John Davison Rockefeller, né le à Richford (État de New York) et mort le à Ormond Beach (Floride), à l'âge de 97 ans, est un industriel américain, fondateur de la famille Rockefeller. Premier milliardaire de l'époque contemporaine, il fait partie du mythe américain des self-made men. Sa famille a été à la tête d'un empire financier durant près de deux siècles en créant la Standard Oil qui devient notamment Esso, puis ExxonMobil. Il est le frère du financier William Rockefeller, lui aussi engagé dans l'exploitation du pétrole.
Biographie Débuts Son père d'origine anglaise et franco-allemande, , est un marchand itinérant, officier de santé vendant des (qui étaient en fait des flacons d'huile mélangée à du laxatif qu'il vendait sans scrupule sous ce titre, certains comme remèdes contre le cancer dont il se prétendait spécialiste). C'est un père souvent absent, coureur de jupons et bigame.. Sa mère Eliza Davison ( - ) issue d'une famille de Scots d'Ulster inculque à ses six enfants les valeurs religieuses de l’église presbytérienne. Dès son enfance, John D. Rockefeller se donne pour but de devenir un grand homme d'affaires. Il commence alors à gagner de l'argent dans de petites transactions (élevage de dindons, prêt avec intérêt de quelques dollars à des camarades) et se montre plus attiré par les usines, les chemins de fer et l'organisation des banques que par l'art, la littérature ou la politique..
thumb|Rockefeller, âgé de 18 ans.
Durant son adolescence, il est devenu membre de l'église baptiste d'Erie Street à Cleveland ()William Manchester, The founding grandfather, nytimes.com, USA, 6 octobre 1974. À 17 ans, il y assure l’école du dimanche, tout en exerçant les tâches administratives et occasionnellement de concierge. Un prédicateur baptiste lui fait connaître la maxime de John Wesley : « faites de votre mieux, épargnez ce que vous pouvez épargner, donnez tout ce que vous pouvez donner. » Rockefeller a mentionné dans sa biographie que de ce moment, le plan financier de sa vie a été formé. Gagner de l'argent était considéré par lui comme un « cadeau de Dieu », et qu'il était de devoir de « le développer et de l'utiliser [...] pour le bien de l'humanité ».
Sorti de l'école de commerce de Cleveland avec un diplôme de comptable, il devient en aide-comptable dans une petite entreprise de transport et de courtage, . Au bout de trois ans, il démissionne et s'associe avec Maurice B. Clark, mettant ses dollars d'économies dans le capital d'une entreprise de transport et de courtage concurrente (en grains, viandes et autres produits alimentaires). En 1862, il investit les 4 000 dollars qu'il avait détournés sur les docks de Cleveland dans des puits à Titusville mais trouve cette aventure de l'extraction du pétrole trop hasardeuse et préfère s'associer à deux partenaires qui créent une compagnie de raffinerie du pétrole.
La création de la
vignette|La rencontre avec le colonel Drake (portrait) achève de convaincre Rockefeller de se lancer sur le marché pétrolier. À la fin de la guerre de Sécession, Cleveland est l'un des cinq principaux centres de raffinage des États-Unis (avec Pittsburgh, Philadelphie, New York et la région du nord-ouest de la Pennsylvanie d'où provient la plupart du pétrole). Le pétrole n'est encore utilisé que comme imperméabilisant (goudron) ou comme lubrifiant, mais le développement de la lampe à huile crée un nouveau débouché comme combustible d'éclairage ().
En 1863, Rockefeller entend parler du Drake (en réalité un ancien employé de chemins de fer, embauché par une poignée de pour trouver du pétrole en Pennsylvanie) et des champs pétrolifères. L'idée lui plaît immédiatement et il se rend sur place examiner les puits de plus près. Persuadé des possibilités offertes, il décide d'investir dans ce nouveau domaine et propose en 1867 à son associé Henry Flagler de le suivre. Celui-ci restant hésitant, John D. Rockefeller lui rachète ses parts de la société de courtage pour $ et prend un nouvel associé, le chimiste Samuel Andrews. La firme produit du naphta et du kérosène. Réinvestissant constamment les profits et gardant les coûts et les salaires le plus bas possible, John D. Rockefeller étend son affaire rapidement.
En janvier 1870, Rockefeller crée la société , qui devient rapidement la raffinerie la plus rentable de l'Ohio.. Le but de Rockefeller est alors de pouvoir contrôler toutes les raffineries de pétrole des États-Unis.
thumb|John D. Rockefeller vers 1875.
En 1871, certains raffineurs se concertent dans le but de constituer une alliance assez grande pour qu'ils puissent convaincre les chemins de fer de leur accorder des rabais spéciaux sur leurs convois, et des suppléments sur ceux de leurs concurrents. Ils cherchent une société déjà existante et tombent sur la . Les gens impliqués dans cette société ne représentent pas 10 % du raffinage américain, mais ils se présentent comme majoritaires devant les chemins de fer. La est le plus gros actionnaire, et mène la danse qui aboutit à un accord secret très avantageux pour Rockefeller. En effet, les chemins de fer sont obligés de céder car les moyens de transport entre les gisements et les raffineries sont multiples (plusieurs lignes de trains et un canal) et un gros client comme la peut dicter ses conditions, menaçant d'aller à la concurrence en cas de non-coopération. Cet accord entraîne une forte augmentation des frais de transport pour les autres compagnies, ce qui déclenche les protestations de concurrents tels que le principal raffineur de New York, Charles Pratt.
Quand elles constatent qu'au moins une partie de l'avantage tarifaire de la provient des rabais secrets obtenus par la , Rockefeller doit y renoncer.
