Le HMS Renown est un croiseur de bataille de la Royal Navy lancé en 1916 et démoli en 1948. Avec le ils forment la classe Renown.
Portant des canons du plus fort calibre existant à cette époque et capables d'une vitesse supérieure à celle de ses congénères, les navires de cette classe sont néanmoins handicapés par un blindage dont la bataille du Jutland a montré l'insuffisance. Le HMS Renown connait plusieurs refontes pendant l'entre-deux-guerres, bénéficie entre 1936 et 1939 d'une véritable reconstruction, ce qui n'est pas le cas de son sistership, ni du , avec lesquels il constitue de 1920 à 1940, l'escadre de croiseurs de bataille de la Royal Navy. Il a une carrière très active pendant la Seconde Guerre mondiale, dans l'Atlantique, en Méditerranée, et dans l'océan Indien.
Arrière-plan
Les pertes de la bataille du Jutland furent compensées, au sein de la flotte de croiseurs de bataille britannique, par la mise en service de deux nouveaux bâtiments, le HMS Renown en , et en . Quand la guerre avait éclaté, la construction de quatre cuirassés qui faisaient partie du , avait été arrêtée, dans la perspective d'une guerre courte, la priorité étant donnée aux unités dont la construction est censée être achevée avant la fin de la guerre. Revenu au poste de Premier Lord de la Mer (First Sea Lord), l'amiral Fisher proposa, après la bataille des Falklands, et obtint dans les derniers jours de 1914, de reprendre la construction de deux unités, sous forme non plus de cuirassé, mais de croiseur de bataille., ce qui, dans son idée, signifiait combiner un armement de cuirassé avec une vitesse et une protection de croiseur.
En , il fut finalement décidé de reprendre deux marchés qui avaient été suspendus, pour la construction des cuirassés Renown et Resistance de la , passés auprès des chantiers John Brown et Palmers. Cela permettait d'utiliser des matériels déjà rassemblés pour la construction d'unités qui avaient été prévues au programme de 1914, mais il apparut que les chantiers Palmers, où sera lancé en le , ne disposaient pas de cale de construction d'une taille suffisante pour un bâtiment de la taille maintenant prévue, et le second contrat fut transféré aux chantiers Fairfields. La mise sur cale du nouveau Renown eut lieu, aux chantiers Fairfields, en , avant que les plans définitifs ne fussent achevés en . L'objectif de Lord Fisher d'un achèvement en quinze mois, avant la mise en service de la classe Revenge, conduisit à limiter le nombre des tourelles à trois par navire, en fonction du nombre des canons disponibles. Si le délai de construction ne fut pas respecté, puisque les HMS Renown et ne purent participer à la bataille du Jutland, où furent présents les et , la construction de tels navires en vingt mois, fut déjà une prouesse.
Les deux croiseurs de bataille de la avaient un déplacement « normal » de et à pleine charge, soit de moins que le , mais ils étaient dotés de canons de . Leurs machines étaient du même type que celles du HMS Tiger, mais un tiers plus puissantes, développant (), ce qui leur permettait de filer de plus, soit . La contrepartie était un blindage de en ceinture, et sur les tourelles. Comme ces caractéristiques étaient celles de navires perdus au Jutland, il a été immédiatement entrepris d'en renforcer la protection, dès la et le début de 1917. Ils y ont gagné le surnom de et ..
Description Caractéristiques générales Le HMS Renown avait une longueur hors tout de , une largeur au maître-bau de , et un tirant d'eau de à l'arrière. Cette longueur était due à la nécessité de loger un plus grand nombre de chaudières, ce qui aboutissait à un rapport longueur/largeur de l'ordre de 8, favorable à une très grande vitesse, et le faible tirant d'eau résultait de l'idée de Lord Fisher de pouvoir disposer de navires susceptibles d'opérer en mer Baltique..
Armement thumb|left|350px|Vue aérienne du HMS Repulse, sister-ship du HMS Renown, en 1918.1: tourelles double de 15 pouces.2: triples canons de 4 pouces.3: canon tribord de 4 pouces.4: canon AA tribord de 3 pouces.
L'artillerie principale du HMS Renown consistait en six pièces de en trois tourelles identiques, deux superposées à l'avant et une à l'arrière. Les canons avaient une hausse maximale de 20°. Les canons pouvaient être chargés à l'angle maximal de 20°, bien que le chargement à des angles trop élevés eût tendance à ralentir le retour du canon en position de tir. Ils tiraient des projectiles de à une vitesse initiale de , pour une portée maximale de .. Cependant ce nombre inhabituel de trois tourelles, qui résultait des contraintes imposées sur le plan des délais de construction., constituait pour certains officiers canonniers de la Royal Navy un handicap pour un réglage rapide du tir..
L'artillerie secondaire était constituée de dix-sept canons de 102 mm en cinq affûts triples et deux affûts simples, en pseudo-tourelles ouvertes. Ils étaient actionnés manuellement et assez pénibles d'utilisation, nécessitant un équipage de trente-deux hommes pour charger et former les affûts triples, ce qui entrainait une cadence de tir de 10 à 12 coups par minute seulementCuirassés, l'épopée navale à travers les siècles, Elcyedition, 2014, p. 105.. Ils avaient une hausse maximale de 30°. Ils tiraient des obus explosifs de avec une vitesse initiale de .. La portée maximale était de environ.
Chaque navire était également pourvu de deux pièces anti-aériennes de . Le canon avait une hausse maximale de 90 °. Il tirait des obus de à une vitesse initiale de à une cadence de 12 à 14 coups par minute.. Ils avaient une portée maximale de .
Les deux navires disposaient de deux tubes lance-torpilles immergés de (), en avant de la tourelle "A", avec un approvisionnement de 10 torpilles.
