Désiré Monnier (né Hippolyte Désiré Monnier le , à Lons-le-Saunier, mort le , à Domblans) est un érudit et un folkloriste français, auteur de plusieurs ouvrages consacrés aux traditions populaires de Franche-Comté au milieu du .

Biographie Désiré Monnier a consacré une partie de ses écrits aux souvenirs de la Révolution française, probablement en raison du vécu de ses parents, car il n'a que 16 mois lorsque celle-ci débute. Son enfance est marqué par de nombreux troubles et par la suspicion contre son père, Joseph Monnier, qui est en contact avec de nombreux nobles dans le cadre de sa profession de commissaire à terriers. Le jeune Désiré apprend à lire et écrire auprès de Sœur Gaudemelle, une tierceline chassée de son couvent en raison des troubles de la Révolution, et hébergée par ses parents.

Enfance et famille Désiré Monnier est le fils de Jean Joseph Monnier (1742-1809) et d'Anne Vulpillat. Dans son enfance, Désiré Monnier est un enfant vagabond. Il se décrit lui-même comme un être fragile, malade et frêle, sans cesse en déplacement et à la recherche de nouveaux espaces. Dans Souvenirs d’un octogénaire de Province., ouvrage qu’il rédige à la fin de sa vie, il semble que cet état d’âme ait conditionné sa curiosité pour le territoire de sa région, étant toujours en besoin de mouvement : “à quoi peut servir cette âme dans un corps pareil? [...] cette ombre éphémère d’enfant, c’était moi depuis le . [...] Mais, tout en surmontant les chances de mort qui cernaient mes premiers pas dans la carrière humaine, ma nature en a conservé la peine et la tâche originelles : car cet inconcevable besoin de locomotion, cette vague aspiration aux choses inconnues qui m’a suivi en tous lieux, ne sont-ils pas nés du malaise de mon berceau?”.

Désiré Monnier naît dans le climat instable du début de la Révolution, une atmosphère pesante surtout ressentie par la position délicate de ses parents. Son père, Jean Joseph Monnier, est commissaire à terriers et enregistre les droits seigneuriaux dans ses livres. Il est également le régisseur de la comtesse de Lauraguais, propriétaire du château d'Arlay, et en relation avec de nombreux membres de la noblesse. Pour cette raison, il pouvait être considéré comme un ennemi de la Révolution. L’inquiétude est grandissante : le beau-frère de Jean Joseph Monnier est arrêté le .. Le frère de Jean Joseph est envoyé en prison, après avoir fait partie du comité municipal de salut public de Lons-le-Saunier. Jean Joseph essaie quant à lui de rester discret, dans une grotte à Loisia, tout en continuant de travailler comme commissaire à terriers avec son frère. Qualifié de “scrutateur aux sections du fédéralisme”, il évite l’arrestation. En 1794, des exécutions par guillotine ont lieu au tribunal révolutionnaire : “le tribunal révolutionnaire est institué pour punir les ennemis du peuple… La seule peine à infliger, c’est la mort”. Du 19 au , 1831 personnes sont exécutées en France..

Il s’installe définitivement à Domblans avec sa femme et vit une vie modeste, proche de sa belle-famille. Il voyage régulièrement dans la région, et effectue notamment de longs séjours à Lons-le-Saunier pour consulter les archives départementales. Sa mère meurt le , mais cette mort n’est évoquée que brièvement dans ses récits. Il s’étend beaucoup plus longuement sur la perte de son beau-frère le , Jean-François Beaupoil, de qui il était très proche.

Cercles amicaux En 1808, Désiré Monnier rencontre l'écrivain Charles Nodier. Le lien qui se noue entre les deux hommes est favorisé par leur animosité commune envers Napoléon Ier. Désiré Monnier écrit une lettre de louanges à Charles Nodier après la publication de La Napoléone. L'écrivain lui répond et invite le jeune Désiré Monnier à venir lui rendre visite à Quintigny, dans la propriété de ses beaux-parents. Il devient même un familier de la maison..

