Les Pinnipèdes (Pinnipedia) sont un micro-ordre de mammifères carnivores caniformes. Ce sont des mammifères marins, semi-aquatiques, aux pattes en forme de nageoiresle mot latin pinnipes signifie : "qui a des ailes aux pieds", fréquentant pour la plupart des mers froides. Ce clade particulier comprend les familles des Odobénidés (dont le seul membre vivant est le morse), des Otariidés (les otaries : les lions de mer et otaries à fourrure), et des Phocidés (phoques, complètement dépourvus d'oreilles apparentes, dont les éléphants de mer). Il existe vivantes de pinnipèdes et plus de éteintes, décrites à partir de fossiles. Alors que l'on pensait jadis que ces animaux descendaient de deux lignées ancestrales distinctes, les analyses moléculaires ont révélé que, vraisemblablement, ils ne constituent qu’une seule lignée monophylétique, à savoir un clade de l'ordre Carnivora, généralement placé en tant que super-famille et groupe frère (parmi les vivants) des Musteloidés (comprenant entre autres les belettes, ratons-laveurs, mouffettes, petits pandas), à peine plus éloigné des Ursidés (ours) et des Canidés (loups, chiens, renards, chacals).

La viande, la graisse et la fourrure des pinnipèdes étaient traditionnellement utilisées par les peuples autochtones de l'Arctique, et ces animaux ont été représentés dans différentes cultures à travers le monde. Ils sont fréquemment élevés en captivité et sont même parfois dressés pour effectuer des tours et des spectacles. Autrefois impitoyablement traqués par les industries commerciales pour leurs produits, les phoques sont maintenant protégés par le droit international. L'Otarie du Japon et le Phoque moine des Caraïbes ont disparu au cours du siècle passé, tandis que le Phoque moine de Méditerranée et le Phoque moine de Hawaï sont classés en danger critique d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Outre la chasse, les pinnipèdes sont également exposés à des menaces liées au piégeage accidentel, à la pollution marine et à la concurrence avec les populations locales.

Anatomie et physiologie

Les pinnipèdes ont un corps simplifié, en forme de fuseau avec des pavillons auriculaires très réduits, voire absents, une tête arrondie, un cou flexible, des membres modifiés en nageoires et une petite queue. Leur crâne a de grandes orbites oculaires, un museau court et une région interorbitale resserrée. Ils sont les seuls carnivores dont la paroi orbitaire est largement influencée par la mâchoire et ils ne sont pas limités par certains os du museau. En comparaison d'autres carnivores, leurs dents sont peu nombreuses (en particulier les incisives et les molaires), elles sont surtout pointues et coniques, et on peut remarquer l'absence de carnassières. Le morse a des canines supérieures caractéristiques qui sont allongées pour former des défenses. Les glandes mammaires et les organes génitaux se rétractent dans la peau. Les pinnipèdes ont une taille qui varie entre et pour le Phoque de Sibérie, et et pour l'Éléphant de mer austral, le plus grand représentant de l'ordre des Carnivora. Plusieurs espèces présentent un dimorphisme sexuel qui est en corrélation avec le degré de polygamie au sein de l'espèce : les animaux très polygames comme les éléphants de mer sont extrêmement dimorphiques, tandis que les espèces moins polygames ont des mâles et des femelles de taille équivalente. Chez les phoques lobodontins (Phocidae, Monachinae, Lobodontini), les femelles sont légèrement plus grandes que les mâles. Les mâles des espèces au dimorphisme sexuel marqué ont également tendance à présenter des caractères sexuels secondaires tels que la trompe importante des éléphants de mer, la membrane rouge gonflable sur le nez des phoques à capuchon et le cou épais et la crinière des otariidés.

thumb|right|Mâle et femelle lions de mer, présentant un dimorphisme sexuel.

Bien qu'ils ne se déplacent pas aussi vite dans l'eau que les dauphins, les pinnipèdes sont plus souples et plus agiles. Les otariidés utilisent leurs membres antérieurs pour se propulser dans l'eau, tandis que phocidés et les morses utilisent pour cela leurs membres postérieurs. Les otariidés et les morses ont des pattes arrière qui peuvent se retirer sous le corps et être utilisées comme pieds pour se déplacer sur la terre ferme. Par comparaison, la locomotion terrestre des phocidés est plus lourde. Les otariidés ont des oreilles extérieures visibles, tandis que les phocidés et les morses en sont dépourvus. Les pinnipèdes ont des sens bien développés ; leur vue et leur ouïe sont adaptées à la vie à l'air libre comme sous l'eau, et ils sont munis de vibrisses qui leur permettent de détecter des vibrations dans l'eau. Certaines espèces sont bien adaptées à la plongée à grande profondeur. Ils ont une couche de graisse sous la peau pour les isoler et maintenir leur corps à une température suffisante dans l'eau froide et, à l'exception du morse, toutes les espèces sont couvertes de fourrure.

