettes, page 85..

Genèse Vers la fin des années 1940Ou au début des années 1950 ?, un producteur canadien, à la demande du fantaisiste Adrien Adrius, propose à Francis Lopez de lui écrire une opérette en moins d'un mois pour la somme de vingt-mille dollars. Le compositeur, avec son librettiste attitré Raymond Vincy, acceptent la propositionFrancis Lopez avait déjà composé plusieurs opérettes à succès en moins de temps, comme La Belle de Cadix.. Ainsi est composée une opérette intitulée : Monsieur Si Bémol. L'œuvre est créée au Québec par Adrien Adrius où elle remporte un vif succès..

En 1952 le chanteur Georges Guétary, qui revient des États-Unis où il a joué dans le film Un américain à Paris d'après l'œuvre éponyme du compositeur George Gershwin, se voit proposer par Mitty Goldin et Léon Ledoux de jouer une opérette dans leur théâtre. Il se met donc en rapport avec Francis Lopez et Raymond Vincy. La décision est alors prise de reprendre Monsieur Si Bémol sous un nouveau titre et avec quelques modifications.

Dans le but de simplifier la trame du sujet, mais aussi pour s'inspirer du genre de la comédie musicale américaine dans laquelle le chanteur de charme et le comique se partagent la vedette, le rôle de Monsieur Si Bémol est scindé en deux : d'une part un rôle de « jeune premier » (Jean-Pierre) interprété par Georges Guétary ; d'autre part un rôle comique (Raphaël). Pour ce dernier rôle, le compositeur pense à un jeune Normand : BourvilGeorges Guétary indique son livre de souvenirs qu'il suggéra qu'on lui donne comme partenaire un fantaisiste de poids avec lequel il pourrait former un tandem comparable au tandem Bing Crosby et Bob Hope outre-Atlantique. Mais Francis Lopez prétend dans Flamenco, que c'est en fait lui qui a eu cette idée.. Ce dernier tente alors de se faire un nom, mais malgré quelques succès comme Les crayons ou À bicyclette, il connait, à la suite de plusieurs échecs consécutifsBourvil vient d'essuyer deux échecs coup sur coup, d'abord à l'Alhambra avec une opérette Le Maharadjah, puis au Théâtre de l'Étoile avec Monsieur Nanar., un passage difficile et plus aucun directeur, à Paris, ne veut de lui. Il songe d'ailleurs même sérieusement à quitter le métier. Francis Lopez doit donc batailler avec Mitty Goldin jusqu'à ce que ce dernier accepte finalement de le prendre, mais à ses « conditions », c'est-à-dire avec un faible cachet et avec la clause expresse : Francis Lopez et ses grandes Opérettes, page 86...

Pour le rôle de Lorette, Francis Lopez et Raymond Vincy ont besoin d'un fantaisiste. Ils font appel à une jeune artiste alors dénommée Nini Cordy que le compositeur a découverte récemment au Bœuf sur le toit de Bruxelles que tient Jean Omer un de ses amisLe compositeur s'était rendu au Bœuf sur le toit de Bruxelles avec Luis Mariano afin d'y mettre au point des représentations de La Belle de Cadix.. Lors de la signature de son contrat pour le Théâtre de l'ABC, elle décide de remplacer Nini par Annie, donc Annie CordyFrancis Lopez et ses grandes Opérettes, pages 86 - 87..

Caractéristiques Bien qu'appartenant au genre de l'opérette, La Route fleurie se rapproche en fait beaucoup du genre de la comédie musicale, ceci dans le sens où l'écriture de la comédie est suffisamment étoffée pour qu'elle puisse être jouée sans musique. C'est probablement une des raisons pour lesquelles l'œuvre a connu plus de mille-cinq-cents représentations lors de sa création au Théâtre de l'ABC, et qu'elle continue encore actuellement, à être l'une des opérettes les plus jouées de Francis LopezFrancis Lopez et ses grandes Opérettes, page 91..

Pour cette œuvre, le compositeur a souhaité sortir de la couleur espagnole caractéristique de ses partitions précédentes au profit de chansons typiquement parisiennesFrancis Lopez et ses grandes Opérettes, page 89..

La chanson Subitiste interprétée au début du premier acte par Mimi est écrite sur un tempo de boogie-woogie, rythme de jazz très à la mode à l'époque.

Le deuxième acte comprend un numéro comique mettant en scène Raphaël et Lorette intitulé le Da ga da Tsoin Tsoin. Ce numéro permettait notamment à Bourvil et Annie Cordy d'être ovationnés lors de chaque représentation.

Lors de la composition, Francis Lopez venait d'acquérir une villa sur les hauteurs de Cannes, dans le quartier de La Californie et qu'il avait baptisée la « Villa Andalousie ». Aussi, inspiré par le folklore local, il a souhaité intégrer une farandole dans son œuvre, ce qui a donné la chanson Farandole chantée dans le deuxième acte par Jean-Pierre.

Comme dans la plupart des œuvres de Francis Lopez, La Route fleurie comporte une chanson sur le thème de l'amitié. Il s'agit ici en l'occurrence du duo Copains, copains chanté vers la fin du deuxième acte par Jean-Pierre et Raphaël. La structure de ce duo est particulière : il comporte un premier thème chanté par Jean-Pierre seul, puis un second thème construit sur les mêmes harmonies que le premier, chanté par Raphaël seul, enfin les deux thèmes sont chantés simultanément par les deux personnages en s'enchevêtrant.

Création Première à Lyon Il avait été convenu que La Route fleurie devait d'abord être jouée au Théâtre des Célestins à Lyon pour y être « rodée » avant qu'elle le soit au Théâtre de l'ABC à Paris. Cette pratique assez courante permet ainsi d'une part de gommer certaines choses lorsqu'elles ne portent pas dans le public, et d'autre part de voir ce que les spectateurs apprécient. L'œuvre fut donc créée à Lyon au Théâtre des Célestins le .

