Les sont des signes utilisés en écriture japonaise, visuellement identiques, apparentés ou similaires aux sinogrammes des langues chinoises. Chaque unité graphique de ces systèmes d'écriture est communément appelée un « caractère ». + Exemples de sinogrammesCaractère en chinois(République populaire de Chine)Caractère en japonais(époque contemporaine)Remarques Caractères , à la différence du design de la police. Caractères (simplifications de la forme traditionnelle ).Absent Caractère créé au Japon (kokuji). avec d'autres caractères chinois tels que et .

Cet article se concentre sur les principes qui sous-tendent les manières de lire les kanjis et, plus généralement, sur leur fonctionnement, tout en présentant leur histoire, ainsi que leurs emplois et leur encadrement dans le Japon contemporain.

Aperçu général Étymologie du mot « kanji » Le mot « kanji » est emprunté à la romanisation du terme japonais (kanji), lequel signifie littéralement de l'. Par glissement sémantique, désigne aussi ce qui se rapporte au monde chinois en général ; ainsi, « kanji » équivaut à « caractère chinois » ou « sinogramme ».

Au Japon, le terme est attesté au début du dans le KojidanDictionnaire Seisenban Nihon kokugo daijiten, éditions Shōgakukan. Entrée . Auparavant, les sinogrammes étaient appelés (mana), en opposition aux kanas. D'autre part, on trouve aussi les appellations 本字 (honji) et 男文字 (otoko moji).

En français, le terme « kanji » ne désigne que les sinogrammes utilisés en japonais, et non, par exemple, pour les langues chinoises ; néanmoins, son sens initial dans la langue japonaise n'a pas cette limitation. Par ailleurs, on trouve un terme homologue en mandarin standard, identique sémantiquement à kanji : hanzi. Enfin, plus anecdotiquement, « kanji » ne doit pas être confondu avec Cang Jie (appelé Sōketsu au Japon), le nom de l'inventeur légendaire des sinogrammes ; Cang Jie se prononce approximativement « Tsang Djié » (et non « Kang Ji » ou encore « Kan Ji »).

Rôle des kanjis en japonais

Le japonais s'écrit principalement par l'association de deux types d'écriture : kanjis (logographiques) et kanas (phonographiques). Les kanjis sont considérés comme des logogrammes, puisqu'en principe un caractère représente une unité de signification, c'est-à-dire un mot ou un morphème japonais . Par exemple, le mot japonais , « fleur », est représenté graphiquement par le kanji . Les kanas sont quant à eux des phonogrammes. Répartis entre les hiraganas et katakanas, ils forment deux syllabaires dont les signes représentent une unité phonologique . Par exemple, les hiraganas et correspondent aux syllabes et .

Combinaison avec les syllabaires + Une phrase mêlant kanjis et hiraganas Les caractères soulignés correspondent aux kanjis.Les kanas en gras sont des okurigana attachés au kanji à leur gauche. Kanas et kanjis se combinent dans le modèle kanji kana majiribun Source : dictionnaire Daijisen, éditions Shōgakukan. qui, schématiquement, consiste à utiliser les kanjis pour écrire les éléments lexicaux les plus importants, tandis que l'habillage grammatical de la phrase est écrit en kanas.

Ainsi, typiquement, les substantifs (noms) sont écrits à l'aide d'un kanji ou d'une chaîne de kanjis, tandis que les éléments grammaticaux ou fonctionnels sont écrits en hiraganas.

Les verbes ainsi que d'autres mots variables suivent le plus souvent un modèle combinant un kanji représentant le mot (par exemple, le verbe), suivi d'un ou de plusieurs hiraganas dont la présence permet de distinguer les différentes formes infléchies de ce mot ; les hiraganas utilisés de cette manière sont désignés par le terme okurigana.

Principaux enjeux pratiques Il est fréquent qu'un kanji représente plusieurs unités de signification, dont le choix dépendra du contexte ; autrement dit, un caractère peut se lire de différentes manières (cf. la partie de l'article consacrée aux généralités sur les lectures des caractères).

