Une pince est le nom lexical donné à de multiples outils communs en mécanique générale ou dans les arts et métiers, à divers instruments ou ustensiles de manipulation, parfois à des dispositifs à deux ou plusieurs branches, qui servent selon les emplois spécifiques à saisir, attirer, fixer, tenir, lever, serrer, soulever, déformer, plier, tordre, couper, arracher, écraser etc.Définition du TLF ici par le substantif féminin. Le verbe transitif pincer donne aussi des mots dérivés composés.. Le mot employé porte parfois la marque du pluriel si la description porte sur les deux parties semblables ou symétriques de l'objet, on dit des pinces ou trivialement "une paire de pinces"Dictionnaire de l'Académie française, 9e édition. Le Robert définit ce mot comme un instrument composé de deux leviers articulés, servant à saisir et serrer. Cette approche correcte, appliquée des pincettes aux tenailles, semble partielle, en tous cas contredite par les définitions spécialisées du du dictionnaire universelle de La Furetière, parue en 1690. Elle ne s'applique aux gros leviers des maçons, charpentiers, carriers ou paveurs etc.. vignette|Diverses pinces (ici pince multiprise, universelle, coupante latérale, à sertir, à circlips, électrique ou téléphonique etc.Les pinces Monier, tenailles russes ou Monierzange ne sont pas visibles, plus à gauche. Il y a aussi des pinces de bricolage ou d'artisans.) à manches gainés d'isolant plastique électrostatique dans un rayonnage de surface commerciale de bricolage allemande, 2023.|347x347px Ainsi en écartant les pinces simples barres métalliques parfois transformées en leviers, les pinces de l'horloger, du chirurgien, les pinces de forge, les pinces du fondeur etc. n'ont ni les mêmes tailles et caractéristiques, ni les mêmes fonctions d'emplois, mais elles sont perçues comme deux entités associées, en correspondance ou symétriques. Par contre, la "pince à dissection" en biologie ou la "pince hémostatique" en médecine, la pince coupante ou la pince universelle du bricoleur, la pince à dénuder ou la pince crocodile de l'électricien sont envisagées, malgré leurs différences, en simple outil unitaire.
Le terme est employé rarement seul, il est précisé par une proposition de qualité ou de métier, de fonction ou d'usage. La pince peut aussi être décrite par ce qui saisit ou tient : mâchoires, mors, becs etc.
Lexique des pinces, origine du mot Le lexique relatif aux pinces s'est singulièrement réduit au , avec l'effacement des outils anciens, souvent relégués au musée. Un inventaire écrit en ancien français à Rouen vers 1382-84 mentionne divers outils de fer, d'abord au singulier la pinche ou « barre de fer aplatie et fendue à l'une des extrémités et dont on se sert comme d'un levier », ensuite au pluriel « de grans pièces de fer nomméez pinches » qui semblent correspondre à des longues pinces et tenailles de forgeronsComptes du Clos des Galées de Rouen, édition Ch. Bréard, "pinces de fer" cité page 64, mais page 96.. N'oublions pas que la pince, si commune autrefois dans les foyers disposant d'une cheminée, était un longue tenaille qui servaient à remuer les bûches et relancer le feu. C'est la première acception (sur neuf au total) que l'auteur mentionne. La seconde acception s'ouvre sur "les tenailles servant à différents usages dans les métiers". Lire infra.. Elle était dénommée "mordache", pas seulement en raison des larges extrémités typiques, dénommées autrefois mordache, d'une grosse tenaille, mais en référence aux anciens noms en latin médiéval de la pince mordaceus ou des tenailles mordax attestés respectivement au et vers 800TLF entrée mordache. Le latin médiéval a aussi gardé le substantif mordacium pour désigner les agraphes, de l'adjectif latin mordax, signifiant habitué à mordre, mordant.. Le verbe transitif latin mordĕo, mŏmordi, morsum, mordēre désigne une action de la pince en latin médiéval. Le mors, du latin morsus, signifiant morsure, dénomme en français la mâchoire d'un étau, d'une tenaille ou d'une pince. L'ancien mot occitan morailles décrit pinces et tenailles, pouvant apparaître comme une association entre le mors et la tenaille. Il n'est pas étonnant de retrouver dans les dénominations anciennes de la pince, l'influence ou la présence du verbe "mordre", par exemple le mordant. Il en est de même des multiples mâchoires emblématiques du monde animal, comme celle du loup ou de la louve, ou des becs aux capacités de pincer fortement de différents volatiles.
