Le Callimico (Callimico goeldii), aussi appelé Tamarin de GoeldiAnnexes au Journal officiel des Communautés européennes du 18 décembre 2000. Lire en ligne. ou Tamarin sauteur, est une espèce de primate de la sous-famille des Callitrichinae, comme les ouistitis, les tamarins et les petits singes-lions.

Avec son pelage noir, le Callimico ressemble à un gorillon. Ce rare primate du haut bassin amazonien présente divers traits physiologiques et comportementaux propres à la fois aux callitrichinés (ouistitis et tamarins) et aux autres grands singes néotropicaux. Comme ces derniers, il possède trois molaires quadrituberculaires et la femelle donne naissance à un seul petit. Mais comme les callitrichidés, il dispose de griffes à tous les doigts excepté l’orteil. Certains auteurs ont ainsi placé cette espèce dans une famille à part (Callimiconidae), mais de récentes et nombreuses études anatomiques (dents et crâne), immunologiques et chromosomiques, l’affilient avec certitude aux callitrichinés et il est vraisemblablement plus proche des ouistitis que des tamarins.

Nomenclature

En français, tamarin de Goeldi ou tamarin sauteur. En anglais, , . , (Brésil). Chichillo negro (Bolivie). En Colombie (mots indiens) : jimóna (le « singe noir ») et dohógo (« celui qui mange les (annonacées) dógona»). Marapito (ethnie matsigenka du parc national de Manú, Pérou).

L'espèce a été nommée Callimico goeldii en hommage à Emil August Goeldi (1859-1917), un zoologiste suisse.

Position systématique En aucun cas, il ne représente l’espèce la plus proche de l’ancêtre commun aux callitrichidés, contrairement à ce qui fut longtemps cru. Le callimico constituerait en fait un type de callitrichidé qui aurait développé la posture typique d’accrochage verticale propre à cette famille mais qui n’aurait pas encore développé la capacité à se nourrir d’exsudats végétaux.

Selon une théorie avancée par W.G. Kinzey, l'ouistiti pygmée (Cebuella pygmaea) et le callimico auraient initié leur séparation écologique avec les autres callitrichidés au début du Pléistocène dans le centre de fort endémisme constitué par les forêts-refuges de la région du Río Napo au nord du Pérou, devenant au sein de leur groupe les superspécialistes de la locomotion par bonds et accrochages verticaux, un mode de déplacement particulièrement adapté à un habitat régulièrement inondé, le premier occupant la lisière et le second le cœur des forêts.

Distribution

Nord-ouest de l’Amérique du Sud, dans le haut bassin amazonien. Sud de la Colombie (au sud du Río Caquetá), est du Pérou (à l’est du Río Ucayali), nord de la Bolivie (département du Pando au nord du Río Madre de Dios) et nord-ouest du Brésil (en haute Amazonie, depuis le haut Rio Yavarí à l’ouest jusqu’au Rio Abuña à l’est dans l’extrême nord-ouest du Rondônia, au sud jusqu’à la frontière péruvienne, au nord vers les confluences des Rios Juruá-Tarauacá et Purús-Acre). Sa distribution géographique exacte demeure encore mal connue.

Habitat

Divers. Au sud de la Colombie, forêt pluviale primaire et rastrojo (brousse buissonnante), vallées ou collines. Au nord de la Bolivie, forêt tropicale sèche au bord des rivières où sa distribution semble conditionné par les barrières hydrologiques et les zones à bambous. Il semble éviter les terrains trop souvent inondés, privilégiant les zones à sous-bois dense et à canopée discontinue typiques de la forêt secondaire en régénérescence, de la forêt mixte et de la forêt de bambous riche en cachettes. Jusqu’à d’altitude dans les contreforts andins.