Protection Blindage Le blindage du HMS Renown était semblable à celui de la . Le blindage au niveau de la ceinture de la ligne de flottaison mesurait d'épaisseur au milieu du navire. Il courait du niveau de la tourelle avant à celui de la tourelle arrière, sur une longueur de et une hauteur de . Pour une grande partie de la longueur de la ceinture principale, il y avait une ceinture supérieure en acier à haute résistance de d'épaisseur, conçue comme protection contre les éclats..
Le blindage des tourelles était de d'épaisseur sur le devant et les côtés, d'épaisseur sur l'arrière et d'épaisseur sur leurs toits. Les barbettes étaient protégées par de blindage au-dessus du pont supérieur, et de 102 à sous le pont. Le blindage du blockhaus était de d'épaisseur sur les côtés et de sur le toit..
Le blindage des ponts, en acier à haute résistance, variait de 19 à d'épaisseur. Après la bataille du Jutland en 1916, alors que les navires n'étaient pas encore terminés, un blindage de d'acier à haute résistance fut ajouté sur le pont principal au-dessus des soutes à munitions. Malgré ces ajouts, les navires furent encore jugés trop vulnérables sous le feu et chaque navire fut réaménagé à Rosyth en 1916-17 avec un blindage horizontal supplémentaire, pesant environ , ajouté aux ponts au-dessus des soutes à munitions et des mécanismes de direction..
Protection sous-marine Le HMS Renown était équipé d'un large bulge anti-torpille intégré à la coque. Il s’agissait d'un compartiment latéral situé au niveau de la ligne de flottaison et isolé du reste du navire. Il était composé d'une partie remplie d'air et d'une partie inondée. En théorie, une torpille qui explose va rompre et inonder la partie remplie d'air, tandis que la partie remplie d'eau dissipe le choc et absorbe les fragments, laissant la coque du navire structurellement intacte. Cependant, des essais démontrèrent par la suite qu'il n'était pas suffisamment profond et qu'il ne disposait pas d'assez de couches compartiments vides/compartiments pleins pour absorber la force de l'explosion..
La coque était dotée de doubles parois intégrales
Propulsion Les plans originaux prévoyaient d'utiliser des machines légères produisant un total de (), mais cela aurait eu pour effet de retarder les dates d'achèvement des navires. En conséquence, il fut décidé de copier la machinerie du HMS Tiger complétée par trois chaudières supplémentaires afin de fournir la puissance requise pour une vitesse supérieure. On observera cependant que le Directeur de la Construction Navale de 1912 à 1924, Sir Eustace Tennyson d'Eyncourt, qui avait été le concepteur du HMS Tiger avait déjà déploré que ce croiseur de bataille ne pût pas être doté de chaudières à petits tubes.. Dans ces conditions, avec un poids de machines de , le rapport poids/puissance de . était un peu meilleur que celui du HMS Tiger, ., mais nettement moins bon que celui du , ., mis en service à la même époque, avec des machines pesant , pour une puissance de à .
Quarante deux_chaudières à tubes d'eau Babcock & Wilcox placées dans six chaufferies, avec une pression de service de ( alimentaient deux turbines à vapeur Brown-Curtis à entraînement direct, logées dans des compartiments machines distincts., qui entrainaient quatre hélices à trois pales et d'un diamètre de . L'ensemble était conçu pour produire (), mais le HMS Renown a atteint plus de () au cours de ses essais pour une vitesse de 32,68 nœuds.. Les bâtiments de la ont été les plus rapides de leur époque jusqu'à l'arrivée du en 1920.
Ils étaient prévus pour transporter normalement de mazout, mais avaient une capacité maximale de . À pleine capacité, les navires de la classe Renown possédaient un rayon d'action de nautiques à 18 nœuds
Ils possédaient de très bonnes qualités nautiques. Lors de leur construction les coques et leurs superstructures durent cependant être renforcées pour améliorer leur résistance par mauvais temps.
Refontes et reconstruction Refontes Sur le , dès 1919-1920, l'épaisseur du blindage de ceinture fut porté à , et on ajouta une ceinture supérieure de . Les affûts simples de , à l'avant, furent remplacés par deux affûts simples anti-aériens de , et les deux tubes lance-torpilles de sous la ligne de flottaison, furent remplacés par quatre plateformes doubles de tubes lance-torpilles de installés au milieu du navire et à l'arrière sur le pont supérieur..
Le HMS Renown, au cours d'une refonte de 1923 à 1926, reçut des modifications analogues, sans l'ajout d'une ceinture blindée supérieure de , mais avec un renforcement du blindage horizontal, sur le pont du gaillard d'avant, sur le pont supérieur et sur le pont principal. L'armement anti-aérien fut porté à quatre affûts simples de , et l'affût triple de , entre les cheminées et le mât arrière fut enlevé pour installer une catapulte orientable pour deux avions. Le déplacement en fut accru de , et la vitesse réduite à 30 nœuds..
Au cours d'une nouvelle refonte en 1934-1936, aux chantiers de la Royal Navy de Portsmouth, le HMS Repulse reçut des installations d'aviation entre les cheminées et le mât tripode arrière, soit une catapulte en travers de la coque, et un grand hangar d'aviation (pour trois avions, un quatrième pouvant être parqué sur la catapulte). Cela fit disparaitre l'affut triple de axial au milieu du bâtiment, et les canons anti-aériens de , et on enleva les plateformes de décollage sur la tourelles avant superposée et sur la tourelle arrière. Pour la défense contre-avions fut renforcée, dans les superstructures, autour des cheminées et sur le toit du hangar d'aviation.
Reconstruction du HMS Renown vignette|Le HMS Renown après sa reconstruction de 1936-1939.