En 1813, Désiré Monnier fait la connaissance de Charles Weiss, bibliothécaire à Besançon. Charles Weiss est l'ami le plus cher de Désiré Monnier. Cette forte amitié est entretenue par un riche échange de lettres qui dure jusqu'à la mort de Charles Weiss en 1866. Cette correspondance a aujourd'hui disparu, malgré le soin pris par Désiré Monnier de son vivant à la conserver. Mais la bibliothèque de Besançon conserve les réponses de Désiré Monnier faites à Charles Weiss.. C'est une correspondance intellectuelle et amicale, Désiré Monnier envoie régulièrement ses productions littéraires à Charles Weiss, notamment des poèmes de son invention..

Désiré Monnier se lie aussi d'amitié avec Claude Joseph Rouget de Lisle, il lui a rendu visite plusieurs fois, bien qu'il n'apprécie guère le talent poétique de cet auteur..

Une amitié importante dans la vie de Désiré Monnier est celle qu'il entretient avec le poète Alphonse de Lamartine. Il le rencontre le , ainsi que son épouse Elisa de Lamartine. Les deux hommes partagent des discussions littéraires, Désiré Monnier lui envoie même des poèmes de sa main, qui reçoivent un accueil enthousiaste de Lamartine.. Désiré Monnier a failli se rendre en Orient (en Grèce et au Liban) aux côtés de la famille de Lamartine, mais il s'est ravisé face à la longueur du voyage. Au Liban, la fille du poète, Julia, meurt tragiquement. Désiré Monnier écrit une lettre touchante à Alphonse de Lamartine pour le consoler..

Dernières années et décès Le , Désiré Monnier perd son épouse, Gabrielle, après 42 ans de mariage. Son courrier et ses poèmes témoignent d’un grand deuil.. Il poursuit son travail d’écriture, publie des études mais se retire peu à peu de la vie publique. En 1861, il quitte la mairie de Domblans, remplacé par Edouard de Broissia. La même année, l’Annuaire du Jura change de propriétaire, passant aux mains de Frédéric Gauthier. L’année suivante, Désiré Monnier cesse d’y publier. Il n’y écrit alors plus qu’en 1867 pour critiquer le travail de l’éditeur, des auteurs et de la censure dont il fit l’objet, faisant remarquer des « indélicatesses ».

En 1862, il est subitement frappé de paralysie physique.. Encouragé par une partie de son entourage, il décide de publier ses mémoires. Le manuscrit original n’a pas été gardé, et le texte, publié à titre posthume, a été remanié. Il décède finalement le . Il est enterré auprès de son épouse dans le vieux cimetière de Domblans.

Activités professionnelles et érudites

Années de formation

Travaux régionaux Désiré Monnier ne reçoit pas de formation académique. Il se forme sur le terrain notamment en suivant l’exemple paternel.

Au moment de la prise de pouvoir de Napoléon Bonaparte, le père de Désiré Monnier quitte ses fonctions officielles et politiques et se tourne vers la conservation en devenant archiviste à la préfecture du Jura. C'est à partir de cette époque que Joseph Monnier commence à réunir un large corpus d'archives et de documentation sur l’histoire du département. Il a pour projet d’écrire une histoire complète de la ville de Lons-le-Saunier. Mais sa mort rapide en interrompt ce travail. Désiré Monnier, intéressé lui aussi par les recherches historiques, se lance dans la poursuite de celles de son père et les étend à tout le département jurassien et même à l'ensemble de la Franche-Comté. Cet intérêt régional se retrouve dans sa production de carnets de dessins qu’il réalise lors de ses promenades à pied sur les routes de sa région.

Premières expériences professionnelles En parallèle de ses activités de recherches Désiré Monnier mène une carrière dans l’administration locale.

