Józef Jerzy Kukuczka, surnommé « Jurek », né le à Katowice en Pologne et mort le en tentant l'ascension de la face sud du Lhotse, est un alpiniste et himalayiste polonais. Il est considéré comme l'un des plus grands himalayistes de tous les temps. Il a été le deuxième homme, après Reinhold Messner, à gravir les quatorze sommets de plus de . Alpiniste emblématique d'une extraordinaire génération d'alpinistes polonais (parmi lesquels Wanda Rutkiewicz, Krzysztof Wielicki, Wojciech Kurtyka, Andrzej Czok, Artur Hajzer, Ryszard Pawłowski etc.) ses exploits himalayens sont de premier ordre : dix voies nouvelles sur les quatorze escaladés, quatre ascensions hivernales (dont trois premières), une traversée, un solo, plusieurs ascensions en style alpinSylvain Jouty, Hubert Odier, Dictionnaire de la Montagne, Presses de la Cité, 2009 . Son palmarès est encore plus impressionnant si on tient compte du fait que Jerzy Kukuczka vivait dans la Pologne communiste et ne pouvait pas bénéficier des techniques d'entrainement et équipements avancés dont disposaient les alpinistes occidentaux. L'alpiniste italien Walter Bonatti célèbre dans son livreWalter Bonatti, Montagnes d'une vie, Arthaud, Paris, 1997 chapitre XX « Réflexions », les conquêtes de Kukuczka comme étant des actions épiques et souligne le fait que, à la différence de Reinhold Messner, Kukuczka a réussi à escalader les quatorze en choisissant toujours des voies difficiles ou nouvelles et avec conditions (aussi économiques) extrêmes.

Biographie Jerzy Kukuczka est né le à Bogucice, un quartier de la ville polonaise de Katowice. Sa famille était originaire d'Istebna, un village qui se trouve dans les Beskides silésiennes, dans la voïvodie de Silésie.

D'après son autobiographie, il découvre le plaisir de l'escalade le à l'âge de quand un ami l'amène à pour escalader une falaise calcaire de de hauteur : la découverte de ce monde vertical est le tournant de sa vie. L'année suivante, en 1966, après un cours d'escalade de , il s'attaque, avec son compagnon de cordée Piotrek Skorupa, au pilier gauche de Kazalnica (considéré comme une des voies les plus difficiles des Tatras) mais il est contraint à l'abandon à cause de la rupture de son piolet (construit par lui-même). Avec l'obstination qui constitue un trait distinctif de son caractèrePawel Wysoczanski, Jurek (doumentaire), Pologne, 2014 (selon Wojciech Kurtyka, un de ses compagnons de cordée), il revient quelque temps après son premier échec et il réussit à escalader avec succès le pilier de Kazalnica, entrant dans le cercle fermé des meilleurs grimpeurs polonais. Après deux années de service militaire, sa passion pour l'escalade ne s'est pas éteinte : juste après avoir repris ses habits civils, il décide de tenter avec P. Skorupa l'ascension hivernale de la voie directissime de Kazalnica, réputée comme l'ascension la plus difficile des Tatras. Mais la chute mortelle de son compagnon de cordée P. Skorupa met pour la première fois Jerzy Kukuczka face à la mort, qui frappera encore plusieurs compagnons pendant sa carrière d'alpiniste. La passion qui l'anime est trop forte pour l’arrêter : seulement trois semaines après cette tragédie il est de retour dans les Tatras où il réalise une série de premières ascensions hivernales qui effacent ses peurs et ses doutes.

C'est à partir de 1972 que Jerzy Kukuczka commence à s'aventurer au-delà des Tatras et du Rila, en participant à des camps d'escalade dans les Dolomites (Torre Trieste, Cima del Bancon) et les Alpes occidentales (mont Blanc, Petit Dru, Grandes Jorasses).

En 1974 il participe à l’expédition polonaise sur le mont McKinley pendant laquelle, à une altitude d'environ , il souffre du mal aigu des montagnes, tout en réussissant à atteindre le somment. À son retour il est hospitalisé pour soigner les multiples gelures dont il a été victime pendant l'ascension.