Ceci rend l'emploi des kanjis dépendant fortement du contexte et leur maîtrise assez ardue, d'autant que le nombre de signes utilisés en pratique est important et que les graphies sont relativement complexes.

Ce foisonnement donne toutefois accès à davantage de clarté et de nuances. Pour limiter les difficultés qu'il entraîne en pratique, les usages des kanjis font par ailleurs l'objet de politiques de normalisation propres au Japon, notamment à travers la liste des kanjis d'usage courant.

Perspectives linguistiques et historiques L'article se consacre également aux liens entre kanjis et morphologie du japonais. Ceux-ci permettent de comprendre comment le système graphique des sinogrammes a été profondément remodelé par les structures linguistiques du japonais, tout en favorisant en retour l'extension et l'organisation du lexique de cette langue.

En effet, en raison de l'origine chinoise des caractères et des propriétés très différentes du japonais par rapport aux langues sinitiques, leur intégration à la langue japonaise n'allait pas de soi. Après avoir examiné la nature comparée des sinogrammes dans les contextes chinois et japonais, l'article retrace leur transmission au Japon et les transformations qui ont accompagné leur appropriation (développement des lectures kun, des kanas, etc.).

Lectures et fonctionnement Lectures des kanjis Cadre conceptuel Les unités de signification que représentent les kanjis (plus précisément, leur signifiant) se matérialisent à l'oral dans leur prononciation ; celle-ci forme une lecture du kanji. Par extension, « lecture » désigne également la représentation écrite conventionnelle de cette prononciation : par le biais de syllabaires dans le cadre du japonais orthographié en kanas (kanazukai), ou par le biais de lettres dans le cadre du japonais romanisé (rōmaji-tsuzuri) ; en effet, ces graphies sont en grande partie phonétiques.

Par exemple, une lecture du kanji est , pour le mot correspondant à « fleur ».

En apparence, donc, lire un kanji revient en principe à connaître la prononciation qu'il convient de lui attacher . Toutefois, marginalement, il existe des mots composés de plusieurs kanjis dont la lecture n'est pas sécable caractère par caractère (cf. lectures jukujikun). Par exemple, le mot (figue) se lit ichijiku, mais il n'est pas possible de découper cette lecture selon les trois caractères , et .

En japonais, les lectures sont appelées ou ; ce dernier terme est employé en référence aux deux catégories on et kun présentées dans la section suivante Le mot yomi peut être également employé, même si, souvent, ce dernier désigne plus spécifiquement les lectures kun. Source : dictionnaire Meikyō kokugo jiten, 3 édition, éditions Taishūkan..

Lectures sino-japonaises (on) et japonaises (kun) Un kanji est fréquemment doté de plusieurs lectures, puisque la relation entre les caractères et les morphèmes / mots n'est pas de un pour un ; celles-ci sont classées en deux catégories : on et kun. Par exemple, est lu respectivement ka et hana. Les dérivent de morphèmes de langues sinitiques (chinoises) anciennes. Les sont issues de la langue japonaise native (Yamato kotoba), laquelle n'a pas de lien de parenté avec les langues sinitiques.

De manière simplifiée, les appellations « lecture on » et « lecture kun » renvoient à deux modes d'appropriation historiques des sinogrammes par les Japonais. Dans le premier cas, un caractère fut adopté avec une prononciation issue d'une langue chinoise ; cette prononciation devint la lecture sino-japonaise (on). Dans le second, l'unité de signification représentée par le caractère fut traduite en japonais ; ce mot devint la lecture kun. Lorsque ce procédé s'applique non à un caractère isolé mais à une suite entière de caractères, on parle généralement de jukujikun.

Bien que la plupart des kanjis aient au moins deux lectures (on et kun), on trouve des kanjis sans lecture on comme (iwashi, sardine) ; ce dernier est un kanji créé au Japon. À l'inverse, un caractère comme (chrysanthème) n'avait pas d'équivalent dans le vocabulaire japonais au moment de son introduction ; il n'a de ce fait qu'une lecture on, à savoir kiku.