Les pincettes sont longtemps restées dans le monde rural et demeurent pour les amateurs de l'entretien de feu sous une vaste cheminée, un instrument de fer, à deux branches égales et symétriques, dont on se sert pour arranger le feu. Une pincette ainsi définie, à faible effet de pinçage, n'est pas particulièrement petite. Le mot pincette désigne aujourd'hui une variété de petite(s) pince(s), comme la pince à épiler, les brucelles ou presselles des ateliers de petite mécanique ou de l'horloger bijoutier, les épincettes etc. Autrefois, le mot était polysémique, puisque le ressort à pincette, en Charronnerie ou ancienne carrosserie, désigne aussi un ressort de suspension, sous forme d'une barre dédoublée, d'une caisse de voiture.. Si les pincettes sont présentes en 1321 dans les Notices, l'outil générique qu'est la pince se nomme encore pinceure, mot féminin attestée dans le Livre des Rois écrit vers 1190 et qui a engendré le substantif pincer(s) en anglais dès le . Les verbes pincier et espinchier sont à l'origine de nos verbe pincer et épincer. Si le dernier apparaît en 1262 dans un texte de Douai dans un sens technique d'emploi de pinces de taille ou d'énouage (enlèvement d'impuretés) des draps, le premier est employé par Benoît de Sainte-Maure dans son Roman de Troie ou ses "Chroniques du ducs de Normandie" en 1160 : il dériverait du latin populaire punctiare aux racines croisées incertainesAlbert Dauzat et coll, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Librairie Larousse, 1964, quatrième édition, page 568. Les auteurs proposent soit une onomatopée pints, soit une influence croisée des verbes pungere et piccare, le premier associé à punctum (point, piqûre, voire effet de pointe), le second signifiant piquer, percer. L'assimilation de pincer à perçer dénote toutefois une méconnaissance technique.. Algirdas Greimas, dans son dictionnaire d'ancien français, propose un autre verbe latin populaire pinctiare, également aux croisements de plusieurs racines, pour faire advenir le verbe pincier, marqué selon lui par deux significations : "pincer" (saisir avec l'outil ou les doigts) et "voler" selon le complément de Jean Bodin. On peut déjà expliciter le premier sens par les propositions "saisir avec force", "faire mal, tourmenter avec les pinces rouges de la torture ou de la question", mais aussi "être pris, être reconnu pour un méfait". Comprendre le laboratoire précurseur des langues romanes reste délicat, mais il est cohérent de proposer, au moins en hypothèse, l'influence du verbe latin prehendo/prehendere ou mieux de son dérivé simplifié prendo, prendi, prensum, prendere à l'origine du verbe français "prendre"Dictionnaire Gaffiot. L'influence du mot pressio, onis, participe passé du verbe premo, pressi, pressum, pressere au sens de pression, de serrage paraît associée dans un usage populaire.. L'art de la pince n'est-il pas de "chercher à saisir", signification du verbe prehenso, simplifié en prenso, prensavi, prensatum, prensare. Le bas latin prehensio, simplifié en prensio, prensionem est à l'origine du mot prison, qui regroupe les individus pris ou captifs, avant de désigner une installation ou bâtiment de sûreté. L'évolution plus radical et ancienne du participe passé prens ou prins sous l'influence croisée d'autres racines orales ne pourrait-elle engendré l'hypothétique pinse? Cette forme aurait été vite relatinisée en des formes connues, d'abord en latin médiéval pinca (pince accroissant la force par effet de levier) puis pinche en ancien français, laissant au passage les verbes pinctiare, pincier, to pinch, respectivement en latin médiéval, ancien français et anglais.