Sympatrie et association

Cet accompagnateur s’associe volontiers avec diverses espèces de tamarins. À la frontière colombo-péruvienne, on le trouve souvent dans les mêmes zones que le tamarin à manteau noir (Saguinus nigricollis). Dans le Parc national de la Serra do Divisor (Brésil), il s’associe au tamarin empereur à menton noir (Saguinus imperator imperator). Dans le département de Pando (nord Bolivie), il est sympatrique du douroucouli à tête noire (Aotus nigriceps), du hurleur de Bolivie (Alouatta sara), du saki hirsute (Pithecia irrorata), du capucin brun (Cebus (S.) apella), du capucin à front blanc (Cebus (C.) albifrons) et s’associe au titi brun (Callicebus brunneus), au tamarin labié de Geoffroy (Saguinus labiatus labiatus) et au tamarin à selle de Weddell (Saguinus fuscicollis weddelli). Il s’associe beaucoup plus fréquemment avec le dernier qu’avec l’avant-dernier. Il profite des tamarins lors de la saison humide pour « parasiter » leur meilleure connaissance des sites fruitiers.

Description

Robe épaisse, douce et brillante, entièrement noire. Les poils mesurent 1 à de long. Les jeunes ont parfois les cuisses et la croupe grisâtres. Une belle crinière descend sur le cou et les épaules. Peau noire au niveau des pieds et mains ainsi que de la face (lèvres, museau, oreilles), blanche ailleurs. Face presque nue ornée d’épaisses moustaches latérales qui tombent sur la mâchoire inférieure. Tête parfois tachetée de blanc et marques chamois présentes sur la nuque. Le dessous presque nu est couvert de poils fins, la peau blanche n’étant visible que lorsque l’animal se détend. Quelques anneaux chamois éclairent la base de la sombre queue plumeuse. La queue peut se replier sous le ventre mais n’est pas préhensile. Extrémité des membres dotée de griffes.

Mensurations

Corps de 21,6 à . Queue de 25,5 à . Poids (de 400 à ). Cerveau : . Rapport longueur bras/jambes (x100) : 69. Caryotype : 2n = 47, 48.

Domaine

30 à 80ha (Pando, nord Bolivie). Plus étendu durant la saison humide.

Densité

1 groupe/ (Pando).

Locomotion

Quadrupède. Marche, galope et sautille sur les lianes et les petites branches à la façon d’un écureuil mais saute aussi de tronc en tronc le corps à la verticale (saut-accrochage). Budget de locomotion (Pando) : déplacements quadrupède (30 %), saut-accrochage (46 %) et autres (24 %). Bonds jusqu’à 6-8m et peut sauter de plus de d’arbre en arbre au ras du sol sans perdre de hauteur, ce qui constitue une manière très silencieuse de voyager. Descend le long des troncs la tête la première comme les tamarins et plus souvent la queue en premier comme les grands singes néotropicaux.

Comportements basiques

Diurne. Arboricole.

Activités

Parcourt chaque jour , utilise certaines routes privilégiées et se déplace selon un trajet circulaire aux limites extérieures de son domaine. Le budget d’activités varie selon les saisons et à la période des pluies. S’active depuis 6h15 juste après l’aube jusqu’à 17h30 juste avant le crépuscule. Lorsqu’il s’associe au tamarin à selle, les deux groupes de primates se rassemblent par des cris de coordination-contact émis au petit matin (ces appels décroissent au fur et à mesure que le rassemblement se forme), passent toute la journée ensemble sauf à midi lors du repos et durant la nuit, se nourrissent de fruits tôt le matin et dans l’après-midi, d’insectes en fin de matinée, sans compétition (chacune ayant son niveau d’alimentation), les callimicos se déplaçant le plus souvent en arrière des tamarins.

Les membres se déplacent un par un séparés par environ (maximum ) et unis par des cris de contact permanents, entre 0 et dans les forêts riveraines, entre 1 et dans les forêts de bambous. Quel que soit l’environnement dans lequel il évolue, il voyage à tous les niveaux, de la cime des arbres à la terre ferme, mais passe beaucoup de son temps à moins du sol (88 % des observations au nord de la Bolivie), un comportement unique chez les singes néotropicaux. Grimpe dans la canopée à la recherche de fruits, descend à terre pour capturer des insectes (sauterelles) et de petits vertébrés, fourrageant à la manière du tamarin à selle et des petits singes-lions. Il se repose en sous-groupes compacts (1 à 4 individus) à moins de de hauteur dans les broussailles denses ou sur le tronc incliné d’un arbre mort, ces pauses durant 30 à 90 min au cours desquelles les primates s’épouillent et prennent parfois un bain de soleil. À la nuit tombante, il s’endorment pelotonnés dans un trou d’arbre ou dans le sous-bois dense ou encore dans les fourrés de bambous, toujours au-dessous de de hauteur.