Stratification de la langue japonaise Les lectures kun correspondent à la couche lexicale endogène. En revanche, les lectures on constituent les morphèmes « sinoxéniques », ce qui souligne qu'il s'agit d'éléments originaires du groupe des langues sinitiques mais utilisés dans une langue (le japonais) extérieure à ce groupe.

Aussi, les sinogrammes ont-ils été le vecteur d'un enrichissement considérable du vocabulaire japonais (vocabulaire sinoxénique), à partir surtout de l'époque de Heian, avec une culmination aux . Les lectures on forment plusieurs strates lexicales correspondant à l'arrivée, à différentes époques, de variétés distinctes de chinois (cf. section dédiée).

Plus anecdotiquement, certaines lectures de type kun (au sens large) ne reposent pas sur la langue japonaise native, mais sur des emprunts plus récents d'origine européenne. Ainsi, peut se lire pēji (de l'anglais ) et botan (du portugais , « bouton »). Ces lectures sont toutefois absentes des listes officielles. Bien que le lexique d'origine européenne soit très présent dans le japonais contemporain au travers des , il est en principe écrit en katakanas, donc sans kanjis.

Répartition des lectures on et kun

En tendance, on constate que les mots écrits avec un seul kanji font plutôt appel à des lectures kun, les lectures on étant au contraire fréquentes au sein des . Par exemple : (umi), mer (lecture kun) (wata), coton (lecture kun) (kai‧men), éponge (lectures on ; comparer avec les lectures de son équivalent dans des langues sinitiques contemporaines : hai‧mian en mandarin, hoi‧mien en hakka)

Cependant, cette observation est à nuancer car il existe en particulier un grand nombre de composés jukugo n'arborant que des lectures kun, à l'instar du mot (kawa‧kami, amont).

Du reste, on trouve aussi de nombreux jukugo hybrides : par exemple, en cuisine, (buta‧niku, porc) et (tori‧niku, volaille) sont lus avec une lecture kun du premier kanji et une lecture on du second ; on parle de lectures . À l'opposé, on trouve les lectures dites , qui suivent un modèle on plus kun, comme avec le mot (ban‧gumi, programme).

Longueur phonologique des lectures Certaines lectures sont plurisyllabiques. On observe les tendances suivantes : les lectures kun sont en majorité plurisyllabiques ; par exemple : umi, yama, hikari, tamashii ; les lectures on sont souvent monosyllabiques ; par exemple, kan, kō, shi.

Cela étant dit, les lectures on contenant deux syllabes ne sont pas particulièrement rares, contrairement à ce qui se constate avec les lectures chinoises d'origine, monosyllabiques. Ce sont notamment les syllabes du chinois médiéval dites qui ont donné naissance aux lectures on plurisyllabiques. On trouve par exemple la lecture eki de ou la lecture koku de .

Dépendance au contexte Généralement, la lecture d'un kanji n'est pas prédictible en l'absence de contexte, puisque la majorité des caractères sont pourvus d'au moins deux ou trois lectures. Ainsi, certains kanjis d'usage courant présentent-ils une grande variété de lectures ; on trouve par exemple le kanji (« vivre », « la vie », etc.) dont les lectures officielles sont sei, shō, ikasu, ikiru, ikeru, umareru, umu, o'u, haeru, hayasu, ki et nama, soit douze lectures officielles.

Souvent, donc, déterminer la lecture d'un kanji suppose d'avoir identifié correctement le mot pour lequel il est employé. Il faut pour cela observer un ou plusieurs signes situés à son voisinage, voire juger plus largement en fonction du contexte. Par exemple, , utilisé seul, peut se lire soit tsuno (corne), soit kaku (angle) ; il est donc nécessaire de deviner, grâce au contexte, lequel de ces mots est codé par pour parvenir à lire ce kanji.