vignette|La cathédrale de Cologne vue du sud, de style gothique et néogothique. vignette|Le château de Schaloen dans le sud-est des Pays-Bas, de style néogothique.

Le style néogothique est un style architectural né au milieu du en Angleterre. Au , des styles néogothiques visent à faire revivre des formes médiévales qui contrastent avec les styles classiques dominants de l'époque. Le mouvement néogothique (appelé aussi « Renaissance gothique », sur le modèle anglais du ) a eu une influence importante en Europe et en Amérique du Nord et il y a peut-être eu davantage d'architecture gothique construite aux qu'à la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance grâce à l'influence de ce style architectural.

Trois phases sont distinguables : le néogothique de Christopher Wren en Angleterre, appliqué aux universités comme Oxford, la deuxième phase en Grande-Bretagne est concomitante au développement du roman gothique en littérature, puis la maturité dans les années 1840 grâce aux progrès de la science historique.

Histoire Survivance et renouveau

La construction d'édifices caractéristiques de l'architecture gothique ne disparaît pas complètement au . Elle perdure dans des projets, alors en cours de réalisation, de cathédrales et d'églises, en France avec les cathédrales de Tours et d'Orléans au , dans des régions rurales isolées d'Angleterre, d'Espagne et d'Allemagne. À Bologne, en 1646, l'architecte baroque Carlo Rainaldi construit des voûtes gothiques (achevées en 1658) pour la basilique San Petronio qui est en construction depuis 1390 ; le contexte gothique de la structure prime le mode architectural de l'époque. De manière similaire, l'architecture gothique survit dans un contexte urbain à la fin du , comme le montrent Oxford et Cambridge, où quelques extensions et réparations de bâtiments gothiques sont apparemment considérées comme « gardant davantage le style des structures originales » que le baroque d'alors. La Tom Tower de Christopher Wren pour la cathédrale Christ Church d'Oxford, ainsi que, plus tard, les tours occidentales de l'abbaye de Westminster par Nicholas Hawksmoor, effacent les frontières entre ce qui est appelé la « survivance gothique » et le renouveau gothique.

Au milieu du , avec la montée du romantisme, certains amateurs éclairés, comme Horace Walpole ou William Thomas Beckford, contribuent fortement à l'émergence d'un engouement pour le Moyen Âge et les arts médiévaux, de l'architecture religieuse aux monuments mortuaires, en passant par l'art du vitrail et l'enluminure des derniers manuscrits médiévaux. D'autres arts gothiques continuent toutefois à être considérés comme barbares et grossiers : les tapisseries et le travail du métal, notamment. Les raisons purement esthétiques d'un tel engouement se révèlent au moins aussi fortes que les implications idéologiques : les monuments gothiques sont sentimentalement associés aux grandes figures historiques de l'histoire nationale. Les Anglais et bientôt les Allemands commencent à apprécier le caractère pittoresque des ruines, « pittoresque » devenant une nouvelle qualité esthétique et les effets adoucissants du temps que Horace Walpole admire, et appelle de manière ironique « la vraie rouille des guerres des Barons ».

Les détails gothick de la villa de Horace Walpole, Strawberry Hill House à Twickenham, plaisent au goût rococo du moment. Dès les années 1770, des architectes entièrement néoclassiques, tels que Robert Adam et James Wyatt, sont prêts à fournir des détails gothiques dans les salons, bibliothèques et chapelles, pour une vision romantique d'une abbaye gothique, l'abbaye de Fonthill dans le Wiltshire. Le style gothick est une manifestation architecturale du « pittoresque » alors apprécié dans les autres arts : ces temples ornementaux et chaumières ignorent la structure logique des véritables constructions gothiques et sont en fait des constructions palladiennes avec des arches pointues. Le paysagiste excentrique Batty Langley tente même d'« améliorer » des formes gothiques en leur donnant des proportions classiques. Cette première phase rococo et pittoresque de l'architecture néogothique se caractérise ainsi par une réutilisation fantaisiste de l'art de la fin du Moyen Âge.

Une génération plus jeune qui prend plus au sérieux l'architecture gothique est le lectorat de la série de Cathedral Antiquities de J. Britten, qui paraît en 1814. En 1817, Thomas Rickman écrit un Attempt… (Essai…) pour nommer et définir la séquence de styles gothiques dans l'architecture ecclésiastique anglaise, « un traité pour l'étudiant architecte ». Le titre complet est descriptif : () Les catégories qu'il utilise sont la Normande, la Jeune Angleterre, la Décorée et la Perpendiculaire. Il est édité de nombreuses fois et toujours réédité en 1881.

Romantisme et nationalisme thumb|right|upright=1.3|Dessin de Viollet-le-Duc présentant la flèche de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens et son décor de plomb ; matériau très utilisé par les architectes du « Gothic revival », qui est à l'origine d'une vague de saturnisme chez les ouvriers couvreurs et artisans d'art. thumb|right|upright=1.3|Façade gothique du palais de justice de Rouen, construit entre 1499 et 1508, style qui inspira le néogothique au .

Le style néogothique français a ses racines dans l'architecture gothique médiévale, née en France au , avec la construction de la basilique Saint-Denis et la cathédrale Saint-Étienne de Sens. L'architecture gothique est initialement dénommée Opus Francigenum (soit « Art français » au Moyen Âge) et exportée dans toute l'Europe depuis la France. En 1816, l'universitaire français Alexandre de Laborde déclare que , marquant ainsi un renouveau d'intérêt pour ce style en France. À partir de 1828, Alexandre-Théodore Brongniart, directeur de la Manufacture nationale de Sèvres, produit les premières peintures cuites d'émail sur des grands carreaux de verre pour la chapelle royale de Dreux (1816-1845) du dernier roi des Français . Il est difficile de trouver une commande aussi grande et importante dans le goût gothique avant celle-ci, sauf pour quelques éléments gothiques dans une poignée de jardins paysagers.

