vignette|Prairie permanente dans les Alpes bavaroises. Une prairie permanente est un terrain herbeux peu ou pas travaillé qui sert au pâturage ou à la récolte des fourrages. Si, dans le passé, les grands mammifères herbivores sauvages ont pu entretenir des prairies naturellement, leur maintien dépend aujourd'hui du travail des éleveurs, des bergers et de la présence de leurs troupeaux. Les prés communaux et les prairies permanentes anciennes sont aussi des prairies fleuries. Parmi les terres agricoles, ce sont les moins anthropisées Vickery, J.A., Tallowin, J.R., Feber, R.E., Asteraki, E.J., Atkinson, P.W., Fuller, R.J. et Brown, B.K. (2001) The management of lowland neutral grasslands in Britain: Effects of agricultural practices on birds and their food resources. Journal of Applied Ecology, 38, 647-664. doi:10.1046/j.1365-2664.2001.00626.x. Les pratiques ont donc des effets paradoxaux sur la biodiversité des prairies car selon leur intensité leur impact est positif ou négatif.
Histoire de la notion de prairie permanente Le couvert enherbé au sein de la surface agricole utile (SAU) a beaucoup diminué en France, à la suite des grands remembrements dans les années 1960-1970. Cette tendance a été induite par une intensification de l'élevagePlantureux S, Bonischot R & Guckert A (1987) Effet des techniques d'intensification sur l'évolution de la végétation de prairies permanentes lorraines. Acta oecologica. Oecologia applicata, 8(3), 229-246. et surtout par la transformation de nombreux élevages traditionnels (polyculture-élevage) en élevage hors-sol consommant des aliments industriels et produisant de grandes quantités de fumiers, lisiers ou fientes de volailles qu'il devient difficile d'épandre sans contribuer à l'augmentation des rejets de nitrates ou d'autres contaminants chimiques, physiques ou bactériologiques associés.
Pour freiner ou diminuer la pollution de l'eau des nappes phréatiques ou des eaux superficielles par ces contaminants et en particulier par les nitrates qui sont très mobiles (car très solubles dans l'eau), les réglementations nationale et européennes ont évolué et convergé en faisant de la conservation de ces prairies un enjeu important, puis dans certaines régions d'Europe et du monde comme une condition d’éligibilité à certaines subventions, primes ou défiscalisations agricoles. Certaines collectivités gèrent une partie de leurs espaces verts de parcs urbains ou périurbains comme une prairie permanente, avec parfois des bovins ou ovins en pâturage, loués ou achetés à des éleveurs ruraux de proximité.
Définition vignette|Exemple classique de prairie permanente contemporaine du Royaume-Uni. À l'époque des renclôtures, les parcelles étaient souvent plus petites (hormis certains prés communaux). Ce type de prairie est souvent l'objet de travaux d'amélioration (drainage, labour et semis, amendements...)
Le terme de « prairie permanente » peut avoir différents sens.
Selon le Larousse agricole, une prairie permanente est une prairie « naturelle » qui n'a pas été ressemée depuis au moins 10 ans et peut concerner landes, parcours, alpages et estives. L'expression prairie naturelle concerne en principe des prairies en leur état originel, qui n'ont jamais fait l'objet de travaux d'amélioration mais elle est parfois employée à la place de prairies permanentes. Les vraies prairies naturelles sont très rares aujourd'hui en Europe. Dans le passé, elles ont constitué de vastes étendues sur tous les continents (prairies, savanes et terres arbustives tempérées) et ont pu être soumises au pâturage extensif (pastoralisme, ranching).