Ascensions Le , Jerzy Kukuczka devient le deuxième homme à gravir les 14 sommets de plus de d'altitude, après Reinhold Messner qui avait réussi cet exploit seulement un an auparavant. Il a cependant fallu huit ans à Kukuczka pour le réaliser contre 16 à Messner. Chemin faisant, Kukuczka a ouvert 10 nouvelles voies et gravi quatre sommets pendant l'hiver (dont trois premières absolues).

Jurek Kukuczka est entrée dans l'histoire de l'alpinisme himalayen par sa capacité à survivre pendant des jours en conditions extrêmes à haute altitude, sans boire ni manger Ingeborga Doubrawa-Cochlin, A Tribute to Jerzy Kukuczka (1948- 1989), Alpine Journal. Son temps d'acclimatation était long, mais une fois acclimaté, il devenait un alpiniste capable de gérer des situations extrêmement dangereuses.

Dès ses débuts, Jerzy Kukuczka a eu l'ambition d'escalader les plus hauts sommets de la Terre en ouvrant des nouvelles voies en été comme en hiver. Il a escaladé tous les sans oxygène sauf un : sur l'Everest il a brièvement utilisé de l’oxygène dans la montée vers le sommet sud.

Parmi les nouvelles voies ouvertes par Kukuczka sont remarquables celle de l'Everest par le pilier sud (1980), celle du Makalu en solitaire et sans oxygène (deuxième homme à avoir réalisé un tel exploit après l'ascension de l'Everest par Messner en 1980), celles du Gasherbrum I et du Gasherbrum II avec Wojciech Kurtyka (1982), la traversée de trois sommets du Broad Peak (1983), toujours avec Kurtyka comme compagnon de cordée, les premières ascensions hivernales du Dhaulagiri et du Cho Oyu (1985), ces deux dernières en l’espace de trois semaines seulement. Parmi les succès de Kukuczka figure la première ascension hivernale du Kangchenjunga (1985) et la nouvelle voie C. J. Leger, Routes up to K2’s summit, Base Camp Magazine, 9 juin 2017 ouverte, avec (qui trouve la mort pendant la descente), sur la face sud du K2 (« the Polish line ») et qu'aucun alpiniste n'a osé répéter depuis à cause de sa difficulté et dangerosité extrêmes. En 1987, avec Artur Hajzer, il a établi une nouvelle voie sur la face sud de l'Annapurna, en hiver (première ascension hivernale).

Tatras

: , première ascension hivernale du Grzybek 24- : , tentative d'une première ascension hivernale par la voie directissime (avec Piotrek Skorupa) 16- : , première ascension hivernale par la voie Kurtykówka hiver 1971 : , première ascension hivernale : , première ascension polonaise par la voie Pajaków 3- : , première ascension hivernale par la voie directissime 8- : , première ascension hivernale par la voie Biederman été 1972 : , première ascension d'un jour par la voie Pajaków, face nord-est 23- : , nouvelle voie Wielki Komin, face nord-est : , deuxième ascension avec une nouvelle variante : Mały Durny Szczyt, nouvelle voie.

Rila

: Malyovitsa, première ascension polonaise par la voie directissime de la face nord : Dyavolskite Igły, première ascension polonaise par la voie Sliwien : Sredni Kupen, première ascension polonaise (deuxième absolue) par la voie WIF : Zlijat Zyb, première ascension polonaise (deuxième absolue) par la voie super-directissime, face Sud-Est : Diabelskite Igły: nouvelle voie Katowice, solo.

Dolomites

23- : Torre Trieste, nouvelle voie directissime des Polonais 4- : Cima del Bancon, nouvelle voie : Punta Civetta, deuxième ascension par la voie Aste Susati 6- : Marmolada d'Ombretta, première ascension hivernale par la Via dell'ideale

Alpes

: aiguille du Moine, première ascension polonaise par la voie Aureille-Feutren, face est : La Pelle (massif du Vercors), première ascension polonaise par la voie des Parisiens : Tête Sud du Replat (massif des Écrins) 3- : Grandes Jorasses, nouvelle voie de la face Nord de la Pointe Hélène : mont Blanc, première ascension polonaise par la voie Major, face est 12- : Petit Dru, nouvelle voie

Alaska

20- : mont McKinley (Denali), ascension par l’arête ouest de la face sud

Hindou Kouch

: Kohe Awal, nouvelle voie, solo 10- : Kohe Tez, ascension par la face sud-est : Tirich Mir oriental, nouvelle voie : Bindu Ghul Zom, première ascension par l'éperon ouest