Dans l'intervalle, toutefois, la a assez grossi pour devenir l'un des plus grands transporteurs de pétrole et de kérosène du pays.
Monopole vignette|droite|Action de la Standard Oil Company en date du Udo Hielscher: Historische amerikanische Aktien, , .
Pas découragé pour autant, Rockefeller décide de procéder par intégration horizontale en faisant pression sur les raffineries concurrentes pour les racheter. En 1872 a lieu ce qu'on appellera ensuite : la absorbe 22 de ses 26 concurrents à Cleveland en moins de deux mois. Il va ensuite à Pittsburgh, Philadelphie, New York, possédant bientôt toutes les principales raffineries.
Fin 1872, 80 % des raffineurs américains s'unissent sous la présidence de Rockefeller dans la . Dès qu'ils sont au courant, les producteurs, inquiets de voir se former un oligopsone pour leur produit, s'unissent dans la et fixent un prix minimum du baril à . Rockefeller commence par accepter ces conditions tant que les producteurs limitent leur production afin de maintenir des prix stables. Mais moins d'un an plus tard, Rockefeller rompt le contrat sous prétexte que les producteurs ne limitent pas suffisamment leur production. De nombreux producteurs se sont lourdement endettés et doivent absolument vendre pour éviter la faillite. Un gel durable de la production est donc impossible, et la dicte ses conditions. Même ses anciens concurrents, renoncent à continuer à rivaliser avec la . En 1874, ils passent un accord secret avec leur ancien concurrent : ils acceptent d'être rachetés et deviennent partenaires de Rockefeller.
Son influence est telle qu'il est en mesure d’imposer toutes ses conditions aux compagnies de chemin de fer, leur enjoignant notamment de refuser de transporter les produits de ses concurrents. En 1875, ses agents interviennent auprès des propriétaires des 27 raffineries que comptait la ville de Titusville pour leur signaler que la Standard Oil entend les racheter à un prix dérisoire. Devant leur évident refus, la Standard fait cesser tous les transports entre Titusville et le monde extérieur. En 1879, 25 des 27 compagnies avaient accepté de vendre. La même tactique est employée à Pittsburgh en 1879.
Rockefeller ne s'arrête pas à une concentration horizontale presque parfaite du raffinage. Se rendant compte qu'en s'assurant le contrôle du processus de raffinage, il devient maître de toute l'industrie pétrolière, il travaille ensuite à la concentration verticale de l'industrie, englobant toutes les phases de la production, de l'extraction au commerce de détail en passant par le transport, la fabrication de barils, les pipelines (en 1879, Rockefeller contrôle la quasi-totalité des sociétés d' regroupées sous le nom de ) puis la recherche scientifique et le marketing.
Mais un obstacle se met en travers de la route de Rockefeller : la législation des États-Unis interdit aux hommes d'affaires d'exercer leur activité en dehors de l'État où se trouve leur domicile. Rockefeller met donc l'affaire dans les mains de juges qui résolvent le problème avec les trusts. Son nouvel associé, Rogers, devient l'un des hommes clés de la formation de la .
thumb|Action de la Standard Oil Trust en date du 18 janvier 1883.
En 1882, les 37 actionnaires des différentes sociétés contrôlées par la confient leurs titres à neuf (hommes de confiance) : John et William Rockefeller, Oliver H. Payne, Charles Pratt, Henry Flagler, John D. Archbold, William G. Warden, Jabez Bostwick, et Benjamin Brewster. Le siège de la est installé au 26 Broadway à New York. La commence par fermer 31 des 53 raffineries de la et concentre la production dans trois raffineries géantes. La cour de l'Ohio, en vertu de la Sherman Antitrust Act, dissout le trust, mais il est reformé au New Jersey, État qui autorise les trusts.
En 1900, la contrôle plus de 90 % du volume de pétrole raffiné aux États-Unis. Sa situation de monopole lui permet d'imposer des prix particulièrement élevés : à New York, les acheteurs doivent payer 40 cents un bidon de pétrole qui en vaut moins de 10 à la livraison chez le grossiste.
thumb|200px|gauche|John D. Rockefeller en 1911.
En 1911, à la suite de la mise en application du Sherman Antitrust Act, la société est démantelée en une trentaine de firmes pour cause de monopole. Naissent ainsi les sociétés Exxon, Mobil, Chevron, American, Esso (soit SO pour ).
Ce jugement est un tournant dans l'histoire économique des États-Unis, et fonde une nouvelle doctrine dans la politique antitrust américaine appelée la règle de la raison (à la suite des fameuses mentionnée dans le Sherman Antitrust Act). Les besoins de bases juridiques plus solides conduisent au passage du Clayton Antitrust Act en 1914, qui condamne explicitement des pratiques commerciales telles que la discrimination des prix, les relations commerciales exclusives, les acquisitions de concurrents ou encore les conseils d'administration incestueux, qui furent celles de capitaines d'industrie parfois appelés (littéralement : ).
Cependant, Rockefeller reste actif dans plusieurs des rejetons survivants, ce qui lui permet d'être sans doute l'acteur le plus puissant de son époque dans la géopolitique du pétrole.
Le massacre de Ludlow (1914) vignette|Convoi mortuaire des ouvriers assassinés (23 avril 1914). Au début des années 1910, la Colorado Fuel & Iron Company (CF&I), détenue par Rockefeller, était la principale compagnie minière du Colorado. Au mois de , mineurs, la plupart d'origine immigrée, se mettent en grève à la suite du meurtre d'un délégué syndical qui protestait contre les conditions de travail et les bas salaires. Une féroce répression est engagée par une milice composée pour partie d'hommes de main de Rockefeller. : elle fait 26 morts.
Diversifications