Le libre examen est un principe qui prône le rejet de l'argument d'autorité en matière de savoir et la liberté de jugement, cette expression est le calque français de liberum examen qui fut par exemple la devise de l'université de Leyde : ad liberum examen. Cette notion est en particulier présente en Belgique.
Dans le mouvement humaniste Le « liberum examen » est une expression qui se trouve déjà dans les écrits d'Ange Politien : Nikolaĭ Ivanovich Balashov, Tibor Klaniczay, A. D. Mikahĭlov, Littérature de la Renaissance : à la lumière des recherches, 1978 : .
Dans le protestantisme Le « liberum examen » fut par la suite principalement revendiqué par la pensée protestante et surtout par les RémonstrantsActa synodi nationalis… Dordrechti habitae, Leyde, 1670, : . qui admettaient le libre examen en cas de doute, du moment qu'il ne s'opposait pas à l'ensemble de cette confession religieuse.
D'ailleurs, encore au , les apologètes catholiques reprochaient au protestantisme cette notion de libre examen comme une de leurs vanités qui faisait que, dans l'interprétation des Écritures, ils n'écoutaient qu'eux-mêmesA. M. Bensa, De ingenita protestantismi vanitate disputatio, dans : Revue de l’enseignement chrétien, tome troisième, Nîmes-Paris, 1854, : ..
Dans les anciennes universités Le libre examen fut dès l'origine la base de l'enseignement et de la recherche dans la vieille Europe.
Certaines universités comme l'ancienne université de Louvain proposaient comme concours d'entrée le libre examen (« liberum examen »)Nicolai Vernulaei, Academia Lovaniensis, Louvain, chez Pierre Sassenus, 1667, : d'une question donnée départageant les candidats selon leur intelligence et leur savoir.
Dès ses origines, l'université de Leyde s'est glorifiée du principe du libre examen, basée sur le message de Jésus qui demandait de juger non pas d'après le visage, mais d'après la vérité : Annales Academici, 1859-1860, Lugduni-Batavorum, 1862, : .
Le libre examen selon l'université libre de Bruxelles Cette notion donnée au libre examen dépassant le cadre traditionnel de la recherche scientifique se transforme ici en une conduite sociale se voulant combattante, impliquant même la destruction des idées d'autrui : Site de l'ULB : .
Historique L’histoire du principe du libre examen à l’université libre de Bruxelles entre 1834 et 1970 a été déterminée par des considérations religieuses, philosophiques, administratives et politiques. Elle a connu, entre 1834 et 1914, la fondation de l’université catholique de Louvain et la mobilisation de la franc-maçonnerie afin d’ériger un « contrepoids » universitaire, l’affaire Dwelshauvers (1890) et son différend méthodologique en psychologie, l’incident Reclus (1894) et l’ajournement du cours du géographe français et la mise en cause de l’administration de l’université à cette occasion, ainsi que le rôle de la franc-maçonnerie dans l’adoption officielle du principe du libre examen par l’université en 1894. La formulation officielle de l’article premier des statuts organiques de l’université libre de Bruxelles () stipulait alors que : « L’enseignement de l’université a pour base le libre examen » Voir statuts organiques de l’université libre de Bruxelles. Service des Archives de l’ULB..
Quant à l’article second, il stipulait que : « L’université fonde son organisation sur la démocratie interne, l’indépendance et l’autonomie. La démocratie interne postule la garantie de l’exercice des libertés fondamentales à l’intérieur de l’université et la vocation des corps constitutifs de la communauté universitaire de participer, avec pouvoir délibératif, à la gestion de l’université et au contrôle de cette gestion. » Voir université libre de Bruxelles. Statuts organiques adoptés par le conseil d’administration en sa séance du 10 juillet 1970. Publiés aux annexes du Moniteur belge du 4 août 1970. Si l’article identique, par contre, la formulation de la première partie de l’article deux s’est enrichie en 2005 : « L’Université fonde son organisation sur la démocratie interne, l’indépendance et l’autonomie et la solidarité ». Voir statuts organiques de l’université libre de Bruxelles. En vigueur à partir du 15 septembre 2005 et Révisions des Statuts organiques. Proposition du conseil d’administration du 25 avril 2005. Service des archives de l’ULB..
Ainsi, de nos jours, le libre examen à l’ULB postule donc officiellement, en toute matière, le « rejet de l’argument d’autorité et l’indépendance de jugement ». Et comme le souligna dès 1955 l’historien Jean Stengers (1922-2002) à propos des différentes tentatives de définir le libre examen, « nulle autorité académique n'a jamais essayé d'empêcher que le problème […] ne soit abordé en pleine lumière. Pareille attitude serait proprement impensable. L'université a inscrit à l’article premier de ses statuts que son enseignement « a pour principe le libre examen ». Il est clair – et elle s'en est toujours parfaitement rendu compte - qu'elle se renierait elle-même en n’autorisant pas ceux qui se réclament d'elle à examiner librement en premier lieu ce qu'est ce principe même. » Jean Stengers, « D'une définition du libre examen », dans Revue de l’Université de Bruxelles, Bruxelles, s.n., huitième année, octobre-décembre 1955, , .
Notes et références
Bibliographie Jean Stengers, « Le libre examen à l'Université libre de Bruxelles, autrefois et aujourd'hui », dans : Revue belge de Philologie et d'Histoire, année 2004, 82-1-2, pp. 547-583. Accès libre au PDF dans le Dépôt Institutionnel de l'ULB Pierre F. Daled, Le Libre Examen : la vie d'un principe. Université libre de Bruxelles, 1834-1964, éditions Espace de Libertés, coll. « Laïcité », Bruxelles, 2009, 156 p., . (page consacrée au livre sur le site de l'éditeur) Pierre F. Daled, Spiritualisme et matérialisme au . L'Université libre de Bruxelles et la religion, Les éditions de l'université libre de Bruxelles, collection "spiritualités et pensées libres", Bruxelles, parution : 01/1998, 358 pages, (page consacrée au livre sur le site de l'éditeur)
Voir aussi Libre-pensée
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