Alpes néozélandaises

: Malte Brun, nouvelle voie : Malte Brun, nouvelle voie : mont Hicks et Mount Dampier, traversée (avec Krzysztof Wielicki et Ryszard Pawłowski)

Himalaya et Karakoram

automne 1977 - Nanga Parbat () - tentative d'ascension de la face sud-est (point plus haut atteint : ~) avec M. Piekutowski and M. Pronobis (expédition organisée par le Club de Haute Montagne de Katowice et dirigée par A. Zyzak) - Lhotse () - voie normale de la face ouest avec A. Czok, J. Skorek et A. Heinrich (expédition organisée par le Club de montagne de Gliwice dirigée par A. Bilczewski) - Everest () - nouvelle voie par le pilier sud - avec A. Czok (expédition nationale polonaise dirigée par A. Zawada) - utilisation de l'oxygène dans la montée au sommet sud automne 1981 - Makalu () - tentative d'établir une nouvelle voie (point le plus atteint : ~) avec A. Mclntyre and W. Kurtyka - Makalu () - nouvelle voie, solo, style alpin (expédition internationale dirigée par W. Kurtyka) - Broad Peak () - voie normale, style alpin avec W. Kurtyka été 1982 - K2 () - tentative d'ascension par une nouvelle voie (point le plus haut atteint : ~) avec W. Kurtyka 23- - Gasherbrum II oriental () - première ascension par l'arête est, style alpin avec W. Kurtyka - juillet 1983 - Gasherbrum II () - nouvelle voie, style alpin avec W. Kurtyka (expédition dirigée par W. Kurtyka) 19- - Gasherbrum I () - nouvelle voie, style alpin avec W. Kurtyka (expédition dirigée par W. Kurtyka) 15- - Broad Peak () - nouvelle voie, traversée du somment nord () au sommet central (), style alpin avec W. Kurtyka juillet 1984 - Biarchedi () - première ascension, style alpin, solo (ascension réalisée dans le cadre de l’expédition au Broad Peak lors du passage par le col du Masherbrum<-- ne pas confondre avec le sommet du même nom --> La) - Dhaulagiri () - première ascension hivernale par la voie normale avec A. Czok (expédition du Club de Haute Montagne de Gliwice dirigée par A. Bilczewski) - Cho Oyu () - première ascension hivernale, nouvelle voie par le pilier sud-est avec A. Heinrich (expédition canadienne et polonaise dirigée par A. Zawada) - Nanga Parbat () - nouvelle voie avec C. Carsolio, A. Heinrich et S. Łobodziński (expédition du Club de montagne de Katowice dirigée par A. Machnik) - Lhotse () - tentative d'ascension par une nouvelle voie (point le plus haut atteint : ~, expédition du Club de montagne de Katowice dirigée par J. Majer) - Kanchenjunga () - première ascension hivernale avec K. Wielicki (expédition du Club de montagne de Gliwice dirigée par A. Machnik) - K2 () - nouvelle voie, style alpin avec T. Piotrowski (expédition internationale dirigée par K.M. Herrligkoffer) - Manaslu oriental () - première ascension avec C. Carsolio et A. Hajzer - Manaslu () - nouvelle voie, style alpin avec C. Carsolio et A. Hajzer (expédition dirigée par J. Kukuczka) - Annapurna I () - première ascension hivernale par la voie ouverte lors de la première ascension de la face nord avec A. Hajzer (expédition du Club de montagne de Katowice dirigée par J. Kukucka) - Yebokangal Ri () - première ascension, style alpin avec A. Hajzer - Shishapangma occidental (~) - première ascension, style alpin avec A. Hajzer - Shishapangma () - nouvelle voie par l'arête ouest, style alpin avec A. Hajzer (expédition internationale dirigée par J. Kukuczka) - Annapurna I oriental () - nouvelle voie sur la face sud, style alpin avec A. Hajzer (expédition internationale dirigée par J. Kukuczka) - Lhotse () - tentative d’ascension par une nouvelle voie sur la face sud (point le plus haut atteint : ~, expédition internationale dirigée par J. Kukuczka).

Nanga Parbat en 1977