Cette bonne connaissance de la région lui permet de devenir, en 1811, « arpenteur » de Lons-le-Saunier au sein de l’administration des eaux et des forêts. Deux ans plus tard, en 1813, il entre dans la commission des routes et dans le comité de réflexion pour l’ouverture d’un musée au sein de la ville. En parallèle de ses fonctions administratives, Désiré Monnier écrit dans la presse locale, notamment dans le Journal du Jura où il contribue de longues années.

Durant la Restauration, il suit à Besançon le marquis de Champagne, un de ses fidèles amis et grand royaliste, dont il devient le secrétaire intime. Le retour de Napoléon Bonaparte lors des Cent Jours lui fait perdre sa place dans la capitale régionale et il s’installe finalement à Lons-le-Saunier à la chute de l’Empire où il devient secrétaire particulier du premier préfet..

Un antiquaire membre des sociétés savantes Désiré Monnier est un archéologue-antiquaire, l'un des premiers du Jura.. Le développement des savoirs antiquaires au s'inscrit dans des recherches qui débutent au et se confirment au .. Désiré Monnier fait partie d'une nouvelle génération de chercheurs qui mettent l'accent sur la science archéologique qui se formalise progressivement au cours du , notamment par l'émergence des sociétés savantes locales.. Désiré Monnier est membre de plusieurs de ces sociétés telle que la Société des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Mâcon. Il devient membre de la Société d'émulation du Jura dès sa fondation en 1818 et en est un membre actif pendant plusieurs années. Il publie, dans ce cadre, de nombreux écrits sur divers sujets liés à l’histoire régionale..

Sa présence régulière dans la société et son investissement important lui permettent de nourrir de nombreux échanges avec les autres membres au sujet de l’archéologie du département. À cette époque, l’archéologie est une discipline naissance et ses collaborateurs soulignent ses qualités de savant érudit. Il fait figure de précurseur car il comprend, alors que c’est encore une science balbutiante, l’importance de la mise en série des petits fragments antiques et médiévaux afin de les comparer, dans un second temps, pour améliorer notre connaissance des sociétés passées. En somme, Désiré Monnier essaye « d'éclairer l'histoire par l'archéologie et par les traditions ». Ses qualités, reconnues à l’époque par ses collègues jurassiens, ne l’empêchent pas de formuler des théories qui ne sont plus d’actualité. L'antiquaire a d'ailleurs tendance à écrire vite et envoie, parfois hâtivement, des notices concernant des monuments régionaux à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres qui lui répond froidement du fait de théories douteuses et pas au fait des publications scientifiques récentes. Ses travaux sont donc peu reconnus par les grandes autorités savantes contemporaines, malgré le fait qu'il se soit rendu en 1820 à l'Académie, à Paris, étape qui est pour lui une désillusion. En 1822 et 1823, Bon-Joseph Dacier juge sévèrement son travail et souhaite que Désiré Monnier change sa méthode pour être plus proche des faits, ce qu'il ne fait pas et qui limite dans les années qui suivent ses liens avec l'Académie.

L’histoire celte est l’un des centres d’intérêts privilégiés de Désiré Monnier. Il n'hésite pas à faire de longues marches à Lons-le-Saunier et dans tout le Jura pour découvrir et relever les vestiges des voies antiques. Ses recherches historiques précoces demeurent fondamentales dans l’historiographie du Jura.

Ses activités de conservateur de musée alt=Vue extérieure du musée des Beaux-Arts de Lons-le-Saunier.|vignette|Le musée des Beaux-Arts, installé dans une aile de l’hôtel de ville de Lons-le-Saunier. En tant qu'historien, archéologue et archiviste de la préfecture., Désiré Monnier est nommé conservateur du musée départemental du Jura. En cette qualité, il élabore un plan d'organisation des collections d'antiques, de médailles et d'histoire naturelle. Il entretient de bonnes relations avec les préfets du Jura Louis de Coucy et Armand Bernard Moreau de la Rochette mais les relations se détériorent avec le successeur de ce dernier, Ferdinand Marie Louis de Waters, qui n'éprouve aucun intérêt pour l'art.