Presque tous les pinnipèdes ont une fourrure, à l'exception du morse, qui n'est que faiblement couvert. Mais même certaines espèces à la fourrure épaisse (en particulier les lions de mer) ont des poils plus épars que la plupart des mammifères terrestres. Chez les espèces qui vivent sur la glace, les jeunes ont des fourrures plus épaisses que les adultes. Leur pelage, un duvet fin appelé lanugo, peut emprisonner la chaleur du soleil et conserver la chaleur du jeune. Les pinnipèdes sont généralement contre-illuminés, et la couleur de leur dos est plus foncée que celle de leur ventre, ce qui leur permet d'éliminer les ombres provoquées par la lumière qui brille sur l'eau de l'océan. La fourrure blanche des bébés phoques les dissimule dans leur environnement arctique. Certaines espèces comme les Phoques annelés, les Phoques rubanés et les Léopards de mer ont des motifs de coloration contrastés clairs et sombres. Toutes les espèces possédant une fourrure muent. Les phocidés muent une fois par an, tandis que les otariidés muent peu à peu toute l'année. Les pinnipèdes ont une couche de graisse sous-cutanée qui est particulièrement épaisse chez les phocidés et les morses. Ce lard sert à la fois à conserver les animaux au chaud et à fournir de l'énergie et de la nourriture quand ils sont à jeun. Elle peut représenter jusqu'à 50 % du poids du corps des pinnipèdes. Les jeunes naissent avec seulement une mince couche de graisse, mais certaines espèces compensent avec un épais lanugo.

Les pinnipèdes ont un estomac simple qui a une structure similaire à celui des carnivores terrestres. La plupart des espèces n'ont ni cæcum ni une démarcation claire entre l'intestin grêle et le gros intestin ; le gros intestin est relativement court et à peine plus large que le premier. La longueur de l'intestin grêle varie entre 8 (pour l'Otarie de Californie) et (éléphant de mer) la longueur du corps. La longueur de l'intestin peut être une adaptation à de fréquentes plongées profondes, comme l'augmentation du volume de l'appareil digestif constitue un compartiment de stockage plus important pour les aliments partiellement digérés au cours de la plongée. Les pinnipèdes n'ont pas d'appendice. Comme chez la plupart des autres mammifères marins, les reins sont divisés en petits lobes et peuvent absorber l'eau et filtrer le sel de manière efficace.

Locomotion

Les pinnipèdes ont deux paires de nageoires à l'avant et à l'arrière. Les coudes et les chevilles sont incluses dans le corps. Les pinnipèdes nagent plus lentement que les cétacés, leur vitesse de croisière atteignant en général entre 9 et , derrière les atteints par plusieurs espèces de dauphins. Les pinnipèdes sont en revanche plus agiles et plus souples, et certaines otaries, comme l'Otarie de Californie, sont capables de plier leur cou vers l'arrière suffisamment pour atteindre leurs nageoires postérieures, ce qui leur permet de faire des virages très serrés. Les pinnipèdes ont plusieurs adaptations pour réduire la traînée. En plus de leur corps simplifié, ils ont des réseaux de faisceaux musculaires lisses dans leur peau qui peuvent augmenter l'écoulement laminaire et améliorer leur pénétration dans l'eau. Ils ne disposent par ailleurs pas de muscle horripilateur à la base de leur poil, et la fourrure se colle donc contre leur corps lorsqu'ils nagent.

Lorsqu'ils nagent, les otariidés comptent sur leurs nageoires antérieures pour se déplacer, s'en servant d'une manière analogue à une aile, de la même façon que les manchots et les tortues de mer. Le mouvement des nageoires antérieures n'est pas continu, et l'animal glisse entre chaque battement. Par rapport aux carnivores terrestre, les membres antérieurs des otaries sont réduits en longueur, ce qui donne aux muscles de l'épaule et du coude un avantage mécanique ; les nageoires postérieures servent de stabilisateurs. Les phocidés et les morses nagent en battant leurs nageoires postérieures et le bas de leur corps d'un côté à l'autre, tandis que leurs nageoires antérieures sont principalement utilisées pour donner la direction. Certaines espèces sautent hors de l'eau, ce qui leur permet ensuite de se déplacer plus vite. En outre, les lions de mer sont connus pour « chevaucher » les vagues, ce qui contribue probablement à réduire leur consommation d'énergie.

Les pinnipèdes peuvent se déplacer sur terre, mais pas aussi bien que les animaux terrestres. Les otariidés et les morses sont capables de ramener leurs nageoires postérieures vers l'avant et les placer sous le corps afin qu'ils puissent « marcher » à quatre pattes. Les pattes antérieures se déplacent de façon transversale, plutôt que sagittale. Les otariidés s'appuient sur les mouvements de la tête et du cou plus que sur les membres postérieurs lors de la locomotion terrestre. En balançant la tête et le cou, les otariidés créent une dynamique pendant qu'ils se déplacent. Des lions de mer ont été observés montant des escaliers. Les phocidés sont moins agiles sur la terre. Ils ne peuvent pas utiliser leurs membres postérieurs, et se déplacent sur terre en se précipitant et se tortillant alors que leurs membres antérieurs leur permettent de garder leur équilibre. Certaines espèces utilisent leurs membres antérieurs pour se tirer vers l'avant. La locomotion terrestre est plus facile pour phocidés sur la glace, car ils peuvent glisser.

Sens thumb|left|Vue de face de la tête d'une Otarie à fourrure d'Afrique du Sud.