Alimentation thumb|200px|Jeune callimico dévorant un papillon. Folivore-frugivore. Peut-être davantage végétarien que les autres tamarins, ce qui expliquerait pourquoi il a conservé ses troisièmes molaires alors qu’elles ont disparu chez ses cousins.

Il grignote les jeunes feuilles et les plantes épiphytes mais ne consomme pas d’exsudats à l’exception de ceux provenant des gousses collantes des mimosacées Piptadenia. Au nord de la Bolivie (Pando), il consomme les fruits du cécropia Cecropia morassi, du guaro (Pseudomeldia macrophylla) et du murure (Clarisia racemosa) et, à la fin de la saison sèche, il dépend beaucoup des fruits des cécropias (Cecropia spp.) et des curupay (Piptadenia spp.) ; ici, les champignons (Ascopolyporus polyporoides, Ascopolyporus polychrous, Auricularia auricula et Auricularia delicata) représentent jusqu’à 29 % du régime et sont cueillis sur le bois pourrissant.

thumb|Gousse d'un inga

Au sud de la Colombie, il consomme surtout deux annonacées dógona (genres Rollinia et Annona), se régalant aussi des fruits de l’ingá (Inga sp.), du strychnos (Strychnos toxifera), du kíridino (Brosimum rubescens), de l’ukúyu (Macoubea sp.) et des « raisins » de l’uvilla (Pourouma cecropiaefolia) ; ici, la femelle met systématiquement bas entre mars et avril, quand il y a maximum de fruits guacure (Poraqueiba sericea) qu’elle n’hésitera pas à aller ramasser au sol. S’aventure aussi dans les terrains cultivés, pillant les fruits du cacao et du caimé (sapotacée). En captivité, il se nourrit volontiers de grenouilles ou de petits serpents, mais chasserait peu ce style de proies dans la nature. S’abreuve dans les mares au sol, à la différence des callitrichidés qui lèchent les feuilles.

Taille du groupe

De 2 à 10. De 2 à 5 (Bolivie). De 5 à 8 (d’après Heltne ).

Structure sociale et système de reproduction

Groupe multimâle-multifemelle. Polygynie, parfois polyandrie. On a longtemps cru qu’il pratiquait la monogamie (observations en captivité). Au sein d’un groupe, on trouve souvent deux femelles reproductrices. Il semble que les individus nés et restés dans le groupe ne se reproduisent pas. Groupes compacts mais isolés les uns des autres par plusieurs kilomètres. Sous-groupes de repos.

Reproduction

Le mâle goûte l’urine des femelles pour vérifier leur réceptivité. La femelle en chaleur sollicite le mâle en s’aplatissant et en s’étirant avant de dresser la queue tandis qu’elle se relève, exposant ainsi la zone anogénitale à la vue de son partenaire. Elle passe ensuite plusieurs fois devant lui, plaçant sa queue devant son museau. Enfin, elle abaisse l’avant-corps devant le mâle tout en le regardant fixement. Le mâle répond par un toilettage de la couronne de la femelle puis se dirige vers le dos (alors arqué) où il frotte son nez, renifle et lèche les poils, enfin il prend position derrière la femelle tandis que celle-ci s’offre en levant la croupe et en aplatissant le dos. Durant la copulation, la femelle se retourne pour placer sa main sur la tête ou les épaules de son compagnon, elle peut même le lécher ; quant au mâle, il frotte son nez ou lèche le dos de sa partenaire et remue la langue comme pour sentir l’air (sorte de flehmen). Après l’éjaculation, les partenaires se lèchent mutuellement et examinent leurs parties génitales respectives.