En 1398, le poète Eustache Deschamps désigne par le mot l'endroit étroit où se sépare les doigts de la main, et de manière métaphorique une petite tenaille. La pince désigne déjà pourtant trivialement une saisie trop forte ou anormale, exceptionnelle ou illégale, si elle n'est pas réservée à un métier ou un service. L'emploi du mot pour indiquer la main, notamment dans le langage des truands ou des voleurs médiévaux, représente ou dévoile une véritable transgression. Le mot anglais pincer, emprunté à l'ancien français, désigne au l'outil pour saisir fortement ou pincer, avec deux mâchoires articulées qui peuvent être serrées et maintenues l'une contre l'autre. Il s'applique autant à l'outil de préhension ou aux tenailles du forgeron qu'à l'instrument de torture, de couleur rouge. Le verbe anglais pinch qui, un siècle auparavant, pouvait signifier saisir, pincer, arracher (par exemple un sourcil) se définit par "comprimer quelque chose entre le doigt et le pouce", "presser entre deux corps durs et deux masses antagonistes", mais aussi "faire mal, tourmenter", en premier lieu de manière physique et commune, avec des habits trop serrés, des chausses étriquées, des chaussures trop petitesCe n'est qu'à partir de 1650 que le verbe "to pinch" signifie voler.. Le verbe ancien français d'origine, pincier, passé en vieux français normand ou picard, signifiait à la fois "saisir, pincer, presser, mordre, arracher, voler et capturer" au . Notons que le vieux verbe néerlandais pitsen au sens de pincer, serrer ou tenailler, et son correspondant allemand pfetzen/pfitzen, semblent puiser au même source romane que l'ancien français. Pierre Larousse laisse supposer une origine sanskrite ou indo-européenne..
En ancien français, un pinceeur signale un fabricant de pince, outil qui se dénomme par un diminutif au masculin pinchoel ou pinchon, et au féminin pinchure.. Le diminutif pincherel reste un levier, une barre de fer servant à démolir un mur, à soulever des pierres, comme l'atteste un rapport de Lille en 1455 travailler au picq, au pincherel à défaire ung pan de mur.
Le dictionnaire françois-latin de Robert Estienne paru en 1549 définit laconiquement l'ensemble "pinces et pincettes" par les mots latins volsella ou vulsella, signifiant selon le dictionnaire Gaffiot petite pince, pincette (surtout pour épiler), tenettes (de chirurgien), ajoutant toutefois forceps au sens générique de "pinces et tenailles" pour ne pas oublier le matériel lourdRobert Estienne, Dictionnaire françois-latin, Paris, 1549, 666 pages. Réédition Slatkine Reprints, Genève, 1972. Entrée pinces, pincettes. Notons que le participe passé vulsus signifie trivialement épilé et l'expression pugnare volsellis se battre à coup d'épingles. La définition humaniste du verbe pincer ou pinser est réduite singulièrement à l'action subtile de serrer entre ses doigts, voire appuyer ou comprimer avec ses doigtsRobert Estienne, ibidem. La définition s'écrit en latin : summis digitis comprimere vel premere.. Pourtant, Montaigne nous rappelle que se faire pinceter tout le poil, c'est se faire épiler, se faire arracher le poil avec une (petite) pinceMichel de Montaigne, Essai I, chapitre XLIX, édition 1595, page 190. . Le verbe pinceter ou pinseter signifie, en outre, pincer légèrement, chanter avec les cordes de la lyre, tenailler au sens concret (propre) comme au sens moral (figuré)..