Dans le langage courant une prairie permanente est une prairie qui n'est jamais retournée. De telles prairies sont généralement situées dans une zone bocagèreDe Foucault B (1981) Les prairies permanentes du Bocage virois (Basse-Normandie, France): typologie phytosociologique et essai de reconstitution des séries évolutives herbagères. Documents Phytosociologiques, 5, 1-109. et donc associées à une haie (ou parfois à des talus), elles peuvent aussi faire partie de systèmes agropastoraux de montagne et de moyenne montagne (souvent pour l'élevage ovinArranz JM, Bocquier F.,(1995) Production et valorisation hivernale de la prairie permanente par les brebis laitières en Pyrénées-Atlantiques, 3R, http://www.journees3r.fr/spip.php?article1738) et/ou bovin. Ces prairies ou « prés permanents »Luxen P., Philippe A., Rouxhet S., (2010), Les prés « abissés », une valeur patrimoniale, AFPF, y http://www.afpf- asso.fr/index/action/page/id/22/title/Les-actes-des -Journees-professionnelles/article/318) bien que semi-naturels ont une haute valeur patrimoniale et sont un important support de biodiversitéDumont B, Farruggia A & Garel JP (2007) Pâturage et biodiversité des prairies permanentes. Rencontre Recherche Ruminants, 14, 17-24.Le Roux X., Barbault R., Baudry J., Burel F., Doussan I., Garnier E., Herzog F., Lavorel S., Lifran R., Roger-Estrade J., Sarth ou J.P. et Trommetter M., 2008, Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies. Expertise sc ientifique collective, synthèse du rapport INRA (France), 113 p et ont en France métropolitaine une grande valeur paysagère et agroenvironnementaleHuyghe C, Bournoville R, Couteaudier Y, Duru M, Gensollen V, Lherm M, Peyraud JL, 2005, Prairies et cultures fourragères en France. Entre logiques de production et enjeux territoriaux, Paris, INRA Ed., 202 p ainsi qu'une grande potentialité écologique. Ces prairies, bénéfiques pour l'élevage car riches en diversité floristiqueFarruggia, A., & Manneville, V. (2010). Biodiversité dans les prairies, pratiques des éleveurs et bénéfices pour l’élevage. INRA, Alimentation Agriculture Environnement, 11.Farruggia A, Martin B, Baumont R, Prache S, Doreau M, Hoste H & Durand D (2008) Quels intérêts de la diversité floristique des prairies permanentes pour les ruminants et les produits animaux. INRA Prod. Anim, 21(2), 181-200., sont en France . Elles évoluent saisonnièrement avec une dominante d’espèces annuelles ; espèces « d’hiver » en début de printemps (Véroniques, Pâturins annuels), puis l'apparition d'autres espèces. Ces milieux sont souvent des systèmes agricoles à haute valeur naturellePointereaua, P., Coulona, F., Jiguetb, F., Doxab, A., Paracchinic, M. L., & Terresc, J. M. (2010) Les systèmes agricoles à haute valeur naturelle en France métropolitaine1. Le Courrier de l'environnement de l'Inra, (59), 3-18. Les systèmes traditionnels se sont diversifiés au cours du temps en s’adaptant à leurs conditions pédogéoclimatique, et en conservant parfois une haute biodiversité (jusqu'à plusieurs centaines d'espèces végétales différentes par ha) ce qui leur confère de bonnes capacités de résilience face aux anomalies climatiques, mais cette diversité tend à régresser. Avant les renclôtures (ou enclosures) et la mécanisation , la plupart des prairies étaient permanentes et soumises à un régime d'exploitation communautaire, mais avec l'apparition des semoirs et des systèmes de culture attelée lourde puis du tracteur , il est devenu facile de les retourner et de les remplacer par des champs ou des prairies semées (Histoire de l'agriculture), avec de nombreux effets négatifs possibles pour l'environnementBoiffin J & Fleury A (1974) Quelques conséquences agronomiques du retournement des prairies permanentes. In Annales Agronomiques.. On peut y compter plus de cent espèces différentes par hectare et bien plus dans les cas les plus exceptionnels (ex : plus de 500 espèces végétales dans les 60 ha du pré communal d'Ambleteuse dans le Nord-Pas-de-Calais, ainsi que 58 espèces de papillons, 157 espèces d’arachnides et pas moins de 123 espèces de mollusquesPré communal d'Ambleteuse, Réserve naturelle de France, consulté 2014-07-05). La diversité spécifique de la flore spontanée des prairies permanente et l'échelonnement de leur période de floraison respective occasionne un étalement de la disponibilité des ressources alimentaires de nombreux arthropodes (dont les pollinisateurs) du début du printemps à la fin de l'automne. Pour la réglementation agricole, une prairie permanente est une surface enherbée (et donc une surface fourragèreChambre d’agriculture de Normandie (2014) PAC : Surfaces fourragères) restée enherbée sans interruption depuis 5 ans au moins. La notion de est donc ici relative. Les plus grandes surfaces déclarées en Europe en « prairies permanentes » sont en fait localisées dans les zones de massifs montagneux. En France elles sont également situées en Basse-Normandie et en Lorraine selon un rapport (2006) du CGDD. On utilise également prairie semi-naturelle à la place de prairie permanente, pour des prairies permanentes comportant des zones arbustives ou des surfaces boisées pâturées, non améliorées, peu ou pas entretenues.