Création parisienne La Création parisienne a lieu le . Il s'agit indiscutablement d'un triomphe, aussi bien pour Francis Lopez que pour Annie Cordy, Georges Guétary et Bourvil. À la fin de la représentation, le public rappelle les artistes dix fois de suite, et toute la salle se lève pour acclamer Francis Lopez et Raymond Vincy lorsqu'ils se présentent sur scène. L'opérette sera par la suite représentée au Théâtre de l'ABC jusqu'au , et ce à un rythme allant jusqu'à onze représentations par semaine et totalisera mille-cinq-cents représentations. À chaque fois elle fera salle comble au point que des places se vendront au marché noirFrancis Lopez et ses grandes opérettes, page 92..

Durant l'ensemble des représentations qui suivirent au Théâtre de l'ABC, l'équipe évoluera. Annie Cordy à qui on propose un rôle dans le film Poisson d'avril abandonne le rôle de Lorette en Elle s'était déjà absentée à plusieurs reprises et frôla d'ailleurs d'en venir à un procès avec Mitty Goldin. Il fut évité grâce à Henri Bruno qui racheta le contrat de sa femme.. Elle est remplacée par la chanteuse Joan Daniell. Georges Guétary obtient vers la même époque de se faire remplacer le lundi par une doublure : Jean-Jacques Lécot. Il abandonne aussi provisoirement le rôle au début de l'été 1954 pour tourner à Berlin une adaptation cinématographique du Baron tziganeFrancis Lopez et ses grandes opérettes, pages 92 - 94..

Tournée

Réception

Fiche technique Opérette en 2 actes et 12 tableaux :

livret : Raymond Vincy ; musique : Francis Lopez ; orchestration : Jacques-Henry Rys ; mise en scène : Max Révol ; chorégraphie : fred chrystian décors : Pellegry & Deshays ; première : , Théâtre des Célestins, Lyon ; création à Paris : , Théâtre de l'ABC.

Distribution et interprètes de la création Mimi (Claude Arvelle) Lorette (Annie Cordy) Rita (Annie Dumas) la concierge (Suzy Leroy) Jean-Pierre (Georges Guétary) Raphaël (Bourvil) Poupoutzoff (Frédéric O'Brady) Gustave (Hennery) Bonnardel (Jean-Louis Allibert)

Argument Acte I À Montmartre, Place du Tertre, Jean-Pierre, qui voudrait devenir un grand compositeur, partage son atelier avec Raphaël, un poète raté qui essaie de devenir peintre. Ils sont deux amis fidèles insouciants et joyeux, et ils mènent ensemble une vie de bohème. Ils ont également décidé de mettre l'ensemble de leurs biens et de leurs ressources en commun, mais pour l'instant, ils mettent plutôt en commun leur manque de biens et de ressources. Ils sont en effet toujours à court d'argent et leur situation serait désespérée si Jean-Pierre ne recevait pas un chèque mensuel d'une tante riche. Raphaël est en outre amoureux de Lorette, qui lui sert de modèle.

Mais un espoir de fortune semble enfin se dessiner. Une opérette dont la musique a été composée par Jean-Pierre a en effet enthousiasmé un producteur. Et ce dernier a indiqué à Jean-Pierre qu'il est prêt à lui verser une confortable avance dès qu'un scénario original lui sera présenté afin qu'il compose une nouvelle opérette. De son côté, Raphaël a surtout en tête la volonté de déclarer sa flamme à Lorette, mais maladroit et gaffeur, il ne sait pas vraiment comment s'y prendre.

Lors d'une matinée ensoleillée de juin, Mimi décide de profiter de sa première journée de vacances pour faire un petit pèlerinage à Montmartre, le quartier où elle a été élevée. Elle y retrouve Lorette et Raphaël qui sont ses amis d'enfance. Elle est également présentée à Jean-Pierre. Ce dernier, en la voyant, est subjugué par son charme et tombe aussitôt amoureux d'elle. Mimi n'est certes pas insensible au charme du jeune homme, mais elle est également courtisée par un riche producteur de cinéma quinquagénaire nommé Bonnardel qui lui a d'ailleurs fait une demande en mariage. La jeune fille hésite donc quant au parti à choisir : l'aventure avec Jean-Pierre, ou la sécurité avec Bonnardel. Finalement, elle décide de laisser passer les vacances avant de prendre une décision.

Jean-Pierre décide alors d'inviter Mimi, Lorette et Raphaël à partir avec lui en vacances sur la Côte d'Azur. Ils pourront faire face aux premiers frais du voyage grâce au chèque de la tante de Jean-Pierre qui doit lui parvenir le lendemain. Mais lorsqu'il reçoit le chèque tant espéré, celui-ci comporte un zéro de moins que le montant prévu : cinq-mille francs au lieu de cinquante-mille. La tante a en effet décidé de couper les vivres à son neveu. Elle met toutefois à sa disposition, et pour la durée du mois de juillet, sa luxueuse villa « Vacances » qu'elle possède au Cap d'Antibes.

Jean-Pierre décide alors de se rendre chez Bonnardel et il découvre qu'il n'est autre que le fameux producteur. Mais n'ayant pas de scénario, il ne parvient pas à obtenir d'avance financière. Il parvient cependant à louer pour un mois au producteur, la villa de sa tante. Le producteur mettra la villa à la disposition de sa capiteuse maîtresse Rita Florida. Les quatre héros peuvent donc enfin prendre « la route fleurie », qui va les mener sur les bords de la Méditerranée.