Le renouveau gothique en France prend une plus grande importance grâce à un pionnier, Arcisse de Caumont, qui fonde la Société des antiquaires de Normandie, à une époque où « antiquaire » signifie encore un expert en antiquités. Il publie son œuvre sur l'architecture normande en 1830. L'année suivante voit la parution de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, dans lequel la grande cathédrale gothique de Paris est à la fois un décor et protagoniste, une œuvre de fiction qui remporte un très grand succès. La même année, la nouvelle monarchie de Juillet établit un poste d'inspecteur général des monuments historiques, un poste occupé en 1833 par Prosper Mérimée, qui devient le secrétaire d'une nouvelle commission des monuments historiques en 1837. La commission charge Eugène Viollet-le-Duc de faire un rapport sur les restaurations de l'abbaye de Vézelay en 1840. Par la suite, Viollet-le-Duc entreprend celle de nombreux bâtiments gothiques emblématiques de l'histoire de France : abbatiale de Vézelay, cité de Carcassonne, abbaye du Mont-Saint-Michel, cathédrale Notre-Dame de Paris, château de Roquetaillade. De nombreuses églises sont ainsi édifiées dans ce style au , notamment les basiliques de Sainte-Clotilde de Paris (1846-1857), de Notre-Dame de Bonsecours près de Rouen (1840-1844), de Notre-Dame-de-la-Délivrande près de la côte au nord de Caen (1854-1878), de l'Immaculée-Conception de Lourdes (1866-1871) et de Saint-Epvre de Nancy (1864-1874).

vignette|upright=1.3|Tower Bridge, à Londres, est l'un des monuments néogothiques les plus connus.

Pendant ce temps, l'intérêt pour la cathédrale de Cologne — dont la construction commencée en 1248 est toujours inachevée à l'époque du renouveau — commence de réapparaître, marquant de manière importante le retour en Allemagne de l'architecture gothique. Le sanctuaire est achevé de 1842 à 1880 en suivant le modèle des parties existantes et les plans médiévaux de la façade. Seuls les portails du transept sont une création néogothique.

Au , les Allemands, les Français et les Anglais sont submergés par le nationalisme romantique, c'est à la suite de cela qu'ils affirmèrent que l'architecture gothique, dont les dates se situent entre le et le , est originaire de leur propre pays. Par exemple, les Anglais inventent hardiment le terme pour le gothique, un terme qui sous-entend que l'architecture gothique est une création anglaise. Dans son édition de 1832 de Notre-Dame de Paris, Victor Hugo écrit : , sous-entendant que le gothique est donc un héritage français. En Allemagne, l'achèvement de la cathédrale de Cologne qui eut lieu dans les , et qui était à l'époque le plus haut bâtiment du monde, la fait considérer comme le sommet de l'architecture gothique, et donc splendeur de l'architecture allemande.

À Florence, la façade de la cathédrale Santa Maria del Fiore (Duomo), démolie entre 1587 et 1588, reste dépouillée jusqu'en 1864, quand une compétition est organisée pour dessiner une nouvelle façade en accord avec la structure d'Arnolfo di Cambio et du campanile à côté d'elle. Cette compétition est remportée par Emilio De Fabris et le travail sur son dessin polychrome et sur les panneaux de mosaïque est commencé en 1876 et achevé en 1887.

Pugin, Ruskin et le gothique en tant que force morale À la fin des , Augustus Pugin, encore adolescent, travaille pour deux employeurs très en vue, fournissant du détail gothique pour des biens de luxe. Pour les fabricants de meubles royaux Morel et Seddon, il fournit des plans pour des décorations pour au château de Windsor dans un goût gothique qui va avec le décor. Pour les argentiers royaux , Pugin fournit à partir de 1828 des plans pour l'argenterie, en utilisant le vocabulaire gothique anglo-français qu'il continue plus tard à favoriser dans des plans pour le nouveau palais de Westminster.

Dans (1836), Pugin exprime son admiration non seulement pour l'art médiéval, mais pour tout l'esprit médiéval, affirmant que l'architecture gothique est le produit d'une société plus pure. Dans (1841), il suggère que les artisans modernes cherchant à émuler le style de la fabrication médiévale doivent également reproduire ses méthodes. Pugin croit que l'architecture gothique est la véritable architecture chrétienne, affirmant hardiment que . La construction de Pugin la plus célèbre est la rénovation du palais de Westminster à Londres, qu'il conçoit en deux campagnes, en 1836 - 1837 puis en 1844 et 1852, avec le classiciste Charles Barry et son co-architecte. Pugin fournit la décoration extérieure et les intérieurs, tandis que Barry dessine l'arrangement symétrique de la construction.

John Ruskin complète les idées de Pugin dans ses deux œuvres théoriques influentes, (1849) et (1853). Cherchant son idéal architectural à Venise, Ruskin suggère que les constructions gothiques excellent au-dessus des autres architectures à cause du « sacrifice » des sculpteurs de pierre qui décorent tortueusement chaque pierre. En déclarant le palais des Doges « la construction centrale du monde », Ruskin défend la cause des bâtiments gothique pour le gouvernement tout comme le fait Pugin pour les églises, bien que seulement en théorie. Quand ses idées sont mises en pratique, Ruskin méprise le torrent de bâtiments publics construits en référence au palais ducal, parmi lesquels le musée d'histoire naturelle de l'université d'Oxford.