Définition juridique et réglementations agricoles Elle varie dans l’espace et dans le temps, et en fonction des évolutions de la réglementationMichaud, A., Plantureux, S., Pottier, E., Farrie, J.P., Launay, F., Baumont, R.(2011) Une typologie nationale des prairies permanentes : un outil pour caractériser leur potentiel fourrager et leur intérêt environnemental, Rencontres Recherche Ruminants 2011, 18, p. 35-38 ;
On assimile généralement les prairies naturelles exploitées de manière extensive (en montagne par exemple) à des prairies permanentes (au sens agricole du terme) ; ce sont dans les deux cas des surfaces en herbe pâturées et/ou fauchées n’entrant pas dans le système de rotation des cultures (mais pouvant éventuellement être l'objet d’une .
Ainsi, dans certains départements français, un arrêté préfectoral peut permettre aux agriculteurs ou éleveurs de déclarer des prés plantés de vergers haute-tige (ou pré-verger) comme des prairies permanentes si la densité d’arbres/ha est inférieure à un seuil arrêté par le Préfet(arrêté BCAE annuel pouvant être communiqué par les DDT départementales).
Dans certains cas, . Sinon, .
Dans la pratique, les réglementations favorables aux pratiques écologiques ont pu avoir l'effet inverse sur le terrain, les agriculteurs redoutant de voir des parcelles définitivement classées en prairies permanentes et ainsi privées des importantes primes PAC qui étaient accordées au maïs par exemple. Les nouvelles réglementations où les primes sont découplées de l'utilisation de parcelles précises devraient permettre d'éviter cet écueil.
Aides à l'agriculture : clauses de conditionnalité obligeant au maintien des prairies permanentes Le « Maintien des surfaces en herbe » est une conditionnalité à certaines aides ou subventions agricoles ou agroenvironnementales. Depuis les années 1990 des mesures agro-environnementales (MAE) incitent à les conserver ou à les restaurer, le plus souvent via des prescriptions de gestion à l’échelle parcellaire. Des bilans après 15 ans ont conclu à une efficacité médiocre des MAE ; certains auteurs comme Butler et al en 2007 concluant même qu'en milieu agricole "les actions susceptibles d’enrayer le déclin de la biodiversité restent à inventer"
Les exploitations agricoles ayant déclaré leurs surfaces fourragères disposent de « références herbe » consultables sur le site www.telepac.agriculture.gouv.fr et un suivi satellital permet aux administrations concernées de vérifier que les prairies n’ont pas été retournées sans compensation en surface ailleurs sur la même exploitation (quand et où cela est autorisé).
Catégories On peut en distinguer deux grandes catégories, qui diffèrent beaucoup pour leurs faciès et la biodiversitéXavier Poux, Jean-Baptiste Narcy et Blandine Ramain (2009), Réinvestir le saltus dans la pensée agronomique moderne : vers un nouveau front eco-politique ? Rethinking the saltus within the modern agronomic thought: towards a new political eco-frontier? Revue l'espace politique 9 2009-3 (mais tous les stades intermédiaires sont possibles).